Je n’ai pas à m’en vouloir. C’est une sorte de destin individuel, celui qui tente d’établir une architecture de l’écriture ou plus précisément de ce qui me conduit à entendre différemment ce qui se produit. Les sensations sont rares pour le mourant. Leur intensité est d’une grande rareté également. Cela ne peut pas être autrement. Je pourrais rester sur quelques impressions, d’un lieu que j’identifie, d’une absolue certitude du temps. Je sais qu’il y a là un sujet difficile à aborder, autant pour moi que pour celles et ceux qui seraient amenés à m’écouter. Pour moi, parce que c’est cela que je traite ici, parce qu’il me faut admettre que je suis une série d’indices que je ne contourne plus, quelles que soient les conséquences. Tout se croise d’une manière à la fois subtile et étrange. Je n’ai qu’à me souvenir comment, entouré, j’ai élaboré le mystérieux récit que je n’écrirai jamais, non le seul mais un de ceux qui me hantent, un fil de la pensée reconstituée pour qu’il puisse œuvrer sans la sentence de la logique. C’est ainsi. Je dois m’en faire une raison, là où les traces ne s’effacent pas, une source pure, l’hologramme d’un rocher dans lequel je suis venu poser une main. J’entrais en contact avec ce qu’il y a de plus ancien en moi, comprenant que j’avais été déplacé pour une noble cause mais pas abandonné. Les signes tangibles d’une telle appartenance, je ne les aurais jamais rencontrés si, un jour, je n’avais pas suivi mon intuition et si j’étais resté comme je le prévoyais sur le bord du chemin. Bloqué par la nécessité de reproduire fidèlement une chronologie, je me croyais face à l’insurmontable. Maintenant je sais que je ne dois pas me restreindre et dire comme cela revient même si je l’ai déjà évoqué maintes fois. L’élément-clé, par exemple, d’une fuite, d’une menace très forte, d’une guerre véritable, d’un esprit que j’avais de trop près approché et qui m’avait mis en danger. La menace était venue s’installée non loin de mon antre. C’était presque un non-lieu. Il contenait des sources de plaisir mais n’était qu’un bord, une frontière alors que je m’étais établi suffisamment à distance. C’était à deux doigts d’aboutir, à deux doigts de tout renverser. C’est de cela que je me suis extirpé, l’errance aidant toujours au renforcement d’une saine conviction par laquelle je suis depuis chaque jour récompensé.
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