Monday, July 20, 2020

Chroniques de l'invisible - 197

La laisser agir. C’est fait à présent. Une question de jours, avec tout ce qu’il y a de moderne, le compte à rebours. C’est si peu. D’une certaine manière, je me force. Je veux aussi connaître cela, ne pas plaquer une logique qui m’arrange. Cela ne minimise pas ce qu’il y avait à traverser. Ce n’était pas pour rien même si cela aussi, c’était peu. C’était beaucoup à l’époque. Je devais faire semblant alors que je n’y arrivais pas. C’était l’impasse. J’ai inventé une forme pour faire une pirouette. En ce qui me concerne, j’étais satisfait. Pour la doxa, ce n’était pas bon. Je le savais. Je me suis insurgé, également pour la forme. Drôle de forme. Sur un chemin de retour, je pense : ce ne sera rien d’autre. Le problème à résoudre, c’est qu’il manque des années. J’aurais dû commencer plus tôt. Je m’en excuse. Cela nécessite de laisser venir. Ce ne sont pas exactement des souvenirs. Ce sont des bouts de temps qui s’interposent. Je n’oublie pas qu’il y a cet objectif de transformation du corps textuel. Lorsque je l’aborde, l’émotion est si forte que je jette tout. Je n’en veux pas. Je veux que cela se dilue jusqu’à ne plus rien influencer. Masse du temps comme serait une masse d’air, pour que tout cela ne soit presque rien, noyé dans le courant. Forcément, c’est comme une présence, mais depuis j’ai mûri, c’est la présence de ce que j’étais, le moi d’avant toujours vivant. Je comprends pourquoi je veux tuer. Soumettre et tuer. On ne tue plus par chez moi depuis trois ou quatre générations. Alors il faut faire avec le vivant. Je ne dois pas me tromper et devenir l’habitacle de tous ces non-morts. C’était une idéologie idiote. Il n’y a qu’à traverser un quartier, une ville. Ce qui est à l’œuvre n’a rien à voir avec cet idéal. Et je ne suis pas mieux. L’idéal est parti tout seul sans prendre en compte les non-morts. Je pensais qu’il suffisait de ne pas les voir. Absents comme morts. Puis c’est le bombardement. Ils sont tous là et je suis un parmi eux. Et puis, tout à coup, comme si elle n’avait jamais existé, la raison gagne son terrain. Elle a fait un rapide calcul lié à quelques proportions. Ce que je veux vraiment. Je suis à ce point de toujours vouloir le détruire. Happé par la primeur, proche de l’éternel devoir. Je serais prêt à tout sacrifier, à continuer de faire semblant que cela prenne la place. Je veux que cela soit plus fort, que cela soit plus important, que cela gagne sans que je me pose cent questions. Je propulse des images de l’être en soi autour de moi qui changent le lien de ce que je suis mais aussi de ce que je désire et crains. Cela semble fait au hasard. Il n’en est rien. Cela a commencé dans l’écrit. Je devais tenter l’aventure, signifier mon enfermement, mes terreurs, ma torpeur. J’en ai adressé de longues pages. C’était comme mon sang qui coulait. J’aurai la force. Je devais m’initier et pour y parvenir être dans l’infinie solitude pour ne jamais rien brusquer, ne jamais rien manquer ni des élans ni des signes tous mêlés d’émotions et de mots, tous les mots, ceux que j’entends, ceux que je dis, ceux que je lis, ceux que j’écris et ceux qui se forment en pensée pour ne faire qu’y rester. La sensibilité se travaille au corps du texte. Ce n’est ni un manifeste ni une méthode. C’est un aveu que je me fais, expliquant que je ne suis rien de mieux mais comment j’y suis parvenu, à devenir, oui, meilleur.

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