La concentration sous la forme de rencontres révèle des conflits ne me concernant a priori pas directement mais m’entourant. Le fait s’installe, s’interpose. On me le confie. Je dois agir et réagir immédiatement face à la médiocrité des tenants d’un titre. Je ne sais pas si dès cet instant je résous quoi que ce soit. D’une certaine manière, il aura suffi qu’une voie obstruée se libère. Cela se fait en ma présence, sous mes yeux. Le choix que je m’impose de suspendre tant qu’il n’est pas suffisamment éclairé est lié à une question fondatrice où je me dois d’évaluer dans quelle mesure ce qui veut devenir sujet doit l’être effectivement, car les sujets sont nombreux à postuler. Je pourrais être tenté de les mettre en fiction par simple commodité ou parce qu’ils se feraient insistants par leur récurrence ou par une manière plus brutale de se rendre incontournable. À cause d’eux, je passerais à côté d’un autre essentiel, voire de plusieurs autres. C’est pourquoi je me méfie d’abord. L’évidence n’est pas dans ce qui se présente en premier, ou plus fort, ou plus souvent. Des sujets tombent ainsi jour après jour. Je les juge aux allures ou aux regards qui ne peuvent plus me tromper. Faudrait-il qu’on me somme de me consacrer comme pour prendre parti, je délie et le sujet se dédramatise instantanément. Il n’y a dès lors plus lieu que je l’évoque.
LE BLOG D'OLIVER RYCH
Saturday, August 1, 2026
Monday, April 27, 2026
La lente métamorphose du vivant
Voilà qui ne veut plus rien dire. Toutes les dates sont fausses. À chaque fois, je me dis que cela pourrait rassurer, mais une fois de plus, j’ai évité. C’est un peu comme un entre-deux. Il y a d’un côté tout ce que mon imaginaire a fabriqué et cela qui continue. Des sortes de repères auxquels je suis intimement lié, revenant sans heurt et à partir desquels j’ai l’impression qu’une singularité a réussi à se développer. J’attends toujours quelque chose impatiemment, qu’une certaine logique vienne s’installer afin que les journées ne soient pas trop difficiles à penser. Comme un code de bonne conduite à suivre scrupuleusement. À telle heure, je n’aurais que cela à faire, puis tout se déroulerait. Je ne suis pas certain d’avoir meilleure conscience de l’effet de tout cela dans l’enchaînement des événements quotidiens. Je l’aborde peut-être et seulement pour un autre objectif, pour le coup, — et cela est en effet très clair — certainement moins défini. Une suite de ce que j’allais devenir avait été comme tracée ou conçue par des personnes en qui j’avais toute confiance. Reprendre presque un à un leurs conseils m’enracine dans ce qui fut pour moi un don détourné. De cela, je réactive ce qui me semble encore tellement informulable que je dois adapter la complexité du corps textuel à des facteurs relevant à peu de choses près de la magie, ces éléments issus d’une loi non édictée qui non seulement ont été implantés mais ont toujours le même impact. Si je ressens le besoin de le décrire, c’est en partie parce que j’en constate des conséquences que je n’aurais jamais réussi à prédire, ce qui est, en soi, ce que j’attendais pourtant, le désirant, en laissant faire aux frontières du réel la lente métamorphose du vivant.
Thursday, April 23, 2026
Joseph Andras
Le livre que voici est un croquis d’écrivain. Aucunement de théoricien, de chercheur ou de philosophe. Quelques mots rassemblés après avoir vécu la moitié de notre vie en nous – un nous à dessein enchevêtré, sans permanence, aussi peu clos que ne l’est l’existence. Mais ces mots, au vrai, ne nous doivent rien puisqu’ils doivent tout aux lectures, aux rencontres et aux discussions. À quelques pays parcourus, aussi, qui vivent depuis auprès du nôtre.
Dix ans durant nos livres ont été écrits sous la conduite de l’idée socialiste : c’est d’elle dont il sera essentiellement question. L’idée. La pensée – sans laquelle la pratique s’ensable, et, ça va sans dire, inversement. Victor Considérant, l’un de ses premiers bâtisseurs, aurait dit « l’Idée » avec une majuscule. Elle a pu perdre de son évidence, de sa netteté, de sa droiture. De sa superbe aussi.
Saisissons l’occasion qui nous est offerte pour la dire plus distinctement que nous ne l’avons fait par les voies de la littérature et de la poésie.
Sunday, March 3, 2024
Stig Dagerman
Nous agissons quelquefois sans savoir pourquoi. Ensuite nous sommes étonnés de ce que nous avons fait. Nous pouvons aussi être effrayés. Mais de l’étonnement ou de la peur se dégage une explication de cet acte. Il doit en être ainsi, car l’inexpliqué nous emplit d’une angoisse que nous n’avons pas la force de supporter longtemps. Mais quand l’explication est pensée ou exprimée, nous avons déjà oublié qu’elle est venue après coup, que l’acte est premier. Si nous l’oublions définitivement, parce que l’explication est en accord avec l’acte, c’est parfait. Il arrive pourtant que ce ne soit pas parfait. Il en est ainsi lorsque soudain nous découvrons que l’explication qui nous était donnée est mensongère, que celle-ci, quand les conséquences de l’acte se sont éclaircies à la lumière de tout ce qui est arrivé par la suite, se trouve être un faux selon ce que nous visions au fond de nous-même en agissant ainsi. C’est alors que nous éprouvons une véritable angoisse. Car celle-ci c’est de ne pouvoir se fier à ses propres pensées quand elles sont seules, c’est de savoir que nos pensées mentent, bien que nous soyons nous-même sincère.