La question suprême qui se pose au sujet d'une œuvre d'art est de savoir de quelle profondeur de vie elle jaillit.
Wednesday, December 16, 2020
Thursday, December 10, 2020
Chronique de l'invisible - 340
Et puis tout simplement. De l’amour. Je t’aime. C’était bien sûr possible d’aimer, malgré ses vœux, malgré ceux que j’allais formuler, à la lune, pour expier. Lune parfaite qui me jette du lit au milieu de la nuit. Loin de l’aube et pourtant commencé, éveillé. La cloche, comme cette fois, conclusive. Le ton que je ne voulais pas. Conclusif. Je pensais : « Tiens, déjà les corneilles ». Elles aussi, à la lune se levant. Que je vois doucement décroître, moi aussi. Annonçant. L’image d’un premier amour avec ses propres enfants. Vérifiant chacune de mes mains. Conclusion : « Il n’y a pas de trace d’elle ». Je le traduis dans l’émotion. La même douleur de larmes versées. Une simple lettre. Il fallait en finir avec ces violences. Une manière de les rendre. Ce n’était pas les bons destinataires. Tant de fois révélé. Maintenant que je n’ai plus rien à prouver — puisque la place que j’ai actuellement me convient — je n’ai plus besoin de paraître. Seul en-dessous, jusqu’à la peau, ma couche protectrice est à mon parfum, ma couleur, tel que j’aime être. On n’en saura plus rien. Drôle de personnage, pensera-t-il sans doute. Il devra lui-même lutter contre quelques a priori pour me croire, puisque nous allons le dire ensemble. Credo. Tous les lieux traversés où je suis tant resté m’imprégnant de ce qui s’y était enseigné et pratiqué. La victoire de ce que je vois, j’écoute, je ressens de l’ancien malgré les pratiques arrogantes d’aujourd’hui que je juge trop autoritaires. Il faut laisser venir à soi. Une rencontre, c’est deux entités minimum. Nous sommes donc au même degré de découverte. En si peu de temps, je révèle par le changement ce qui chez l’autre ne change pas. Ce en quoi il ne croit pas. Je viens aussi aider à ma manière lorsque l’autre m’a aidé. Sans surprise, la journée ne se déroule pas comme prévu. Justement. L’imprévu. Dans la mesure où tout doit être régulé autrement. Immédiatement accepté. Ainsi tout passe avec plus de simplicité. C’est fait. Objectif atteint. Quelques secondes de doute. J’ai cru qu’il allait y avoir d’autres exigences. Finalement non. Tout cela me replace infiniment autrement. J’ai couru au sanctuaire, rendre grâce. Là, les réponses sont assez fulgurantes. Pas de pause. Pas de repos. Il fallait juste, pour taire les tourments, régler une formalité quasi administrative. Bon, ce n’était pas que cela. Jouer le jeu. Récit correctement restitué. Bon élève. On s’en souviendra. Le téléphone qui sonne pendant le Credo, la femme de ménage qui arrive en pleine évocation de la douceur des laudes, mes mots tentant de faire part d’une beauté inhérente. J’ai même eu envie de décrire les nuées, mais ce n’est pas le lieu pour cela, ni le bon interlocuteur. Comprendre que je suis éveillé par le lever de lune, que mon émotion est tout entière rythmée, que je la dois aux anges. J’avais raison sur un point. Celui qui n’y croit pas. Lui ou un autre, son avatar, sa représentation. Je savais qu’il me parlerait d’argent. 90 millions de déficit. Oh la la. Je m’en fous. Je suis venu restaurer l’essentiel. C’est fait. Un bon bain de lavande me fera le plus grand bien. Après complies. Dans le silence de la nuit.
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Wednesday, December 9, 2020
Chronique de l'invisible - 339
En fait, c’est tous les jours dimanche. C’est tous les jours la fête. C’est tous les jours l’idée qu’il y a un ordre à jouer, à suivre, à faire suivre, dans l’interprétation intime d’une expression qui, en effet, s’est délicatement écrite. L’ordre des jours, des semaines, d’une année. Terrible confession de l’impossible. J’y mets naturellement un enjeu au-delà de toute imagination. Le plus difficile à avouer. Le mensonge. Cela m’arrangeait bien de dire que je n’étais pas baptisé. Si j’étais resté plus longtemps à l’abbaye avec tant de dévotion, la question se serait posée. Je serai entré dans le même labyrinthe tortueux. Gabriel le saura autrement. Dans nos lettres peut-être. Nous nous sommes dit en nous quittant que nous nous écririons. Je lui raconterai ce que j’ai entrepris. Peut-être. Pour l’instant tout est consigné ici, lieu du non-dit justement. J’ai remplacé les icônes abîmées. Je réattribue une signification à chaque objet. Chaque lieu aussi. Chaque heure que je passe, consacrée. Le récit est prêt, mêlé de faux et de vrai. Il me semble parfait. La réalité est tout autre. Je serai le seul à le savoir. Il n’a jamais été question de tout dire.
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Tuesday, December 8, 2020
Chronique de l'invisible - 338
Des lambeaux de fumée délicatement comme semés sur une terre fertile. Ainsi, dans la beauté de la pensée, retour en soi, pour un retour si bellement accueilli, puisque tout est bien fait, qu’il n’est plus temps de compter, si bellement ailleurs, il n’y a plus d’autre actualité, un dimanche, au repos, je suis autorisé à finir tel que cela doit être, tel que le fait, ponctué de silence, Gabriel en lui-même, tel que nous l’avons appris d’un même autre, d’une même vigilance, d’une même attention, doutes dissipés, cédant avec une grande délicatesse à ce qui fut écrit, ce qui est mien à jamais mien. Les rayons du soleil transperçant les nuages rendent la vue sur Paris admirable. Je viens faire là mon chapelet, m’espérant seul à la chapelle de la Vierge. Mon attention détournée. Une Vierge à l’enfant dans le chœur. Ainsi j’entre par l’allée centrale. Réunis, l’enfant qui tendait les bras, les heures passées en face à face avec le mystère. La messe se prépare, en grande solennité, avec l’archevêque. Ce n’est pas ta place, Baptiste. Relégué près d’un écran géant, derrière. Seul. Presque seul. Face à la chapelle de Marie de la mer. Le soleil à travers les vitraux rend tout merveilleux. Un enfant qui marche à peine passe et repasse dans la lumière. Nous nous saluons. Les enfants voient cela. Un homme seul entouré de chaises vides car on préfère se tasser que d’être là, relégué. L’eucharistie qui se prépare. On se salue. L’enfant avec sa mère. Une autre femme était restée là, cachée. Les larmes viennent, douces, tendres. Béni par l’archevêque alors que je demandais un signe de l’archange Michel, vainqueur des démons. L’archevêque s’appelle Michel. L’eau bénite enfin sur ma tête. Les années d’errance terminées.
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Monday, December 7, 2020
Chronique de l'invisible - 337
La sentence implacable. Refaire et refaire encore. Le détail qui avait échappé. Alors que la journée a été remplie du lever au silence. Tu ne peux pas rater cela, Baptiste. Se confronter à la difficulté. Le corps au bord de ne plus en pouvoir. Et la règle en question. C’est un cumul. Je dois vivre cette différence. Savoir où je suis encore faible. Ce n’est pas le même niveau. Pour invoquer. Atteindre. Mais ce n’est pas non plus atteindre. Comme l’ange. C’est accueillir. C’est au-delà du choix. Au-delà de soi. À la fois admirable et terriblement angoissant. À en oublier tout le reste, la journée, de manger. Au cœur du plus sensible. L’effroyable décalage. Des jours durant, ne laissant rien passer pour créer la profondeur là où tout s’est passé. Ce sera ainsi chaque jour. L’épreuve du corps. Tout devient plus lointain. Ce n’est plus la même notion du temps. La petite voix qui me somme de ne pas oublier. Mais ce n’est pas une voix. C’est une énergie. Je la laisse prendre le dessus.
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Sunday, December 6, 2020
Chronique de l'invisible - 336
Inversion. Renversement. Ce n’est pas faire le contraire pour le plaisir de faire le contraire. Ou de transgresser. J’ai bien conscience qu’il y a des règles communes, des habitudes. À cela s’ajoute une sorte de morale. Peut mieux faire. En effet. Si l’on veut échapper à la question individuelle, pourtant au cœur de tout. Maintenant que la fiction est claire dans mon esprit. Je n’ai plus à postuler. C’est immédiat comme à chaque pas de ma vie. Même pas un strict minimum. Rien. Je maîtrise bien les interstices, quand c’est calme, quand il n’y a personne ou presque, quand on ne l’attend pas. J’aurais pu faire un petit effort, mais je vois tout ce qui me déplaît. Ce qui désacralise, en quelque sorte. Ce n’est pas envisageable. Ce sera facile à raconter. J’ai déjà toute ma semaine. Dimanche, je suis allé me présenter au curé. Vous pouvez compter sur un nouveau fidèle. Il avait l’air heureux. Je participerai à toutes les opérations solidaires, et aux nombreuses quêtes. Puis je suis allé à la permanence d’une association qui aide à loger les personnes en difficulté. Ils ont bien besoin d’aide en ce moment. Je commence la semaine prochaine. En renfort tant que je peux. Au moins un mois. Ils sont ravis. Ma vision du quartier change. On se reconnaît. On s’est vus à. Il était là. Tous les jours. De temps en temps. Aimable, alimentant la conversation, toujours prêt à aider. Tous les matins, laudes à la basilique, qu’il pleuve ou qu’il vente. Dans quelques semaines, messe en famille. L’ancien temps inventé, retrouvé. Et tout ce que je ne dis pas, l’essentiel, le réel, n'appartiendra qu’à moi.
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Saturday, December 5, 2020
Chronique de l'invisible - 335
Il n’y a pas mille objectifs en ce moment. Il n’y en a qu’un seul. Fini les pollutions visuelles et les programmes générés par des robots. Quatre livres pour une autonomie qui me convient. C’est mon office divin. Chaque heure une recherche, un travail, des choix à prendre, des décisions à distinguer. Ici, c’est moi qui officie, je l’espère, dans les règles de l’art, après une pleine immersion. Gabriel apparaît dans les mystères. Les antiennes. Celui qui est venu m’accompagner. J’irai jusqu’au bout avec lui. Je devais être de ces temps anciens, lorsqu’il s’agissait de ne pas juger. De ne pas faire semblant non plus. Au sujet de la haine. Je l’avais pressenti. Un décalage. Dans l’ordre du temps. Cela me semblait inévitable. Pour certains, ce n'est qu’une question d’horaires. Pour d’autres, c’est tout l’intérêt que nous portons. Ce n’est pas très complexe. Quelques heures seulement. Tout cela me semble mieux équilibré et mieux proportionné. L’effet sur le corps est réel. Impressionnant. Traversant une forêt avec légèreté. C’est si loin. Je ne sais même plus comment c’était et si cela reviendra. Ce n’est pas le moment d’y penser. Chaque chose en son temps. Lieu du secret. Que c’est bon. Parfois, je me dis que cela pourrait coïncider parfaitement. Mais je me fiche de la performance. C’était si beau le jour où je suis parti. Je pars aujourd’hui. Nous nous sommes dit que nous nous aimions. Garder contact. À bientôt. Chemin d’un retour admirable. L’écriture avec le paysage. Les plaines. Le crépuscule. Autour de moi tant d’autres vies. Les habitudes conservées. À la maison. Reproduire. Les mêmes heures que lui. Lui dans chaque pensée. Au quotidien. Les mêmes gestes. Mon royaume, établi. L’enfant qui tend les bras. Je n’ai pas pu lui expliquer tout cela. Il fallait du concret. Du concret. Dans le bois sacré. Dans toutes mes errances. Un nombre d’années qui ne peuvent se compter. L’attrait du surnaturel. Croire que c’est bon. Qu’on y est. Le détail qui m’a fait tilter. Trop d’argent encore. Il faudrait que cela coûte, que je paie, alors que cela ne coûte rien. Éloignement immédiat, radical. Le pendant d’un roman achevé peut-être. L’enracinement. Maintenant la terre, la joie, parce que tout est parfait, à l’unisson du désir.
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Friday, December 4, 2020
Chronique de l'invisible - 334
Le vrai et le faux. Il faut dire que la réalité n’est pas toujours très sexy. Autant mentir. Se retrouver dans un fauteuil, en vis-à-vis. Racontez-moi. Et pourquoi et comment et avant et après. Il fallait des personnes, des faits. Au début, cela commençait plutôt bien. Il aurait peut-être fallu éviter l’aspect je note je note, sur une feuille, qui finira dans un dossier. On adore les dossiers. Administration du vivant. Des preuves. Sauf que j’ai bien vu où cela n’accrochait pas dans la conversation. Ce n’est pas faute d’avoir été clair. Sainte Hélène, ora pro nobis. Mon garant pour de nombreuses années encore. Glisse, glisse, vers la fiction. Car elle est là, la fiction, dans le réel de la vie. Et cela n’est pas une question de vrai ou de faux. Tout est vrai. L’abbé, lui, avait assimilé cela d’une manière absolue. Pas d’interrogatoire. Pas de vis-à-vis dans un fauteuil. L’expérience seule. Les mots qui viennent de l’ange, le véritable, la vérité. Et maintenant. Pas d’autre manière de le dire. Tout cela continue. Avec les erreurs, les troubles, les tourments. Il faudra aller vite. Il y aura deux trois traits de caractère jugés étranges, originaux, singuliers. Il ne le sait pas quand je quitte son lieu de vie. Il n’a aucun moyen moderne de me joindre. Il faudrait, à l’ancienne, chercher dans l’annuaire, écrire. C’est moi qui l’oblige. Je crois que j’ai frappé à la bonne porte. Au sommet de l’état. Cela ne servirait à rien de passer par les caniveaux. C’est ainsi qu’on obtient. Feuillette ton agenda en faisant mine qu’il est très rempli. Je sais qu’il n’y a rien. Cela se voit aux livres qui tapissent les murs. Et moi tout à coup (j’adore cette étape toujours), je ne serai plus disponible. C’est ce qui me plaît avec les métaphores. Radicales. Rapides. Trois jours par semaine. Ceci ou cela. On inventera. Et une ou deux chouettes rencontres. Un endroit bien choisi. Je passe devant tous les jours. Je sais ce qui s’y passe. Les gens attendent. De nombreuses heures. Un bénévole leur fera beaucoup de bien, surtout en cette période. Je commence jeudi prochain. J’ai déjà reçu plein de documents que je potasse jour et nuit pour être prêt. Et j’ai contacté les camarades du parti pour faire avancer les dossiers plus vite. Ils sont bien implantés à la mairie. On ne favorise personne. C’est juste que parfois on a une fâcheuse tendance à laisser en suspens, en attente, les fameuses commissions, puis les cas s’accumulent, on sélectionne un peu au ressenti. Nous, on demande des critères simples, on suit les cas du début à la fin. C’est une forme d’efficacité non seulement à laquelle j’adhère mais à laquelle je participe sans compter dès que je le peux. Pas de discrimination relative aux conditions initiales. Seul le besoin préside. Et tout le monde y a droit. S’il n’y a pas assez d’argent, on va le chercher là où il y en a. La force, c’est l’autonomie sur le terrain, l’autonomie des sections, le respect du choix et des décisions. Tout est voté. Je n’ai rien révolutionné à mon arrivée. Il y avait surtout besoin d’aide. J’avais du temps. Faire ça ou autre chose. D’abord quelques jours par semaine. Puis seulement une fois. Le jour est consacré. Tous les jeudis.
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Thursday, December 3, 2020
Chronique de l'invisible - 333
Puis, j’ai trente minutes selon la durée du premier office. Je me renseigne au sujet du saint ou du martyre commémoré du jour. Époustouflante convergence. Des noms, des fonctions. Celui qui tient aujourd’hui le lieu où je me suis effondré, qui fut lié à un combat mortifère. Celui qui porte fonction et nom du père. Celui sous le règne de qui je suis né. Vie terrestre. Vie matérielle. Est mort. Le temps d’une longue douche. Je m’octroie un espace assoupli. Repense à quelques premiers textes. Au nom du père. J’avais imaginé une confrontation, inachevée. Je dois relire cela. Le réintégrer. Car l’omniprésence ne peut pas être ignorée. En plein aussi dans Joyce repris et retrouvé. « Never see him again. Death, that is ». Derniers mots donc, l’inachevé. Une question. Il m’attendait. Je mesure le chemin parcouru, la transformation d’une certaine forme d’élégance. Pour moi, rien que pour moi, l’amélioration du style aussi. J’avais besoin que la scène soit concrète alors que cela concernait la dimension de l’esprit. Aussi je ne m’étonne pas de m’être trompé à cet endroit. Je viens y faire, au contraire, tout autre chose.
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Wednesday, December 2, 2020
Chronique de l'invisible - 332
Et maintenant, alors que je pensais une autre forme d’ampleur, c’est un accès à la profondeur. Autonomie du livre, des livres, de l’écriture et de sa restitution, en temps et en heures. Les « petites heures » ne sont pas nos quarts d’heure. Cloche peu avant de se retrouver. Toutes les trois heures. Je ne sais plus. Dans l’intervalle laissé à soi, j’écris, je travaille, je me promène, je me repose, je m’occupe du quotidien, je prie. La douceur est celle du chant. Les mots ensuite ne se fixent pas à la manière d’une leçon. Les rencontrer eux aussi, des personnages à part entière. C’est tellement différent lorsque tout n’est plus qu’à composer, si heureux que cette première semaine m’aide à mieux m’y retrouver. Je n’ai plus l’impression de m’adapter à la technologie. Celle-ci n’est déjà qu’une translation, sans âme, sans sensibilité. Les livres du temps sont eux emplis d’esprit. Ce sera simple. Le plus grand pas a été fait. Ma pénitence, je la vis actuellement. Sur le bord d’un fleuve, les mots ne viennent pas. Ils ne venaient déjà plus. Ce n’est pas fait pour être partagé. Pas comme cela. Deuil depuis longtemps concrétisé. J’ai tant pleuré. Nous pourrions être des ombres les uns pour les autres.
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Tuesday, December 1, 2020
Chronique de l'invisible - 331
Je n’imagine pas. C’est plus simple. Juste le réel. Les signes d’une présence. L’évidence, maintenant. Mettre fin au tourment. Le réel. J’ai deux jours pour me préparer. Il m’avait dit : tu verras, un jour il te le proposera. Si tu te sens prêt, Baptiste, je te laisse officier. Personne ne faisait comme lui. Chacun était différent. Une seule règle : l’ordre. Un seul respect : le silence. Observer le silence. Cet abbé avait décidé de dire les psaumes en français avant de les psalmodier en latin. Chaque fois, on apprenait, à traduire, à interpréter. Proche du micro, il se mettait parfois à chuchoter. Effet théâtral. C’est ainsi que l’on faisait avec lui. Ce n’était pas grave de se tromper. Le cantique, pas le bon. On en riait aux repas, discrètement. Les boucles du temps, au rythme de la vie, des émotions, accordées aux luminosités du ciel, à l’humidité de la terre, aux pierres de la chapelle, au saint fêté, invoqué, à la solennité, au commun. Gabriel s’amusait de me voir me préparer, fouillant dans les livres, révisant mes tons, ma prononciation du latin. Je ferais les trois « petites heures » de la journée. Le même hymne avec des paroles différentes. La même antienne pour trois psaumes. La même prière.
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