Tuesday, August 18, 2020

Chroniques de l'invisible - 226

Cela pourrait me plaire longtemps, cette suspension. Je ne peux me défaire de la conviction que c’est une savante conception. Cela doit pouvoir exister en dehors de tout autre sans jamais affaiblir le lien social. Il faut pour cela avoir une perception différente, intime, de l’événement qui structure un jour, justifie une présence au monde. Sinon, nous ne serions rien aux yeux des autres, supposés ennuyés, dépressifs. Pourtant, c’est bien là que je me situe, n'espérant rien ou, au contraire, croyant en tout. Ôtant tant que je le peux la possibilité d’être comme allié aux esprits programmés, je libère le champ, je repose chaque fois l’exigence. S’il y a à cet endroit une nécessité, je prends l’option du silence et de ma propre exploration, quitte à devenir l’insaisissable, à en être en partie le facteur principal, comme un thème revenant, un chant d’oiseau, un paysage inchangé, le même désir qui s’est implanté par divers moyens dont l’écriture transporte le sens avant tout à l’intérieur de mes propres mystères.

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Monday, August 17, 2020

Chroniques de l'invisible - 225

Un peu comme un devoir de vacances, faire dire tout et son contraire à partir de trois quatre données récoltées. C’est une manière d’occuper le devant de la scène. De mon côté, j’éprouve un autre besoin répondant à ce qui se présente spontanément alors que viennent de se coordonner des images anciennes avec ce mal rongeant dont la forme est intacte. Ainsi, la matière profonde se malaxe. Je ne saurais pas dire où se placent les priorités. De toute évidence, quelque chose se prépare. Pour y arriver, il faut ce retour aux heures passées, les vivre comme elles se révèlent, venant frapper l’esprit. Je me souviens de la dernière fois. C’est de cela qu’il est question. Entre les fois. L’événement qui se répète invariablement. C’est la bonne période pour interroger justement comment s’en prémunir, savoir si c’est nécessaire, d’ailleurs, de le contrôler, de l’éviter.

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Sunday, August 16, 2020

Chroniques de l'invisible - 224

Je m’en remets tout simplement à ce qu’il y a de plus sensible, là où aucune interprétation n’oriente ou ne déstabilise la pensée, à cet ordre qui s’est naturellement imposé et à qui je dois de me voir dans le miroir de l’âme. J’aurais pu me choisir un autre personnage et surtout, avoir livré ce choix au début d’une découverte aurait pu me conduire vers plus d’abstraction. Cela devait m’arranger qu’il en soit ainsi, de partir de là, d’avoir des figures protectrices, domaine privilégié se concordant à un autre, créant d’autres désirs, revenant au plus simple, à une sorte d’origine. Je me promettais d’en dominer la substance comme si à moi seul je pouvais correspondre et dompter ce qui meut au rythme des siècles. Cela s’est tout de même considérablement ouvert, apaisé, malgré ces écarts parfois douloureux ne résistant pas au fait que cela n’aurait aucune importance. C’est tout le contraire, je dois l’avouer. C’est sorti du plaisir, à se forcer jusqu’à souffrir, de ne pouvoir dormir, de se lever le crâne dévasté. Tout cela n’est pas fait pour comprendre mais pour agir. Les sensations témoignent. Ce n’est pas qu’un hasard. Le devenir merveilleusement incertain si ce n’est qu’il est porté par la rigueur, muté par la fantaisie, produisant avec le réel l’objet d’une compréhension.

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Saturday, August 15, 2020

Chroniques de l'invisible - 223

C’est assez rassurant de se dire qu’il y a désormais quelque chose de réellement nettoyé. L’application du désir au jour le jour n’est pas si simple. Cela réclame du travail, du labeur. Ce n’est pas donné. Bien sûr, la tentation est toujours présente. Je regarde bêtement passer les heures. Pas d’inquiétude a priori. Ce nouvel état finit par me convaincre. De toute façon, c’est un peu simplifié, je ne prévois plus rien. J’aimerais que les questions se posent autrement. Ce n'est plus seulement la durée. Le contenu vient se greffer surtout lorsque je recommence encore, lorsque je travaille cet acharnement à tout remettre à plat pour sentir ce qui se mobilise à nouveau. Tout revient avec exactitude. J’aime très certainement cela sans modération. Je ne sais si je retrouverai ce qu’il reste des pensées alors que je m’efforce justement de presque rien en dire. Je constate seulement que ce que j’applique à mon quotidien produit un effet réel sur chaque geste. Ce rendez-vous que je me force à tenir, par plaisir, me place face à mes contradictions. Je pourrais passer tout de suite à autre chose. Personne n’attend rien. C’est la bonne période. Je m’habitue assez vite au changement. L’idée serait de ne pas s’embêter, de ne pas s’alourdir de procédures, du réel uniquement, à fleur de peau. Il n’y a décidément pas de procédure avec notice. C’est un engagement. Il fallait la nuit pour le penser. Et le silence. Ce n’est pas le vrai silence. Cela existe rarement. Des gouttes. Un bruit de moteur. Une pendule. La rue. La ville. La chaise qui grince. Chaque objet déplacé. Et mes inspirations, légèrement hâtives. Je voudrais être après déjà, être dans ce qui n’est pas possible, lorsque l’on fouillera cherchant à comprendre. Il y a forcément un ordre. Ici, c’est facile, il y a des dates. Mais là-bas. On ne sait pas de quand ça date ni à quoi ça servait. Un passetemps. Comme des mots croisés. Sauf que c’est plus difficile. Personne n’a rien préparé. C’est le dénuement total, la statue de marbre que l’on regarde pendant des heures récitant le rosaire en latin. L’auto-ordination. Dans le doute, je préfère mettre tout en œuvre. Et ne plus avoir à prévoir quoi que ce soit.

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Friday, August 14, 2020

Chroniques de l'invisible - 222

Cela s’applique tranquillement. Ces courtes scènes étonnamment précises avec une part dynamique de la réalisation. Il n’y a rien à juger, une vie parmi d’autres, et depuis que je n’en suis plus à vouloir influencer qui que ce soit, je savoure. C’est la même surprise à chaque fois, le même envoutement, hors de toute échéance, lorsque tout s’anime comme une flamme éternelle, de ce don que j’ai reçu et que je suis allé cultiver, toujours plus loin, plus en profondeur, pour les pensées qui défilent venues perturber la concentration nécessaire, sinon c’est le même effroi, au même endroit, ce même code laissé un jour pour qu’un autre le découvre et comprenne qu’il ne faut pas le dévoiler mais continuer à œuvrer pour qu’une même matière au fil du temps soit au degré d’une véritable nature humaine, avec les arbres, avec les océans, avec les pierres.

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Thursday, August 13, 2020

Chroniques de l'invisible - 221

J’avais besoin de cela, dire non, rester pour le moment dans ce que j’élabore, comme étant à tâtons dans le silence d’une nuit plus longue que les autres. Oui, c’est mentir. Je mets encore du temps à me l’autoriser, mais je le fais. Je vois bien que l’autre n’est pas dupe. On dira ce qu’on veut. Je n’ai pas besoin de me retrouver dans ces tissages sans devenir, voir ce que je ne supporte plus au prétexte que nous aurions été l’un pour l’autre des apports ou des supports essentiels. C’est vrai. Je dois beaucoup à tout cela. Presque tout. La reconnaissance n'est pas suffisante pour un nouveau sacrifice ou une simple concession. Je vois d’ici la journée, ou plutôt, je me souviens du malaise qui pourrait se répéter. Pour l’instant, je n’ai pas atteint le désiré d’un point de vue du calme nécessaire. Il faut peut-être des années. Je ne les aurai pas, alors je place l’œuvre du temps sur quelques gestes du quotidien auxquels je m’attache peu à peu. Une décision peut déclencher de nombreux états. Cela ne s’adresse sans doute pas à la bonne personne. Ce n’est pas grave. Je dois penser ce nécessaire besoin d’un tronc inébranlable, un gage de maintien. J’ai pourtant très rapidement tout explosé. Ce ne pouvait pas être qu’un seul, comme ce refus du culte mais j’y étais attiré par une force contraire, négative, dont je sens l’alerte. Il n’y a rien pour la rassasier. Je dois réussir à stabiliser pour mettre à profit cette expérience. Cela ne peut pas être inchangé. Les mêmes regards pour redevenir le même, tête baissée, face à l’insoutenable. Être en présence. Faire resurgir. La passion d’un récit, lorsque les larmes coulent de voir un personnage disparaître à cause de la règle qui s’applique encore. J’aurai eu cela pour moi, rien que pour moi, voyant vieillir, m’obligeant à refaire, un moyen d’envahir mon propre domaine, sans obligation. Il n’y a rien à comparer, la fracture est trop grande, et pourtant je continue à jouer un rôle lorsque l’on me le demande. Je n’arrive pas à croire que c’est à moi parfois que l’on demande conseil, moi qui suis dans cette quête permanente, qui n’arrive à fonder aucune histoire malgré les heures passées pour apporter un moyen d’action relativement efficace. Puisque je suis dans cette voie, engagé, dégagé, je dois me tenir à cette rigueur. Jusqu’à ce qu’il se passe un événement à l’intérieur des mots. C’est l’extrême qui doit répondre à cela. Aller au bout pour continuer de libérer.

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Wednesday, August 12, 2020

Chroniques de l'invisible - 220

Ou justement, en fait, ce qui se passe, c’est qu’il n’y a pas de preuve. Pas de preuve que cela existe. Je le disais un peu naïvement. À travers le corps textuel qui s’ornemente désormais de tout ce qui a été assimilé depuis qu’il gouverne le calendrier. Oui, d’une certaine manière, c’est un challenge, une vision qui s’alimente sans frais. Je n’avais ni besoin de rester ni besoin de partir. L’orientation devenue naturelle. Il est question de faire le tour complet d’un cadran imaginaire où s’aiment les aventures et parmi elles les personnages.

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Tuesday, August 11, 2020

Chroniques de l'invisible - 219

Je n’avais pas envie de lutter contre cela. Je me suis dit : quelques minutes seulement. L’option qui s’est enclenchée sans que je le gouverne vraiment et qui a pris corps, fait sa vie, l’une de ces autres vies, en moi, dont je dois très certainement avoir honte. Je n’ai plus à me demander si ces faits sont réels. Ils le sont autant qu’ils l’ont été. Me mettre en attente après cela ne me surprend pas. J’élabore sans doute les scénarios du mensonge. Il faudra bien trouver une excuse. Ce n’est pas de ma faute. Croire que cela n’agit pas serait un leurre. Je pourrais déjà dire ce qui change, la précision de l’instant. Cependant, je ne sais pas pourquoi, j’ai comme besoin d’une preuve. Ou que ce qui se passe fasse preuve.

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Monday, August 10, 2020

Chroniques de l'invisible - 218

Retour à une forme d’origine, à l’instant d’une première fois, justement, où j’ai souhaité en savoir un peu plus, jusqu’à ce que tout s’emballe, non parce que je ne contrôlais pas, au contraire, même si cela n’a rien d’immédiat. Entrer, pour une fois, sans avoir peur. J’ai eu l’occasion de comparer des lieux. Cela confirme ce qui m’habite et qui ne fait que naître. Investir, c’est aussi humainement. Je veux que chaque pas compte, en faire mémoire dès le premier jour. Je sais que cela ne parle que de moi. C’est cette première étape si profonde, ce moment où il faut se décider à ne pas mettre sur un piédestal, personne, ni soi ni personne. C’est tellement difficile.

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Sunday, August 9, 2020

Chroniques de l'invisible - 217

Je retrouve cela, de l’avoir à mes côtés chaque matin, au réveil, la chaleur rassurante des premiers mouvements de la conscience, encore rêvée, le grand sourire, le lever sans heurt, et ce qui s’est institué sans le dire, que les premiers mots soient ceux d’un roman, comme les derniers d’ailleurs, pour lier ce qui avait été construit par un autre et ce qui se construit, lorsqu’il faut refaire le paysage, se souvenir des personnages, sans transition, d’une beauté à l’autre, et faire partie ainsi d’une mémoire éternelle. Nous ne saurons jamais ce que cela signifie, et pourtant, ce n’est que du reconnu. Une même impression, retrouvée, quand moi-même je serai de retour sur ces frontières, entre deux livres, à la fin d’un cycle, au début d’un autre, calé merveilleusement sur les horaires et les orientations lunaires.

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Saturday, August 8, 2020

Chroniques de l'invisible - 216

J’essaie. Ce n’est pas simple. De minimiser. L’impact. J’étais si heureux. La méthode, agissante. Vide tout à coup. Je sens ce qui manque, sans les mots, toujours, ce qui manque véritablement. J’imagine l’autre versant, me voir arriver, différent, le premier et le dernier que j’aurai vu. Ce n’était pas autre chose que de l’amour. Une première. C’était la première fois. Ne pas dire et tester uniquement, au fur et à mesure des rencontres, hasardeuses puis de plus en plus contrôlées, jusqu’au déversement. Il fallait aller jusque-là, faire vivre la première fois, qu’elle constitue la base de tout, la pierre qu’il avait manquée depuis le début. « Tous les soirs, j’y pense. » Tous les jours. Me plaçant là où il n’y aura aucune limite. Lorsque je contrôle cette part de moi, que je l’offre consciemment, reçue dans les tourments de la vie. D’abord l’incompréhension. Ça existe. Puis la suspicion. Ce doit être un piège. Puis l’accord, l’harmonie. Cela se lit dans les regards, le monde autour ne fait que coexister. Nous n’aurons le droit qu’à une seule fois. Première et dernière. Pour toute une vie. Apparition sans nostalgie. L’autre versant est peut-être un héros. C’était là qu’il fallait se rencontrer. L’oiseau de la prudence se met à crier.

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Friday, August 7, 2020

Chroniques de l'invisible - 215

Je ne voudrais pas que cela arrive alors que c’est cela que je suis venu fixer, lorsque d’une certaine manière, sans prendre en compte mon état initial, je coordonne, les informations du connu, celles de l’unique ressenti, pour me rendre compte, apprécier, voir apparaître et disparaître, tel que je suis, emportant avec moi le strict minimum et composer. J’ai comme un rendez-vous à honorer, me demande comment il est possible que j’en fasse un domaine, en déduis qu’il faut être prêt à recevoir, puis comme toujours, je ne juge pas, c’est ce qui se passe pour moi et peu à peu j’ai de plus en plus de lieux de moi dont je ne témoigne plus. Sur les aspects nouveaux, je laisse faire et me décide pour la confiance, m’amusant que cela n’est pas si simple puisque c’est moi qui place, déplace, ou ce qu’il y a en moi, d’inconscient. J’écoute passivement ce que je trouve inadmissible, ce qui me fait me méfier, m’éloigner, à croire que je me suis imposé une formation intensive contre la perversion, cette manière de vouloir lier, revenir sur de soi-disant intensités qui seraient exclusives. Je ne suis pas exclusif. Il y a de l’intensité en tout ou en beaucoup. Je pourrais m’en moquer, adopter ce mode de fonctionnement. Je pourrais le dire aussi, insérer une contradiction, mais cela prendrait du temps sur ce que je juge essentiel, être là par exemple, travailler cette présence. Ce qui m’a interpelé, ce n’est pas que cela parlait de moi (cela aurait pu parler de tout le monde), c’est la question du poids, que j’étais face à une décision, entrer dans la matière avec délicatesse et presque sans conséquence sinon un retour permanent à la pacotille, au petit budget si on veut. Au fond, cela me demandait si j’étais prêt, aussi, à en assumer les conséquences. Bien sûr que j’étais prêt. D’ailleurs, j’ai très peu hésité. Je désirais ce type de rencontre se trouvant naturellement après une expérience forte. Il y avait un accueil à tout cela. Je l’ai senti. Ce n’était plus que de l’investissement. Pour cela aussi, je suis prêt. Je connais même des phases de surinvestissement. J’ai toujours été bon élève. Faire plus, plus tôt. Plus longtemps. Sans relâche. Jusqu’à l’épuisement et jusqu’à l’isolement. Fonder à partir de cette solitude, pour renforcer tous mes domaines d’exploration. Je dois saisir, non au plus vite mais au mieux, au mieux pour ce que je pense tout à coup important. C’est un contact avec les dimensions de l’espace et du temps, où nous sommes tous, correspondant.

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Thursday, August 6, 2020

Chroniques de l'invisible - 214

On ne parle pas des morts, on ne les compte pas, pas vraiment, les vrais morts (il n’y en a pas de faux mais il y a ceux qui ont le droit à leur photo), les supprimés. Tout cela se brasse en moi. Je viens faire équilibre, du jamais vu, surprenant dans la bataille quotidienne, presque tout change sous les yeux, le paysage, le temps, les personnes qui le constituent. « Il n’a jamais fait ça », parce qu’il n’a jamais été, maintenu alors qu’il ne ressent plus rien. C’est un outil, pas un remède. Il ne fait pas basculer. Je pense à ce que j’ai laissé, que je n’ai plus. Le lieu du retour se purifiant. Je prends ces fragments pour ce qu’ils sont. Ils se reconstitueront dans l’indépendance. L’œuvre s’imprègne. Je le sens quand la chaleur se concentre. Le sujet abordé revient. Je ne l’expulse pas de la même manière. Je deviens plus exigeant. Cela ne peut pas être sur un étalage de marché, bradé, 10 euros les trois, avec le symbole qui à ce stade n’a aucun effet. Ce que j’apprécie, c’est comment le corps textuel mobilise et communique. Cela ne peut fonctionner que si je viens aussi régler ce qui se soulève en moi. C’était là et j’étais submergé. Tout me paraissait immense. J’étais le seul devenu, le petit point dans l’univers. Je venais faire travailler la proportion et aujourd’hui je viens vérifier à quel point je suis un autre, même si, je ne suis pas dupe, ce n’est pas le bout d’un chemin. Je réalise que l’impact est dans la mémoire, ancrée, c’est même un autre paysage. Celui de la mémoire est plus désolé. Plus oppressant. Il faut dire que j’étais seul, et maintenant il y a foule. Je suis clairement de l’autre côté de la rive.

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Wednesday, August 5, 2020

Chroniques de l'invisible - 213

Revoir ce qu’on aurait pu être. Drôle d’affaire. C’était plus fort que moi. J’avais beau me dire que l’espace de liberté était la seule voie pour former voire structurer l’idéal, je bloquais. D’une certaine manière, j’exigeais, que cela soit différent avec moi. Une voix me criait « laisse venir, laisse venir », mais je n’y arriverais pas. Abattu, j’allais abandonner, puis c’est l’autre sens. « Tu sais que cela réclame beaucoup et pourtant tu refuses. Tout sera détruit. » C’est vrai. Je voulais détruire. Ça, c’est l’intention première. Qui plonge dans chaque geste, chaque parole, jusqu’à se faire de plus en plus discret, faire croire que c’est le contraire, logique, naturellement, on ne veut pas détruire, on n’est pas de cette graine-là, on passe pour le bon samaritain, on prend une autorité démesurée, un appel à la glorification.

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Tuesday, August 4, 2020

Chroniques de l'invisible - 212

Le chemin de Lana, presque un mot-clé désormais, pour se souvenir. Il n’y aura rien d’autre, à part l’exactitude d’une sensation de ce qui ne pouvait qu’arriver, sans surprise, l’enfant que je rencontre, bavarde, qui me donne la direction, m’accompagne dans la quête. C’était presque rien, et pourtant si fort. Je ne dispose pas par hasard. Cela me réveille la nuit. Toute crainte évaporée par l’autre temporalité, celle qui se veine. Me voir devenir si délicat avec tout cela. On s’apprivoise, on communique. Celle qui parlait d’aventure. J’avais les yeux écarquillés, puis j’ai plongé, puis j’ai douté. La confiance a gagné. Puisque tout se prépare. Ainsi, je devais apprendre que cela n’est pas instantané même si les premiers effets ont été douloureux. Préparer une possible attaque. Coup de poignard en plein estomac, et le vertige ensuite. Je reste debout. Je ne plie pas. Je subis ce que je dois subir. Je ne reste pas. Il y a ce qui me concerne et ce qui ne me concerne pas, ce qui ne regarde qu’un autre. Alors, je pratique la mise en œuvre dans ce ciel qui me fait perdre tous mes repères, comme à l’envers. Je ne vois pas l’abrupt qui me met en danger et je me perds, je prends un risque, esprit combattant, jusqu’à tout oublier. Je suis seul et je trace, à nouveau déconnecté. La période est loin d’être achevée. J’en mesure l’impact sur toutes mes vies. Et sans rien forcer grâce à tout ce qui est clair dès la première fois (ne jamais rater la première fois), tout s’enchaîne miraculeusement.

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Monday, August 3, 2020

Chroniques de l'invisible - 211

Tout de suite, je me dis : ça fait mal. Puis : ça va faire mal. Ce n’est pas ce à quoi je m’attends, miraculeuse énergie telle une baguette magique. Je n’étais pas non plus en mode express ou ne croyant qu’à cela, à cause de ce que je dois détacher de l’esprit, dans l’esprit. Où il n’y a pas d’esprit, peut-être. Impossible. Moins d’esprit. Prétentieux. Un autre esprit. Il n’y a qu’une vie. La part d’un moi inexploré, une clé pour maintenant, cette période, ce moment, il n’y a qu’à constater ce qui s’est produit sans que je m’en rende vraiment compte, préparation de l’essentiel, comme je le fais toujours, laissant agir le plasfectif. Ce que j’emporte, donc, et ce que je laisse. C’était hors de portée, de regard, rangé la veille pour le lendemain, une pause nécessaire, un second volet, le temps que les nouvelles sensations forment et que ce que je comprends soit comme un fluide, nature de tous les sens, du plus subtile, je dois entrer dans la matière puis la matière diffuse, c’est de ce moi accompagné, une sorte d’éponge de l’âme, cela communique, il n’y a aucune dureté. Et puis la crise. Ça fait mal, les muscles tremblent, à chaque inspiration la tête manque d’exploser. Je sors. Le « parmi eux » revient. Parmi eux, quand je me sens en danger, rue, jardin public. Si je tombe, on me ramasse. Pourtant, je le sais. Je sais qu’il ne sert à rien de paniquer. La panique gagne quand-même. C’est déjà arrivé. C’est la même sensation. Je n’avais pas les moyens de contrôler. C’était le corps tout entier. Je croyais avoir fauté. Je devais m’excuser, me faire pardonner. Quelle puissance que cette morale. À genoux, supplie-moi. Non, cette fois, pas de genou à terre, pas de morale à respecter. Tout cela vient s’arracher. Ce n’était pas fait encore. Il croyait l’avoir fait le premier jour, mais ce n’était pas encore fait. Partir pour maintenir. Comme j’étais malin ! Revenir pour garantir. Respect ! Jamais loin pour la vie. À deux doigts de tout dire. Si j’y repense. Au Marin de la Roche. De la roche à la roche, à la source pure, je prends le risque, je fais le choix, je fais le tour, je consulte les étoiles, sorciers, chamanes, curés, tout y passe. Tout tremble encore. La nausée puissante. Tout peut changer et disparaître en quelques secondes. La même première leçon : le deuil. Il le faut immédiat. C’est la première épreuve. L’épreuve du deuil. C’est réactivé, violemment. Tout hurle en moi. Pas ça. Pas maintenant. Pas le pire maintenant. Et pourtant, c’est ce qui se passe. L’évidence sous les yeux, mains vides, tout ce que je suis venu là révéler, libérer. Cela ne va pas dans les deux sens. Je n’ai aucune joie de le retrouver alors que je croyais tout perdu. Tout perdu. Tu vas un peu fort. Si c’est ce que je considère. J’imagine la terrible soirée. Tout ce que j’aurais raconté. J’en parlais encore la semaine dernière.

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Sunday, August 2, 2020

Chroniques de l'invisible - 210

Et pourtant, je ne sais si c’est la nécessité de l’écriture ou la curiosité, j’ai besoin de m’y voir ou aussi de les voir ou aussi qu’ils me voient, que je sois un parmi un autre, puis je me visualise, ça ne fonctionne pas, je n’entre pas, pas maintenant, pas pour ça, pas pour eux, il y a, c’est vrai, quelque chose de plus calme, il faut refaire la terre, l’irriguer, ne plus rien concevoir d’autre et se laisser conduire, comme envahir.

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Saturday, August 1, 2020

Chroniques de l'invisible - 209

C’est une présence si douce. Je ne veux pas la brusquer. Je veux voir tout de même ce qu’il en est, où j’en suis, non pas déjà mais pour dire que cela ne peut pas être brutal, je m’imagine en train d’arriver au bureau. « Oliver Rych, dans mon bureau. » Ça peut attendre. Attendre que je sois disponible et disposé. De toute façon, je vois bien que ça ne s’arrête pas. J’aime avoir et avoir plus, en avoir un puis douze. Cela ne me rend pas étranger au système. Pour les imprévus. On pense souvent aux catastrophes. J’ai fait cela avec tant de soin. Par étape en quelque sorte. Pierre par Pierre. L’édifice prend forme. Je ne sais pas d’où ça vient. J’aime les châteaux. Comprenant ce qui se produit. Sans surprise, ce ne sera pas rapide, et cela me convient de l’apprécier. Je n’aime pas quand cela va trop vite. C’est qu’il n’y a pas de terre, de matière. Construire soi-même son temple. Cela aussi me convient bien. Il n’y a rien qui existe et qui puisse m’emporter totalement à cause d’une barrière inventée que je nomme « culte ». Là où le culte commence, je m’arrête.

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