Monday, August 31, 2020

Chroniques de l'invisible - 239

Des gens normaux. Rien de spécial. Ni beaux ni moches. Hors du canon des séries télé.

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Sunday, August 30, 2020

Chroniques de l'invisible - 238

Il n’y a pas vraiment de raisons à tout cela. Ce qui me semble évident n’a tout à coup plus lieu d’être. Peut-être que je veux concentrer. Un effet secondaire, un après-coup. Si loin du début. J’ai comme l’exemple à ne pas suivre qui s’incarne, où pourrait s’intégrer une forme de débat, d’apport de connaissances, où des sensations vives se coordonneraient. J’accepte d’aller sur certains terrains du commun, jusqu’à une certaine frontière, surtout lorsque je sens qu’il y a un autre besoin qui s’exprime, comme se place dans un domaine où nous serions en attente, être dans l’exploration. Cela m’intéresse et je l’écoute mais je précise avec plus d’acuité ce qui ne se partage pas. Je n’ai sûrement pas envie que cette période soit achevée, me promettant dans ces lignes que cela peut continuer. Il ne faut pas se retrouver débordé, ne pas laisser installer le désordre. Je n’ai qu’un seul repère temporel pour le moment, un seul fiable, lié à une sensation physique, à mon regard aussi, ainsi que mon touché. Pour en avoir d’autres, il faudrait que je sois plus assidu, que je note des détails par exemple, lorsque parfois je me décide, presque chaque jour, parfois juste une fois et le chaque jour reste en projet, alimentant des doutes sur ce qui me porte jusque-là. Puis il y a l’échéance. Je me l’impose violemment. L’essentiel a tenu mais le projet a changé. C’est que le désir d’un changement de forme est plus fort. Ce n’est pas que ça s’arrête. Ça se reporte en quelque sorte. Cela ne provoque aucune angoisse. J’y pense. C’est tout. J’y pense en ce moment même. Je ne veux pas oublier mais je ne veux pas faire de listes pour autant.

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Saturday, August 29, 2020

Chroniques de l'invisible - 237

Ce terrible constat. Si je ne le fais pas maintenant, je ne le ferai jamais. Je devais très certainement être celui qui tend la main mettant fin ainsi à des années d’ignorance, ces vies étonnamment tout à coup parallèles alors qu’elles semblaient constituées d’une profonde amitié. C’était une forme d’amour que j’avais ignorée, ce trouble au bord des larmes qui vient traverser le corps textuel et pour lequel je ne trouve qu’un moyen d’apaisement, le signifiant pour que ce qui est entrepris continue. C’est une nouveauté. C’est immédiatement disponible, en direct avec le présent. Les lieux et les personnages étaient clairement identifiables. Pas de détour. Je dois y être très attentif afin d’éviter certains doutes qui persistent. En effet, l’événement a eu lieu, il a empli des nuits puis des mois. Le relire, forcément, me transforme. Je ne suis pas surpris que cela puisse enclencher une agressivité de la part de celles et de ceux qui sont là concentrés à l’intérieur d’une misère affective.

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Friday, August 28, 2020

Chroniques de l'invisible - 236

Très clairement, je ne veux pas que cela bloque tout. C’est assez surprenant. Les données ne sont très certainement pas les mêmes. Il faudrait comparer. C’est à cela que servent les cahiers. J’avoue qu’il y a un sursaut se ressemblant à chaque fois, que je tente d’éviter, retardant tout le plus longtemps possible, ces images qui prolifèrent, comme un désir, toujours là. Je ne fais rien de particulier pour les chasser. Je sais qu’elles seront vite remplacées par d’autres. C’est inscrit dans la méthode, installée depuis tant d’années, mes petites cures de jouvence. Avec l’âge, je me dis que c’est dommage que l’on ne m’ait pas dit que cela se mettait en place pour la vie. J’avais quinze ou seize ans. Aujourd’hui quarante-cinq. Rien n’a changé, à part que d’une certaine manière le niveau est atteint. Ce n’est plus à franchir, ou ce qu’il y a à franchir est ailleurs. Mais cette base-là est toujours nécessaire. Elle m’a chaque fois rendu heureux d’y arriver et d’en être physiquement éreinté, comme à chaque fois accompli.

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Thursday, August 27, 2020

Chroniques de l'invisible - 235

Non, c’est là que ça se passe. Paris, fin du mois d’août, ciel gris et humide, la nuit fut un peu agitée, surtout, quelle histoire, et là c’est allé très vite, une sorte de noyée, on croyait juste qu’elle s’abandonnait au plaisir des vagues, eh, pas de blague, puis la suivre dans les égouts, perdre sa trace, je cherche Marie, je la trouve, elle est en pleine discussion avec des connaissances communes qui trouvent déplacé que je les interrompe sans me demander d’abord si je ne trouble pas un moment intime, douloureux, affectif, personnel, avant de jeter mon sujet dans le groupe pensant que c’est plus important. Je ne pense pas que c’est plus important, je n’y pense pas, cela n’existe pas, je lui hurle même « je m’en fous ». Quoi ! Il s’en fout ! Oui, il s’en fout et je me casse. C’est la colère de ne pas réussir à aboutir, je me dis que ce séjour aura globalement mal terminé, peut-être que j’étais censé m’occuper d’une organisation générale, d’assurer une responsabilité, une représentation, on pensait que j’étais l’homme sans colère, l’homme qui s’adapte toujours, l’homme qui trouve les compromis, et tout à coup il y a des exigences déplacées, de la part de certains, non mais pour qui se prend-il, on frappe avant d’entrer, et puis Moimoimoi superactif qui n’a pas envie de lâcher l’affaire. Je n’ai pas envie d’expliquer qu’au moment où je viens d’intervenir je suis en train d’essayer de sauver la vie de quelqu’un, je n’ai pas envie d’expliquer qui ni pourquoi moi, ni pourquoi j’ai besoin de Marie, d’ailleurs, je n’ai pas besoin d’elle physiquement, j’ai besoin de ce qu’elle sait, et de la voir au milieu du groupe m’apporte ma réponse, elle n’a pas suivi le corps comme je l’ai supposé, une histoire compliquée, je veux tous les plans en même temps, une stratégie qui s’élabore dans un immeuble moderne, ils ont l’air affairés, un homme qui court dans un bois, il s’entraîne, il vide ses pensées, une petite famille où tout a l’air normal, paisible, dans une maison assez classe, bien rangée.

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Wednesday, August 26, 2020

Chroniques de l'invisible - 234

Alors, il est vrai que j’ai tenté de ne pas laisser s’échapper la pensée, la capturant, en quelque sorte, dans les volutes du temps, presque des nuages, en tout cas, au minimum, la nuit, grâce à tout cela, je me dis qu’il n’y a plus à s’inquiéter, à partir du moment où les sensations auront de quoi s’exprimer sans trop toucher au reste-à-bâtir (une question d’ordre j’imagine mais j’espère que cela ne se résume pas ainsi sinon il serait si simple d’expliquer comment faire, d’ordonner comment faire). Si je l’aborde comme si l’écriture devant courir après des images défilant à toute vitesse, un début de film terrifiant, on voit bien que l’intrigue va se ficeler mais on ne sait pas encore ni où ni quand, on a peur, chacun semble important, les enfants, DITES-NOUS LES NOMS, on ne peut pas tout retenir, ça sent la catastrophe, pas de science-fiction, c’est la réalité. Tout s’arrête côté production. Ça aurait été cool de changer de décor cette fois. La réalité prend cher à chaque fois. Inventez d’autres planètes, des formes de vie qu’on n’a jamais rencontrées, le truc qui surprend, on ne s’y attend pas, le président des États-Unis impliqués, un truc, bref, qui promet de changer, métamorphoser nos visions.

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Tuesday, August 25, 2020

Chroniques de l'invisible - 233

Je n’ai peut-être que quelques heures pour me préparer. J’ai cet appui avec moi grâce auquel je ne chasse plus les évocations avec ce qui fut une colère contre moi-même. La composition est plus sensible. Il suffit de quelques mots échangés. Le même revenant auquel j’ai cessé de croire. C’était le pire, dans toutes les directions, j’allais devoir me repositionner. Puis je me suis dit : puisque c’est cet en-dehors que je recherche, autant aller presque au bout, comme un acte de générosité, un nouvel investissement. Je n’ai pas à douter. Je n’ai pas à attendre. Ni à me précipiter. La première vague doit rester amicale, pour qu’on le sache aussi, autour de moi, que je n’attends rien. Il y aura cette question à se poser. Ce qui est là, suspendu. Au fur et à mesure je saurai si c’est de l’ordre de l’inachevé. Je dois prendre en compte qu’il y a eu un élan, plusieurs élans même. Ce n’est pas loin, accessible. Tout le monde y passe. Le procès de tout le monde. Je n’ai pas vu cela arriver, comme un effondrement, les situations que je n’ai vécues qu’en pensée reviennent, elles sont une même présence très certainement réactivées par ma dernière relecture, doté de mes nouveaux attributs. Cette fois-ci, je vais peut-être tenir. Cette agression que je m’inflige. La dernière en date est tout aussi violente que la première. C’est la même. Je veux retourner dans les mots, fouiller. Maintenant que tout semble purifié. Tous les dossiers sont là, sous mes yeux. Cela creuse dans la tête, une douleur perçante. Il faut modifier la façon de penser. Le corps textuel s’en occupe. J’y reviens après de longues heures tâchant de ne rien voir de ce qui se passait. La crise sous des airs nouveaux. Je me surprends d’y porter une attention concentrée. C’est ce qu’il ne faut pas rater. J’ai tout stoppé sur un coup de tête, un caprice. Il n’y a plus que ces vies sans moi qui continuent. Heureuses, comme je l’ai écrit maintes fois. Cela devra prendre plus de temps chaque fois, que je ne cède pas lorsque je n’ai pas envie. Ce doit être une nouvelle doctrine, à partir de maintenant, jusqu’au présent.

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Monday, August 24, 2020

Chroniques de l'invisible - 232

Seulement, il y a des heurts, que je provoque. Je les désire vivants, pour me mettre à l’épreuve. Il est alors question de ce que je décide, comment je profite de ce que je m’offre, laissant partir ce qui a trop longtemps contenu. C’est aussi la question de faire exister ce qui me semble ne pas devoir prendre trop de place. Bien sûr, je vis cet instant d’une grande pureté que je ne partage qu’avec moi-même pour inscrire cette sensation lorsque rien ne coûte, rien ne pèse, rien ne prend l’espace de la respiration. Je viens de le lire intégralement. L’effet est encore dans le corps textuel. Je veux le maintenir. Cela me permet de résister. Le danger serait de se soumettre à de drôles de manières. Il faudrait se plier devant ce qui me semble tout simplement directement sorti d’un délire, car je le sais, des éléments peuvent se présenter, je les ressens en permanence, mais pas sous cette forme. Ce retour à soi pour développer une aptitude complémentaire. Je ne supporte pas de voir comment la faiblesse est utilisée. Le tragique n’a pas besoin de ces transports. Or, il est en nous mobilisant nos savoirs et notre compétence. Je dois entendre dans tout cela ce qui somme à suspendre pour prendre en compte d’autres voies. La différence me semble si criante. Tout me paraît plus petit, anecdotique. Je ne dois pas m’en empêcher pour des raisons économiques. Très clairement, il y aurait eu dans cette façon une manière d’effleurer. « Les effleurants. » Cela ne peut pas être autrement que de les rencontrer, d’y être confronté en permanence. Leur échapper, c’est ne rien dire et pourtant j’en dis trop. Je suis parfois à fleur de peau. Je n’oublie pas ce que je suis venu chercher. Côté spiritualité. Ce ne sont pas que des mots. Je ne veux pas dire. C’est un mystère. Ce que je garde pour moi. J’en ai trop accumulé pour dire. Prendre de la hauteur comme entrer en profondeur. Cela n’a aucun sens pour moi d’en faire une distinction sociale, mais c’en est une tout de même, une distinction, pour trouver ce qui me semble plus sensible, plus ancré, sans jugement. Je dois travailler ce territoire. Ce n’est qu’un début.

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Sunday, August 23, 2020

Chroniques de l'invisible - 231

J’adore cette période. Cet entre-deux qui ne finit pas. Le « je passe ma vie entre deux livres », si puissant. Je n’arrive pas à le penser autrement, comme un hommage, purifiant. Envisager que ce ne sont plus que les options qui travaillent me plaît et m’attire énormément. Cela ne m’inquiète plus du tout. Je maîtrise quelques proportions. Je devais le faire sans concession. Légèrement au-dessus du destin tragique. Mais c’est tragique malgré tout. Une forme d’échec et un retour au sol, le plus concret, comme un contrat. Je veux à la fois tout de suite passer à autre chose et ne rien laisser de ce qui se produit parallèlement depuis. C’est un lien si fort. J’y suis intimement attaché. Je ne peux pas supporter l’idée que ce que j’ai conçu ne soit pas autre chose que ce pont, répondant au plus instable alors que justement j’étais en train de bâtir à nouveau pour ne pas être submergé par l’objectif. Cela se fera si naturellement. Cela se fait déjà. Avoir tant de bonheur est presque indécent.

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Saturday, August 22, 2020

Chroniques de l'invisible - 230

Ce sera trop. Arrivé à saturation. À la fois, je n’ai pas hésité. Sans doute pour prouver qu’il n’y a pas de fausse retenue. C’est cela qui m’intéresse. Les périodes. Et puis ces trous dans le temps. Cela dure aussi. J’aime bien. N’oublie pas ! Chaque fois. N’oublie pas de prendre le temps d’inscrire. Il n’y a eu pour l’instant qu’un seul débordement, à cause du niveau qu’il fallait atteindre pour être à la hauteur. Il devait très certainement être question d’un autre sujet venu s’interposer sans prévenir. Presque un accident de parcours. Je voulais des détails précis, des preuves, des prénoms. Et puis, cela concernait des enfants. De vrais enfants. L’auteur devait tout mettre en œuvre, ce qui voulait dire ne pas rater à cet endroit-là. Alors, il fallait les nuits pour laisser courir la pensée. C’est possible. Je vais y arriver. C’était une pulsation du sang. Tout semblait aller beaucoup plus vite. Urgence. Les sirènes hurlaient de tous côtés. De ce genre d’événement qui n’arrivent qu’une seule fois. C’est un signal fort. Tout est bouleversé. Les rages se manifestent. Elles se concentrent sur l’objectif. Elles identifient les personnes. Le système s’interpose. C’est un ficelage qui dure depuis plusieurs générations, puis tout se mêle, se confronte, on s’oppose les uns aux autres. Je prends le chemin que personne ne prend jamais, l’inédit, l’inconnu. Tout se place. C’est très puissant. Et je prends le risque. Parce que personne n’avait pris ce risque jusqu’à présent. Je me dis que cela vaut la peine. Je ne voulais pas refuser à l’enfant la joie de se lancer dans l’aventure. Cette joie était plus importante que tout autre chose. Je n’ai pas hésité une seconde. Je me souviens de cette fatigue immense. Drôle que ce sujet revienne. C’est peut-être la même source de joie que j’autorise. Jusqu’à l’étonnement. Quelques heures suffisent. Cet aspect purement minéral. Exceptionnel. Je me souviens de ce contact, de la manière que je maîtrise d’aller d’un corps à l’autre sans inventer le vulgaire. Ce n’est pas nécessaire. L’enfant rit aux éclats. Cadeau inestimable. Il faudra aller jusque-là à chaque fois. Je me suis dit qu’il fallait un after, pour ne pas rester sur de mauvaises impressions. Une fois encore, tout était là, disponible. Merveilleuse intention d’une force agissante. Nous voici posés avec l’inattendu si je maintiens l’orientation que j’ai prise d’écouter l’image profonde en moi. Oui, l’écouter. Extraordinaire voyage qui se prépare dans lequel je suis, gouvernant. Cela se réduit, se simplifie.

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Friday, August 21, 2020

Chroniques de l'invisible - 229

L’effet sur moi, directement, de cette ultime traversée. Bien sûr, cela m’impressionne, aussi parce que la cloche retentit. Je n’ai plus rien à attendre. À partir de là, c’est la suite que j’organise. Ou bien c’est totalement fini et je passe à tout autre chose. L’effet encore, réel, émouvant. Les traces dans le corps textuel s’en font sentir. Je pourrais commencer par ce que j’aime, sentir que cela vient en profondeur mettre face à face deux réalités. Je ne dois pas minimiser. Apprécier déjà, c’est bien. Je crois que le danger, de ne pas y croire, est écarté. Maintenant, c’est plus clair, c’est plus simple. J’aime aussi l’idée que l’on ne puisse pas accuser la mauvaise personne. J’aime que l’histoire apparaisse entre les lignes. En fait, j’aime tout et j’en souris.

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Thursday, August 20, 2020

Chroniques de l'invisible - 228

Souvenir tenace. De l’avant. De tout ce que j’allais retirer, ces troubles. J’avais tout en bloc et j’avais eu besoin d’aide pour que l’esprit s’apaise. Il me plaît d’en avoir une sensation immédiatement disponible. Je dois cela au quotidien qui s’est depuis installé. C’est le format qui m’a aidé, une manière d’aller ailleurs autrement. Quand je vois ce que cela produit désormais, bien sûr, je m’en réjouis. Tout cela n’a pas été abandonné en tant que tel. J’avais à réguler ce qui s’était précipité jusqu’à obstruer l’horizon et altérer une personnalité que j’’allais découvrir grâce aux événements du réel. Il ne manque rien même si je sais que des éléments s’ajouteront au fur et à mesure comme renforçant et ornant l’édifice. Je sais que cela peut paraître insondable. C’est à cause de cette place que je ne veux plus occuper. Une part qui m’a rendu servile et qui n’arrêtait pas de se réactiver malgré une volonté forte de ne plus plonger, fidèle à l’addiction, dépendre de quelqu’un ou de quelque chose. C’est un peu ce que j’en conclus lorsque je reviens à ces options qui pourraient dévier mes centres d’intérêt d’origine. C’est déjà arrivé. Le pas le plus difficile avait été de quitter la scène du conflit. Jusqu’à l’épuisement. Je reconstruis depuis. Une nouvelle pierre arrive bientôt, un nouveau livre. Je ne trompe personne dans cette voie. Comme je pourrais m’adonner à un autre loisir, la peinture par exemple. Je préfère la sculpture. J’y perçois plus de vie contenue. Plus de mystère aussi. C’est pour cela que j’écris, pour sculpter le corps textuel qui contient l’esprit. La matière est assez dense désormais pour qu’elle joue son rôle. Ne plus avoir une seule inquiétude de ce point de vue-là est très rassurant, léger même parfois. Je ne compte pas, je ne calcule pas. Ce qui est de plus en plus stable me semble comme garanti pour longtemps.

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Wednesday, August 19, 2020

Chroniques de l'invisible - 227

 J’attends ce jour avec quelque impatience, ce jour où il n’y aura qu’une phrase ou qu’un mot, dussé-je n’avoir que cela à faire. À ce moment surgit une sorte de sursis dont je profite pour me détourner de ce que je jugeais primordial. C’est un peu à défaut que j’y retourne. « Il faut de la force. » Tellement de force. Traverser en permanence tous ces états de la matière, d’autant que cela ne peut pas s’inverser. Je ne peux pas revenir à l’état d’avant même si je l’avais préféré. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas d’ailleurs. J’aime cette sensation que cela s’oriente, que je ne sache pas, que je ne prédise pas. J’entends la marque de l’auteur et cet appel à la patience. Rien d’autre que ce qui se produit réellement dans le corps textuel. Je serais prêt à me dégager globalement du sens pour ne laisser apparaître que cela. C’est déjà ce que je fais mais il faut être disposé à le reconvoquer chaque fois qu’il y aurait, au service d’une nécessaire reconnaissance, la tentation d’en faire un objet fini. C’est beaucoup trop tôt pour l’envisager. Ce serait même détruire le projet avant qu’il ne naisse. Je suis toujours dans ce qui le précède.

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Tuesday, August 18, 2020

Chroniques de l'invisible - 226

Cela pourrait me plaire longtemps, cette suspension. Je ne peux me défaire de la conviction que c’est une savante conception. Cela doit pouvoir exister en dehors de tout autre sans jamais affaiblir le lien social. Il faut pour cela avoir une perception différente, intime, de l’événement qui structure un jour, justifie une présence au monde. Sinon, nous ne serions rien aux yeux des autres, supposés ennuyés, dépressifs. Pourtant, c’est bien là que je me situe, n'espérant rien ou, au contraire, croyant en tout. Ôtant tant que je le peux la possibilité d’être comme allié aux esprits programmés, je libère le champ, je repose chaque fois l’exigence. S’il y a à cet endroit une nécessité, je prends l’option du silence et de ma propre exploration, quitte à devenir l’insaisissable, à en être en partie le facteur principal, comme un thème revenant, un chant d’oiseau, un paysage inchangé, le même désir qui s’est implanté par divers moyens dont l’écriture transporte le sens avant tout à l’intérieur de mes propres mystères.

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Monday, August 17, 2020

Chroniques de l'invisible - 225

Un peu comme un devoir de vacances, faire dire tout et son contraire à partir de trois quatre données récoltées. C’est une manière d’occuper le devant de la scène. De mon côté, j’éprouve un autre besoin répondant à ce qui se présente spontanément alors que viennent de se coordonner des images anciennes avec ce mal rongeant dont la forme est intacte. Ainsi, la matière profonde se malaxe. Je ne saurais pas dire où se placent les priorités. De toute évidence, quelque chose se prépare. Pour y arriver, il faut ce retour aux heures passées, les vivre comme elles se révèlent, venant frapper l’esprit. Je me souviens de la dernière fois. C’est de cela qu’il est question. Entre les fois. L’événement qui se répète invariablement. C’est la bonne période pour interroger justement comment s’en prémunir, savoir si c’est nécessaire, d’ailleurs, de le contrôler, de l’éviter.

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Sunday, August 16, 2020

Chroniques de l'invisible - 224

Je m’en remets tout simplement à ce qu’il y a de plus sensible, là où aucune interprétation n’oriente ou ne déstabilise la pensée, à cet ordre qui s’est naturellement imposé et à qui je dois de me voir dans le miroir de l’âme. J’aurais pu me choisir un autre personnage et surtout, avoir livré ce choix au début d’une découverte aurait pu me conduire vers plus d’abstraction. Cela devait m’arranger qu’il en soit ainsi, de partir de là, d’avoir des figures protectrices, domaine privilégié se concordant à un autre, créant d’autres désirs, revenant au plus simple, à une sorte d’origine. Je me promettais d’en dominer la substance comme si à moi seul je pouvais correspondre et dompter ce qui meut au rythme des siècles. Cela s’est tout de même considérablement ouvert, apaisé, malgré ces écarts parfois douloureux ne résistant pas au fait que cela n’aurait aucune importance. C’est tout le contraire, je dois l’avouer. C’est sorti du plaisir, à se forcer jusqu’à souffrir, de ne pouvoir dormir, de se lever le crâne dévasté. Tout cela n’est pas fait pour comprendre mais pour agir. Les sensations témoignent. Ce n’est pas qu’un hasard. Le devenir merveilleusement incertain si ce n’est qu’il est porté par la rigueur, muté par la fantaisie, produisant avec le réel l’objet d’une compréhension.

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Saturday, August 15, 2020

Chroniques de l'invisible - 223

C’est assez rassurant de se dire qu’il y a désormais quelque chose de réellement nettoyé. L’application du désir au jour le jour n’est pas si simple. Cela réclame du travail, du labeur. Ce n’est pas donné. Bien sûr, la tentation est toujours présente. Je regarde bêtement passer les heures. Pas d’inquiétude a priori. Ce nouvel état finit par me convaincre. De toute façon, c’est un peu simplifié, je ne prévois plus rien. J’aimerais que les questions se posent autrement. Ce n'est plus seulement la durée. Le contenu vient se greffer surtout lorsque je recommence encore, lorsque je travaille cet acharnement à tout remettre à plat pour sentir ce qui se mobilise à nouveau. Tout revient avec exactitude. J’aime très certainement cela sans modération. Je ne sais si je retrouverai ce qu’il reste des pensées alors que je m’efforce justement de presque rien en dire. Je constate seulement que ce que j’applique à mon quotidien produit un effet réel sur chaque geste. Ce rendez-vous que je me force à tenir, par plaisir, me place face à mes contradictions. Je pourrais passer tout de suite à autre chose. Personne n’attend rien. C’est la bonne période. Je m’habitue assez vite au changement. L’idée serait de ne pas s’embêter, de ne pas s’alourdir de procédures, du réel uniquement, à fleur de peau. Il n’y a décidément pas de procédure avec notice. C’est un engagement. Il fallait la nuit pour le penser. Et le silence. Ce n’est pas le vrai silence. Cela existe rarement. Des gouttes. Un bruit de moteur. Une pendule. La rue. La ville. La chaise qui grince. Chaque objet déplacé. Et mes inspirations, légèrement hâtives. Je voudrais être après déjà, être dans ce qui n’est pas possible, lorsque l’on fouillera cherchant à comprendre. Il y a forcément un ordre. Ici, c’est facile, il y a des dates. Mais là-bas. On ne sait pas de quand ça date ni à quoi ça servait. Un passetemps. Comme des mots croisés. Sauf que c’est plus difficile. Personne n’a rien préparé. C’est le dénuement total, la statue de marbre que l’on regarde pendant des heures récitant le rosaire en latin. L’auto-ordination. Dans le doute, je préfère mettre tout en œuvre. Et ne plus avoir à prévoir quoi que ce soit.

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Friday, August 14, 2020

Chroniques de l'invisible - 222

Cela s’applique tranquillement. Ces courtes scènes étonnamment précises avec une part dynamique de la réalisation. Il n’y a rien à juger, une vie parmi d’autres, et depuis que je n’en suis plus à vouloir influencer qui que ce soit, je savoure. C’est la même surprise à chaque fois, le même envoutement, hors de toute échéance, lorsque tout s’anime comme une flamme éternelle, de ce don que j’ai reçu et que je suis allé cultiver, toujours plus loin, plus en profondeur, pour les pensées qui défilent venues perturber la concentration nécessaire, sinon c’est le même effroi, au même endroit, ce même code laissé un jour pour qu’un autre le découvre et comprenne qu’il ne faut pas le dévoiler mais continuer à œuvrer pour qu’une même matière au fil du temps soit au degré d’une véritable nature humaine, avec les arbres, avec les océans, avec les pierres.

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Thursday, August 13, 2020

Chroniques de l'invisible - 221

J’avais besoin de cela, dire non, rester pour le moment dans ce que j’élabore, comme étant à tâtons dans le silence d’une nuit plus longue que les autres. Oui, c’est mentir. Je mets encore du temps à me l’autoriser, mais je le fais. Je vois bien que l’autre n’est pas dupe. On dira ce qu’on veut. Je n’ai pas besoin de me retrouver dans ces tissages sans devenir, voir ce que je ne supporte plus au prétexte que nous aurions été l’un pour l’autre des apports ou des supports essentiels. C’est vrai. Je dois beaucoup à tout cela. Presque tout. La reconnaissance n'est pas suffisante pour un nouveau sacrifice ou une simple concession. Je vois d’ici la journée, ou plutôt, je me souviens du malaise qui pourrait se répéter. Pour l’instant, je n’ai pas atteint le désiré d’un point de vue du calme nécessaire. Il faut peut-être des années. Je ne les aurai pas, alors je place l’œuvre du temps sur quelques gestes du quotidien auxquels je m’attache peu à peu. Une décision peut déclencher de nombreux états. Cela ne s’adresse sans doute pas à la bonne personne. Ce n’est pas grave. Je dois penser ce nécessaire besoin d’un tronc inébranlable, un gage de maintien. J’ai pourtant très rapidement tout explosé. Ce ne pouvait pas être qu’un seul, comme ce refus du culte mais j’y étais attiré par une force contraire, négative, dont je sens l’alerte. Il n’y a rien pour la rassasier. Je dois réussir à stabiliser pour mettre à profit cette expérience. Cela ne peut pas être inchangé. Les mêmes regards pour redevenir le même, tête baissée, face à l’insoutenable. Être en présence. Faire resurgir. La passion d’un récit, lorsque les larmes coulent de voir un personnage disparaître à cause de la règle qui s’applique encore. J’aurai eu cela pour moi, rien que pour moi, voyant vieillir, m’obligeant à refaire, un moyen d’envahir mon propre domaine, sans obligation. Il n’y a rien à comparer, la fracture est trop grande, et pourtant je continue à jouer un rôle lorsque l’on me le demande. Je n’arrive pas à croire que c’est à moi parfois que l’on demande conseil, moi qui suis dans cette quête permanente, qui n’arrive à fonder aucune histoire malgré les heures passées pour apporter un moyen d’action relativement efficace. Puisque je suis dans cette voie, engagé, dégagé, je dois me tenir à cette rigueur. Jusqu’à ce qu’il se passe un événement à l’intérieur des mots. C’est l’extrême qui doit répondre à cela. Aller au bout pour continuer de libérer.

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Wednesday, August 12, 2020

Chroniques de l'invisible - 220

Ou justement, en fait, ce qui se passe, c’est qu’il n’y a pas de preuve. Pas de preuve que cela existe. Je le disais un peu naïvement. À travers le corps textuel qui s’ornemente désormais de tout ce qui a été assimilé depuis qu’il gouverne le calendrier. Oui, d’une certaine manière, c’est un challenge, une vision qui s’alimente sans frais. Je n’avais ni besoin de rester ni besoin de partir. L’orientation devenue naturelle. Il est question de faire le tour complet d’un cadran imaginaire où s’aiment les aventures et parmi elles les personnages.

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Tuesday, August 11, 2020

Chroniques de l'invisible - 219

Je n’avais pas envie de lutter contre cela. Je me suis dit : quelques minutes seulement. L’option qui s’est enclenchée sans que je le gouverne vraiment et qui a pris corps, fait sa vie, l’une de ces autres vies, en moi, dont je dois très certainement avoir honte. Je n’ai plus à me demander si ces faits sont réels. Ils le sont autant qu’ils l’ont été. Me mettre en attente après cela ne me surprend pas. J’élabore sans doute les scénarios du mensonge. Il faudra bien trouver une excuse. Ce n’est pas de ma faute. Croire que cela n’agit pas serait un leurre. Je pourrais déjà dire ce qui change, la précision de l’instant. Cependant, je ne sais pas pourquoi, j’ai comme besoin d’une preuve. Ou que ce qui se passe fasse preuve.

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Monday, August 10, 2020

Chroniques de l'invisible - 218

Retour à une forme d’origine, à l’instant d’une première fois, justement, où j’ai souhaité en savoir un peu plus, jusqu’à ce que tout s’emballe, non parce que je ne contrôlais pas, au contraire, même si cela n’a rien d’immédiat. Entrer, pour une fois, sans avoir peur. J’ai eu l’occasion de comparer des lieux. Cela confirme ce qui m’habite et qui ne fait que naître. Investir, c’est aussi humainement. Je veux que chaque pas compte, en faire mémoire dès le premier jour. Je sais que cela ne parle que de moi. C’est cette première étape si profonde, ce moment où il faut se décider à ne pas mettre sur un piédestal, personne, ni soi ni personne. C’est tellement difficile.

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Sunday, August 9, 2020

Chroniques de l'invisible - 217

Je retrouve cela, de l’avoir à mes côtés chaque matin, au réveil, la chaleur rassurante des premiers mouvements de la conscience, encore rêvée, le grand sourire, le lever sans heurt, et ce qui s’est institué sans le dire, que les premiers mots soient ceux d’un roman, comme les derniers d’ailleurs, pour lier ce qui avait été construit par un autre et ce qui se construit, lorsqu’il faut refaire le paysage, se souvenir des personnages, sans transition, d’une beauté à l’autre, et faire partie ainsi d’une mémoire éternelle. Nous ne saurons jamais ce que cela signifie, et pourtant, ce n’est que du reconnu. Une même impression, retrouvée, quand moi-même je serai de retour sur ces frontières, entre deux livres, à la fin d’un cycle, au début d’un autre, calé merveilleusement sur les horaires et les orientations lunaires.

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Saturday, August 8, 2020

Chroniques de l'invisible - 216

J’essaie. Ce n’est pas simple. De minimiser. L’impact. J’étais si heureux. La méthode, agissante. Vide tout à coup. Je sens ce qui manque, sans les mots, toujours, ce qui manque véritablement. J’imagine l’autre versant, me voir arriver, différent, le premier et le dernier que j’aurai vu. Ce n’était pas autre chose que de l’amour. Une première. C’était la première fois. Ne pas dire et tester uniquement, au fur et à mesure des rencontres, hasardeuses puis de plus en plus contrôlées, jusqu’au déversement. Il fallait aller jusque-là, faire vivre la première fois, qu’elle constitue la base de tout, la pierre qu’il avait manquée depuis le début. « Tous les soirs, j’y pense. » Tous les jours. Me plaçant là où il n’y aura aucune limite. Lorsque je contrôle cette part de moi, que je l’offre consciemment, reçue dans les tourments de la vie. D’abord l’incompréhension. Ça existe. Puis la suspicion. Ce doit être un piège. Puis l’accord, l’harmonie. Cela se lit dans les regards, le monde autour ne fait que coexister. Nous n’aurons le droit qu’à une seule fois. Première et dernière. Pour toute une vie. Apparition sans nostalgie. L’autre versant est peut-être un héros. C’était là qu’il fallait se rencontrer. L’oiseau de la prudence se met à crier.

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Friday, August 7, 2020

Chroniques de l'invisible - 215

Je ne voudrais pas que cela arrive alors que c’est cela que je suis venu fixer, lorsque d’une certaine manière, sans prendre en compte mon état initial, je coordonne, les informations du connu, celles de l’unique ressenti, pour me rendre compte, apprécier, voir apparaître et disparaître, tel que je suis, emportant avec moi le strict minimum et composer. J’ai comme un rendez-vous à honorer, me demande comment il est possible que j’en fasse un domaine, en déduis qu’il faut être prêt à recevoir, puis comme toujours, je ne juge pas, c’est ce qui se passe pour moi et peu à peu j’ai de plus en plus de lieux de moi dont je ne témoigne plus. Sur les aspects nouveaux, je laisse faire et me décide pour la confiance, m’amusant que cela n’est pas si simple puisque c’est moi qui place, déplace, ou ce qu’il y a en moi, d’inconscient. J’écoute passivement ce que je trouve inadmissible, ce qui me fait me méfier, m’éloigner, à croire que je me suis imposé une formation intensive contre la perversion, cette manière de vouloir lier, revenir sur de soi-disant intensités qui seraient exclusives. Je ne suis pas exclusif. Il y a de l’intensité en tout ou en beaucoup. Je pourrais m’en moquer, adopter ce mode de fonctionnement. Je pourrais le dire aussi, insérer une contradiction, mais cela prendrait du temps sur ce que je juge essentiel, être là par exemple, travailler cette présence. Ce qui m’a interpelé, ce n’est pas que cela parlait de moi (cela aurait pu parler de tout le monde), c’est la question du poids, que j’étais face à une décision, entrer dans la matière avec délicatesse et presque sans conséquence sinon un retour permanent à la pacotille, au petit budget si on veut. Au fond, cela me demandait si j’étais prêt, aussi, à en assumer les conséquences. Bien sûr que j’étais prêt. D’ailleurs, j’ai très peu hésité. Je désirais ce type de rencontre se trouvant naturellement après une expérience forte. Il y avait un accueil à tout cela. Je l’ai senti. Ce n’était plus que de l’investissement. Pour cela aussi, je suis prêt. Je connais même des phases de surinvestissement. J’ai toujours été bon élève. Faire plus, plus tôt. Plus longtemps. Sans relâche. Jusqu’à l’épuisement et jusqu’à l’isolement. Fonder à partir de cette solitude, pour renforcer tous mes domaines d’exploration. Je dois saisir, non au plus vite mais au mieux, au mieux pour ce que je pense tout à coup important. C’est un contact avec les dimensions de l’espace et du temps, où nous sommes tous, correspondant.

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Thursday, August 6, 2020

Chroniques de l'invisible - 214

On ne parle pas des morts, on ne les compte pas, pas vraiment, les vrais morts (il n’y en a pas de faux mais il y a ceux qui ont le droit à leur photo), les supprimés. Tout cela se brasse en moi. Je viens faire équilibre, du jamais vu, surprenant dans la bataille quotidienne, presque tout change sous les yeux, le paysage, le temps, les personnes qui le constituent. « Il n’a jamais fait ça », parce qu’il n’a jamais été, maintenu alors qu’il ne ressent plus rien. C’est un outil, pas un remède. Il ne fait pas basculer. Je pense à ce que j’ai laissé, que je n’ai plus. Le lieu du retour se purifiant. Je prends ces fragments pour ce qu’ils sont. Ils se reconstitueront dans l’indépendance. L’œuvre s’imprègne. Je le sens quand la chaleur se concentre. Le sujet abordé revient. Je ne l’expulse pas de la même manière. Je deviens plus exigeant. Cela ne peut pas être sur un étalage de marché, bradé, 10 euros les trois, avec le symbole qui à ce stade n’a aucun effet. Ce que j’apprécie, c’est comment le corps textuel mobilise et communique. Cela ne peut fonctionner que si je viens aussi régler ce qui se soulève en moi. C’était là et j’étais submergé. Tout me paraissait immense. J’étais le seul devenu, le petit point dans l’univers. Je venais faire travailler la proportion et aujourd’hui je viens vérifier à quel point je suis un autre, même si, je ne suis pas dupe, ce n’est pas le bout d’un chemin. Je réalise que l’impact est dans la mémoire, ancrée, c’est même un autre paysage. Celui de la mémoire est plus désolé. Plus oppressant. Il faut dire que j’étais seul, et maintenant il y a foule. Je suis clairement de l’autre côté de la rive.

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Wednesday, August 5, 2020

Chroniques de l'invisible - 213

Revoir ce qu’on aurait pu être. Drôle d’affaire. C’était plus fort que moi. J’avais beau me dire que l’espace de liberté était la seule voie pour former voire structurer l’idéal, je bloquais. D’une certaine manière, j’exigeais, que cela soit différent avec moi. Une voix me criait « laisse venir, laisse venir », mais je n’y arriverais pas. Abattu, j’allais abandonner, puis c’est l’autre sens. « Tu sais que cela réclame beaucoup et pourtant tu refuses. Tout sera détruit. » C’est vrai. Je voulais détruire. Ça, c’est l’intention première. Qui plonge dans chaque geste, chaque parole, jusqu’à se faire de plus en plus discret, faire croire que c’est le contraire, logique, naturellement, on ne veut pas détruire, on n’est pas de cette graine-là, on passe pour le bon samaritain, on prend une autorité démesurée, un appel à la glorification.

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Tuesday, August 4, 2020

Chroniques de l'invisible - 212

Le chemin de Lana, presque un mot-clé désormais, pour se souvenir. Il n’y aura rien d’autre, à part l’exactitude d’une sensation de ce qui ne pouvait qu’arriver, sans surprise, l’enfant que je rencontre, bavarde, qui me donne la direction, m’accompagne dans la quête. C’était presque rien, et pourtant si fort. Je ne dispose pas par hasard. Cela me réveille la nuit. Toute crainte évaporée par l’autre temporalité, celle qui se veine. Me voir devenir si délicat avec tout cela. On s’apprivoise, on communique. Celle qui parlait d’aventure. J’avais les yeux écarquillés, puis j’ai plongé, puis j’ai douté. La confiance a gagné. Puisque tout se prépare. Ainsi, je devais apprendre que cela n’est pas instantané même si les premiers effets ont été douloureux. Préparer une possible attaque. Coup de poignard en plein estomac, et le vertige ensuite. Je reste debout. Je ne plie pas. Je subis ce que je dois subir. Je ne reste pas. Il y a ce qui me concerne et ce qui ne me concerne pas, ce qui ne regarde qu’un autre. Alors, je pratique la mise en œuvre dans ce ciel qui me fait perdre tous mes repères, comme à l’envers. Je ne vois pas l’abrupt qui me met en danger et je me perds, je prends un risque, esprit combattant, jusqu’à tout oublier. Je suis seul et je trace, à nouveau déconnecté. La période est loin d’être achevée. J’en mesure l’impact sur toutes mes vies. Et sans rien forcer grâce à tout ce qui est clair dès la première fois (ne jamais rater la première fois), tout s’enchaîne miraculeusement.

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Monday, August 3, 2020

Chroniques de l'invisible - 211

Tout de suite, je me dis : ça fait mal. Puis : ça va faire mal. Ce n’est pas ce à quoi je m’attends, miraculeuse énergie telle une baguette magique. Je n’étais pas non plus en mode express ou ne croyant qu’à cela, à cause de ce que je dois détacher de l’esprit, dans l’esprit. Où il n’y a pas d’esprit, peut-être. Impossible. Moins d’esprit. Prétentieux. Un autre esprit. Il n’y a qu’une vie. La part d’un moi inexploré, une clé pour maintenant, cette période, ce moment, il n’y a qu’à constater ce qui s’est produit sans que je m’en rende vraiment compte, préparation de l’essentiel, comme je le fais toujours, laissant agir le plasfectif. Ce que j’emporte, donc, et ce que je laisse. C’était hors de portée, de regard, rangé la veille pour le lendemain, une pause nécessaire, un second volet, le temps que les nouvelles sensations forment et que ce que je comprends soit comme un fluide, nature de tous les sens, du plus subtile, je dois entrer dans la matière puis la matière diffuse, c’est de ce moi accompagné, une sorte d’éponge de l’âme, cela communique, il n’y a aucune dureté. Et puis la crise. Ça fait mal, les muscles tremblent, à chaque inspiration la tête manque d’exploser. Je sors. Le « parmi eux » revient. Parmi eux, quand je me sens en danger, rue, jardin public. Si je tombe, on me ramasse. Pourtant, je le sais. Je sais qu’il ne sert à rien de paniquer. La panique gagne quand-même. C’est déjà arrivé. C’est la même sensation. Je n’avais pas les moyens de contrôler. C’était le corps tout entier. Je croyais avoir fauté. Je devais m’excuser, me faire pardonner. Quelle puissance que cette morale. À genoux, supplie-moi. Non, cette fois, pas de genou à terre, pas de morale à respecter. Tout cela vient s’arracher. Ce n’était pas fait encore. Il croyait l’avoir fait le premier jour, mais ce n’était pas encore fait. Partir pour maintenir. Comme j’étais malin ! Revenir pour garantir. Respect ! Jamais loin pour la vie. À deux doigts de tout dire. Si j’y repense. Au Marin de la Roche. De la roche à la roche, à la source pure, je prends le risque, je fais le choix, je fais le tour, je consulte les étoiles, sorciers, chamanes, curés, tout y passe. Tout tremble encore. La nausée puissante. Tout peut changer et disparaître en quelques secondes. La même première leçon : le deuil. Il le faut immédiat. C’est la première épreuve. L’épreuve du deuil. C’est réactivé, violemment. Tout hurle en moi. Pas ça. Pas maintenant. Pas le pire maintenant. Et pourtant, c’est ce qui se passe. L’évidence sous les yeux, mains vides, tout ce que je suis venu là révéler, libérer. Cela ne va pas dans les deux sens. Je n’ai aucune joie de le retrouver alors que je croyais tout perdu. Tout perdu. Tu vas un peu fort. Si c’est ce que je considère. J’imagine la terrible soirée. Tout ce que j’aurais raconté. J’en parlais encore la semaine dernière.

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Sunday, August 2, 2020

Chroniques de l'invisible - 210

Et pourtant, je ne sais si c’est la nécessité de l’écriture ou la curiosité, j’ai besoin de m’y voir ou aussi de les voir ou aussi qu’ils me voient, que je sois un parmi un autre, puis je me visualise, ça ne fonctionne pas, je n’entre pas, pas maintenant, pas pour ça, pas pour eux, il y a, c’est vrai, quelque chose de plus calme, il faut refaire la terre, l’irriguer, ne plus rien concevoir d’autre et se laisser conduire, comme envahir.

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Saturday, August 1, 2020

Chroniques de l'invisible - 209

C’est une présence si douce. Je ne veux pas la brusquer. Je veux voir tout de même ce qu’il en est, où j’en suis, non pas déjà mais pour dire que cela ne peut pas être brutal, je m’imagine en train d’arriver au bureau. « Oliver Rych, dans mon bureau. » Ça peut attendre. Attendre que je sois disponible et disposé. De toute façon, je vois bien que ça ne s’arrête pas. J’aime avoir et avoir plus, en avoir un puis douze. Cela ne me rend pas étranger au système. Pour les imprévus. On pense souvent aux catastrophes. J’ai fait cela avec tant de soin. Par étape en quelque sorte. Pierre par Pierre. L’édifice prend forme. Je ne sais pas d’où ça vient. J’aime les châteaux. Comprenant ce qui se produit. Sans surprise, ce ne sera pas rapide, et cela me convient de l’apprécier. Je n’aime pas quand cela va trop vite. C’est qu’il n’y a pas de terre, de matière. Construire soi-même son temple. Cela aussi me convient bien. Il n’y a rien qui existe et qui puisse m’emporter totalement à cause d’une barrière inventée que je nomme « culte ». Là où le culte commence, je m’arrête.

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