On ne parle pas des morts, on ne les compte pas, pas vraiment, les vrais morts (il n’y en a pas de faux mais il y a ceux qui ont le droit à leur photo), les supprimés. Tout cela se brasse en moi. Je viens faire équilibre, du jamais vu, surprenant dans la bataille quotidienne, presque tout change sous les yeux, le paysage, le temps, les personnes qui le constituent. « Il n’a jamais fait ça », parce qu’il n’a jamais été, maintenu alors qu’il ne ressent plus rien. C’est un outil, pas un remède. Il ne fait pas basculer. Je pense à ce que j’ai laissé, que je n’ai plus. Le lieu du retour se purifiant. Je prends ces fragments pour ce qu’ils sont. Ils se reconstitueront dans l’indépendance. L’œuvre s’imprègne. Je le sens quand la chaleur se concentre. Le sujet abordé revient. Je ne l’expulse pas de la même manière. Je deviens plus exigeant. Cela ne peut pas être sur un étalage de marché, bradé, 10 euros les trois, avec le symbole qui à ce stade n’a aucun effet. Ce que j’apprécie, c’est comment le corps textuel mobilise et communique. Cela ne peut fonctionner que si je viens aussi régler ce qui se soulève en moi. C’était là et j’étais submergé. Tout me paraissait immense. J’étais le seul devenu, le petit point dans l’univers. Je venais faire travailler la proportion et aujourd’hui je viens vérifier à quel point je suis un autre, même si, je ne suis pas dupe, ce n’est pas le bout d’un chemin. Je réalise que l’impact est dans la mémoire, ancrée, c’est même un autre paysage. Celui de la mémoire est plus désolé. Plus oppressant. Il faut dire que j’étais seul, et maintenant il y a foule. Je suis clairement de l’autre côté de la rive.
---