Saturday, October 31, 2020

Chroniques de l'invisible - 300

Le vivre ainsi avec tant d’intensité me permettra d’y faire quelque choix encore lorsque je jugerai nécessaire ces retours à soi. Si tout cela n’est adressé qu’à soi, alors c’est très différent. Je n’arrive pas encore à m’imaginer la portée de cette constatation. Il y a deux faits conjoints à la base (Ayé, c’est l’enquête), une concomitance, mon arrivée dans un espace déjà occupé, depuis si longtemps habité, je ne le sais que depuis quelques jours, ces détails qui surgissent dans la vue (c’est le bon mot, on ne le voyait pas), je n’ai pas à juger les pensées qui me traversent, je sais juste qu’elles se ressemblent, elles s’assimilent, doux souvenir d’enfance rappelé. Il y aura toujours cette spécificité étrange, ce drôle de hiatus dans la chronologie des faits, oh ce n’est pas tabou, on en parle même comme d’une histoire absolument improbable, lui ! que tout prédestinait au déboulonnement de statues, aux manif, aux oppositions, lui qui souvent était le seul qui venait mettre le pied dans la porte (remarque, ça ne m’étonne pas tant que ça, il a toujours été un peu à la marge), non non (c’est l’interviewé), pas de paroles précises à rapporter, mais vous me demanderiez (ou si je devais faire une liste) qui de tous pourrait avoir un comportement qui ne ressemble pas aux autres, il serait nommé, c’est sûr, cité, voire pour certains faits, le seul auquel j’aurais pensé.

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Friday, October 30, 2020

Chroniques de l'invisible - 299

Je ne m’attendais pas à une telle écoute intérieure, une telle qualité, lorsque s’est instituée autour de moi la réponse à l’un des plus grands mystères de ma vie. Ce palais ou royaume à l’intérieur duquel je me savais exister, je cherchais à le justifier sans paraître privilégié, sans mise à demeure d’autrui et cela semblait n’être qu’une infranchissable impasse de la pensée. Je n’avais plus qu’à convoquer puis accepter une présence qui dans le silence s’est délicatement adoucie. Ainsi, cela se contrôlait peu à peu, sans heurt, sans injonction, sans devoir à accomplir puisqu’il y avait là un élément constitutif de taille, un renoncement, qui m’obligeront à ne pas adhérer aveuglément avant de prendre part à ce que j’ai toujours ressenti comme le besoin de mon être. Seulement, je ne peux pas y arriver lorsque la colère monte, cette colère que je sens s’adresser doit être maîtrisée. Ce ne sera pas radicalement tel que je l’ai envisagé. Je vais devoir composer.

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Thursday, October 29, 2020

Chroniques de l'invisible - 298

De fait, je n’ai plus qu’à appliquer. On le verrait écrit maintenant qu’on dirait mais comment est-ce possible comme c’est facile finalement ils étaient un peu limités à l’époque. Très limités. Un truc et c’était tout, puis ce fut un cumul de décrets et de lois. Au centre, se contredisant en permanence, la liberté. Ce choix, pour laisser courir l’esprit, le laisser vagabonder. J’aurais dû m’en douter, dès lors qu’il y eut une forme d’obligation, et surtout, à partir de presque rien de m’avoir ainsi assigné une catégorie. Une version moderne du port de croix. Cela ne m’empêchera pas de respecter la rencontre, voire même de l’honorer comme on admire une œuvre d’art qu’on voulait chez soi. Elle évoquera cet ancien temps et tant que j’aurai les capacités intellectuelles de le faire, je reproduirai sans crainte ce que je cherche infiniment.

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Wednesday, October 28, 2020

Chroniques de l'invisible - 297

Écrire lorsqu’arrivent les premières sensations, je dirais, peut aider. De toute évidence, c’est un achèvement. Rappel de tout ce qui a changé. Partir plus tôt, revenir plus tard, ne pas entrer dans un autre rythme et ne pas se mettre à disposition des mots qui enchaînent, forçant à faire croire que l’alter ego serait un autre corps textuel où tout serait identique, des points communs qui n’en sont pas, même lorsqu’il s’agit d’être disponible pour partager des instants. Ils ne sont pas essentiels parce qu’ils ne sont pas suffisants. Je repense des parties du temps. Je refabrique, d’une certaine manière, alors que d’autres habitudes sont à l’œuvre. C’est l’au-delà, bien sûr, l’au-delà fantastique, où la pensée n’a rien d’autre à faire qu’assurer une continuité, si loin de tout, elle dépose, dans cet espace privilégié, dans une fièvre légère, je m’alanguis pour une autre nécessité.

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Tuesday, October 27, 2020

Chroniques de l'invisible - 296

Je pourrais justement forcer une pseudo croyance qui arrangerait bien l’alimentation du mensonge. Je vois bien ce qui pourrait avoir changé depuis ces quelques temps. Je ne refuse pas le progrès, naturellement. Juste, je m’interroge, là, lorsqu’il n’y a rien d’autre à faire qu’attendre, vivre, apprécier, à nouveau, ce qui ne se racontera pas (il est pénible), oui, je sais. Si c’est ce que je désire, l’insaisissable, l’élaborer pour en partie le devenir, de loin, comme cela se regarde, « on touche avec les yeux », ou on ne touche pas. C’est l’erreur qu’il ne faut pas commettre, tout tenter pour, glisser, ne pas prévenir, ne pas demander si ça pose un problème, forme de consentement. Pour lutter contre cela, je ne vois qu’un moyen, placer le rideau de pluie incessante, l’impossibilité météorologique, le reste a peu d’importance, c’est mieux que la gastro, si c’est pour faire un compte-rendu permanent, non merci, t’es où tu fais quoi t’as mangé quoi, fini du jour au lendemain sans prévenir, on voudrait des héros à qui il arrive des aventures exceptionnelles mais on ne raconte pas la vie du personnage que le héros croise sur son chemin. Pendant que l’un chasse le dragon, l’autre traverse la rue pour aller acheter du pain. L’air de rien, tout se remet en ordre. Le personnage aussi a vu passer le héros. Encore un qui fera la une des journaux. « Un dragon terrassé par un héros d’aventures ». Rien sur celui qui a traversé la rue pour acheter du pain. C’est moins sexy. « Un homme traverse la rue pour acheter du pain ». Et pourtant, c’est là qu’est l’essentiel de la vie. Cela n’empêche pas de terrasser des dragons. On est juste anonyme, non appelé à devenir public et on ne le veut pas, de toute façon. C’est presque une hygiène de vie. Cela vient signifier enfin. L’apport personnel est simplifié, au plus direct, au plus sensible, là où je n’ai pas à inventer pour justifier quoi que ce soit. Cela permet même d’étudier d’autres brutalités que j’étais prêt à m’administrer alors que certaines modifications du corps textuel sont nécessairement plus lentes car elles sont organiques. Une rupture amusante n’y changerait rien. Le sujet est grave. Des vies sont en jeu, des vies importantes, en ce lieu où il est nécessaire de rétablir la confiance, rappel des décisions prises au fur et à mesure, tout ce qui aurait pu être différent mais c’est ainsi qu’ensemble, à plusieurs, nous avons choisi de prendre un risque, celui d’un pari, puisqu’il faut régler ce qui retient d’abord individuellement, ce qui inquiète voire ce qui angoisse, « vous n’y arriverez pas », ce n’était pas la bonne phrase à dire en ces circonstances. Parce qu’une fois que la confiance est rétablie, il ne s’agit pas d’aller appliquer la même méthode à tout le monde. Il est vrai que certaines personnes se rendent si indispensables qu’elles deviennent la solution logique alors qu’elles sont depuis des terrains impraticables, saturés, l’opinion y est ordonnée, pas d’union sur ce point. La merveille est de constater comment cela s’inscrit vraiment. Ça, je peux le raconter. C’est si évident. Tout a eu lieu tel que je l’ai désiré, avec au centre ce qu’il y a de plus important. Pas d’entrave. Basculement temporaire dans un autre monde de combats, un monde tout aussi fantastique. Tout va s’éclairer. J’aimerais tant le dire directement à celles et ceux qui s’inquiètent. L’effet est immédiat, tout ce qui semblait ne pas pouvoir bouger se met en mouvement (il faut juste prendre un petit risque au démarrage), on se dit c’est de l’auto-conviction, de l’auto-persuasion. Et pourtant, c’est bien vrai, le seul, sûrement le premier, sur un chemin, s’adaptant à la temporalité, je n’avais pas imaginé que cela se terminerait ainsi, de la place pour les autres, même si je l’avais conçu au fur et à mesure, ce qui signifie pour moi des semaines de silence, il ne s’est rien passé, ça se joue sur un parking, un ton dans la voix tel un geste qui dit casse-toi, la colère ressentie à ce moment-là aussi est préparée, je viens d’en avoir une nouvelle preuve, il faudrait l’enfermer, s’interdire, j’avais pourtant évoqué la lenteur d’une adaptation, ce n’est pas si douloureux, c’est différent, je n’y passerai pas la nuit cette fois-ci.

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Monday, October 26, 2020

Chroniques de l'invisible - 295

Admettre — mais ce n’est jamais simple — que je ne suis pas là pour cela. Que c’est tout autre chose. Je suis bien désolé de ce rien en commun, ce qui m’oblige toujours à une attitude ferme. Maintenant que c’est devenu source d’écriture, ce long poème qui accompagne où l’addiction se travaille à distance. Car c’est bien cette distance que je dois maintenir, les heures heureuses quand l’exception devient réelle telle qu’elle est chaque fois que je pose la question de la durée. Cela arrivera peut-être un jour lorsqu’on se penchera sur quelques raisons d’être qui se sont rencontrées. Une éventualité n’est pas pour moi une nécessité et lorsque j’entends qu’il en serait autrement, je me vois plonger dans la routine ou la banalité d’une répétition, ce qui ne m’est pas nécessaire. Je crée cet espace qui ne se raconte pas, entouré d’un simple mensonge trouvé grâce à la simplicité du ton retrouvé, détaché, de celui qui ne fera pas un effort de plus pour entretenir l’illusion. L’aspect autoritaire d’un « on verra plus tard », et puis j’imagine de drôles de paroles échangées avec soi-même pour justifier la situation d’abord incompréhensible. J’ai fait des progrès depuis quelques années. Ma manière de me punir était fort différente. Il y a eu un peu de hasard aussi, bref, les années se suivent et ne se ressemblent pas. Mon besoin n’est pas le même non plus. Il faudra que je sache mieux l’exprimer, sinon je serai encore tenté par l’autopunition, que cela n’existe plus, que cela qui nourrit mon œuvre n’existe plus, que je sois obligé de m’enfermer alors que je peux avoir face à moi le spectacle éblouissant d’un ciel, l’admirable tenue de la nature des heures, ici comme ailleurs, partout, la sensibilité spirituelle à l’épreuve d’une saine quête. Je pourrais à nouveau tenter l’aventure complète, du début à la fin et non pas seulement un flash, une idée, ouvrir l’espace de l’imaginaire alors que la période des conclusions commence, comme on sème le grain puis on récolte. Je m’étais dit que c’était là que s’achèverait quelque chose, la même histoire, la même tentation. Il faudrait une assiduité que je ne me crois jamais capable de tenir. Jusqu’à ce que cela ait lieu, heureux en cette partie de moi, quelles que soient les marques de mépris glissées dans une phrase, révélant tout de plein d’autres mensonges que je ne veux pas justifier, accompagner, aider à perdurer. L’épouvante d’une confrontation, la voiture emboutie, le regard empli d’incompréhension, si âgé, on s’affairait sur le trottoir, une journée si banale, presque offerte, et tout s’effondre. Je ne sais qui pourrait aider. Il n’y a pas de blessé. C’est ce que l’on croit toujours. Pourtant si blessé. Le poignard dans le dos. Au plus proche, alors que la confiance est établie. Les sourires. C’est juste que je ne pouvais pas tout faire en même temps. Je devais aller au plus concret. J’avais pensé que cela suffirait et ça avait suffi à tout enclencher une fois l’autonomie assumée. Le mépris fait toujours mal, quel que soit l’âge. Une manière assez facile de blesser. Je suppose que l’on ne s’en rend pas compte. C’est pour cela que je n’en garde aucune rancœur. Il y a donc un présent à étudier. Cette sorte de maladie. Aucun remède immédiat. Il faut attendre. La crise ne révèle pas assez. Elle est trop chargée. Cumul de malaises, de questions sans réponse. Un sans avenir alors que chaque minute le construit, cet avenir. Sauf que depuis, contrairement à ce que certains méprisants pensent, j’ai fondé puis résolu un grand nombre d’énigmes qui font à la fois l’histoire dans sa continuité (on ne revient pas en arrière) et l’exigence intellectuelle face aux difficultés des choix — j’allais presque dire des vœux — prononcés. Marre, sans doute, d’entendre ressasser, d’élever des fictions au rang d’espoirs vains. Dans ce cas, j’adopte l’attitude de l’intransigeance vis-à-vis de cela. Ce n’est pas sans rapport avec mes propres désirs, connus, que j’aimerais qu’on respecte au lieu de les détourner. Soi-disant plus simple. Ce n’est pas le cas. Il y a la même complexité, le fait d’endurer ce qui se présente chaque jour. Je n’ai rien à dire d’autres banalités qu’on viendrait m’imposer sous prétexte qu’en apparence je serais disponible. J’agis de la même manière, vers une autonomie globale qui m’apporte la liberté de penser. Le tout est de ne pas alimenter, de ne pas entrer dans l’illusion d’un lien privilégié. Je me sens parfois cruel de faire part de ces considérations. Le temps jouera en ma faveur ainsi que ma façon de présenter les différents thèmes. Je ne vais pas chercher à les rassembler. Le mode sans liste est pleinement assumé. J’aime compter le nombre de phrases dont j’ai besoin pour lutter contre la dépendance. Des jours sans, il en faudra plein, davantage. Je veux entendre cette voix de l’arrachement, la retrouver sous toutes ses modalités. C’est elle qui compte, elle qui ne lâche rien, qui poursuit son œuvre. Je ne suis pas surpris de vouloir l’exprimer sous cette forme. Il n’y en a peut-être pas d’autre. Dès qu’elle est trop mise en fiction, elle perd de son efficacité, ce qui n’empêche pas qu’elle soit entourée de récits aisés à comprendre. Cela peut aider à traverser l’épreuve d’un fait de la vie jugé imprévisible, l’accident qui vient tout remettre en cause. S’il n’y a pas de place pour juguler son effet, l’ampleur devient incontrôlable et c’est cela, l’effondrement, lorsque cela ne s’arrête plus, ne peut plus s’arrêter.

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Sunday, October 25, 2020

Chroniques de l'invisible - 294

Parce que même où je m’attends à trouver quelque subversion, je ne vois qu’allégeance, accord tacite, la forme la plus banale de la désillusion. Cet alliage, forte concentration, non pas une expérience exceptionnelle, lorsque s’entrechoquent les mots comme des valeurs, des données, des émotions, là, lorsque tout se rencontre, que s’inspire la vie, que se déploie le désir, l’air glacé de l’hiver, imaginé, la main tremblante, déjouant le piège, se demandant laquelle des situations aurait été la plus simple. Intéressant instant de vérité. Je m’étais un peu mélangé les pinceaux, connaissances hâtivement apprises certainement. Cela s’est rectifié. Je vérifierai plus tard tout de même. En attendant, il s’agit de faire d’une fois tant de fois que le sujet n’est plus à s’épuiser mais à s’essorer. J’avais très certainement besoin de cette confrontation pour y prévenir l’entière conviction d’un état proche de la perfection. Cela donc qui transforme peu à peu un objet d’attente. Je fais ce choix, le formule dans toutes mes pensées pour me préparer. C’est ainsi à présent. Toujours cette affaire de proportion. C’est gagné, je le sais. Il faudra à nouveau mentir, prétendre à l’incroyable. Le sujet déplacé. Il fallait bien que ça vienne un jour. Une pause comme une autre. Qui a valeur de test. Puisque rien n’est vu dans le même lieu, là où s’est articulé pour moi une confirmation. Aucune surprise.

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Saturday, October 24, 2020

Chroniques de l'invisible - 293

C’est que j’étais en train d’élaborer une stratégie pleine de mauvaises pensées. Il fallait corriger. Il n’y aura qu’à ce moment qu’il sera possible, avant de partir ou de se mettre à disposition, je suis toujours à deux doigts de faire lire, au personnage devenu monstrueux, qui n’a plus d’existence parce que je le modèle comme un vieux chiffon sans allure, j’imagine, j’apprécierais d’avoir une sorte de première réaction, ajoutant l’effet regard à la fin de la phrase, et ce sourire gêné comprenant que la lecture d’un extrait n’était pas un cadeau de je ne sais quoi, je sais par contre comment conduire l’intrigue, la scène s’organise, je viens surprendre, pour les heures qui précèdent et qui suivent, ce bonheur-là, de préparation puis le plaisir de l’avoir fait. C’était inimaginable. Comme je le dis souvent, c’est une question de méthode et de technicité. Au début on croit toujours qu’on ne sait pas où ça va, un peu comme un récit un peu maladroit. Il a dû sécher les cours de métaphore et le cours de méthodologie des personnages, les bottes noires, la robe rouge. Forcément on entre dans un décor-paysage. Au minimum une maison quelque part avec vue sur quelque chose. Rien de cela. Ni bottes noires, ni robe rouge. Personnage informe dans un décor incertain. Cependant, il vient d’y avoir une scène terrible. On ne s’y attendait pas. C’était parti pour nous raconter sa journée. Et en fait c’est la terreur. Le personnage se décompose face à la situation. Tout un monde d’illusions qui s’effondre. C’est ça qui est terrible. Là où on s’attend à être cité remercié, je me souviens de ce jour fabuleux, la brume douce d’automne. C’est le temps qui va aider à prendre des décisions simples. Pas le choix. Tempête de niveau 5, alerte rouge.

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Friday, October 23, 2020

Chroniques de l'invisible - 292

À la fois, il me semblait bien présomptueux de croire qu’à deux situations exceptionnelles ne correspondent pas davantage de troubles, davantage de différences, d’exceptions. Chaque ingrédient venu participer à l’élaboration, participant au climat, se laissant emporter avec tout ce que cela contient, lorsque le commun devenu ennuyeux doit peut-être disparaître, n’être plus qu’une couche délibérément enfouie. Parce que ça commence à bien faire de ne pas savoir qui on est, de décrire la beauté idiote et paradoxale de ce que ce serait rencontrer on ne sait jamais comment le nommer comme si ça dépendait de l’autre l’amour comme si y’avait besoin de cela pour l’éprouver, à la grammaire des temps anciens, le complément d’objet direct et sans cela ce serait l’épouvante. Je ne vais pas attendre. Je ne vais pas tenter de m’accrocher à cette misère sous prétexte qu’elle aurait le don de refléter ce que nous sommes tous en partie, alors qu’au contraire, c’est la marque du pire qu’il nous faut éviter. Éviter, malgré tout, comme d’être redevable. Je vois bien où se joue la tolérance. Je ne veux pas manquer cet épisode. Il y a de ce tout à l’intérieur du tout. De même, le paradoxe prend forme. C’est le mieux pour moi. L’instant du dire à l’instant même où il s’exprime. Il aurait manqué quelque chose d’essentiel si j’avais suivi la voie de l’intolérable. Cela ne me correspond pas. Je ne suis pas cela et j’existe autrement. Ce sera facile de s’interposer dès lors qu’il est possible de le réaliser, y compris l’errance de mots qui se coordonnent. Ils n’auraient pas lieu d’être autrement.

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Thursday, October 22, 2020

Chroniques de l'invisible - 291

Exceptionnel. Il pourrait ne s’être rien passé. Pourtant, il y a eu tant, tant à la fois, les merveilleux silences entrecoupant la conversation, tout s’accélérant pour entrevoir les correspondances. Alors, alors, comme un bilan, ce qui a eu lieu depuis, sans surprise. J’imaginais ce qu’on pourrait retenir, l’idéal sans doute, oui, presque, le même, tout est contenu là, comme une hallucination, la réponse qui ne correspond pas aux questions, l’histoire endormie, on ne pourrait pas deviner, il faudrait sortir de soi, impossible. J’aimerais tout reprendre point par point. Maintenant que j’ai des dates, c’est facile. Il est parti et il est revenu. Entretemps, la vie misérable, les mêmes gestes tous les jours. Sa présence vient nous le rappeler. Pas une question. La situation est trop difficile à gérer. Personnellement, je ne refuse pas d’y être quelque peu associé. Pardon, je ne fais rien pour que ce soit clair. Il faut dire que c’était au bord de la crise cardiaque. Le désir souverain. Ce qui n’a pas d’expression. On le tait, tout simplement. Quand on ressortira les archives, on essaiera d’y voir plus clair. Le trouble était différent. Cela se compte en années. Éviter. Éviter cette période. Tout était renouveau mais il avait fallu que j’aille me jeter dans les griffes de la bête, pleurer bêtement en attendant d’être broyé. Rien à foutre. Il n’en avait rien à foutre. Pourtant, c’était un retour. Il n’y a pas de sujet primordial. C’est comme ça. La conscience n’a plus cette notion du temps qui voudrait qu’on mette dans l’ordre des éléments aidant à comprendre. Tellement se passe en amont, en dehors. J’aime l’idée d’apparaître dedans sans qu’on s’y attende, car si je devais faire un rapport, il aurait fallu que j’enregistre. Ces sons qui viennent tout tricoter dans des zones que je n’entendais pas jadis. Une peur ancienne. Chaque jour. Chaque jour encore. Que tout s’effondre. L’accident maladroit. L’objet qui n’aurait pas dû être à cet endroit. Chu. Poésie. Le mot qui n’a rien à voir au milieu de la page. D’un désastre obscur.

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Wednesday, October 21, 2020

Chroniques de l'invisible - 290

Passé ce cap de l’invraisemblable, tout devient clair. Le fil de l’histoire se déroule facilement. Il pourrait y avoir un vaisseau par exemple, avec de drôles de différences entre les personnes, me included, avec des différences, trouble de la personnalité à soigner d’urgence, sans autre remède qu’un stylo et du papier. J’ai laissé Joyce sur la table, aussi pour m’offrir un cadeau de retour, comme tout ce que je laisse, d’ailleurs. Il serait plus simple d’évoquer ce que j’emporte, pourrait-on penser. Oh que non, ce n’est pas si simple. Ce n’est pas parce qu’il y a peu que c’est simple. Je veux dire : peu d’objets. Une forme de fidélité installée, plus à prendre en considération dans l’esprit, oui, de toute évidence, nous y allons à plusieurs. Alors, bien sûr, il faut une scène inaugurale, le hic qui va faire que le quotidien est bouleversé, que tout va se transformer. Scène d’anthologie, présentation dans l’assistance, en face à face, je me montre, ne l’a pas vu passer à la casserole, ne l’a pas vu avec les agenouillés, ne l’a pas vu se signer, ne l’a jamais revu. Une fois, donc. Un trouble, un petit quelque chose qui dénote, pris en flag, là où on s’estime supérieur, où le mensonge passe comme une lettre à la poste, où l’on joue avec les certificats, pas de ça chez nous, ne vous inquiétez pas, vous aurez toutes vos autorisations nécessaires, mieux que le ministre ici, ligne directe avec le pouvoir. Le regard cerclé de vert qui propulse une fascinante lueur, attractif, sentencieux, révèle que rien de tout cela ne sera jamais partagé. Je sais que c’est très proche de la haine. J’en avais peur jadis à cause de cela, à cause du fait qu’on aurait pu me croire dans une autre catégorie. Maintenant, je sais que c’est un moyen de mettre à distance et de ne pas se laisser emporter par trop de servitude. LOL. L’histoire se répète. On annonce : même lieu, mêmes enjeux. Héhéhé... Sauf que justement, quelque détail va tout bouleverser : je ne suis plus seul. C’est un peu la terreur que j’ai vue sur un visage hier, la question qui dérange, le paradoxe insaisissable. Il est tout seul mais il semble être plusieurs. Rien que dans ses yeux, à chaque fois, une expression différente. Oui, je suis plusieurs, toute une armée. On croit toujours que ce sera blanc ou noir, chaud ou froid, bon ou mauvais. La force fut de lui faire penser en effet qu’en face de lui il avait un ennemi. Je crois qu’il a même pensé « son » ennemi. Comme « son » dieu, « son » diable, « son » église, « son » sacristain. Rien à voir. Pas de déclaration d’intentions, pas de gant jeté au visage, pas de représentant. Juste la possibilité d’une autre attitude révélant tout le mystère d’un nombre qu’on n’avait jamais envisagé parce qu’il est inconnu. C’est forcément une énergie collective. On ne croit pas au début qu’on s’améliore aussi au sujet des techniques dites secondaires. Tout se joue avec ces gestes mineurs. Dits mineurs. Car ce qui donne du sens soi-disant c’est le discours qui vient enrober l’affaire. Au moment où je me dis qu’une hiérarchie doit décider de laisser un peu de place à d’autres formes, je découvre une voie ressemblant à la fois à un conseil et à ce qui va être, car c’est lié à présent. Une alliance. De qui détiennent quelques secrets de l’existant.

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Tuesday, October 20, 2020

Chroniques de l'invisible - 289

L’entendre dire bien sûr me fait du bien et si je suis actuellement en train de tester ce qui occulte la pensée, que ce soit ce sujet qui s’installe partout ou l’incapacité collective de prendre du recul, c’est que je mobilise une énergie créatrice fondée sur la sensation globale. Je me trouve décalé, mais pas d’un autre temps. Nous sommes contemporains. J’embellis en tout premier lieu, aussi bien le personnage que son cadre d’action. Décision prise, pour faire entrer les démons. Je suis là pour ça. Pas de chichi, je connais tout par cœur, révision accélérée, nouveau rôle, il apparaît, c’est moi, le corps textuel mis en scène pour provoquer le jugement. Il n’y a que cela qui fonctionne depuis des siècles. Les bases sont bonnes — plutôt bien inspirées même — mais il faut réformer. Ce n’est pas possible de se prendre autant au sérieux. Et puis, l’adoration du maître et les courbettes d’apparat, ça va bien deux minutes. Il faut de la noblesse dans le regard, une tenue digne de ce nom, un respect, de l’invention, un peu de fantaisie et de l’amour propre. Le nouveau, là-bas, en effet, il a fait un effort vestimentaire, manque pas d’air, il s’est mis au milieu, ne s’agenouille pas, ne se signe pas, ne va pas gober le corpus Christi comme il se doit, sur le pas de la porte, « je m’attendais à plus de spiritualité », laisse sa carte dans la corbeille à l’ancienne, « contactez-moi », immédiatement il se fait quelques amis, « ah oui, celui qui enfreint la loi vraiment, la loi morale, oh, ça ne m’étonne qu’à moitié, je travaille avec lui depuis quelques années, chaque fois qu’il y a une exception, il est dedans ». On va voir ce que tout cela va entreprendre, ce que tout cela va définir. Pour une fois, tout est daté. Ce sera facile de savoir après quelle conversation ces délires ont eu lieu, et surtout après quelles lectures.

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Monday, October 19, 2020

Chroniques de l'invisible - 288

La garantie d’un monde plus serein. À l’issue de cela. J’ai presque envie de dire : ça n’ira pas plus loin. Je ne suis pas sûr qu’on se rende bien compte de ce que c’est exactement, quand l’horizon s’ouvre, quand il n’y a plus rien qui entrave, que je me mets à organiser une nouvelle entrée comme un long voyage, je reviendrai et tout sera différent, tout aura changé, non pas la place des objets, ni quelques parfums, je n’évoque que les mots, ils seront déplacés, disparus, remplacés, certains inamovibles dressés comme des stèles, on appelle cela ruines ou vestiges, ce qui date, ce qui plonge dans le passé, dans le mystère, alors que défilent les questions.

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Sunday, October 18, 2020

Chroniques de l'invisible - 287

J’apprends cela. J’apprends seul. Ce qui se produit dans la voix m’émeut. Au bord du bouleversement. Je n’y suis pas encore parce que je retarde un peu. Je fais bien car je me rends mieux compte de la personne à qui tout cela s’adresse. Pas besoin de le prouver. L’évidence de ce moment. Peut-être ce qu’il a manqué comme parole lorsque je le comprenais. Ce lien n’avait pas été fait. Il a conduit à une rupture violente. Un lien de verbe, d’origine. J’ai envie de mettre en place cet apprentissage.

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Saturday, October 17, 2020

Chroniques de l'invisible - 286

La perception est immédiatement différente. Trop d’agressions. Trop agressif. Ou tout à coup il n’y a plus que cela qui se voit. Tout ce qui voudra maintenir l’impossible recul. Quand je serai, comme on dit, de retour. Avant cela, je m’oblige à garder une distance. Je ne suis pas surpris que tout me semble étranger, y compris la voix si souvent inquiète, doublement inquiète, qui tente de me faire part de son angoisse et de sa colère, qui voudrait que je sois complice de cela, que nous soyons identifiés ensemble, lui et sa voix doublement inquiète. Raté. 1er essai, raté. 2e essai, raté. Tous les essais. Ratés. Je laisse flotter, au bord de l’engrenage. C’est l’une des solutions. Je n’ai pas fait cela pour me retrouver ficelé encore. À chaque fois, je me le répète. C’est un hasard. Il y a plusieurs systématismes que je ne supporte pas. « Puis les bus deviennent des trains ». Je pense à moi, ce que j’adore, ces parfums, ce calme, cette arrivée. J’avais dit que j’y serais avant l’heure. Par l’imagination. À cause de, justement, ce que je ne supporte pas, cette insistance, cette arnaque en quelques sortes. Maintenant je me moque bien de qui attendra qui et de qui répondra à qui, de ce qui fera qu’on est, je ne sais pas, du genre liés. Personnellement j’ai besoin d’aventure et non de rester du genre coordonné.

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Friday, October 16, 2020

Chroniques de l'invisible - 285

Je ne pourrai pas éviter cela. La plongée. L’obligation. Je ne devrais pas mettre tant de temps à m’en remettre, à revenir au socle. L’effort est presque surhumain, surnaturel, spirituel. Sur le chemin le signe que j’aurais pu laisser. Je l’ai saisi. De toute évidence, il m’est adressé. La panoplie se complète, un nouveau compte à rebours. Je ne suis pas seul. Je ne pouvais pas rêver mieux. J’ai pensé sacrifice durant plusieurs heures, puis tout s’est apaisé. Entre les phrases. Je n’ai pas d’autre méthode.

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Thursday, October 15, 2020

Chroniques de l'invisible - 284

Se prépare. Trou. Se demande. Répond. Donne vie. Un univers méconnu. Une terre étrangère. S’étale sur des jours durant. Le plus extraordinaire. Reste à venir. J’aime ce mode établi sur la confiance. Images passées incrustées de plus en plus raffinées. Ouvrant cette porte de la conscience, je ne focalise sur rien d’autre, bon, généreux, complice, n’hésitant pas à faire parler. Aucun regret, déjà prêt pour la transition, voyant les kilomètres défiler, de la pensée, aussi bien sur la terre que dans le ciel, ce jour où je l’ai dit : l’hiver arrive. Nuages et froid l’annoncent. C’est magnifique. L’histoire. Au fil d’une simple chronique décidée alors que j’allais détruire les errements, les confidences, ce qui peuple où on ne voudrait pas que ce soit. La vision n’avait rien d’incarné. Elle flottait. Pour autoriser l’arrivée de l’ange.

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Wednesday, October 14, 2020

Chroniques de l'invisible - 283

Un mot, un seul, pouvant tout changer, les petits détails de la vie, privant de liberté. La solution d’échappement a été immédiatement déclenchée. Je n’ai rien retenu, mon propre bombardement. Je suis d’accord pour plus de risques, plus de fantaisie. Royaume de l’imaginaire, intouchable. Pour cela, j’ai besoin d’outils. Pour reprendre le dessus. Je m’y prépare, sens ce qui m’appelle. Tout prolongé. Je n’oublie pas que c’était prévu. D’entrer profondément dans le travail pour y revenir avec légèreté là où chaque message compte plus que tout.

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Tuesday, October 13, 2020

Chroniques de l'invisible - 282

Forcément, j’y pense, rétrospectivement. Le tournant de l’histoire. J’aurais pu y passer des heures mais j’avais à faire. Déjà, cette première sensation. Quel trajet ! Quelle profondeur ! Alors j’ouvre une porte, une porte comportant un piège. Derrière, le désir et le devoir, au même niveau, l’un pour soi, l’autre pour l’aspect social. Le désir est plus fort, naturellement. Ce qui occupe le plus de temps dans la vie, depuis des jours comme toujours, un toujours existant depuis le début, à portée de main, autorisé. Je donne le droit, je donne place à ce qui devient un choix. Des remerciements d’une rare intensité pleuvent. Ils me touchent. Tout n’est que minutes qui se suivent. Espace entièrement ouvert dans lequel je me tiens, je me porte. Je dois aller au bout de ma démarche, ne rien marchander à cet endroit, laisser partir aussi, avoir ce courage. On ne me doit rien. Lieu de la parole uniquement. Sans salaire.

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Monday, October 12, 2020

Chroniques de l'invisible - 281

Avant, avant l’étonnement, la surprise, l’élément qui peu à peu perturbe. Cette impression serait vive.

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Sunday, October 11, 2020

Chroniques de l'invisible - 280

Je pourrais. Ça pourrait être maintenant. Tout défile. Y aller d’épisodes en épisodes, tel que je l’ai apprécié, en provoquant. Je n’y crois pas toujours. C’est peut-être un défaut. Du grand tourbillon, il reste tout de même cette attache, ce goût. C’est ainsi que cela doit fonctionner, en solitude. Au cœur de la tourmente, des mains se tendent. Je n’ai pas réussi. C’est en attente. Pas encore un échec. Normal. Il faut du temps. Sensations si contradictoires. J’y suis comme un étranger, mais c’est en partie mon œuvre. Se détourner, la voir autonome. Des tout petits bouts lancés des premières fois. Il en faudra des milliards. Provoquer le mouvement, la légèreté. Le voyage aide parfois. Je vois mieux les circulations. Et puis j’ai envie de me moquer, aussi de moi-même. Le sérieux de la situation a tendance à bloquer, à figer. J’aurais pu. J’étais à deux doigts de le faire. La conviction que ce n’est pas le moment ni le lieu. Il se passera autre chose de bien plus concret. À moins que ma perception soit biaisée. Détournée par d’autres préoccupations. De l’ordre de l’instant. Mettre en place et tout laisser à la fois faire et venir. Ce qui m’amuse au fond, finalement. On aura tout vu en quelques lignes. Forcément y a-t-il une ponctuation. Cela ne peut pas être autrement. C’est ce qui me permet d’aller de l’un à l’autre. Ce qui ressemble à un vide à habiter. Une question pure d’auteur. Paf. Ça existe. Paf. Ça n’existe plus. Tout puis rien. Alors que de mon point de vue, c’est continu, seconde après seconde, toujours dans la matière, revenant aux écorchements, avec du recul, les esprits rencontrés, rien puis tout, cherchant des mots communs, je fais l’effort pourtant. Je n’en trouve pas.

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Saturday, October 10, 2020

Chroniques de l'invisible - 279

De toute évidence, je ne veux rater aucune occasion. En mode stratégie. Je calcule. Cela faisait longtemps que je n’avais pas calculé. Déception terrible du lecteur que je suis de me retrouver au même point après tous ces mois voire toutes ces années. Mais ouvre la porte ! (En fait, elle était ouverte il ne l’a même pas vu). Je ne sais pas si on se rend bien compte de la différence. Il paraît que cela fait du bien à l’esprit de voyager. C’est ce qu’il fait de phrase en phrase. Je me suis fixé cela comme perspective. La terreur, c’est parfois de revoir le film défiler, de reconnaître chaque lieu. Cela se bouleverse quelques minutes, puis retour à l’envoyeur. Tout pareil au même endroit. Rien ne semble avoir changé et pourtant j’ai fait des centaines de kilomètres, ne laissant rien au hasard. Ce jour où je me suis dit : tu ne pourras pas. Une pensée pour celles et ceux qui ne comprendront pas que la mobilisation nécessaire vient s’inscrire. La manière que j’empruntais pourrait être la même. Après tout, les jours de la semaine se succèdent dans le même ordre. Hors du temps, j’avais décidé qu’il n’y aurait rien d’autre.

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Friday, October 9, 2020

Chroniques de l'invisible - 278

À chaque fois que j’y reviens, je tente de prendre un peu d’avance, de créer l’atmosphère avec cette conscience de l’air. Ce n’est pas seulement un besoin de repos. Véritablement, ce qui se perd, cette conscience-là. C’est simple parfois. Une fenêtre ouverte suffirait. Cela doit être accompagné. Oui, c’est une douleur. D’être dans ce contre-courant. Je mets en place ce qui pourra tenir. Pour cela, je dois contrer. Ce paysage comme une épreuve. J’avais bien analysé la situation. Il faudra être prêt. Là où j’ai été absent par obligation. Clairement, tout apparaît. Former. Ne jamais cesser de former. Jusqu’à ce que le désir se transmette. Je ne suis pas sûr qu’il manque un élément. Forcément, j’ai parlé de comment nous appeler dans le gouffre. Quelques secondes seulement. Y être invité puis y être laissé puis proposer un moyen d’en sortir. En laissant faire aussi. Ne pas s’accrocher au rituel. Il y en a souvent plusieurs. Deux auxquels je pense qui tiennent. Celui-ci déjà que je présente à bout de bras. Cet autre que je cache. Je pourrais ne pas en être très fier. Ce qui m’a plu, c’est qu’il s’est mis à rire. Une victoire. Il faut en rire. Tout cela n’est qu’une histoire qu’on se raconte. On voudrait des détails. À partir de quand y a-t-il eu un renversement. Peut-être quand je lui ai dit de ne pas feindre. De ne pas voiler ce qu’il est. Et tout à coup il était nu, touchant, au bord de l’imprévisible. J’aurais besoin de tant de temps pour promouvoir cette relation. Cela m’évoque la forêt. Je lui ai dit. Ces fleurs d’hiver. Les petites violettes. On ne sait pas d’où elles viennent, comment c’est possible. C’est cette image qu’il faut créer, l’invraisemblable. Jusqu’au silence.

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Thursday, October 8, 2020

Chroniques de l'invisible - 277

J’ai presque eu peur que cela ne soit pas possible, mais c’était sans compter sur les forces en présence. Je dirais même « la » force. C’est une même énergie se diffusant dans le corps textuel. Je dois l’accueillir, lui faire une place, l’intégrer, la transformer et la distribuer. Chemin devenu autoroute. Ça trace. On ne regarde ni à gauche ni à droite. Le langage, parmi tout le reste, œuvre à sa manière, martelant le verbe interdire après lequel on pourra bientôt mettre ce que l’on veut. Interdit de passer par là, interdit de faire autrement, interdit de se distinguer, ce qui est inenvisageable (et ce n’est pas qu’une question de génération). Alors, jusqu’à ce qu’il soit encore possible, limite, de transgresser. Ce monde où tout serait dicté ne m’intéresse pas. Et puis nous n’aurions plus que cela à faire : des listes, des recommandations, des ordres, on tourne, escortés par les sécurités, on ne sait pas trop, police de ceci, police de cela, déjà, l’uniforme suffit, le regard, la posture, et peu à peu, le nombre, oppressant, on n’ose plus faire de bruit quand on mache un chewing-gum, air pollué, espace public pollué, cela pourrait ne jamais s’arrêter, l’engrenage, puisque ça marche, comme une maladie, heureuse de s’étendre, ne sait pas qu’elle détruit autour d’elle, pas de conscience de cela. Donc pour les groupes, les grappes d’humains, c’est le pire, perdre conscience. Ainsi la maladie gagne du terrain. Et en ce qui me concerne, ce sera la fin.

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Wednesday, October 7, 2020

Chroniques de l'invisible - 276

Si je profite de chaque seconde, cela devrait aller. Je n’ai pas besoin de tant de temps que cela. C’est vrai, j’aime que ce soit un moment consacré, mais après tout, ça l’est tout le temps. Dans ce lieu, tout se déroule dans d’autres sensations, d’une certaine manière plus respectueuses, délicates, où chemins sont tracés, je le sais, mais je n’en connais pas la teneur, avec ces mots qui viennent s’interposer mobilisant l’attention, ils n’ont parfois a priori rien à faire les uns près des autres. Ce sont eux qui se dévoilent malgré tout.

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Tuesday, October 6, 2020

Chroniques de l'invisible - 275

Pour exemple, l’âme en suspens agissant concrètement sur nos petites habitudes pour intégrer l’exception à toute règle. Cela surplombe, englobe, on ne sait pas trop. En tout cas, ce qui semble inamovible tremble vacille se transforme pour une seule fois parfois pour toujours d’autres fois. Les décalages que cela crée ne sont pas surprenant. Il faut s’occuper alors de quelques errants. Pas de hasard. Ils se présentent. Ils ont besoin d’aide et je leur apporte. C’est un compte-gouttes, mais un compte-gouttes essentiel. Il en reste quelques traces. Je me dis que c’est normal. Tout cela est tellement puissant. Il faut tenir, se rappeler le chemin en permanence. Tant de détails. Je ne pourrai jamais m’en passer. C’est à la fois prévisible et imprévisible. Prévisible parce que à chaque pas une manière va différer (j’y crois tant que je me laisse aller dans ce courant) et imprévisible parce que je ne sais jamais d’où ça va venir, de la part de qui. Il faut être prêt à toute éventualité, prêt à offrir un quart d’heure dans le froid, comme j’ai changé de trajet, attendre le bus suivant, pour que le contact ait lieu, que la matière se propage. C’est difficile. Je le vois dans les regards, témoins de l’inquiétude, la première fois que, le seul qui, avec une sublime conviction, bien sûr que c’est ainsi qu’il faut faire, c’est la voie, le compte à rebours mis en route, non pour la fin mais pour le début. Nous sommes au début, peu nombreux encore, la solitude d’une sorte d’inventeur. Il n’y a rien d’une transformation visible grâce à laquelle on pourrait remercier. « Tu as changé ma vie » en version intraduisible dans toutes les langues. On n’a pas ces mots-là encore. Merci ne suffirait pas. J’imagine celles et ceux qui s’accrochent au fantasme ancien, alimenté chaque jour, devenu carte postale d’abord épinglée au-dessus d’un lit puis relégué dans un carton, un portefeuille, la preuve, qu’un jour on jette parce que même si elle ne sera jamais vue, jamais interceptée, si bien cachée là où nous seuls savons qu’elle est, même si cela ne coûte rien de la garder, elle n’a plus aucune signification. Elle a perdu toute sa substance. Le geste est très simple finalement, surprenant tellement c’est simple, plus délicat si ce n’est que symbolique, seulement dans la pensée, un souvenir parfois, ce qui est rare. Il y a souvent un objet contenant, une douleur que le corps textuel garde et qui ne peut s’échapper que si on la libère.

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Monday, October 5, 2020

Chroniques de l'invisible - 274

Je n’ose pas. C’est fou. Après tant d’années. Oser être là, montrer que je suis là. Tant pis pour les quelques reconnaissances attendues. De toute façon, il n’y en aura pas. Je me permets tout de même une petite remarque. Pour être sûr. Que c’est bien clair. Ce qu’on affiche, ce qui arrive réellement, qu’à défaut d’effondrement j’apporte ce qui lie, ce qui tient, oui, le premier, c’était très délicat à organiser, surtout qu’il fallait une confiance en tout, y compris les personnes mobilisées, ne pas douter de nos capacités communes, être celui qui fédère, qui génère. S’il y a eu de temps en temps quelques légèretés, c’est pour me prouver que je ne suis attaché à la forme que parce qu’elle s’impose à moi. Je n’ai pas à théoriser sur la question. Ou à craindre quoi que ce soit. C’est même peut-être ce qui m’a fait mettre de côté tout ce qui était commencé. Ce n’est pas abandonné. Je ne sais quand cela reprendra. Un vrai journal. Les biographes vont adorer. Recherche : romans non continués à ce jour. Un expert se penche sur la question. Les dates sont souvent fausses. Ça l’amusait beaucoup. Et son père n'est pas mort quand il avait neuf ans. Ni son grand-père d’ailleurs. On ne peut pas le croire. En 2020, il ne pouvait pas y avoir du fascisme plein les rues (surtout dans les grandes villes) avec des collègues paniqués ne venant pas chercher de l’aide mais s’auto-dénoncer comme on s’auto-harcèle. Ils sont à la recherche d’un gourou. L’actuel faiblit. On ne sait pas comment se préparer. Je pourrais prendre le relais sauf que je préfère rentrer chez moi et ne pas m’occuper de cela. Je ne suis pas un gourou, je ne m’insurge pas en anticipant des cas pour alimenter de l’animosité. L’auto-harcèlement est presque impossible à guérir tant que les sujets ne sont pas aptes à l’analyse détachée. Je donne les seuls conseils que je juge adéquats. On n’a plus rien à se dire. Le regard de l’interlocuteur devient fuyant et signifie qu’on a peu en commun. Pas grand-chose, en effet. Je refuse l’auto-harcèlement. « J’attends que vous me donniez la méthode, la marche à suivre, l’attitude à prendre. » C’est ce que je fais. C’est ce qui se passe. C’est comme ça. Un choix que j’ai fait il y a quelques années. Aucun extra. Ce qui n’empêche pas quelques tentations. Cela agit étonnamment. Un besoin soudain de prendre l’air comme on ouvre une fenêtre ou qu’on part pour une longue promenade. Cela vaut mieux que tourner en rond dans son lit en attendant que ça passe. Ça ne passe pas. Des heures à regarder le plafond. Autant se lever. La journée sera longue mais justement c’est parce que le corps textuel réclame, pas forcément au bureau avec des piles de dossiers. Ça peut être un lever de soleil. Je me contente de peu. Le reste s’installe, se résout, s’améliore de jour en jour, uniquement pour soi. Ce n’est pas rien de s’être lancé là-dedans. L’aventure à l’état pur. J’avoue que je suis fan et pour le moment, il n’y a rien qui m’incite à conclure. Il suffit que je le décide. Tout se met en ordre merveilleusement et je n’en ressens aucune crainte.

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Sunday, October 4, 2020

Chroniques de l'invisible - 273

Le corps textuel n’en ressent aucune fatigue. Il ne s’en ennuie pas, à chaque fois, une véritable âme autonome désormais, ailes déployées, rien à voir avec ce que c’était avant, oui, s’énervant encore de temps en temps contre ces petits détails alternatifs et somme toute contrariants (surtout que : je le savais !), contre moi-même bien sûr, uniquement, songeant à ce que j’aurais à en dire le lendemain devant les copains, la honte, pauvre ami, il n’avait pas ce qu’il faut, je l’avais pourtant prévenu, la protection, la barrière, le filet de sécurité, la distance, j’ai failli demander avant de partir, deux fois, bizarre, deux mots que je ne comprends pas, il le dit, en fait non justement, il ne le dit pas, il l’écrit, moi je sais, moi je sais, un gamin de douze ans qui veut se la péter devant le grand guignol brillant que tout le monde adore y compris ma propre mère (le soir en rentrant, elle lui demandait même de ses nouvelles, et elle aimait savoir combien il avait eu lui une fois que je lui avais dit la note que j’avais eue moi, Alexandre il s’appelait, toujours premier, sautant classe sur classe, et quand c’était pas la note, elle voulait savoir où il partait en vacances. Ça n’en finit pas, on dirait du Claude Simon. Sauf que Claude Simon il aurait rappelé le sujet après la parenthèse ou nous y aurait ramené juste avant alors que moi je ne vais pas faire cet effort, fallait rester concentré pendant la consigne, paraît qu’il n’a même pas une personne à prévenir en cas d’urgence, au début je m’étais résolu à mettre le nom de ma mère mais, à la française, ça rentrait pas dans les cases, du coup je n’avais rien renseigné comme on dit dans le formulaire ci-joint dûment complété, la nausée rien qu’au titre, paumé, ne sachant pas quoi remplir, la secrétaire désespérée, il s’est pas trompé de case, il s’est trompé d’ordre, tout le formulaire est à reprendre depuis le début, mettez des flèches, Martine, on comprendra), au dernier moment, limite sur le trajet, tout le monde regarde ses mails cinq fois par demi-heure c’est bien connu, même ceux qu’ont pas la machine high-tech, j’aime le langage parlé, on évite quelques négations, on insère des expressions toutes faites, comme on dit, pas de problème, y’a qu’à lui envoyer un mail et le type se retrouve tout seul au milieu d’une place attendant un bus qui n'arrivera jamais, partira d’ailleurs, à une autre heure, ah merde, dira-t-on, on aurait peut-être dû en parler hier quand y’avait tout le monde, pas grave, il prendra un taxi, c’est la compagnie qui paie, j’ai la carte, c’est plus pratique, ça m’évite de faire des avances, direct, je paie, désirs ou étourderies oubliées, un autre larbin fera les comptes, c’est pas mon truc, j’aime pas les chiffres, parce que si tu balances un tweet, avec une photo, par exemple, je sais que ça n’a rien à voir, google te la met en épinglée genre suivez l’actualité de votre mot-clé, moi c’est facile, je copie-colle et je te merde, ça c’est de la nouveauté, self-control jusqu’au bout, arrivé zen, confiant, le planning rempli pour deux ans, ce sera donc comme ça vient, ayé, juste à corriger le début voire à le virer, ça met toujours des plombes à démarrer, plus vite, plus simple genre recette de cuisine ou guide touristique, si vous ne voyez pas de point, arrêtez-vous quand vous voulez et reprenez là où vous voulez quand vous aurez faim.

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Saturday, October 3, 2020

Chroniques de l'invisible - 272

Rajouter à tout cela la traversée pénible d’une angoisse non assumée. Alors, il faut non seulement en faire profiter tout le monde (s’isoler, s’absenter, continuer de communiquer) mais la transmettre aussi par tous les moyens, y compris la fiction singulière d’une catastrophe s’approchant à grands pas. La catastrophe, c’est qu’il n’y en a pas. Tout est calme, tout va bien, pour tout le monde. Nous devrions être ravagés enfermés déprimés désespérés inquiets. Nous devrions informer la famille les amis la boulangère. Catastrophe. Personne ne suit. Seul au monde face à la catastrophe à la fois vide de sens et emplissant tout. « J’ai bien conscience que je devais prendre une décision. » Ne soyons pas si présomptueux. Nous étions sept et d’autres avis ont été pris. Mais il faut montrer encore. Et si ceci et si cela et en fait si rien du tout, la vie continue, c’est la pleine lune, l’aube, le vent, le silence, l’absence d’obligation devenue intolérable, alors tentons l’au-delà de la loi, plus que la loi, au-dessus des lois, ministres au rang d’agent de service, président larbin qui signe les chèques aveuglément tant que celui qui appelle cinq fois par jour, envoie mail sur mail avec informations contradictoires, cesse d’importuner.

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Friday, October 2, 2020

Chroniques de l'invisible - 271

On le voit toujours. Un jour, c’est plus clair. Ce n’est pas que la vision était faussée. Ni même voilée. On voyait et on ne voyait pas. C’est en même temps. Ce n’est même pas détourner le regard, voir autre chose à la place. On le voit et on ne le voit pas. En même temps.

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Thursday, October 1, 2020

Chroniques de l'invisible - 270

Refuge. Le seul refuge, c’est le corps textuel. Je mets du temps pour y venir pour n’y laisser aucune trace des tensions d’autres corps générées par l’angoisse. Le premier réflexe contre lequel je lutte est le rapport circonstancié alors que je le sais qu’il n’y a aucun risque. Je ne réponds pas à cela. L’ambiance retombe. Cela fait des années que c’est la même histoire. « Je ne dors pas depuis deux jours ». Moi non plus. Depuis vingt ans. Pourtant, je fais acte de présence. Décision prise face au ciel. Je n’ai pas besoin d’un coup de fil personnalisé pour aider la manière qui a été employée pour encore me placer dans le camp des stigmatisés. Quand cela creuse à l’intérieur. Je n’aide pas à alimenter le système. On a tous le même spectacle devant les yeux. La responsabilité est tout autre. Au fond, c’est déjà engagé. Contre toute attente, je suis dans le rang. On parle même de sacrifice. On se jetterait dans la gueule du loup, mais si possible sans solidarité. Tout cela aurait pu devenir romantique. Le héros n’avait pas l’air très effondré. De discussions en discussions se révèle le non-dit. La façade semblait parfaite. Il allait aux putes. En fait, on ne sait pas. C’est la conclusion qui vient. Pendant ce temps, on continue de creuser. Rien à voir. La question de la responsabilité.

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