Monday, October 5, 2020

Chroniques de l'invisible - 274

Je n’ose pas. C’est fou. Après tant d’années. Oser être là, montrer que je suis là. Tant pis pour les quelques reconnaissances attendues. De toute façon, il n’y en aura pas. Je me permets tout de même une petite remarque. Pour être sûr. Que c’est bien clair. Ce qu’on affiche, ce qui arrive réellement, qu’à défaut d’effondrement j’apporte ce qui lie, ce qui tient, oui, le premier, c’était très délicat à organiser, surtout qu’il fallait une confiance en tout, y compris les personnes mobilisées, ne pas douter de nos capacités communes, être celui qui fédère, qui génère. S’il y a eu de temps en temps quelques légèretés, c’est pour me prouver que je ne suis attaché à la forme que parce qu’elle s’impose à moi. Je n’ai pas à théoriser sur la question. Ou à craindre quoi que ce soit. C’est même peut-être ce qui m’a fait mettre de côté tout ce qui était commencé. Ce n’est pas abandonné. Je ne sais quand cela reprendra. Un vrai journal. Les biographes vont adorer. Recherche : romans non continués à ce jour. Un expert se penche sur la question. Les dates sont souvent fausses. Ça l’amusait beaucoup. Et son père n'est pas mort quand il avait neuf ans. Ni son grand-père d’ailleurs. On ne peut pas le croire. En 2020, il ne pouvait pas y avoir du fascisme plein les rues (surtout dans les grandes villes) avec des collègues paniqués ne venant pas chercher de l’aide mais s’auto-dénoncer comme on s’auto-harcèle. Ils sont à la recherche d’un gourou. L’actuel faiblit. On ne sait pas comment se préparer. Je pourrais prendre le relais sauf que je préfère rentrer chez moi et ne pas m’occuper de cela. Je ne suis pas un gourou, je ne m’insurge pas en anticipant des cas pour alimenter de l’animosité. L’auto-harcèlement est presque impossible à guérir tant que les sujets ne sont pas aptes à l’analyse détachée. Je donne les seuls conseils que je juge adéquats. On n’a plus rien à se dire. Le regard de l’interlocuteur devient fuyant et signifie qu’on a peu en commun. Pas grand-chose, en effet. Je refuse l’auto-harcèlement. « J’attends que vous me donniez la méthode, la marche à suivre, l’attitude à prendre. » C’est ce que je fais. C’est ce qui se passe. C’est comme ça. Un choix que j’ai fait il y a quelques années. Aucun extra. Ce qui n’empêche pas quelques tentations. Cela agit étonnamment. Un besoin soudain de prendre l’air comme on ouvre une fenêtre ou qu’on part pour une longue promenade. Cela vaut mieux que tourner en rond dans son lit en attendant que ça passe. Ça ne passe pas. Des heures à regarder le plafond. Autant se lever. La journée sera longue mais justement c’est parce que le corps textuel réclame, pas forcément au bureau avec des piles de dossiers. Ça peut être un lever de soleil. Je me contente de peu. Le reste s’installe, se résout, s’améliore de jour en jour, uniquement pour soi. Ce n’est pas rien de s’être lancé là-dedans. L’aventure à l’état pur. J’avoue que je suis fan et pour le moment, il n’y a rien qui m’incite à conclure. Il suffit que je le décide. Tout se met en ordre merveilleusement et je n’en ressens aucune crainte.

---

Précédent - Suivant