J’ai presque eu peur que cela ne soit pas possible, mais c’était sans compter sur les forces en présence. Je dirais même « la » force. C’est une même énergie se diffusant dans le corps textuel. Je dois l’accueillir, lui faire une place, l’intégrer, la transformer et la distribuer. Chemin devenu autoroute. Ça trace. On ne regarde ni à gauche ni à droite. Le langage, parmi tout le reste, œuvre à sa manière, martelant le verbe interdire après lequel on pourra bientôt mettre ce que l’on veut. Interdit de passer par là, interdit de faire autrement, interdit de se distinguer, ce qui est inenvisageable (et ce n’est pas qu’une question de génération). Alors, jusqu’à ce qu’il soit encore possible, limite, de transgresser. Ce monde où tout serait dicté ne m’intéresse pas. Et puis nous n’aurions plus que cela à faire : des listes, des recommandations, des ordres, on tourne, escortés par les sécurités, on ne sait pas trop, police de ceci, police de cela, déjà, l’uniforme suffit, le regard, la posture, et peu à peu, le nombre, oppressant, on n’ose plus faire de bruit quand on mache un chewing-gum, air pollué, espace public pollué, cela pourrait ne jamais s’arrêter, l’engrenage, puisque ça marche, comme une maladie, heureuse de s’étendre, ne sait pas qu’elle détruit autour d’elle, pas de conscience de cela. Donc pour les groupes, les grappes d’humains, c’est le pire, perdre conscience. Ainsi la maladie gagne du terrain. Et en ce qui me concerne, ce sera la fin.
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