Pour exemple, l’âme en suspens agissant concrètement sur nos petites habitudes pour intégrer l’exception à toute règle. Cela surplombe, englobe, on ne sait pas trop. En tout cas, ce qui semble inamovible tremble vacille se transforme pour une seule fois parfois pour toujours d’autres fois. Les décalages que cela crée ne sont pas surprenant. Il faut s’occuper alors de quelques errants. Pas de hasard. Ils se présentent. Ils ont besoin d’aide et je leur apporte. C’est un compte-gouttes, mais un compte-gouttes essentiel. Il en reste quelques traces. Je me dis que c’est normal. Tout cela est tellement puissant. Il faut tenir, se rappeler le chemin en permanence. Tant de détails. Je ne pourrai jamais m’en passer. C’est à la fois prévisible et imprévisible. Prévisible parce que à chaque pas une manière va différer (j’y crois tant que je me laisse aller dans ce courant) et imprévisible parce que je ne sais jamais d’où ça va venir, de la part de qui. Il faut être prêt à toute éventualité, prêt à offrir un quart d’heure dans le froid, comme j’ai changé de trajet, attendre le bus suivant, pour que le contact ait lieu, que la matière se propage. C’est difficile. Je le vois dans les regards, témoins de l’inquiétude, la première fois que, le seul qui, avec une sublime conviction, bien sûr que c’est ainsi qu’il faut faire, c’est la voie, le compte à rebours mis en route, non pour la fin mais pour le début. Nous sommes au début, peu nombreux encore, la solitude d’une sorte d’inventeur. Il n’y a rien d’une transformation visible grâce à laquelle on pourrait remercier. « Tu as changé ma vie » en version intraduisible dans toutes les langues. On n’a pas ces mots-là encore. Merci ne suffirait pas. J’imagine celles et ceux qui s’accrochent au fantasme ancien, alimenté chaque jour, devenu carte postale d’abord épinglée au-dessus d’un lit puis relégué dans un carton, un portefeuille, la preuve, qu’un jour on jette parce que même si elle ne sera jamais vue, jamais interceptée, si bien cachée là où nous seuls savons qu’elle est, même si cela ne coûte rien de la garder, elle n’a plus aucune signification. Elle a perdu toute sa substance. Le geste est très simple finalement, surprenant tellement c’est simple, plus délicat si ce n’est que symbolique, seulement dans la pensée, un souvenir parfois, ce qui est rare. Il y a souvent un objet contenant, une douleur que le corps textuel garde et qui ne peut s’échapper que si on la libère.
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