Monday, April 27, 2026

La lente métamorphose du vivant

Voilà qui ne veut plus rien dire. Toutes les dates sont fausses. À chaque fois, je me dis que cela pourrait rassurer, mais une fois de plus, j’ai évité. C’est un peu comme un entre-deux. Il y a d’un côté tout ce que mon imaginaire a fabriqué et cela qui continue. Des sortes de repères auxquels je suis intimement lié, revenant sans heurt et à partir desquels j’ai l’impression qu’une singularité a réussi à se développer. J’attends toujours quelque chose impatiemment, qu’une certaine logique vienne s’installer afin que les journées ne soient pas trop difficiles à penser. Comme un code de bonne conduite à suivre scrupuleusement. À telle heure, je n’aurais que cela à faire, puis tout se déroulerait. Je ne suis pas certain d’avoir meilleure conscience de l’effet de tout cela dans l’enchaînement des événements quotidiens. Je l’aborde peut-être et seulement pour un autre objectif, pour le coup, — et cela est en effet très clair — certainement moins défini. Une suite de ce que j’allais devenir avait été comme tracée ou conçue par des personnes en qui j’avais toute confiance. Reprendre presque un à un leurs conseils m’enracine dans ce qui fut pour moi un don détourné. De cela, je réactive ce qui me semble encore tellement informulable que je dois adapter la complexité du corps textuel à des facteurs relevant à peu de choses près de la magie, ces éléments issus d’une loi non édictée qui non seulement ont été implantés mais ont toujours le même impact. Si je ressens le besoin de le décrire, c’est en partie parce que j’en constate des conséquences que je n’aurais jamais réussi à prédire, ce qui est, en soi, ce que j’attendais pourtant, le désirant, en laissant faire aux frontières du réel la lente métamorphose du vivant.

Thursday, April 23, 2026

Joseph Andras

Le livre que voici est un croquis d’écrivain. Aucunement de théoricien, de chercheur ou de philosophe. Quelques mots rassemblés après avoir vécu la moitié de notre vie en nous – un nous à dessein enchevêtré, sans permanence, aussi peu clos que ne l’est l’existence. Mais ces mots, au vrai, ne nous doivent rien puisqu’ils doivent tout aux lectures, aux rencontres et aux discussions. À quelques pays parcourus, aussi, qui vivent depuis auprès du nôtre.

Dix ans durant nos livres ont été écrits sous la conduite de l’idée socialiste : c’est d’elle dont il sera essentiellement question. L’idée. La pensée – sans laquelle la pratique s’ensable, et, ça va sans dire, inversement. Victor Considérant, l’un de ses premiers bâtisseurs, aurait dit « l’Idée » avec une majuscule. Elle a pu perdre de son évidence, de sa netteté, de sa droiture. De sa superbe aussi.

Saisissons l’occasion qui nous est offerte pour la dire plus distinctement que nous ne l’avons fait par les voies de la littérature et de la poésie.