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Sunday, January 8, 2017

Hélène Bessette

Dans une sorte d'hallucination folle se lève le dessein d'un pays meilleur. Quelqu'un, n'importe qui, un anonyme crie : « Quelle vie de chien on me fait ici ; jusqu'à ce que j'en claque. Jusqu'à ce que j'en crève ». Chacun son compte. Chacun fait le mal. Chacun donne son coup de marteau à la diable et comme il lui plaît. Aveuglément. Sans prévoir le résultat. Étant donné le nombre et la diversité des coups. Impossible de prévoir le résultat. Chacun pense à son propre coup, car dit chacun, « Voici une bosse qui ne me plaît guère et j'en ferai un creux, un circuit qui ne me convient pas, je préférerais une courbe, une bosse, un embranchement ».

Ainsi l'anonyme, le quelqu'un, le quiconque, appartient à tous et se retrouve un jour forgé d'une forme qu'il n'avait jamais imaginée ni désirée. Chacun fait son ouvrage. Son ouvrage de destruction. Aveugles en eux. Aveugles au passé. Aveugles à l'avenir.

Alors se lève le mirage de l'exil. Un nouveau ciel. Une nouvelle Terre. Une évasion possible.

Sunday, November 20, 2016

Hélène Bessette

Elle décide de s'occuper. De s'agiter. De s'énerver. De s'exciter. De commander. D'exiger. De se promener. De regarder. D'examiner. De juger. De classer. De condamner. De rejeter. D'exalter. De comparer. De calculer. De dépenser. De recomposer. D'obtenir. De se souvenir. De recueillir. De maintenir. De parvenir. Elle décide de vivre. L'argent absent, elle se décide pour l'argent. Elle remplace les lettres du cœur par les opérations de la tête. De sa jupe en tergal, de son sweater en orlon, de son chemisier en crylor, de son mouchoir en rilsan, panonceau ambulant, la voici déterminée.
Vêtue de son manteau en arraché, en peigné, en croisé, en doublé, elle décide de se mêler à des foules qui là-bas se croisent.
Elle veut parler. Questionner. Répondre. Demander. Expliquer. Acquérir. Dépenser. Acheter ou renoncer. Disputer avec une vendeuse. Qui devenue un bref moment l'amie-ennemie, l'ennemie-amie, entrera dans sa vie.
Dominer son monde, le monde, des mondes. Et la situation.
Ne dominant plus dans les affections, elle dominera des situations.
Le verbe dominer est de toute évidence, le verbe numéro 1.
Le verbe champion. Super-vedette.
Le verbe à sensation.

Thursday, July 28, 2016

Hélène Bessette

Ecrire.
Avec des phrases de papier de soie léger 
découpé.
Avec des volutes de fumée.
Avec l'écume des vagues aux crêtes déroulées.
Tête baissée. Enfoncer le mur de papier de la vie ordinaire.
Le mur fragile construit volontairement. De l'exiguïté.
L'apparence bête de la vie admise.
Aveugle au petit réel.
En partance pour le grand Réel.
Déchirer le faux.
Pour surprendre le vrai.
Assassiner le factice.
Guetter la naissance du vrai.
D'heure en heure. D'instant en instant.
Le grand. Le dernier voyage.
Le voyage désespéré. La quête d'un Océan à l'autre.
D'un continent à l'autre.
A la quête dans les rues du Monde.

Friday, September 11, 2015

Hélène Bessette

Plus d'examen. Plus d'examinateur. Pas de personne décrétée supérieure pour dire au lecteur ce qu'il doit comprendre à tout prix. Qu'il a mal compris. Qu'il est sot ignare borné. Que lui, l'examinateur, a compris. Qui n'est ni sot ni ignare ni borné ni obtus ni buté. Qui a lu la réponse dans les livres. La réponse permise. La réponse dite intelligente. Il tire donc de sa poche un brevet pour prouver son intelligence et sa raison.
— C'est daté signé, dit-il, et certifié. J'ai vingt et vous avez zéro.
Le lecteur a trouvé en lui une réponse qui n'est pas celle de l'Université.
Le lecteur voyage.
Le lecteur est un grand innocent replacé devant le bateau blanc.
Du paysage-lumière.
Sa lente intelligence d'aveugle aveuglé qui se veut bien aveugle. De sourd qui se veut bien sourd. De muet qui se sait muet. Se résigne à ne comprendre qu'une phrase tous les cinquante ans.
Ne que.
Restriction.
- Mais elle est vraie, bégaie l'Innocent. Elle est vraie ma phrase. Ma belle petite phrase. J'en ai pour mon argent. J'en ai pour mon temps. Pour ma patience. J'en ai pour la vie. Je remplace la quantité par la qualité. Voilà tout. Tout mon crime.
Le professeur s'enflamme de honte et de colère. Il déclame :
- Vous mourrez, crie-t-il, sans connaître les richesses accumulées par les siècles de Culture.
Le lecteur n'entend rien à la Culture.
Il contemple le sillon des flots mouvementés, au bleu des mers du Sud.
Un trait. Un blanc. Un trait. Un blanc.
Je ne veux pas tout savoir.
Je veux bien me taire.
Je ne veux pas tout savoir.
Je veux bien me taire.
Un trait. Un blanc. Un trait. Un blanc.
Mourir sans savoir.
Être aveugle.
Ne pas expliquer. Ne pas comprendre.
Être inférieur.
Enfin inférieur.

Thursday, January 8, 2015

Hélène Bessette

Un jour ça m'arrivera, je serai sinon tuée, du moins morte.
Je serai morte.

MORTE

C'est le seul moment de mon avenir dont je sois sûre.
Un moment certain de mon avenir.
Irrémédiable.
Indiscutable.
Inévitable.
J'y passerai.
Nous y passerons tous.
J'y viendrai.
Nous y viendrons tous.
Le seul moment de l'avenir pour lequel je n'ai pas besoin de consulter une voyante.
Je possède un moment de mon avenir.
Je suis riche de mon dernier instant et de sa certitude.

LA CERTITUDE.

Pourquoi se quereller, disputer, rêver, échafauder, chanter, pleurer, crier, hurler autour de tant de certitudes douteuses de tant d'incertitudes alors que voici

LA CERTITUDE
LA SEULE CERTITUDE.



Wednesday, January 22, 2014

Hélène Bessette

I'm not coming for seeing.
What everybody is coming to see.
From lakes of tears I didn't have seen anything in the first evening.
I'm not coming for spending the riviera yachting and cordiera long holidays.
I will not pitch my tent in the hauteur. From the faraway glaciers I will not see anything.
If it's raining. While a train is speeding.
In the shadow.
At the edge of lakes of tears. In the evening
when I arrived.
From the arrival time.
From my rain color eyes.
I see the World through his fog.
The big tourism with bad flash light.
It bad light the way.
In a singular lighting.
I am sad.
That's why.
Because perhaps it isn't raining. I'm fabulating. Dull mood.
Sulky glows.
The slow train with faded colors.
The insipid lights of unknown stations.
Why am I here?
I couldn't tell it.
If I will. It will be useless.
Could you understand it?
You will not believe me. Even if I would tell it.
Therefore I don't tell.