Wednesday, September 30, 2020

Chroniques de l'invisible - 269

Le rythme parfait, et tout s’efface à part la joie. J’ai dit que j’en parlerais. C’est un fait très exceptionnel ce moment où une personne lance un sujet. Il n’y a plus de prochaine station où l’on descend. Il faut écouter, changer d’itinéraire, être celui qui reçoit. Parce que le sujet n’a jamais rien à voir avec ce qui s’est dit juste avant. C’est la caractéristique du sujet que de sembler tomber comme un cheveu sur la soupe. La question de l’enfance. Je ne peux pas interrompre cela. « Il me parle d’un élément essentiel ». Mes pensées gouvernent. Je n’ai que faire d’arriver plus tard, de changer de trajet, véritablement. Je me mets à disposition. De l’inouï sur une ligne de métro extrêmement bruyante. Pourtant, les murmures, je les entends. Admirable beauté du regard. L’ange patience. La difficulté de dire que le travail n’aboutit pas, que c’est impossible devant l’autre, parfait devant la glace chez soi, tout devient bafouillage. J’ai cette confiance depuis quelque temps. Cela se présente admirablement. Cela se conduit admirablement. Aux manœuvres. Le seul heurt est l’évaluation d’un prochain investissement. Je ne suis pas disponible ou il me faut encore attendre, attendre que cela se pose, vienne en moi comme une saison, naturellement. Maintenant que s’allègent les pensées. Une technique comme une autre. Elle a le mérite d’être en présence et je ne me soucie pas de sa réalisation. Cela produit en permanence, d’heure en heure. Je suis donc dans la matière. Il pourrait y avoir des séquences, de ce dont il est question quelques lignes. Je ne perçois que d’immenses masses sombres, glissantes. Des ténèbres. L’énergie, la force, dominent. Si je suis là, c’est pour cela. Y être confronté dans la période la plus délicate, alors que l’abandon est toujours à deux doigts, si proche, hurlant « s’il te plaît, rien qu’un jour, je ne dirai rien ». Si, ça dira. J’ai déjà cédé une fois, à cause d’une urgence sociale. Une colère m’avait envahi. Tout ça pour ne pas être capable d’anticiper la moindre anicroche. Le vivant venu s’interposer. C’était si beau ce dernier échange. Je devais agir avec franchise. J’avais en face de moi quelqu’un que je ne pouvais pas trahir, lâcher tout ce qui nous liait dans l’instant pour que le devenir existe, qu’il le comprenne en quelques secondes. Cela pourrait être la fin d’un roman. La plus belle scène jamais vécue, moi, dans l’escalier, je ne me suis pas retenu, il fallait un baiser, je lui ai envoyé depuis ma main, c’est un souffle de vie, de l’amour pur.

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Tuesday, September 29, 2020

Chroniques de l'invisible - 268

Impossible de savoir quand tout cela a eu lieu. Les sensations sont si fortes qu’elles durent plusieurs jours. L’énigme se révèle différemment. Ce sont d’autres images, difficiles à reconstituer. Au fur et à mesure, elles s’absorbent. Je me suis dit qu’il faudrait suspendre un peu et c’est ce que je fais pour certains domaines. Les liens qui se tissent à partir de cela sont très puissants. Je ne veux pas que le format m’impose quoi que ce soit. J’y résiste sans relâche.

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Monday, September 28, 2020

Chroniques de l'invisible - 267

C’est consternant. Plus rien à dire. Le même schéma le soir en rentrant alors on expulse, on accuse, dos au mur. Au fond, ce serait à tester. Inventer quelque chose. Mentir un peu. Moi, ce n’est pas pareil. On aurait pu y penser avant d’utiliser cette méthode. Je sors d’une journée qui a duré. Non. Je sortirais d’une journée qui aurait duré. Des centaines d’événements. Et maintenant, ça. C’est une agression. Le faire comprendre. Je sortirais d’une journée qui aurait duré et j’aurais un rendez-vous le soir. Pas le temps de répondre. Désolé. Ce serait sympa. On boirait des verres sur une terrasse fouettée par le vent gelé. Le présent. Y être le plus longtemps possible. Je me serais réveillé à cinq heures du matin. Ambiance étrange. On se serait foutu de tout. Seul le plaisir. J’aurais dû me préparer sans en reparler. Ça aurait été normal, sans ambiguïté. Il aurait juste fallu se mettre un tout petit peu en danger. Le minimum vital pour la fiction. Le truc improbable. Comme les pires craintes. Le type qui entre par effraction. Une balle dans la tête. Je serais au piano, fou de désir, me maltraitant les bras, casque sur les oreilles en version idéale pour la nuit que personne n’entend, la voix sourde a capella. It’s time for something biblical. L’ouverture dans le gouffre ainsi retravaillé. Ce ne serait possible avec personne d’autre et pourtant il y a une présence, une effraction. Je ne suis pas surpris que cela arrive maintenant. Le temps conduit. Le temps pulsé. Cette parole amoureuse. Oui, j’ai le temps pour ces quelques minutes. Oui, je fais vite. Amour glacé. Amour parfait. Je l’imagine sur le retour, hésitant. Me demander à moi, seul référent, seul repère, les mots enlacés dans la tourmente, l’accueil aimable d’un sourire. Je savais que ce serait douloureux. Je ne suis pas au bout de mes peines. C’est de cela que je veux parler, en essayant toutes les formules. Revenir au plus concret. Ce que je suis parfois sans détour, terre à terre. Je l’imagine se tourmentant. Ce sera l’absence. L’absence de tout.

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Sunday, September 27, 2020

Chroniques de l'invisible - 266

Un espace tel un univers traversé. Bien sûr, les regards, comme partout. Il n’y a pas ce détail dans le décor habituellement. Naturellement, on se méfie. Il ne se passera pas grand-chose. Un détail. Trois personnes consécutives qui abordent ce sujet d’autant plus intriguant que c’est une sensation commune mais à part quelques exceptions n’est pas directement partagée. Je ne pourrai pas m’en échapper. J’en ai besoin pour raconter. Aussi pour ce que je considère comme une meilleure qualité, une plus grande exigence. On ne peut pas passer son temps avec des formules du type il a dit que il a fait ça décrivant l’absurdité du quotidien.

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Saturday, September 26, 2020

Chroniques de l'invisible - 265

J’aurais pu tout abandonner, n’entendre que la fatigue. Il semblait ne pas y avoir de solution, route fermée, adversité. Quelques phrases attrapées dans la foule. Le corps textuel se dirige tout en préparant la retraite. Abandon. Abandon. Puis l’espace du temps s’ouvre. Une autre décision était en cours d’élaboration. J’irai. J’y serai.

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Friday, September 25, 2020

Chroniques de l'invisible - 264

Je pourrais. Ce serait tentant. Personne ne verrait le changement. Ne rien faire correspondre. Je ne suis pas sûr que c’était ce qui était prévu. Cela fait trop longtemps. Et ce sera ainsi. Je ne suis pas mécontent, du reste. À part cette attitude. Je ne dis plus rien. Je pourrais me fondre. Ce serait pareil. Continuer à ne rien dire. Déçu, forcément. L’intérêt totalement déplacé de ceux qui attendent l’honneur et les remerciements. Je serai là. Il fallait y penser. Je me vois déjà devant ces regards regrettant. La part d’un presque rien qui fait toute la différence. Des mots que j’aimerais rejeter qui persistent. Parfois je les évite. Ça fait un trou. Je ne vais pas me forcer. C’est comme ça. Il y a des trous. Ce n’est pas du genre des hauts et des bas. Rien à voir. J’ai passé des mois dans la même situation. J’étais plus passionné, passionné par autre chose qui allait me détacher. Et maintenant je le suis. C’est malin. Aucun retour en arrière possible, des pressentiments qui s’enchaînent tels des désirs en appelant d’autres pour rater encore, se trouver face à l’échec. Ça ne tient pas. C’est l’heure des mises en garde contre soi-même. Relancer le processus. Je dois partir.

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Thursday, September 24, 2020

Chroniques de l'invisible - 263

Cet autre monde dans lequel j’évolue, monde de rigueur, sans retenue, où j’ai placé un moyen d’obtenir quelques preuves afin d’être sûr de ne pas m’être fait berner. L’appel de la conscience me réclame d’être en confiance par rapport à cela. Je veux bien. Ce n’est pas facile. Une migraine soignée à coups de cachets blancs. OK. Je ressens le bienfait physiquement. Une faim assouvie. Ça aussi c’est physique. Pour l’esprit, pas de corps à part le texte-preuve. Le reste ne s’approche pas. J’aimerais sentir des différences. Un jour avec et un jour sans. Pour voir. Des mois avec et des mois sans. Le format qui attesterait. Cependant je pressens qu’il n’y aura plus de sans. C’est avec désormais. Le point sur lequel je travaille concerne l’addiction. Une dépendance nouvelle ne serait pas bienvenue. Elle me rendrait singulier. Je le suis déjà suffisamment.

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Wednesday, September 23, 2020

Chroniques de l'invisible - 262

De fait, tout cela rend tout fort singulier. Je ne suis pas surpris. Des sujets sont laissés libres, lâchés dans l’esprit. D’autres chassés noyés. Le paysage qui se dessine n’est pas celui qu’on imagine. Ce n’est pas ni mieux ni pire. C’est autrement, avec des gens, d’autres gens. Des mensonges bien placés pour être tranquille. Ma petite organisation. Sans fierté. C’est pas mal. Je comprends mieux ce qui résiste. La colère encore, neutralisée. Et puis cette extraordinaire différence, montrant le réel, avouant que je n’irai plus dans ces prisons, les années passent, je n’y suis jamais retourné. Là aussi, sans fierté. Je le rappellerai en temps et en heure. Cet espace nouveau dans lequel j’évolue est loin de tout cela et il n’y a qu’à l’admettre pour mieux réaliser. J’avais besoin de cela. C’était nécessaire à mon bien-être. Cela s’inscrit dans les années.

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Tuesday, September 22, 2020

Chroniques de l'invisible - 261

De ce jour, tout se bouscule. Je suis foudroyé par les mots déposés. Ainsi je suis dans ce monde comprenant pourquoi on meurt. Ce décalage désormais presque permanent. Il faudra que je m’y attelle. Cela ne concerne pas tout le monde. Je pense que c’est pour soigner d’autres points d’ancrage, d’autres points de contact. C’est si fort d’offrir ce temps que je ne m’intéresse plus à d’autres préoccupations, surtout celles qui me placeraient dans l’ancien temps comme si j’étais insensible à l’invective. Ils sont au bord de m’amuser. « Il faudrait faire quelque chose ». En effet. Il faudrait. Je mesure le risque et mon intérêt privé concernant une lutte personnelle. Cela ne signifie pas que je ne suis plus altruiste. Au contraire. J’étais plus centré lorsque je tâchais de barrer la route, de remplacer le puissant, d’orienter la décision. Pour être au centre, reconnu, voire redouté. C’était une illusion. Je ne le regrette pas. Un passage comme un autre. Je m’y suis formé. Et aujourd’hui je me sens plus centré, plus reconnu par ce que j’estime. Plus redouté. On ne touchera pas à cette sphère. L’aura est plus efficiente. Je ne bougerai pas le petit doigt pour certaines causes. Je suis bien plus efficace quand je n’y pense pas et que le soir je ne m’occupe que de ce qui m’entoure. J’y pense tout de même. Écriture exutoire. L’événement absorbé dans la lenteur, offrant des pauses là où il n'y en a pas eu pour s’interposer, rappeler que je n’oublie pas certaines insultes ou certaines attitudes démesurées lorsqu’elles me sont directement adressées. Le résultat est plus doux qu’une vengeance armée. Je savais que j’aurais ces confrontations ajoutées à tous les périples du quotidien pouvant attiser ma colère. Je n’ai plus cela en magasin. Je repousse d’une main invisible. Je ne suis pas à cet endroit. Je constate seulement cette impuissance venue s’exprimer devant moi. J’ai fait un effort surhumain pour ne pas bailler d’ennui. J’entendais une voix dans ma tête me sommant de ne pas laisser le regard s’échapper. C’est le plus difficile. Le regard n’accroche pas. Je le lance vers l’horizon même s’il est urbain. Je n’ai rien retenu de la dernière phrase. Je réponds au hasard.

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Monday, September 21, 2020

Chroniques de l'invisible - 260

C’est étonnant comme à partir de cela tout se déploie. Cette notion d’éternité et cette manière de gravir les échelons presque sans question. Pour quelques minutes consacrées qui auraient pu être considérées comme un sacrifice, je suis en pleine nature. Ma nature. Je n’ai pas honte de le dire. C’est ainsi et avec ces pensées que je me trouve léger, emporté. Il y a forcément, à cet endroit, un point de vue supérieur, englobant. Une voie qui permet de maintenir le cap. J’y suis, en quelque sorte, même si je sens qu’il y a un verrou. Je me le hurlais. Ça résiste. Les fausses excuses sont toutes au placard, sur le trottoir.

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Sunday, September 20, 2020

Chroniques de l'invisible - 259

L’idée est bonne. À explorer. Un changement. Tout va bien et paf ça change. Tout va bien ou tout va mal. En tout cas, il y a un changement. On ne sait pas pourquoi et on ne le saura pas. Parce qu’on est d’accord. Tous les jours des scènes qui se répètent à l’identique, ce n’est pas passionnant. Un truc du genre. Cher journal. C’est étrange. Presque indescriptible. En chacun de nous. Quelque chose a changé. J’efface tout suite à un coup de panique. Il faut retrouver. C’est quelque part dans la mémoire. On ne peut pas oublier ça. Si c’est mieux. L’esprit peut se focaliser sur des scènes passées. Il évite le traumatisme. L’acte. Le geste. La parole. Le regard. Avant, ça va, je peux raconter. Après aussi, pendant des siècles. Mais l’acte. Le geste. Etc. C’est enfoui. Terrifiant. C’est ça qui est saisissant. Je ne dois pas minimiser l’instant. Avec ce que je raconte sur le bord d’un fleuve. Un test. Il en restera une part non négligeable. Tourbillon de l’amour. Je me dis : ne cherche pas à éliminer ces images. Elles sont au présent en voie d’absorption. Les personnages ! Bien sûr que j’y pense. Je ne pense qu’à eux. Je veux juste ne pas les laisser seuls. Il est là le mensonge. Il faut le faire. Ce n’est pas un choix. C’est sous les yeux. Plus qu’à décrire les scènes oubliées. J’aime l’idée qu’elles soient reconstituées. Depuis que j’ai adopté ce moyen d’y revenir chaque fois, de les mettre sous la table. Ce qui est là est extrêmement délicat. J’ai cru d’abord que cela ne pouvait pas exister, que c’était l’œuvre de l’imaginaire. Je ne pourrai jamais faire semblant. Je veux cette rencontre. Sans dialogues. Énigme folle. Tout a eu lieu. Je vois la forme. Je la vois s’éveiller.

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Saturday, September 19, 2020

Chroniques de l'invisible - 258

À chaque fois je me dis que c’est pour cela que parfois je me réveille au milieu de la nuit. À ce stade, ce ne sont plus des rêves. Ce sont des films. Le corps textuel effondré, les yeux cloués, l’esprit léger virevoltant entre tous les sujets, fractions de seconde. Debout soldat il nous faut conquérir ! Ça fait longtemps qu’on n’a pas eu une petite guerre. Ah, la guerre, l’intrigue facile, le scenario déjà écrit, le suspens (à peine) quand soudain (surtout) juste avant paf ! et juste après bing ! On veut du sang, on veut frémir. L’idée me plaît. Je vois d’ici les scènes superposées avec l’issue de l’une dépendant de l’issue de l’autre. Si on veut de vrais morts il suffit de prendre dans l’histoire réelle. Sinon, les robots c’est bien, les machines, les extraterrestres, les démons. Parce que s’il y a des anges, il y a des démons. On en connaît qui en ont terrassé plus d’un. Ça se corse un peu s’il y a des mauvais anges et des bons démons. L’ange tue le démon. C’est bien. Le mauvais ange tue le bon démon. Ça se complique. Pas facile de savoir qui on défend. Et puis la langue. Faut pas croire qu’elle se laisse faire aussi facilement. Genre on joue et on la jette. Usage unique. C’est la période. Mauvais ange. C’est pas le bon. Mauvais choix. Erreur. Bon pour le paradis ou bon pour l’enfer. Le bon démon. On dit que ça n’existe pas puisque les démons sont des anges déchus punis qui ont fait le pire, sont chassés bannis, condamnés pour l’éternité à torturer les esprits mortels plantés sur terre comme on plante des souris dans un bocal de laboratoire. Tiens, foutons-lui une pile dans le cul. Paf. Oups. La pile dans le cul ne résout pas grand-chose Monsieur le démon professeur en blouse blanche qui n’a que ça à foutre apparemment. C’est pour le science démoniaque. On voudrait savoir à partir de combien de morts on s’inquiète on s’insurge on condamne. Oh ! Ce n’est pas le nombre de morts. Comme dit le démon professeur philosophe entouré de livres : il suffit d’un seul. Plantez-le sur une croix. Deux mille ans d’histoire. Bel investissement de la pensée. Tout est amour. Aimez-vous les uns les autres. Paf sur la croix. Comme ça on sait pourquoi on pleure. Crime originel et une belle hiérarchie. Un démon supérieur dominant une armée prête à tout. Les anges se sont organisés de la même manière. Pratique. Un référent. Un responsable, qui a le droit aux colères et donc d’en foudroyer quelques-uns. Au fond on adore ça. Se soumettre. On les voit débarquer, sortir de leur trou. C’est interdit. Aucune exception. Alors que c’en est plein. La langue est ainsi faite. Paradoxe du présent. Le gars n’a aucun autre rôle que celui qu’il se donne. Je pourrais répondre que s’il y a un problème c’est à mon patron de me le dire. Déjà qu’il a le regard médusé. En fait il revient une seconde fois vérifier. Indescriptible. Il la porte. Je rêve ! Il va sûrement en référer à la bonne personne. Je sais où il se cache. Me voilà dénoncé.

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Friday, September 18, 2020

Chroniques de l'invisible - 257

Un être normal. Ni beau ni laid. On s’en fout. Normal au sens où il vit sa petite vie de petits pièges sociétaux. Rien d’honteux. Petit. Juste pas connu. On ne se souvient pas de son nom. On ne le reconnaît pas dans la rue. Même ses voisins. Pourtant il en aurait à raconter. Il vit avec un ange. Sûr que ce n’est pas rien. Ça ne se raconte pas. C’est tout. Au travail on va vite parler des enfants des vacances des pannes de voiture des machines à laver. Pas des anges. Toujours obligé de cocher la case célibataire dans la paperasse administrative. Le plus drôle, c’est « personne à contacter en cas d’urgence ». On ne contacte pas l’ange. Il vient, c’est tout. Ou plutôt, il revient. Perso je le remarque quand je parle. Presque du type lève-toi et marche. Ceux qui ne le supportent pas se mettent à bégayer. Ils ont mille pensées à la seconde. Au bord du vertige. Ils sont créés par la force de l’esprit. Restent avec ceux qui en ont besoin. Reviennent. Pas utile de tuer des chats pour l’invoquer. Il ne s’invoque d’ailleurs pas. L’ange en présence poursuit son œuvre. Et puis il y a la voix de l’ange. C’est ainsi qu’il faut faire. Prendre la feuille sur laquelle est inscrite une musique et chanter. Ce n’est pas encore stable mais cela contient une forme de perfection. Le mot juste. Le lente et longue introspection. Pourquoi pas. Il y a aussi une sorte d’instantané compulsif. Un éclair. C’est ainsi qu’il faut faire. Dire, penser. Tout ce qui était fracassé se redresse. Pour ceux qui le supportent.

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Thursday, September 17, 2020

Chroniques de l'invisible - 256

Je ne cède pas à l’idée qu’il pourrait y avoir comme un saut dans le temps. Ce n’est pas comme remettre à demain la vaisselle sale du soir ou ajourner une réponse à un message ou retarder un rendez-vous qu’on redoute. La seule fois où c’est arrivé — et je ne le regrette pas — j’étais submergé par ce qu’on attendait de moi. Il est clair que c’est une période charnière. Jusque-là, je ne m’en suis pas si mal sorti. Je ne vais pas dire que cela n’arrivera plus jamais. Pas de promesse trop hâtive. Je connais l’effet des échéances que je me fixe. Je suis entre deux livres et j’aime ce qui en découle. Cette vie apparente dans laquelle presque rien ne transparaît me plaît. Un verre à la main. L’horloge du père laisse entendre les secondes. Léger vent. Douceur. Le présent. Je pourrais tout décrire ainsi, simplement, pour me souvenir de ce que c’est. Le paradoxe entre ce que je ressens comme fragile et ce qui me semble étonnamment fiable, l’équilibre d’un tout. Si je ne l’ai jamais formulé, un mot interdit que je laisse parfois venir à sa guise, puis que je retiens pour emporter la phrase ailleurs, la maintenir ailleurs. J’ai eu ces étranges pensées. Un couple. Rien ne semble réellement différent. Si je m’éloigne, c’est pour ne pas bâcler. Il n’est pas nécessaire d’aller plus vite. Il me faut pour le moment cette petite dose. Presque rien. Pour sentir le moment où cela bascule. Ce serait presque assez. Sans éloquence, cela s’impose tout de même. Pas de rituel. Pas d’obligation. On se retrouve, identiques ou transformés, peu importe, on se retrouve. On a le droit de voyager, de se mettre en suspens. Une liberté, en somme, sinon ce serait l’enfermement. Je vois des êtres s’effondrer pour bien moins que cela. Je ne veux pas cela pour moi. La méthode est finement observée. Rien ou presque d’un jour à l’autre, d’une conversation à l’autre. N’agir qu’en présence. Le reste du temps, pas d’inquiétude. Je n’ai rien à nourrir de ce côté-là. Je n’ose pas toujours me l’avouer car je trouve cela exigeant, au bord d’être d’une autorité sans faille, de vouloir l’être en tout cas, ce que je ne suis pas, fondamentalement, mais que j’ai appris à être. Je pensais que c’était pour me protéger. En fait, c’est pour offrir plus d’intensité, sorti de ce besoin d’en savoir plus, le moindre des détails, et ce qu’en ont pensé les autres. Tout cela a immédiatement peu d’importance. Au point que je n’ai même pas envie de relever quoi que ce soit.

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Wednesday, September 16, 2020

Chroniques de l'invisible - 255

En fait, depuis toujours. Il n’y a pas d’autre moyen d’articuler l’œuvre du temps. Puisqu’au fur et à mesure des lois s’installent. Elles ravivent. Elles explorent. Je vois venir l’énigme. Il me plaît de la résoudre. Il suffit d’un mot pour qu’il existe. Aussi dois-je faire attention. Ces innombrables commencements. Et tant qu’on y est la révélation d’un monde qu’on n’aurait osé s’imaginer. Tout un réseau. Des connexions. Sauf que ce n’est pas exactement ainsi que cela fonctionne. J’entends bien sûr que l’effet est admirablement travaillé. Mais il y a des indices que je ne veux pas négliger. Par exemple, pas sûr que ce soit une préoccupation. Un autre exemple : ce n’est orienté que vers ce centre à la fois stupide et teigneux. L’antre du monstre. Avec ses mots implacables, incontournables. Ceux-ci aussi n’ont pas lieu d’être. L’ange me l’a dit. « Ce n’est pas vrai ». Je tentais de séduire et la réplique fut sans appel : « Ce n’est pas vrai ».

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Tuesday, September 15, 2020

Chroniques de l'invisible - 254

Juste avant. Comme c’est amusant. Ou intriguant. De drôles de liens qui se tissent et Pierre, toujours là, en pensée, en hologramme presque. Ce besoin de redire des phrases avec leur tonalité, comme un murmure, « arrête », s’il te plaît, « arrête ». À croire que ça ne disparaîtra jamais. Sûrement parce que c’est impossible à dire. Je cherche ce qui aurait une valeur. Pensant que le pire aurait cette place. Et puis d’autres fois se superposent. Elles sont pires. Elles sont pires parce qu’il y a eu les autres avant. Pires parce qu’il y a eu une première fois. J’ai dû penser que ça ne pouvait pas être pire. Et pourtant c’était pire. C’est terrible de ne pas pouvoir dire, terrible parce que depuis longtemps maintenant je ne retiens rien. Je protège, je protège, mais je ne retiens rien. Je connais ça par cœur. C’est dans le corps textuel. La menace de mort permanente. Je hurle. « Arrête ». Oui, maintenant c’est hurlé. Je ne changerai pas de place. Tout cela ne sera plus renversé. Je n’y ai pas pensé sur le moment. Ces formes d’oubli ne m’impressionnent plus. J’y pense seulement maintenant. Absent, protégé, sous mes arbres, déposant. C’est cette forme que j’adore. Tout est au beau milieu. Tout est là dans la matière de l’air, son aura, son mystère. Je veux y être en permanence, n’en rien perdre pour le dire.

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Monday, September 14, 2020

Chroniques de l'invisible - 253

À l’extrême, je veux dire, au bord du temps, oui, j’ai voulu, j’avais une atmosphère à décrire, ou plutôt, mais c’était à ce moment-là qu’il fallait le faire, être de ceux qui, être le seul qui, assiste à ces sortes de réalisation, en présence, dans l’écoute, comme quoi, il suffit véritablement d’un seul, c’est merveilleux de le voir se réaliser, lorsque toutes les formules mêlées les unes aux autres, me sentant opérant, le geste si spontané, d’un bonheur, la parole toujours distinguée, le sujet surtout, face au nombril qui se ronge, sans âge, sans différence d’âge, sans que l’âge soit un élément important.

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Sunday, September 13, 2020

Chroniques de l'invisible - 252

Comme si cela pouvait arriver d’un moment à l’autre. Je dirais : « ça arrivera ». Donc c’est déjà arrivé. Tous ces mots qui ne se perdent pas. Toutes ces images aussi. C’est l’action. Je ne m’attendais à rien de spécifique. Entrer dans une pièce. Faire une découverte. Mais ce n’en est pas une réellement. Cela revient. Je l’avais mis à distance sans doute. Pendant ce temps, j’avais un travail de mémoire à faire au sein même de l’écriture. Ce n’est donc pas « plus de mots ». Dans l’œuvre du temps. « Relevez-vous ». La scène inaugurale rappelant tout ce qui a pesé. Le regard s’assombrit. Ainsi les heurts du quotidien n’étaient presque rien. Des détails. Quand tout se met à brasser. Plus de raison d’être. Je dois me tenir à cela et le décrire simplement à présent que je n’ai rien de particulier à déterminer. À part l’épreuve de soi. Vivre cette éternité. Elle devient de plus en plus facile à accepter. Elle est comme incrustée dans l’élément factuel. L’instantané comme mille ans. De toute évidence je cherche comment ne pas enfreindre ma propre loi.

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Saturday, September 12, 2020

Chroniques de l'invisible - 251

Au moment où cela arrive, j’aimerais tout arrêter, l’écrire comme ça vient, décrivant l’incohérence qui m’amène à conclure. Puisque j’ai changé mon plan. Aucune raison apparente de tout annuler, à devoir mentir. Je le sais juste. J’ai rendez-vous. Je programmerais des heures, des horaires. Des événements. Je suis donc en amont mais il y a encore un amont, là où il n’y a pas besoin de mots. On s’attend à des conversations comme les fous dans la rue ou leur appartement. Ce n’est pas de cet ordre. Et puis il y a ces sensations. Le temps ralentit. Je me déconnecte. Pour la raison. Ce n’était pas une question d’amour. Je comprends le besoin d’en faire des histoires. Je sais même comment cela commence. Ce que cela serait si je ne voulais pas. Ce que cela dirait. De l’humour peut-être. Ah, désolé, aujourd’hui c’est le refus dont j’aimerais être le témoin. Finalement pas drôle. Entretemps, j’ai fait tout un cheminement pour arriver à une conclusion terrifiante, de celles qui déclenchent, font qu’une rupture se produit. Alors, si c’est vrai, il faut aller au bout, aller plus loin. C’est une bonne question. Bien sûr qu’il faut que le corps textuel soit engagé. Bien sûr que j’ai besoin de cette proximité. Je la désire tout en freinant à cause du caractère irréversible qui s’y attache propre à toute métamorphose.

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Friday, September 11, 2020

Chroniques de l'invisible - 250

Ce qui aura changé très légèrement dans la perception, ne me focalisant plus sur des événements supposés ordinaires, unités et valeurs n’ayant pas à dépendre de ce que je juge supérieur, c’est l’idée d’une influence qui aurait raison de tout. Elle n’est pas moins active. Elle a sa présence parmi d’autres, parmi tout ce qui nous a précédés et nous survivra, tout ce qui a permis que nous soyons. Ce n’est pas rien. J’aime aussi quand cela dit « mois d’avril ». Je n’ai parfois pas besoin de beaucoup plus, ni de comprendre, ni de savoir. Cela vient comme une évidence. Seulement des mots suspendus dans la pensée comme il reste un nuage dans le ciel. Rien qui ne présage de rien. C’est là, je l’écoute. Nous tournons, cela tourne, se coordonne, produit des énergies dans lesquelles nous sommes plongés. Au centre, je découvre comment s’orientent des présentations que je croyais impossibles. Je n’oublie pas, n'oublie jamais, l’effet que cela produit. Des années passent en un instant. Je suis peut-être ailleurs. Une faille temporelle. Ce ne sera jamais un retour en arrière. C’est comme s’il y avait tout le passé d’un coup. Et avec lui, l’aveu. Ainsi, c’est ce que je suis. Une première fois. Avouée. Les mots font tant de bien dans ce cas. Ce n’est pas trahir que de dire. Cela, il fallait que la maturité gagne et ce n’était pas une question de temps. Maturité immédiate. Un regard. Une occasion. Où j’ai le choix. Je saisis ma chance. Franchise rare. Rien ne ment dans ce que je révèle. Renversement délicat de l’apaisement. Je comprends aussi pourquoi certains élans ne sont pas réciproques. On les voudrait. Ça arrangerait tout. Politiquement.

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Thursday, September 10, 2020

Chroniques de l'invisible - 249

C’est sans doute le pire que j’impose, de voir comment ça se passe, montrer dès le début les terribles furies. Battez-vous. Ce n’est pas moi qui décide du combat. Ma seule arme est cet éclairage immédiat, jusqu’à sortir, impossible de supporter la présence de l’autre, « ce n’est pas comme ça que ça se passe », croire qu’il suffit d’être le premier, si stupide, enragé de se trouver stupide, de n’avoir aucune autre possibilité, de ne donner que cela à voir, si cela ne fonctionne pas, tout s’effondre et tout s’effondre vraiment, rien ne tient des certitudes toutes ancrées dans sa propre vie, tout autour, du début à la fin d’une journée, tout s’enroule, père, mère, femme, enfants, travail, opinions, prêt à tuer, capable de tuer. Bien sûr qu’on me demande comment réagir. Globalement, on me demande quelle est ma position. Tranchée, amputée. Exiger trop dans ce domaine mène à avoir moins. Depuis le début, l’air pollué, l’agression permanente. Et ce dingue qui croit que je vais entrer dans son jeu. Je suis plus fin que ça. Là où j’ai de la marge comme en langage libéral, c’est sur ce que je donne. Je ne donnerai pas, plus, différemment. Là, c’est moi qui décide et j’ai tout autour qui me protège. Ce qui m’amuse, c’est que le temps que je m’offre pour élaborer me fait aborder les problèmes de stratégie. Les mettre devant un choix. Au fond, c’est presque ce qu’il y a de plus beau. Je ne donne pas mais je peux offrir quelque chose tout de même, quelque chose qui ne se présente jamais sous cette forme.

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Wednesday, September 9, 2020

Chroniques de l'invisible - 248

Mais cela arrive tout de même. Je pensais bien qu’il y aurait des ronces. Je me dis : tu vas voir qu’il va tout te raconter depuis le début. Pas manqué. Regard figé et désespéré. Ces vies qui n’arrivent pas à admettre qu’elles viennent de traverser le pire et que cela continue. Le téléphone ne sonne plus. Nous sommes tranquilles. On se contente de cela. Avec des personnes qui s’emprisonnent. Avant j’avais le droit d’être absent. Maintenant c’est vendu corps et âmes. On n’y verra plus rien. Personnages effacés de l’histoire. Voilà cette drôle de période. Des personnes que l’on ne reverra plus. Certains sont morts paraît-il. Je m’attendais à ce qu’il y ait un décalage entre réalité et ce que certains expriment d’une autre réalité, référante à ce qu’ils sont ou ce qu’ils pensent être auprès ou au sein des autres. Comme des représentants. Ils étaient tels dans ma propre fiction. Y sont restés figés, glacés dans leur rôle. Tombe encore un rituel. Si j’étais juste déplacé. Ce serait le même lieu. Les sons qui m’entourent ne sont pas de même nature. Il y a tout de même un peu de vent, soleil doux de l’automne approchant, un coin de ciel, presque un horizon. Je retrouve une forme de qualité, apprise lors de mes éloignements. L’alerte a été entendue. Si la fiction témoigne, elle élabore aussi.

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Tuesday, September 8, 2020

Chroniques de l'invisible - 247

Depuis ce voyage-là de la conscience, je t’écris. Ce serait raconter jusqu’à tout ce qui se passe, non plus pour la mémoire mais pour communiquer, informer. Ça aussi c’est un rêve qui continue mais pour que cela fonctionne il faut reprendre deux trois détails. Pas grand-chose. La ville c’est bien. L’époque c’est pas mal non plus même si le calendrier sera sûrement compressé ou renversé pour les besoins de l’intrigue. Le plus difficile c’est pour l’avenir. Il suffira d’antidater. « Je vois des fusées dans le ciel » (signé 1730). Là où il va falloir beaucoup modifier, c’est l’activité. Ne rien faire du matin au soir, ne jamais rencontrer personne, ça ne fait pas un roman. Le sas d’invisibilité un peu plus contraignant.

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Monday, September 7, 2020

Chroniques de l'invisible - 246

Ce n’est pas que j’aurais à deviner. Je pensais justement : retour à la terre. L’impression générale est presque dénudée. Cela n’empêche pas que ce qui a été mis à l’œuvre continue. Ce n’est pas une voix qui vient d’outre-tombe. Il y a un dialogue tout de même. Ce sont des mots. D’abord, ces scènes m’aidant à déclencher. Ce dont j’ai sans doute rêvé un jour et qui a eu lieu ou qui a lieu. Une pensée devenue libre de continuer. Je ne l’empêche pas. Au début je me demandais ce que j’allais faire de tout cela. Pour le moment, c’est là, tout simplement. Je ne vais pas lutter contre les sensations. J’aurais peur que cela arrive mais c’est étrange : c’est déjà arrivé. Ce serait alors plutôt la peur que cela se reproduise. Mais au fond, je suis franc avec moi-même. Je n’ai pas peur. Pas peur, par exemple, de me lancer dans un travail non forcé pour lequel, si je n’ai aucun guide unique et identifié, j’ai des outils auxquels j’adresse une valeur. Une différence très claire que j’observe autour de moi. Mon goût pour l’autonomie. Ma propre échelle de valeur. Je ne me livre pas un matin et tout s’est transformé. J’aime bâtir l’aventure intérieure. Ce n’est pas intelligible pour qui me lira peut-être et pourtant, c’est effectif et extraordinairement puissant. Ce n’est pas rien, dans ce cas, de se retrouver. Nous sommes partout dissimulés. C’est donc comme rassembler. Comme je l’ai écrit déjà, ce choix fondateur, une décision pour s’établir. À partir de là, tout se construit. Je ne vais pas refuser le genre de même que je pourrais éviter un sujet. Il n’y a rien qui ne puisse être traité dans ces lignes, y compris moi. Y compris Dieu. Le seul qui change la direction le fait dans la stabilité et dans l’équilibre. Si je ne dis rien de la méthode — je pourrais — c’est que je préserve quelque chose. Je pourrais, car cela aiderait très certainement. C’est peut-être tout simplement trop tôt. Une sorte de connexion n’est pas encore établie. Ce bavardage, que souvent j’admire, je ne le réalise que sur deux voies, l’écrit et la pensée. Deux domaines où le temps est à la fois en jeu et prioritaire.

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Sunday, September 6, 2020

Chroniques de l'invisible - 245

Je comprends mieux l’utilité d’en faire des vagues. Parce que tenir jusqu’au bout n’a de sens que si je veux faire en sorte que rien ne paraisse. Je me dis que cela manquera toujours sauf si j’arrive à faire croire qu’un simple effleurement de doigts l’un contre l’autre ramène ce désir déchirant. Au plus près. Une très grande partie de rencontres devenues interdites à cause d’une simple obligation. Et presque tout le monde s’interdit. Y compris moi.

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Saturday, September 5, 2020

Chroniques de l'invisible - 244

Il faudra que je cède concernant quelques principes établis. Une suite de mots ou encore plus longs : une suite de jours pour une suite de mots. Aucun sens. Rien à foutre. On n’est pas là pour aider à la compréhension. Ce qui compte, c’est cette sorte de face à face devenu entre-deux. Comme répondre à une question qui n’a pas été posée. Ou y’a longtemps. Ou silencieusement. Pour y revenir il suffit d’un mot. Pour une fois je ne vais pas raconter ma vie. L’histoire des voisins on s’en fout. À chaque fois la boule au ventre. Peur que la lumière soit allumée. Ce qui signifie toute la nuit. La frapper. Pas de chance sur le palier un flic de la brigade de je ne sais quoi mobilisée pendant les attentats. Regards tendus dans l’ascenseur. C’est sûr. Sur les dents. Nuit et jour. Fallait que ça finisse vite le bruit des autres. Pas le droit d’utiliser l’arme de service même si c’est tentant. Pas de lumière ce soir-là. Corps allongé sur mon paillasson, sentant la pisse, dormant comme un ado le cul à l’air. Je l’ai juste enjambé. Ce n’était pas ne pas voir, éviter. Je ne suis flic de rien du tout. Les vies sont ainsi entremêlées. À la même heure, pas de différence entre le grand black aux dreadlocks poussiéreuses errant comme un illuminé à vive allure le cou tendu vers le ciel. Nous sommes les mêmes à cette heure-là. Les mêmes errant. Pour la même raison certainement. Lui ne s’arrête jamais dans le grand manège du vivant. Pipi caca comme tout le monde. Quelques heures pour dormir je ne sais où. Sinon, c’est son territoire. Le mien. Je ne l’ai jamais vu ailleurs que deux rues plus loin maximum. C’est là notre différence. Le voir comme regret. Ah ça oui je regrette. À chaque fois je regrette. Ce n’est pas envisageable d’avoir vécu si longtemps sans avoir rencontré untel ou untel. Cela bouleverse tout, instantanément et définitivement. L’avant devenu insipide. Chiant comme la pluie.

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Friday, September 4, 2020

Chroniques de l'invisible - 243

Je ne sais pas à quoi je m’attendais. Je ne sais pas répondre à cette question. Venant du ciel peut-être. Ou la manifestation d’un phénomène extraordinaire. L’arrivée de l’ange. Ce n’est pas rien. Affolé sur mon canapé. Épuisé. La seule étrangeté, c’était le courant d’air étonnamment chaud. Ça, c’est chez moi. Dehors, c’est un vent doux. Je n’y suis pas allé de main morte. Purification à la sauge. Au bord de la danse sacrale. Puis la fin du pèlerinage. Je n'ai rien réussi à écrire sur le moment. C’était le parfaitement connu. Le premier retour, c’était un peu par hasard. Disons que je passais par là. Je me souviens l’avoir évoqué. Un calme dont je n’avais aucun souvenir, une cour identique en proportion à tout ce qu’elle a toujours été, avec quelques rénovations. La petite porte qui menait directement à l’école. Je me revois sur l’escalier de l’un des bâtiments. C’était notre salle de cours. Presque tous les élèves étaient partis sauf deux ou trois. Une classe de neige. Mais cela tombait la semaine de mon premier concert. Je ne pouvais pas rater ça. Seul sur les marches. Ce serait cela longtemps, toujours, la solitude, le décalage. Je pense aux routes déjà tracées. La mienne ne semblait pas l’être. De nouveau dans la cour, j’ai pensé le contraire. À l’intérieur de l’église, aucune grande surprise. Les vitraux, les croix dispersées dans la pierre, la lumière. C’est ici que c’est arrivé, devant cette statue, ai-je pensé. Ou de l’autre côté, devant le vitrail bleu. L’autel a été entièrement refait. J’aime les deux représentations du Christ, sans croix. Il tend ses bras vers le ciel, embrassant. Je devais reconstruire ce cheminement, pour moi. Sûr de mes convictions, je ne voulais pas m’excuser. Je ne voulais pas regretter. Ma route a été ainsi tracée. J’allais passer une longue partie de ma vie à broyer l’ange, le refuser. Puis il m’a dit il faudra enlever ça de ton cou. Je ne sais pas pourquoi ça le dérangeait. C’était un truc d’enfant. J’ai accepté. J’ai tout annulé. Je suis même entré en lutte. Après l’avoir broyé, je l’ai quasiment abandonné. Ça me plaisait cette lutte à mort. C’était lui ou moi. Je hurlais : mensonges, mensonges, mensonges ! J’ai dû m’accrocher à d’autres valeurs. Je me souviens même d’un début de roman. La scène que j’ai vécue, déjà écrite depuis de nombreuses années, était venue s’inscrire. C’était resté bloqué. Je sais pourquoi désormais. Je m’étais vu venir me confronter, comme m’excusant. Je voulais rendre responsable un trompeur. Je voulais qu’il souffre après moi. Me venger, en fait. Tout ça était de sa faute. Il allait payer. C’était comme une situation idéale pour moi. La chose parfaite. Littéraire. Mais il n’y a rien de littéraire dans tout cela, à part que cela agit sur la dynamique d’un écrit. Je n’en suis pas effondré. Lui non plus. Vieilli. Et encore. Voilà. C’est ça. Le ciel ne s’est pas tout à coup couvert de nuages. Il n’y a eu aucun éclair. Je l’ai senti arriver. Revenir. Il fallait toutes ces étapes. Un jour, je peux entrer dans une église. J’y reste le temps de m’imprégner de ce lieu que j’ai habité. C’est comme chez moi. Puis des boîtes s’ouvrent. Je rapporte ma médaille de baptême. L’ange est là.

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Thursday, September 3, 2020

Chroniques de l'invisible - 242

La dernière fois. Effort de mémoire. Pas pour la phrase. J’aurais pu refuser. De toute évidence. Et puis le lien s’est fait presque tout seul. Je n’ai pas résisté. Voyons pourquoi des personnes reviennent, comment tout cela se justifie. Il y a ces moments extraordinairement puissants, et des périodes propices, j’imagine. Il faut dire que ce n’était pas simple à gérer. Trop d’amour d’un coup disparu. Je m’en réfère à ce besoin. Ce pourrait être l’autonomie. Dans ce cas, il me faut accumuler puis admettre. Luttant contre le passé. Alors. Pulsons. Il y a cet inconnu encore, sorte de méconnaissance. C’est si délicat de comprendre où cela se place réellement. Si délicat de penser même que cela ne se « comprend » pas vraiment, comme une présence. Cela guide, conduit, influence. Je suis tout à fait disponible en apparence. Ce qui retient n’a rien à voir avec la peur. Il faut calmer, être calme, d’abord, ne jamais rien précipiter dans ce domaine. C’est arrivé si souvent ces derniers temps. Je ne dois pas m’en vouloir qu’il en soit question. Jour après jour. Une même inquiétude. Avec cela en suspens : il pourrait y avoir une impossibilité. Ou faut-il que ce soit cela que j’accepte, l’éventuelle impossibilité comme j’avais accepté la perte de tout avant de pouvoir repositionner les éléments essentiels. C’est intéressant. Des histoires. J’ai l’impression qu’il y en a des centaines. Je n’ai pas à choisir. J’ai juste élagué un peu. Faire glauque. Je ne voulais pas. Tu sais, le mec qui plonge. Je préfère les mecs qui s’en sortent, même en situation d’échec. Ils s’en sortent moralement et physiquement.

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Wednesday, September 2, 2020

Chroniques de l'invisible - 241

Voici un élément que je veux retenir. Fin de l’histoire. Pas mal comme point commun. Juste avant la fin. Ça arrive avant que tout finisse alors que j’avais naïvement cru que c’était le début d’un tout. Il y avait une question de lieu également. Un planning. Un billet retour. Une échéance connue. Consciemment. Martine, on est d’accord que tout devra être achevé comme on l’avait prévu. On pourrait même le faire plus tôt. On est prêt. Non, non. Laissons venir. Et puis, ces petites décisions. J’ai adoré cette phrase. « Il y en a toujours un qui doit rentrer. » Toute l’émotion convoquée en même temps. Et sans surprise — ça va être comme ça pendant deux ou trois jours — il faudrait exister à partir de rien. Je n’ai pas fait mieux d’ailleurs. C’est reparti. Attendre, attendre, attendre. Ce qui m’amuse, et m’aurait effrayé il y a quelques années, c’est le paradoxe, être dedans, le vivre intensément. Il y a cette activité folle dans l’esprit, cette formation, et ce qui ne fait que durer. Je m’en rends compte : ce n’est pas la même conception du temps. Cela n’empêche pas de se rencontrer de temps en temps. C’est même parfois très intense. Surtout quand viennent converger les mêmes éléments. Le même sketch. Il fallait montrer. « Tout le monde l’a su. » Nous faisions avec, comme si, puis tout s’est régulé. Jusqu’au clin d’œil de la lune. Sacrée lune. Je la savais dissipée. Je n’ai eu qu’une minute pour la voir. Mais je l’ai vue. Elle me disait ce qui va rester. Il faut que je m’attende à tout. Ce sera différent. Je serai différent. J’ai vu les jours qui restaient et je suis rassuré.

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Tuesday, September 1, 2020

Chroniques de l'invisible - 240

C’est peut-être même cela qui sera drôle, quand il n’y aura plus rien à comprendre, que tout à coup tout reprendra comme avant. C’est-à-dire. Vous comprenez. J’ai eu tellement peur. Ce que j’ai adoré, c’est qu’il y avait quelque chose de commun avec la première fois, une présence exprimant un besoin, jusqu’à des aveux plus précis. Il ne manquait rien. La peur, c’était de ne pas pouvoir supporter cette énergie constante, engouffrante. Ce sera ainsi, au fond, correspondant à ce que j’ai désiré, une merveilleuse intensité, une part d’exclusivité et ces points communs qui surgissent comme des coïncidences. Je ne dois rien espérer après. C’est ce qui fait que tout tient réellement.

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