C’est consternant. Plus rien à dire. Le même schéma le soir en rentrant alors on expulse, on accuse, dos au mur. Au fond, ce serait à tester. Inventer quelque chose. Mentir un peu. Moi, ce n’est pas pareil. On aurait pu y penser avant d’utiliser cette méthode. Je sors d’une journée qui a duré. Non. Je sortirais d’une journée qui aurait duré. Des centaines d’événements. Et maintenant, ça. C’est une agression. Le faire comprendre. Je sortirais d’une journée qui aurait duré et j’aurais un rendez-vous le soir. Pas le temps de répondre. Désolé. Ce serait sympa. On boirait des verres sur une terrasse fouettée par le vent gelé. Le présent. Y être le plus longtemps possible. Je me serais réveillé à cinq heures du matin. Ambiance étrange. On se serait foutu de tout. Seul le plaisir. J’aurais dû me préparer sans en reparler. Ça aurait été normal, sans ambiguïté. Il aurait juste fallu se mettre un tout petit peu en danger. Le minimum vital pour la fiction. Le truc improbable. Comme les pires craintes. Le type qui entre par effraction. Une balle dans la tête. Je serais au piano, fou de désir, me maltraitant les bras, casque sur les oreilles en version idéale pour la nuit que personne n’entend, la voix sourde a capella. It’s time for something biblical. L’ouverture dans le gouffre ainsi retravaillé. Ce ne serait possible avec personne d’autre et pourtant il y a une présence, une effraction. Je ne suis pas surpris que cela arrive maintenant. Le temps conduit. Le temps pulsé. Cette parole amoureuse. Oui, j’ai le temps pour ces quelques minutes. Oui, je fais vite. Amour glacé. Amour parfait. Je l’imagine sur le retour, hésitant. Me demander à moi, seul référent, seul repère, les mots enlacés dans la tourmente, l’accueil aimable d’un sourire. Je savais que ce serait douloureux. Je ne suis pas au bout de mes peines. C’est de cela que je veux parler, en essayant toutes les formules. Revenir au plus concret. Ce que je suis parfois sans détour, terre à terre. Je l’imagine se tourmentant. Ce sera l’absence. L’absence de tout.
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