Friday, September 4, 2020

Chroniques de l'invisible - 243

Je ne sais pas à quoi je m’attendais. Je ne sais pas répondre à cette question. Venant du ciel peut-être. Ou la manifestation d’un phénomène extraordinaire. L’arrivée de l’ange. Ce n’est pas rien. Affolé sur mon canapé. Épuisé. La seule étrangeté, c’était le courant d’air étonnamment chaud. Ça, c’est chez moi. Dehors, c’est un vent doux. Je n’y suis pas allé de main morte. Purification à la sauge. Au bord de la danse sacrale. Puis la fin du pèlerinage. Je n'ai rien réussi à écrire sur le moment. C’était le parfaitement connu. Le premier retour, c’était un peu par hasard. Disons que je passais par là. Je me souviens l’avoir évoqué. Un calme dont je n’avais aucun souvenir, une cour identique en proportion à tout ce qu’elle a toujours été, avec quelques rénovations. La petite porte qui menait directement à l’école. Je me revois sur l’escalier de l’un des bâtiments. C’était notre salle de cours. Presque tous les élèves étaient partis sauf deux ou trois. Une classe de neige. Mais cela tombait la semaine de mon premier concert. Je ne pouvais pas rater ça. Seul sur les marches. Ce serait cela longtemps, toujours, la solitude, le décalage. Je pense aux routes déjà tracées. La mienne ne semblait pas l’être. De nouveau dans la cour, j’ai pensé le contraire. À l’intérieur de l’église, aucune grande surprise. Les vitraux, les croix dispersées dans la pierre, la lumière. C’est ici que c’est arrivé, devant cette statue, ai-je pensé. Ou de l’autre côté, devant le vitrail bleu. L’autel a été entièrement refait. J’aime les deux représentations du Christ, sans croix. Il tend ses bras vers le ciel, embrassant. Je devais reconstruire ce cheminement, pour moi. Sûr de mes convictions, je ne voulais pas m’excuser. Je ne voulais pas regretter. Ma route a été ainsi tracée. J’allais passer une longue partie de ma vie à broyer l’ange, le refuser. Puis il m’a dit il faudra enlever ça de ton cou. Je ne sais pas pourquoi ça le dérangeait. C’était un truc d’enfant. J’ai accepté. J’ai tout annulé. Je suis même entré en lutte. Après l’avoir broyé, je l’ai quasiment abandonné. Ça me plaisait cette lutte à mort. C’était lui ou moi. Je hurlais : mensonges, mensonges, mensonges ! J’ai dû m’accrocher à d’autres valeurs. Je me souviens même d’un début de roman. La scène que j’ai vécue, déjà écrite depuis de nombreuses années, était venue s’inscrire. C’était resté bloqué. Je sais pourquoi désormais. Je m’étais vu venir me confronter, comme m’excusant. Je voulais rendre responsable un trompeur. Je voulais qu’il souffre après moi. Me venger, en fait. Tout ça était de sa faute. Il allait payer. C’était comme une situation idéale pour moi. La chose parfaite. Littéraire. Mais il n’y a rien de littéraire dans tout cela, à part que cela agit sur la dynamique d’un écrit. Je n’en suis pas effondré. Lui non plus. Vieilli. Et encore. Voilà. C’est ça. Le ciel ne s’est pas tout à coup couvert de nuages. Il n’y a eu aucun éclair. Je l’ai senti arriver. Revenir. Il fallait toutes ces étapes. Un jour, je peux entrer dans une église. J’y reste le temps de m’imprégner de ce lieu que j’ai habité. C’est comme chez moi. Puis des boîtes s’ouvrent. Je rapporte ma médaille de baptême. L’ange est là.

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