Wednesday, October 21, 2020

Chroniques de l'invisible - 290

Passé ce cap de l’invraisemblable, tout devient clair. Le fil de l’histoire se déroule facilement. Il pourrait y avoir un vaisseau par exemple, avec de drôles de différences entre les personnes, me included, avec des différences, trouble de la personnalité à soigner d’urgence, sans autre remède qu’un stylo et du papier. J’ai laissé Joyce sur la table, aussi pour m’offrir un cadeau de retour, comme tout ce que je laisse, d’ailleurs. Il serait plus simple d’évoquer ce que j’emporte, pourrait-on penser. Oh que non, ce n’est pas si simple. Ce n’est pas parce qu’il y a peu que c’est simple. Je veux dire : peu d’objets. Une forme de fidélité installée, plus à prendre en considération dans l’esprit, oui, de toute évidence, nous y allons à plusieurs. Alors, bien sûr, il faut une scène inaugurale, le hic qui va faire que le quotidien est bouleversé, que tout va se transformer. Scène d’anthologie, présentation dans l’assistance, en face à face, je me montre, ne l’a pas vu passer à la casserole, ne l’a pas vu avec les agenouillés, ne l’a pas vu se signer, ne l’a jamais revu. Une fois, donc. Un trouble, un petit quelque chose qui dénote, pris en flag, là où on s’estime supérieur, où le mensonge passe comme une lettre à la poste, où l’on joue avec les certificats, pas de ça chez nous, ne vous inquiétez pas, vous aurez toutes vos autorisations nécessaires, mieux que le ministre ici, ligne directe avec le pouvoir. Le regard cerclé de vert qui propulse une fascinante lueur, attractif, sentencieux, révèle que rien de tout cela ne sera jamais partagé. Je sais que c’est très proche de la haine. J’en avais peur jadis à cause de cela, à cause du fait qu’on aurait pu me croire dans une autre catégorie. Maintenant, je sais que c’est un moyen de mettre à distance et de ne pas se laisser emporter par trop de servitude. LOL. L’histoire se répète. On annonce : même lieu, mêmes enjeux. Héhéhé... Sauf que justement, quelque détail va tout bouleverser : je ne suis plus seul. C’est un peu la terreur que j’ai vue sur un visage hier, la question qui dérange, le paradoxe insaisissable. Il est tout seul mais il semble être plusieurs. Rien que dans ses yeux, à chaque fois, une expression différente. Oui, je suis plusieurs, toute une armée. On croit toujours que ce sera blanc ou noir, chaud ou froid, bon ou mauvais. La force fut de lui faire penser en effet qu’en face de lui il avait un ennemi. Je crois qu’il a même pensé « son » ennemi. Comme « son » dieu, « son » diable, « son » église, « son » sacristain. Rien à voir. Pas de déclaration d’intentions, pas de gant jeté au visage, pas de représentant. Juste la possibilité d’une autre attitude révélant tout le mystère d’un nombre qu’on n’avait jamais envisagé parce qu’il est inconnu. C’est forcément une énergie collective. On ne croit pas au début qu’on s’améliore aussi au sujet des techniques dites secondaires. Tout se joue avec ces gestes mineurs. Dits mineurs. Car ce qui donne du sens soi-disant c’est le discours qui vient enrober l’affaire. Au moment où je me dis qu’une hiérarchie doit décider de laisser un peu de place à d’autres formes, je découvre une voie ressemblant à la fois à un conseil et à ce qui va être, car c’est lié à présent. Une alliance. De qui détiennent quelques secrets de l’existant.

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