Tuesday, October 27, 2020

Chroniques de l'invisible - 296

Je pourrais justement forcer une pseudo croyance qui arrangerait bien l’alimentation du mensonge. Je vois bien ce qui pourrait avoir changé depuis ces quelques temps. Je ne refuse pas le progrès, naturellement. Juste, je m’interroge, là, lorsqu’il n’y a rien d’autre à faire qu’attendre, vivre, apprécier, à nouveau, ce qui ne se racontera pas (il est pénible), oui, je sais. Si c’est ce que je désire, l’insaisissable, l’élaborer pour en partie le devenir, de loin, comme cela se regarde, « on touche avec les yeux », ou on ne touche pas. C’est l’erreur qu’il ne faut pas commettre, tout tenter pour, glisser, ne pas prévenir, ne pas demander si ça pose un problème, forme de consentement. Pour lutter contre cela, je ne vois qu’un moyen, placer le rideau de pluie incessante, l’impossibilité météorologique, le reste a peu d’importance, c’est mieux que la gastro, si c’est pour faire un compte-rendu permanent, non merci, t’es où tu fais quoi t’as mangé quoi, fini du jour au lendemain sans prévenir, on voudrait des héros à qui il arrive des aventures exceptionnelles mais on ne raconte pas la vie du personnage que le héros croise sur son chemin. Pendant que l’un chasse le dragon, l’autre traverse la rue pour aller acheter du pain. L’air de rien, tout se remet en ordre. Le personnage aussi a vu passer le héros. Encore un qui fera la une des journaux. « Un dragon terrassé par un héros d’aventures ». Rien sur celui qui a traversé la rue pour acheter du pain. C’est moins sexy. « Un homme traverse la rue pour acheter du pain ». Et pourtant, c’est là qu’est l’essentiel de la vie. Cela n’empêche pas de terrasser des dragons. On est juste anonyme, non appelé à devenir public et on ne le veut pas, de toute façon. C’est presque une hygiène de vie. Cela vient signifier enfin. L’apport personnel est simplifié, au plus direct, au plus sensible, là où je n’ai pas à inventer pour justifier quoi que ce soit. Cela permet même d’étudier d’autres brutalités que j’étais prêt à m’administrer alors que certaines modifications du corps textuel sont nécessairement plus lentes car elles sont organiques. Une rupture amusante n’y changerait rien. Le sujet est grave. Des vies sont en jeu, des vies importantes, en ce lieu où il est nécessaire de rétablir la confiance, rappel des décisions prises au fur et à mesure, tout ce qui aurait pu être différent mais c’est ainsi qu’ensemble, à plusieurs, nous avons choisi de prendre un risque, celui d’un pari, puisqu’il faut régler ce qui retient d’abord individuellement, ce qui inquiète voire ce qui angoisse, « vous n’y arriverez pas », ce n’était pas la bonne phrase à dire en ces circonstances. Parce qu’une fois que la confiance est rétablie, il ne s’agit pas d’aller appliquer la même méthode à tout le monde. Il est vrai que certaines personnes se rendent si indispensables qu’elles deviennent la solution logique alors qu’elles sont depuis des terrains impraticables, saturés, l’opinion y est ordonnée, pas d’union sur ce point. La merveille est de constater comment cela s’inscrit vraiment. Ça, je peux le raconter. C’est si évident. Tout a eu lieu tel que je l’ai désiré, avec au centre ce qu’il y a de plus important. Pas d’entrave. Basculement temporaire dans un autre monde de combats, un monde tout aussi fantastique. Tout va s’éclairer. J’aimerais tant le dire directement à celles et ceux qui s’inquiètent. L’effet est immédiat, tout ce qui semblait ne pas pouvoir bouger se met en mouvement (il faut juste prendre un petit risque au démarrage), on se dit c’est de l’auto-conviction, de l’auto-persuasion. Et pourtant, c’est bien vrai, le seul, sûrement le premier, sur un chemin, s’adaptant à la temporalité, je n’avais pas imaginé que cela se terminerait ainsi, de la place pour les autres, même si je l’avais conçu au fur et à mesure, ce qui signifie pour moi des semaines de silence, il ne s’est rien passé, ça se joue sur un parking, un ton dans la voix tel un geste qui dit casse-toi, la colère ressentie à ce moment-là aussi est préparée, je viens d’en avoir une nouvelle preuve, il faudrait l’enfermer, s’interdire, j’avais pourtant évoqué la lenteur d’une adaptation, ce n’est pas si douloureux, c’est différent, je n’y passerai pas la nuit cette fois-ci.

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