J’attends ce jour avec quelque impatience, ce jour où il n’y aura qu’une phrase ou qu’un mot, dussé-je n’avoir que cela à faire. À ce moment surgit une sorte de sursis dont je profite pour me détourner de ce que je jugeais primordial. C’est un peu à défaut que j’y retourne. « Il faut de la force. » Tellement de force. Traverser en permanence tous ces états de la matière, d’autant que cela ne peut pas s’inverser. Je ne peux pas revenir à l’état d’avant même si je l’avais préféré. Je ne suis pas sûr que ce soit le cas d’ailleurs. J’aime cette sensation que cela s’oriente, que je ne sache pas, que je ne prédise pas. J’entends la marque de l’auteur et cet appel à la patience. Rien d’autre que ce qui se produit réellement dans le corps textuel. Je serais prêt à me dégager globalement du sens pour ne laisser apparaître que cela. C’est déjà ce que je fais mais il faut être disposé à le reconvoquer chaque fois qu’il y aurait, au service d’une nécessaire reconnaissance, la tentation d’en faire un objet fini. C’est beaucoup trop tôt pour l’envisager. Ce serait même détruire le projet avant qu’il ne naisse. Je suis toujours dans ce qui le précède.
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