Tuesday, December 1, 2020

Chronique de l'invisible - 331

Je n’imagine pas. C’est plus simple. Juste le réel. Les signes d’une présence. L’évidence, maintenant. Mettre fin au tourment. Le réel. J’ai deux jours pour me préparer. Il m’avait dit : tu verras, un jour il te le proposera. Si tu te sens prêt, Baptiste, je te laisse officier. Personne ne faisait comme lui. Chacun était différent. Une seule règle : l’ordre. Un seul respect : le silence. Observer le silence. Cet abbé avait décidé de dire les psaumes en français avant de les psalmodier en latin. Chaque fois, on apprenait, à traduire, à interpréter. Proche du micro, il se mettait parfois à chuchoter. Effet théâtral. C’est ainsi que l’on faisait avec lui. Ce n’était pas grave de se tromper. Le cantique, pas le bon. On en riait aux repas, discrètement. Les boucles du temps, au rythme de la vie, des émotions, accordées aux luminosités du ciel, à l’humidité de la terre, aux pierres de la chapelle, au saint fêté, invoqué, à la solennité, au commun. Gabriel s’amusait de me voir me préparer, fouillant dans les livres, révisant mes tons, ma prononciation du latin. Je ferais les trois « petites heures » de la journée. Le même hymne avec des paroles différentes. La même antienne pour trois psaumes. La même prière.

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