Parce que tout s’arrêtera un jour. Il restera quelques intentions. Un fond de respect pour tout cela. Je n’y suis pas. C’est évidemment trop tôt. Commencer par se libérer. Ce n’est pas simple partout. Je l’aimerais sans rupture violente. Pour certains, ce n’est pas envisageable. Si je pense à quand tout s’est détourné. Quand nous nous sommes touchés. Je suis resté encore plusieurs jours entre rêves et délires, entre profond repos et terrifiants cauchemars. Je voyais l’abbé quelques secondes ou de longues heures. Il semblait toujours là, veillant, ne m’adressant aucune parole. Ses premiers mots avaient provoqué un nouvel effondrement. J’étais encore trop fragile. C’était à moi de briser le silence. Choisir les mots d’un retour. Domine. Labia mea aperies. J’ai commencé par le confiteor. Il s’est levé doucement. Son sourire était celui d’un ange. Il s’est assis sur mon lit, m’a pris la main. Il récitait un psaume, un psaume que j’ai reconnu. Je savais quand il serait achevé. J’ai dit le Gloria patri. La cloche sonne ici les heures. Quand tu te sentiras bien, rejoins-nous à la chapelle. Quand tu veux. Une autre cloche sonne les repas. Viens manger pour reprendre des forces. Une chambre est prête pour t’accueillir. Tu y restes le temps dont tu auras besoin. Il m’a embrassé sur le front. Je pleurais. Lorsqu’il a quitté la pièce, je me suis levé. J’étais nu. Une aube était posée sur une chaise. Des livres sur une table. Dans un placard, mes sous-vêtements. Les gestes lents, la salle de bains, une longue douche. Je me suis habillé. L’aube était parfaitement ajustée. Dans le miroir, je me suis trouvé beau. Dehors, c’était déjà la nuit, épaisse. J’ai ouvert la fenêtre. Le parfum de la nuit. La cloche. Les moines se rendant à la chapelle. Je les ai rejoints. C’était complies. Le silence installé pour une autre nuit.
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