Gabriel aussi écrit de temps en temps. Sur un petit carnet rouge. Je vois au fil des jours ces petites marques du quotidien apparaître. Il était sans doute discret, attendant que ma présence ne perturbe pas ces intimidités, lui qui était si impudique dès le premier soir. C’est sans rapport. Le corps, que je croyais devoir être maintenu hors de tout autre regard, surtout pour un moine. Je comprends mieux. L’espace privé de la chambre, où rien n’interdit que le corps existe, s’exprime, se voit. Il n’y avait rien de démonstratif. On se change. C’est ainsi. On se douche. Uriner, déféquer. On raconte souvent dans les romans comment les héros trouvent leurs épées magiques. Rarement le reste. Héros sans corps, sans expression du corps. Gabriel n’avait rien à cacher de ce point de vue. Alors que moi, si. Par contre, s’agissant de me lever pour aller écrire, je trouvais cela automatiquement admissible. Lui, non. Il a fallu du temps. Pour se montrer, écrivant. La première fois, j’ai évidemment pensé au confesseur. Il m’avait peut-être révélé une part de lui. Il n’y avait pas que son écriture. Ses prières, tellement plus nombreuses que les miennes. Je suis resté à une prière quotidienne. Un chapelet. Depuis l’épisode du chapelet douloureux, à l’abri des regards indiscrets. J’aime les chapelles pour cela. J’aime être seul, surtout. Gabriel peut prier devant moi. Cela ne le dérange plus. Et je ne le dérange pas. Je le trouve parfois nu, agenouillé. Magnifique Gabriel. Comme j’aimerais être à tes côtés, nu. Nous sommes suffisamment intimes pour que je lui en parle. Je lui dis. Quand tu es nu en prière, j’ai parfois envie de te rejoindre. Alors, viens. Et c’est une nouvelle première fois. Se déshabiller, s’agenouiller. Être l’un si proche de l’autre. La première fois. Il murmure en latin. Je comprends qu’il m’accueille. Me nomme frère Baptiste. Les vœux que j’ai formulés sont assez contraignants. Le moindre vêtement sur la peau fait trembler le corps. Puis, ce sont les vagues, les coups de vent, ce vent des tempêtes, violent, implacable. Pour beaucoup de points qui forcent à l’isolement, je cherche. Puisqu’il n'est pas question de me dérober à cela, de faire comme si cela n’existait pas, entre deux portes. Je laisse ainsi le corps manifester, sans rien forcer, sans rien toucher, une extase qui s’immisce au parfum de la nuit.
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