Je suis un infidèle. Oh, jamais trop vite de l’un à l’autre. Et surtout avec beaucoup de respect. Disons, jusqu’à ce que cela dure. Je suis immédiatement amoureux et prêt à aller au bout du chemin, à chaque fois. Il n’y a jamais eu aucune exception, même la première fois, même la dernière fois. Un jour, cela diminue. La ferveur n’est plus la même. Je m’éloigne discrètement et pars à la recherche du suivant. J’aime autant la vie d’entre-deux que la vie consacrée. N’en rien dire me plaît de plus en plus. Je désire juste que cela se voie, que cette illumination se voie, car c’en est une, toujours nouvelle, toujours parfaite. Toute la journée, transportée. La légèreté sur le visage. Chaque autre altercation est une irruption. Je respecte mais je n’attends pas que je puisse y revenir, la pensée en suspens, pour consommer le vertige. Je deviens presque impatient. Tout le temps, tout le temps, tout le temps. Je le veux tout le temps. Que cela corresponde. Tout se réorganise, matin, midi, après-midi, soir, nuit, connecté. Je dois me mettre à jour. Je travaille intensément. C’est déjà arrivé mais ce n’était pas cela, pas comme cela. C’est une même surprise à chaque fois, comme si l’émerveillement d’avant n’avait été qu’un simple prologue insipide. Ainsi il y avait mieux, plus intense, plus absolu. Avec des séries de contraintes, un cadre inamovible à l’intérieur duquel j’allais inventer une expression singulière, trouver des voies de respiration, créer dans l’intensité du mystère ce qui n’était peut-être jamais arrivé. Presque un hasard. Un chemin semble-t-il désert sur lequel l’inattendu se révèle. Ce sera là. Posons deux trois valises. Tout sera traité, sans exception. Ce n’est qu’une question d’exigence. Parce qu’au fond, j’étais déjà venu goûter à tout cela. Je ne voulais pas de cette affliction apparente. De ces devoirs infligés pour paraître. De cette vie, je la revois encore toujours là n’ayant rien d’autre à faire, tentant de m’annihiler, obstruée. Alors que tout pouvait être reproduit dans l’intimité d’un ailleurs auquel personne n’aurait accès. Oui, je veux bien, visible de temps à autre pour quelque circonstance, mais le reste du temps, invisible, imprévisible, absent, énigmatique.
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