Nuit troublée. Comme un premier soir. Après les complies, nous rentrons ensemble jusqu’à notre chambre. Dernières paroles et derniers chants. Seuls moyens de se dire bonne nuit. Avec nos voix. Parce qu’il y a le retour, notre préparation. Je me surprends à vouloir être moins pudique. Comme lui. Il remarque la différence, me sourit. Il m’observe longuement. Gestes simples, techniques. Le regard dit bonne nuit. Et le sourire. Merveilleux. Je me couche avec ma liseuse. Ainsi je peux éteindre ma lampe de chevet. Ma lecture est dissipée. Ma journée défile dans mes pensées. Je revois Gabriel les mains en croix face à moi. Le désir est très intense. Face à moi. Le réel. Les mots ne peuvent être dits. Loi du silence. Pensées de plus en plus vastes. Je cherche. Dormir peut-être. Je ferme ma liseuse. La présence de Gabriel encore plus douce. Je l’entends respirer. Je suis prêt à rompre le silence. Je dois tenir, résister. Sur le dos, les mains derrière la nuque. Éviter tout mouvement. Je ferme les yeux. C’est moi que j’entends respirer à présent. Torture d’un délice infini. L’imagination prend le relais. On ne peut pas. Il ne le pourrait pas. Sa discipline l’interdit. Il doit lutter aussi, à sa manière. Il a dû trouver un moyen. Je rouvre les yeux et tourne la tête vers lui. Le regarder m’inspirera. Il se détourne de sa lecture, m’observe longuement, me sourit. Il doit savoir. Je rallume ma lampe de chevet, me lève, troublé. Je prends mon cahier, mon stylo, m’installe au bureau. J’allume là aussi. J’ouvre mon cahier. J’écris. Il ne viendra jamais lire ce qui s’écrit. Je ne veux cependant pas que son nom apparaisse. Je ne veux pas que tout cela illustre la banalité que je traverse, gouverné par une nature qui n’a pas lieu d’être ici. J’écris les mouvements de l’esprit.
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