Wednesday, July 1, 2020

Chroniques de l'invisible - 178

C’est l’heure parfaite pour une transition. Il n’y a aucun empressement parce que le corps textuel s’est retrouvé légèrement intoxiqué. Quelque chose doit passer et je ne suis pas surpris de me rendre compte que cela me conduit dans des formes d’errance qu’à présent je choisis sans injonction. Cependant, je n’ai pas réglé certaines questions s’agissant de la masse. Ce n’est sans doute pas une question à régler sur les terrains trop vastes. L’écriture doit s’ancrer, se concentrer, se diversifier. Ainsi elle se développe, dans la polyphonie, la sienne propre puis celles qui l’approchent. J’avais désiré qu’il n’y ait qu’un seul « je ». Il m’avait impressionné. Je le voulais cohérent. Depuis que j’ai découvert ou redécouvert que ce « je » pluriel pouvait avoir des expressions privées, d’autres, au contraire, n’ont rien à faire dans le débat, ce qui n’est pas très grave et ne minimise pas l’importance de ce qui nourrit la sève. J’aurais pu adopter une même méthode. C’est une évidence. Je n’en veux plus. Je voulais tracer pour garder en mémoire des intérêts techniques. Ce serait possible si je cherchais à me spécialiser ou à me faire reconnaître dans un milieu où j’aurais à passer par les cases que je proscris de ce qu’on attendrait de moi. Ce qui m’accompagne aura ses périodes d’intensité. C’en est une. Le corps textuel en sera l’écho. Il adressera un ordre. Tout se révèle ainsi, par le texte. Les sujets qui ne peuvent être qu’effleurés le seront. Ce n’est pas cela que je creuse. Je n’entre pas dans la matière pour isoler les sujets. Les voir vivre d’eux-mêmes, apparaître, disparaître, influencer, parfois bloquer. Je n’ai pas de préférence. Ce qui compte, c’est de les voir passer. Si c’est une partie de la fin, ils resteront ici, s’ils le souhaitent. Intéressant de voir qu’il faudra compter sur tout ce qui a composé et qui composera encore. Ma sorte d’université permanente. Je sais très exactement quand tout cela est né dans ma vie, un jour où se sont unis l’idée d’une conception et le désir d’une parfaite autonomie, ce qui ne signifiait pas — je le savais — faire sans aide. La conception m’a été transmise et l’autonomie est une idéologie. À partir de cela, si je compte les années, je ne trouve pas que cela prend plus de temps pour se concrétiser dans tous les événements du quotidien. Je me souviens du début. Je croyais réaliser tout cela dans ce monde du même. Cela ne pouvait pas réussir et j’ai immédiatement été comme transféré non dans un autre domaine mais sur une autre voie sur laquelle s’illumine à chaque tournant des éléments si merveilleux que jamais je n’aurais cru possibles et qui sont chaque jour comme un trésor toujours plus abondant.

---

Précédent - Suivant