C’est si fort que les mains tremblent. Marin comme un automate. « Où vas-tu ? », répond plus. Aux portes. C’est cela qu’il faut faire. Aller autour, aller aux portes. Il n’est pas seul. Quelqu’un prépare. Puis un autre, promenant un chien joueur. Marin retourne au champ d’inspiration. C’est là qu’est l’âme, comme on dit à Coyah, l’âme dans ce que tu investis, dans chaque pierre, sur chaque branche, horizon si large que la lumière brûle, au centre du grand tourbillon, la foule immense qui se rassemble, vieux et jeunes, enfants hurlant de joie, entonnant les grands chants de Noël, ils y vont tous, sans peine, destin tragique, elles arrivent comme des furies, crient, ordonnent, ils se plient, Marin est encore là, prêt à franchir le seuil, prêt à mentir, prêt à punir, prêt à nouveau à disparaître, le frère du pont, le fils de Coyah, tout se mêle, ce n’est pas la conclusion. Or, c’est ce qu’on lui demande. D’en finir. Il sent deux forces. L’une qui pousse, l’autre qui retient. C’est la même injonction, dans les veines, qu’il est venu là faire saigner, le mystérieux étranger, ou dire le touriste égaré, tout le monde l’a vu, mais personne ne sait que le processus est enclenché, qu’il sait où se trouve le chaudron infini de Dagda, l’inépuisable, qu’il est venu la veille tout préparer avec l’aide des sorcières de Camoël, des potions de Guérande, treize cierges, arcane sans nom, les dés étaient jetés. Ils s’engouffrent un à un, les soumis, qui retirent leurs chaussures avant d’entrer dans leur tombe, la cloche est battue, à la volée, le ramenant au réel, tout devient clair autour de lui. Mission accomplie. C’est ce qu’il fallait faire. Et partir.
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