Sunday, July 12, 2020

Chroniques de l'invisible - 189

Si je pense en termes de générations, les jours se succédant, mais les heures également, ce qui n’arrive qu’à cette période (il faudra comparer), c’est une évidence, je ne veux pas, c’est bien ma volonté qui est à l’œuvre, parfois même à l’épreuve. Je n’ai pas à juger à ce niveau-là, ce qui fait qu’une partie s’élabore sans moi, que je creuse le fossé, avec ces détails que je ne confie qu’à l’étape supplémentaire que je m’inflige dans la durée. Notamment dans l’élaboration des personnages, s’absentant le temps qu’il faut pour justement exister. Je dirais volontiers trop présents. Ils doivent laisser la place à ce qui n’est pas défini, ce qui n’a pas d’autre actualité. Je le cherche, c’est certain, je le provoque. Le premier effet est le regard extérieur, désemparé. Aucune explication possible. On a beau tenter d’en faire une fiction, cela ne tient pas. Les questions presque stupides. J’aime bien, lorsqu’on ne sait rien. Personnellement il m’arrive de faire quelque effort, en présence du sujet, essentiellement. En l’absence, je perds tout contact. Refaire, défaire, les deux me vont. Comme la présence qui s’installe. Cela me va. J’y suis confronté et je le remarque souvent plus tard, trop tard, c’est fait, cela existe, au moment de le faire, je ne m’en rends pas compte, je n’y crois pas. C’est terrible. C’est toujours après. C’est toujours trop tard. C’est toujours ce que l’on doit raconter. Trop tard. Cela ne sert plus à rien. L’objectif, c’est de l’éviter, c’est d’être présent au moment où cela arrive, de pouvoir relater ce qui se passe, minute après minute, ce qui fait le crime. Rassurez-vous, il y aura bien un mort mais ce qui m’intéresse c’est avant qu’il soit mort. Et le paradoxe. J’adore le paradoxe. C’est le moment où ce qui était attendu se trouve fauché par ce qui sera. Je dois vivre avec ce qui a changé et pour une fois ce n’est pas de ma faute. Attendre. Parfois il suffit d’attendre, que l’hystérie passe, due au trop grand nombre. Ce sera le verdict, lié à quelque désir, dans ce monde sans échéance, quand un plus est venu s’immiscer, parlant de l’ailleurs ou de l’autrement. De ce fait se transporte sans surprise l’être en soi, le décor n’ayant plus à changer, être partout, à tous. Cela signifie qu’il y a des mots dans lesquels l’être habite, choisit même d’habiter après avoir peut-être erré ou tenté mille aventures que l’on ne connaîtra jamais, car s’il est possible de créer encore et toujours, nous le faisons à partir d’une masse qui nous dirige ou nous submerge, qu’il fait laisser nous diriger ou nous submerger, en partie, vivre avec en harmonie. Nous sommes liés à une cause commune. Je suis, parmi cela, au service de tout en étant le seul, entre cela et moi seulement (il y a autant de relations qu’il n’y a d’êtres en soi), à pouvoir mettre en action. Cette relation me convient totalement. Je l’ai même sans doute désirée. L’idée que puisse se ramifier, comme l’arbre, une seule énergie intégrée à un tout me satisfait mieux qu’une sorte d’allégeance à l’une ou l’un d’entre eux. Je n’ai pas d’autres mots : c’était pourrir. Pourrir sur place. J’ai trop dépensé d’un coup, pour à nouveau mettre fin à quelques malaises qui seraient survenus, des malaises de type organisationnel, à quelle heure, comment faire, tout est réglé en quelques minutes. Les questions ne se posent plus. L’espace élargie permet cela. J’en suis heureux. L’adaptation n’est pas si douloureuse. De toute évidence, tout cela a beaucoup changé. Je ne le dois pas qu’à moi. D’ailleurs, ce n’est pas sûr que j’aie souhaité ces changements. Il se sont faits parce qu’il y a de la vie autour et de la vie partout. J’ai suivi le mouvement. Ce qui me plaît, c’est que je tente vaguement d’établir une chronologie. Je sais à peu près ce qui est avant ou après. Quand est-ce que cela a lieu exactement, avec des dates, je ne sais pas trop. Cela dit, ce qui m’interpelle, c’est que la question d’une chronologie se pose. Elle ne se pose pas toujours. Il suffirait que je sois plus simple avec ces questions. Que je dise ce qui se passe maintenant et que je commence aujourd’hui. Je crois pourtant que cela mentirait en partie. Parce qu’au moment où cela arrivait, je n’y apportais pas plus d’importance. C’était « naturel ». Moi au comptoir, écrivant. Le but, c’était de ne pas rompre avec ce que je venais d’inventer. Tout fonctionnait. Écrire à côté. Faire en même temps. Et puis il y avait eu une intervention. Une diversion. La même diversion à l’œuvre, lâchée sous des attributs de liberté. C’était raté pour plusieurs années. À nouveau devoir là où je ne voulais plus devoir. J’ai fait un pari sur le temps et sur ce coup-là j’ai gagné. Je vois combien l’œuvre du temps a son importance. Combien il est important d’y croire. Je ne sais pas si j’y croyais à l’époque. J’étais d’accord pour que cela puisse prendre une autre tournure. Là, ce n’est pas ma faute. Des addictions ne tiennent plus dans mon environnement. Elles disparaissent et me laissent seul agissant, parce que j’accepte que c’est cela qui est en jeu pour ce que je suis en train de définir.

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