Friday, July 24, 2020

Chroniques de l'invisible - 201

Marin de la Roche, à l’écriture instable, se levant tôt se couchant tard, courant partout, la ballade qu’on chantait les soirs de veillée, privilège du plus ancien, interminable, j’entends parler de Sainte Hélène, on n’avait plus le droit d’interrompre, dès que ça commençait, « Marin, Marin, où vas-tu de si bon matin ? », ce n’était pas toujours dans le même ordre selon notre réponse, Vannes ou Guérande, parfois Paris, on choisissait son aventure, « à Camoël », pour rencontrer les sorcières, « à la source pure », « dans la forêt hantée », la chanson comme une prière païenne, devenue pensée, le lien reconstitué pour rappeler l’histoire, pour partir dans les contrées, là où le devenir s’est arrêté parce qu’il fallait choisir de ne pas être à nouveau le prisonnier, Marin libre, Marin échappé, sans âge, « où vas-tu, Marin, de si bon matin ? », en Afrique, où on a inventé un autre moyen de sceller la mémoire de toutes les mélodies de l’âme, de tous les rythmes du corps, dans une flûte ancienne à trois trous que lui donne le fils de Coyah. Marin ne sait pas qu’il détient un trésor. Il travaille pour faire sonner la flûte avec le fils de Coyah qui lui enseigne les traditions, celles qu’on n’écrit nulle part, dans le chant, la parole, le regard. Marin apprend vite, progresse vite, découvre peu à peu son trésor, des sons qu’il n’avait jamais entendus, selon les lieux, la forêt, le fleuve, en plein vent, jour ou nuit, sous la lune, différente à chaque fois, la flûte se met à parler à Marin, ce ne sont pas des mots que l’on peut écrire, ce sont des mots de l’esprit, faisant corps avec lui, transformant sa propre langue. Marin le sait maintenant et le fils de Coyah ne le sait pas, il a été initié pour sauver le fils de Coyah et tous les enfants morts dans le grand marais, les anges-enfants se libèrent, ils racontent le pays, les exécutions massives sur le Mont Kaboulima par un fils de boucher. Lieu du sel, lieu du ciel. Tout correspond encore dans le temps, sur la même terre. Le fils de boucher a libéré le pays, préférant la pauvreté aux richesses promises par la servitude. La folie du pouvoir le gagne. Il pactise, trahit, oublie, cinquante mille morts, et regrette. « Ne faites pas ce que j’ai fait. J’ai tué tous mes amis. » Le fils de Coyah, perdu, arraché à sa terre, reviendra au pays. Marin l’a sauvé et maintenant les enfants le reconnaissent, le saluent dans la rue. « Où vas-tu, Marin, de si bon matin ? » Les enfants veulent que l’histoire continue. Marin sourit. Dans la forêt, bien caché, au bord du fleuve. Je ferai sonner la flûte pour avertir des dangers du marais qu’il ne faut jamais traverser, même s’il semble sec. Un marais n’est jamais tout à fait sec. C’est le piège des grands chemins, le piège des raccourcis. Marin s’endort. Il rêve à la forêt des fées, qu’il y entre, qu’il comprend les messages. Il y aura mille images dans ton esprit pour t’aider à agir et à prendre tes décisions, des images que tu aimeras, avec des princes et des princesses, des chevaliers, des rois et des reines, des dieux et des déesses, des guides, des druides, et nous les fées qui te révèlerons des secrets que tu tairas.

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