Se découvrir alors au bon endroit, calé dans le temps. Une naissance comme une arrivée, pas seulement un départ. Il fallait que je le mérite. Je compte deux déviations. La première après l’acte créatif qui me donnait uniquement pour moi tout pouvoir, le pouvoir suffisant donnant lieu à des formulations internes et de nouvelles attirances que j’ai depuis concrétisées. La deuxième concerne ma position dans le collectif qui s’avère extraordinairement stable autant spirituellement qu’économiquement. Le début d’une retraite, retranché dans la pensée, où cela qui était censé déconnecter vient continuer. Je mesure la chance qui est la mienne de pouvoir en témoigner. Je veux ouvrir cette voie. C’est toujours une immense émotion, de s’être offert à tout ce qui est connu, rompant avec un ordre que je m’étais auto-assigné, une manière de découvrir et donner au plus fort de l’actuel un parfum sain de nouveauté. Je ne me pose plus la question de savoir si je suis dans une phase d’apprentissage. Bien sûr que je continue d’apprendre mais je ne suis plus au stade d’apprenti. Praticien me convient. Consultant aussi. Je pensais à cela justement. Une question d’ordre en quelque sorte mais pas seulement. De toute évidence, il y a une forme de torture que j’associe uniquement à une résistance, d’une puissance qui serait comme désaccordée si je m’y laissais séduire. C’est une vraie différence que je prends en compte surtout la nuit. L’action permanente me réveille. Je suis d’accord pour aller plus loin. Pour la question de l’abandon. Rétrospectivement, il y eut un crime. Une douleur. Un amour bafoué. L’histoire promise devait durer longtemps. Étrangement, elle s’est arrêtée mais elle a continué aussi. Elle devait se poursuivre, sinon, rien ne correspondait. Et à la fois, je ne dois pas nier que ce n’est pas tout. S’il y a sacrifice d’un côté, je l’assume. Oui, c’est un choix. Pour donner vie à un autre univers, un univers que je préférais sans le connaître réellement et qui aujourd’hui m’emplit sans borne. C’était peut-être cela que je n’avais pas supporté. La borne. Il fallait ou bien se limiter constamment ou bien franchir les domaines comprenant la haine et l’insatisfaction. Je pouvais aller de l’un à l’autre, aller et revenir comme si de rien n’était. Je l’ai fait. Il est vrai que c’était excitant d’enfreindre mais pour être honnête, ce n’était pas si merveilleux, et je me suis lassé immédiatement. C’était un peu d’interdit, soit. Avant tout je comprenais pourquoi ça l’était, interdit. Parce que c’était glauque et malsain, que cela obligeait à tout aménager là où je ne voulais pas. Ce n’était pas un besoin pour moi. Rassurez-vous, c’était interdit moralement mais pas illégal. Le crime, ce n’est pas moi qui l’ai commis. Il faudra des milliers de pages pour le dire et le rappeler s’il faut. L’interdit m’excitait mais pas l’illégal. Alors que le criminel est excité par l’illégal. Il se sent supérieur à la loi. Ce qui n’est pas mon cas à part quelques excès de vitesse. Oui, je l’avoue, je roulais à 180. Surtout au début. Jusqu’au jour où j’ai compris qu’il suffisait d’un mouvement pour que tout soit incontrôlable et irréparable. Or, j’ai prévu de vivre longtemps. C’est dans mes gênes. Je ne suis pas vraiment du genre papi qui fait attention à tout. Pas encore. Alors, c’est ce qui n’arrivera plus qui se met en avant. Ce qui devra se faire autrement. Certain que j’ai bientôt cela de disponible. Il suffit d’écouter le monde changer autour de moi. Les tentatives avortées ne sont pas des échecs. Il n’était pas encore temps. Maintenant, il est temps.
---