Si quelques décisions importantes sont prises dès le début, je devrais arriver à un résultat qui, au minimum, me plaira. En fait, c’est déjà cela. Dans cette sorte de bavardage informe où il arrive parfois que je me retienne, avec des chaînes, comme une bête féroce, pour ne pas foncer tête baissée dans les pièges soi-disant d’une technologie révolutionnaire qui aura réussi au contraire à faire taire la grande majorité et à ce qu’on oublie — tant mieux — peu à peu que des manières de vivre en sont restées ailleurs qui n’ont que faire du petit regard oblique qu’un passant ou qu’un observant vient de leur adresser. Il suffit d’un jour pour tout oublier. On croit que tout le monde fait pareil. On n’imagine pas à quel point cela peut être différent — pas archaïque — différemment moderne, dans la manière de faire aussi et donc la manière de dire. Il pourrait y avoir cette merveille en nous d’être quotidiennement accompagnés par la manière d’un autre esprit. Si cet esprit est déjà accompagné par la manière de tant d’autres, le rhizome est infini. Il n’arrête sa progression que si l’on pollue la terre, ce qui est impossible en ce moment. Peut-être que ce que cela m’aide à ressentir, c’est que cela peut être résolument complexe. Cela n’a pas beaucoup d’importance, après tout, d’être ou non compris ou immédiatement compris. Tout cela en étant, je m’en fiche, dans une sorte d’ombre. Ce qui vient se placer n’est pas, lui, sans importance. J’aurais pu croire que cela me figerait. C’est comme un premier jour à chaque fois. Et puis, il y a l’ordre, ce qui s’est mis dans un certain ordre, sans calcul, sans stratégie. On ne croit jamais que c’est possible. Un voisin tout langoureux. Premier rendez-vous, il me mange du cadavre sous les yeux. Deuxième rendez-vous, il me demande de m’occuper de lui, de son C.V. Je n’ai pas que cela à faire. Et l’autre qui voulait que je m’occupe de lui aussi. Ils voulaient tous que je m’occupe d’eux. Ne se rendant pas compte que j’étais sur un autre chemin où l’on ne croise que des spectres, l’immatérialité de l’être. Je peux ne faire que cela vingt ans durant. Et ce nouveau premier jour me le rappelle. Il faut bien que quelqu’un s’en occupe. On verra plus tard pour la postérité. Ce ne doit pas être une donnée fondamentale. Sinon on rate tout de ce que la langue vient produire lorsqu’elle a à ce point décidé de ne plus être de ce monde. Écrire pour traverser le long couloir de la mort. Je veux bien y passer du temps, que cela soit ma manière envers et contre tous, à contre-courant. Choisir de ne pas être un jour. Maintenant que j’ai disparu. C’est facile. J’entends d’ici les voix discordantes, mais ce que l’on ne sait pas, c’est qu’il y avait ce désir de se trouver dans les interstices et de s’accompagner d’étranges outils, mystérieux, ne faisant que combiner. J’aurais pu le vivre autrement, un peu comme je l’avais fait, en communauté. Il fallait chaque fois s’accorder avec la préoccupation des autres, s’intéresser, faire comme s’il était possible de partager. C’est impossible. Cela ne concerne que le fond de l’âme où se suspendent des réalités propres, chargées d’amour. Au centre, d’autres préoccupations. Le labeur. Je dois passer par cette abnégation. Par les contours. Les renversements. C’est au présent. Ce qui se passe. La question d’une unité d’abord, puis une sorte d’énigme. Et enfin, ce n’est pas chronologique tout ça, c’est simultané. Enfin, donc, la figure qui domine, la période qu’elle s’offre ou la période que je lui offre. Je ne le provoque pas. Cela vient, tout simplement et cela me laisse dans une très belle rêverie car c’est complexe mais fidèle à ce que je suis.
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