C’est peut-être par saison que cela se passe. La saison des évidences, ou une période, pendant un quart de tour ésotérique, le voile devient plus translucide, on dit les mots, les bons mots. Comme depuis longtemps, je n’ai pas besoin d’un « retour sur investissement ». J’aime me souvenir tout de même de ce qui est de mon fait. J’aime bien aussi parce que je me rends bien compte que cela me fait du bien. Je m’en fiche. De ne pas recevoir le petit mot qui ferait plaisir : « sans toi, je n’y serais jamais arrivé », « sans toi, il ne se serait rien passé ». C’est vrai. Je m’en fiche. Mais j’aime m’en souvenir pour moi, pour recréer ces émotions si fortes lorsque la peine chargée d’angoisses et de confusions est venue s’implanter dans le corps textuel. Ce n'est jamais vraiment une intrusion, une agression. Déjà, je m’y rends disponible. Puis, cela ne concerne bien souvent que les plus proches. Quelques-uns. Qui sont tous à la base très bienveillants même si l’on ne se doute pas toujours qu’une manière de signaler, d’occuper sans frein le territoire pour que le sujet tourne et tourne peut paraître intrusif et disproportionné. Mais je m’y plie et j’écoute comment cela évolue en soi. Je m’y tiens jusqu’à ce que le sujet n’ait plus d’importance. Il faut parfois plusieurs jours. Enfin, comme plusieurs jours puisqu’il n’y a plus de jours. J’ai d’autres moyens de m’en éloigner. Ce que cela convoque est une évaluation subtile de ma propre condition et je vois combien il est difficile alors d’écouter ailleurs. Ce serait cet objectif : faire taire là où tout se développe autrement, à partir d’une autre sensibilité, lorsqu’elle est là, sous mes yeux, que défile ce que j’aimerais comprendre plus aisément. Je ne partage pas certaines inquiétudes même s’il y a des combats à mener. Je partage de moins en moins ce qui vient d’en haut, dicté, et ce qui vient de loin, dicté également, par quelque obligation d’on ne sait quelle puissance. Je partage un autre contenu où pour la première fois je n’ai plus que ce qu’il y a de résolument concret, à toujours vouloir disposer les mots les uns à côté des autres, juste pour durer. Le temps pour que cela devienne autre chose, que cela ne dure pas. Voilà. Cela ne peut pas durer. J’ai besoin de revenir à mes fictions, d’y convertir les formes de désir qui m’habite. Je note que je n’ai pas besoin d’attendre. Je pourrais basculer immédiatement. Je sais ce qui attend. Je devrai faire cet effort parce que je gagnerai un temps précieux. Si je veux voir tout avancer en même temps, je dois lâcher ma volonté première de rendre tout cela cohérent. De toute façon, je n’aurais aucun réel souvenir de ces sensations. Il sera impossible de savoir avec exactitude ce qui a fondé le sens ici, propulsé la phrase par là-bas. Ce que j’adore maintenant, c’est que plus rien ne pèse. De toute façon, la méthode ne sera pas la même. Je n’aurai aucune nécessité à voir tout sauvegardé sous cette forme sacrée. La pensée a des fulgurances. C’est vrai. Même pour les longues formes. Je comprends que c’est un immense chantier. La période où peut-être il y aura des ruptures. Je dois les provoquer. Tout cela s’inscrira comme il faut. Je n’en doute pas. À ce stade, j’aimerais ne rien abandonner des surgissements. Cela n’a aucune importance puisque cela ne concerne que moi. C’est un domaine rare. Il n’a jamais été aussi étendu et je n’ai jamais eu l’occasion de prendre tout cela à bras le corps.
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