Monday, June 29, 2020

Chroniques de l'invisible - 176

Pour cela, je revois la forêt, chaque pensée disposée comme plantée, apprenant ainsi à faire le tour du propriétaire et donc du prioritaire. Dans ce palais de l’imaginaire où les idées se mêlent sans s’entrechoquer. Tout cela est si différent aujourd’hui. J’ai inversé ce qui se doit, de même qu’il n’y a qu’une zone d’accueil. J’aimerais concevoir l’emploi de ce temps. Il y a beaucoup, beaucoup dans cette économie, dans cette autonomie, avec ce que deviennent les premiers combats, toute une génération est passée par là, si je reprends la notion de territoire, si je l’inscris, si j’arrivais à ne rien ressentir en dehors de cela, quelques lignes seulement, quelques lignes seulement, facile à dire, c’est drôle cette manie de toujours vouloir qu’il y ait des aspects négatifs. Ce sont des impacts, en se dévoilant, dévoiler tout ce que cela contient, y compris de pousser hors de soi avant de prendre la mesure de ce qui se produit. Parce que si cela peut s’accomplir par cette voie, alors je prends. Je veux dire : si l’écriture et le temps qu’elle mobilise jusqu’à ces heures d’égarement, plutôt qu’en faire des tartines et d’inventer des histoires. Si cela suffit. Il tourne autour du pot. Crache le morceau, Polo ! C’est qu’il y a encore quelque chose qui n’est pas clair. Il s’agit d’une scène. Je la vois, elle revient avec seulement quelques détails. La même scène, je dirais, le même endroit, les mêmes personnes. Ce qui n’est pas clair, c’est si j’y suis vraiment ou si je veux y être. Si je ne suis pas, plutôt, le regard de la consternation. Puis une autre scène, une série de scènes, je revois bien l’inaugurale et quelques-unes après. De pire en pire, je dirais. Cela s’arrête quand je franchis l’intolérable. Pour des années de silence. On le paie cher à cet âge-là. À chaque fois. Voilà. Systématique. Je ne connais pas de métaphore pour cela. Il fallait ensuite continuer de mûrir le projet même s’il y a toujours dans cette société ce qui ramène l’ancien, parce qu’il y a quelque chose que je ne veux pas faire, construire ou imaginer, remplir les trous de la mémoire à cet endroit-là, je veux laisser comme c’est, désagréablement imprécis. C’est aussi le refus que je pressentais. Si ce n’est pas possible, ce ne sera pas très grave. Je refuse de croire que nous ne sommes déterminés que par cela. Je sais que cela envahit beaucoup. Une autre scène. Celle-ci aussi se répète. Débordements dans un lieu d’enfermement. C’est l’aventure qui m’intéresse. L’aventure à partir de cela qui je suis sûr n’arrive pas à cause de mais pour. Mon art est peut-être de mettre en suspens. Commencer et cumuler ces débuts qui n’en finissent pas. Si je résume. Impossible. C’est un bombardement. Alors, c’est peut-être cela qu’il faut reprendre, là où j’en étais. Ce que je ne raconte qu’ici. Avec cette tentation de refermer l’histoire. Ce qui se prépare en pointillé. Je ne dois pas oublier le plaisir que j’y éprouve. Ignorer. Cela ne s’oublie pas, un plaisir. Cela s’ignore. Très certainement que j’avais envie aussi de renouer avec toutes ces fois où cela a réussi. Je l’ai remarqué il y a pas très longtemps. C’était le même genre d’ambiance. Comme pour m’aider à revenir au présent, à revenir sur le sol. Ce qui compte à ce stade n’est pas tant la nouveauté mais plutôt le fait qu’un élément, nouveau en effet, vient multiplier les trajectoires. Il y aura un goût particulier, et puis, si c’est encore chaque jour, si je tiens, ce n’est pas une question d’envie. Parfois la fatigue est forte ou s’il y a quelque chose de prévu, je dois m’organiser, prévoir avant, après, tôt le matin, tard dans la nuit. Ce qui me plaît, c’est que tout à l’heure je n’arrivais pas à me réjouir. J’aurais sauté de joie il y a quelques mois, me serais précipité, aurais tout tenté pour en savoir plus sur tous ces signes, tous ces mots. Là, tout s’est installé calmement. J’ai même conçu une méthode sans même la prévoir, pour laisser faire la rencontre. Merveilleuse rencontre de l’immédiat qui me jette dehors, la ville, j’avais faim, je me perdais, des kilomètres de fatigue à dérouler. C’est ainsi qu’il faudra repartir, avec ce guide devenu un ami, un compagnon, de la même manière que j’avais la musique, les paysages de foule, de corps dans leur propre vie, ces énergies qui dynamisent pour la dernière lancée. La tentation à nouveau si forte de faire durer, que cela n’en puisse plus d’exister. Il peut y avoir un lien. Ce n'est pas systématique. Là, bien sûr, c’est flagrant. Part de l’imaginaire fauché en plein vol. Tiens ! C’est peut-être à la même période que la scène, la « même scène », sauf que si j’avais su que l’on pouvait juste changer de ministère, je l’aurais fait plus tôt, je n’aurais pas attendu quarante ans. Alors je me demande si cela peut s’instruire, ou si cela peut faire partie d’une forme d’enseignement. En tout cas, cela se pose, et sans surprise, cela se pose maintenant.

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