Il est vrai que je dois me résoudre à maintenir des décisions qui ont été appliquées presque par hasard. De trop nombreuses circonstances faisaient que. Et c’est ce qui est arrivé. On ne s’y attendait pas. Personne ne s’y attendait. Et je ne m’attendais pas à ce que ce soit si important. Ça l’était. J’avais dépassé les bornes. C’était trop. On tenterait vaguement de récupérer l’affaire mais globalement tout était perdu. Peut-être pas complètement perdu. Fini, ça, c’est sûr. Je vois bien que celui qui trône n’est pas celui qui habite, que celui qui habite n'a qu’un vague désir dont il ne peut rien faire. Celui qui trône invente, s’amuse. Si c’est un jeu de personnalité, il y a un trouble dont on pourrait causer deux minutes. Parce qu’au fond, s’il n’y a plus rien qu’une grande nouveauté, s’il n’y a plus aucune obligation, aucun rituel, c’est que ce que j’élabore à toute heure s’inscrit dans ma vie quotidienne. Qu’aurions-nous à pleurer de rage devant le spectacle de notre propre désir, au moment où nous sommes révélés l’un à l’autre et désormais l’un pour l’autre. Ce n’est plus de l’ordre de l’imaginaire. Le réel, c’est ça, c’est cette séparation nécessaire avec le projet flou et trouble d’un arrêt de la sensibilité pour ne pas être celle ou celui qui pourrait ne jamais revenir. L’idée que l’histoire se déroule encore me plaît beaucoup. J’essaie de me souvenir par exemple ce que je garde de chaque lieu. Non, ce n’est pas un souvenir. Il ne faut pas que je refasse ses erreurs. C’est maintenant. L’histoire est à l’intérieur de ce qui se passe maintenant, comment je perçois ce qui m’entoure, comment je me positionne, ce que j’aimerais que cela désigne encore sans se prendre pour un drôle de héros même si le héros en question, que j’accepte, n’a jamais cessé d’être, luttant pour son autonomie pour une permanente distraction de l’esprit au cœur de l’œuvre. Et puis, il y a cette étrange discontinuité qui interfère, modifie les sensations, calme en quelque sorte ce qui a été légèrement bousculé dans la pensée ne cessant de me prouver qu’à défaut d’être physiquement en mouvement, l’esprit travaille à d’autres aventures en cours d’exploitation. C’est sans doute la question d’un domaine non pas oublié, donc, mais dont je ne mesurais pas qu’il continuait d’agir. Je ne mesurais pas car j’avais déjà décortiqué les codes qui rattachent aux croyances que je jugeais obsolètes, supposées ne pouvoir se distinguer qu’avec des corps réels dans une vie réelle. Dès lors, si je cherche comment à mon niveau je suis capable de réintégrer ces notions, j’aperçois de nombreux choix comme ayant été formulés pour ne pas répéter des erreurs que je n’avais pas acceptées. Si c’est le cas — et c’est le cas en ce moment — je ne comprends pas tout, je comprends mieux. Je ne veux pas laisser tout cela en suspens. Je veux même provoquer comme une nouvelle fois, quand la pensée est venue se confronter et qu’il faut maintenant passer à des sujets plus sérieux. Plus intime.
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