Saturday, June 27, 2020

Chroniques de l'invisible - 174

Le pas de plus ou le pas de côté, l’étroite zone d’accueil où il se dit que peut-être il y aura une nouvelle forme de légitimité. Je ne vais pas faire tout cela simplement, là où, en plus, je sais qu’il me faudra à nouveau refuser certains codes. Cependant, un point technique m’intéresse vraiment. Cela concerne celui qu’on a maintenu dans l’ignorance, à l’écart, ou ce qu’on croyait car il voyait et donc savait. Le plus difficile à tenir est mon goût pour l’exigence. Dans ce cas, parfaitement, parce que tout est lié. Les échéances se repositionnent. Je ne croyais pas à cela avant, que même terminé supposé définitif un texte continuait à vivre, se déplacer, provoquer. Je croyais que c’était du retard toujours, qu’il fallait courir après l’aspect productif. Une phrase lue pour dix mille d’écrites. Et tout à coup, le contraire. Se sentir à l’origine de cela est tout à fait vertigineux. Pour autant, la ville n’a pas tant changé. Ce qui se voit plus clairement, c’est l’incompréhension. Dialogues de sourds ou carrément deux langues devenues étrangères. Je cherche l’appui du corps. Je vois quelques-uns comme fondre. Ce n’est pas absolument immatériel. Je me demande si on s’en rend compte. Si cela fait partie du processus global. Si le soir il y a le même désarroi pour tous, ces mêmes questions devant les vitres noires, attendant le silence, l’apaisement, ou si certains se disent vraiment youpi c’était super bravo chéri je suis fier de toi. Après le mensonge. Quand on a délibérément baladé tout le monde. Je résiste, je résiste. Je ne veux pas en faire un sujet littéraire, mais ça cogne aux portes, ça hurle dans la cour, les télés allumées, nous en parlions sur le chemin, nous ne nous demandions pas comment faire mais nous ne parlions que de cela, ah non, pas ça, pas encore le pire ! C’est qu’en essayant d’en rire, j’ai senti une puissante émotion, réelle, les larmes en flot dans le corps, retenues. C’était une agression. Il le savait. Il avait tout préparé. Je voyais les expressions de sa mère sur son visage. L’action au cœur de l’œuvre. Toujours la même. Il ne nous emmène jamais ailleurs. Inscrire dans le corps. Seul objectif. On s’en fout de la méthode tant qu’on y arrive, que ça marche, que ça perdure. Ce sera peut-être moins efficace que si je l’avais fait. C’est une variation. Il faut une telle énergie pour s’élever. Après. C’est après. La gestion de l’après. La même émotion encore. Je dois accepter qu’elle sera là quel que soit le sujet. On ne désinscrit pas. C’est le mot « crise » que je veux réhabiliter parce qu’on nous le vole à chaque coin de rue. On ne veut pas en parler alors on le sort de son contexte, on le colle partout alors que c’est un moment effroyable, qu’on trouverait inadmissible si on la traversait, cette crise. C’est pour cela que je reste, que je continue, que j’emplis mon corps textuel de la parole des autres, nous sommes dans le domaine de l’incompréhension mutuelle, à deux pas de moi, c’est impossible et pourtant cela fait des mois voire des années que je l’observe.

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