Tuesday, June 2, 2020

Chroniques de l'invisible - 149

Je le remarque à nouveau quotidiennement désormais, des formes qui semblent s’armer de puissance, face à leur inconsistance, finissent par s’autodétruire. Pour cela, c’est toujours la même méthode : se saisir d’un sujet à la mode et en faire une affaire personnelle, signe révélateur d’un désir de surpuissance là où nous sommes impuissants. Impuissants d’agir mais aussi de penser. La territorialisation des sujets nécessite de les désynchroniser d’un vouloir hégémoniste totalement hors sol. Temps et espace sont en effet si finement liés que nous n’aurions pas à nous faire les porte-paroles de ce qui nous concerne uniquement dans notre intimité. J’ai cédé jusqu’à il y a peu à cet appel sacrificiel voyant agir sur moi ce glissement vers l’autodestruction. Peut-être est-ce ce que je reconnais aujourd’hui, dans l’écriture, quel que soit le sujet, c’est ce qui compte véritablement, lorsqu’il n’y a pas à vendre un scénario falsifié, plus à mentir sur l’état de l’être, ce qui encadre, je le vois, au centre, non pas le trouble cette fois-ci mais une pleine singularité, pleine au sens aboutie, presque aboutie. Regards sévères de chaque côté. Alors, je continue l’histoire. Je veux savoir comment tout cela va se poursuivre. Il y aura deux grandes interventions, une blessure dans l’intime et une reconquête, même isolement mais sans doute mieux armé. À ce stade, il n’est pas prévisible d’envisager ce que seront les « retombées » tant je me dégage par là-même de ce que l’on pourrait attendre : démontrer ce qui ne sert à rien de démontrer. Le même sujet qui revient sans cesse mais apparemment c’est important d’y revenir : l’émotion rendue dans l’écriture, ressentie, comme une exploration, un microscope pour ausculter ce qu’il y a selon moi de plus vivant à l’œuvre en ce qui concerne l’intime. Il ne s’agit pas beaucoup des corps rencontrés actuellement. L’exercice appelle cette focalisation. Et c’est difficile de voir en direct comment se délite tout un réseau, à cause sans doute, du fait que l’expression rendue publique de certains ne mérite plus un mot de plus. Cependant, c’est intéressant de s’y attarder car il y a des formes d’analogies qui me parlent beaucoup. Ce n’est pas « tous pareils » mais des phénomènes sont une seule et même souche articulant des processus observables comme dans un laboratoire. C’est pathétique. Cela me confirme que je suis bien positionné. Ce n’est pas au-dessus. C’est ailleurs, définitivement ailleurs, et je suis bien dans cet ailleurs.

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