Sunday, June 21, 2020

Chroniques de l'invisible - 168

Je m’étais dit : n’agis pas dans la hâte, ne fais pas compulsivement, mais il y avait cela en attente, depuis suffisamment d’heures pour que la question de tout régler en une fois et qu’il n’y ait plus qu’à profiter longtemps sans avoir à gérer l’angoisse de quiconque s’impose dans l’ordre des tâches de l’esprits à la première place sous un mode « d’abord ça » ou ce « avant tout », au fond, que je sais désormais depuis la marque sensible devenu à l’origine de nombreuses actions. En soi, le trait de caractère n’a pas exactement changé. Il est là, moins puissant, ne terrorisant plus, ne tétanisant plus. On ne se refait pas mais de cela que nous sommes devenus malgré nous nous pouvons tirer de nombreux avantages finalement alors que nous avions pensé qu’il n’y avait que freins et incapacité d’agir. « Je suis timide » conviendra à toutes les sauces. « Je n’ose pas » aux condiments. Le tout dans le paquet cadeau des tremblements et des bégaiements. Les couilles du père. Un doigt dans le cul. Ce n'est pas gratuitement vulgaire ou provocateur. C’est la marque du temps. À partir de là je me souviendrai de tout. Et puis, il y a ce rire inextinguible. Nécessaire. Ce n’est pas se moquer. Le rire, devant l’inconcevable, aide à passer ailleurs que dans son propre corps les formes de nausées que pourraient provoquer le récit de quelques horreurs. Alors, c’est dans cet espace qui à la fois amuse et dégoûte que vient s’engouffrer la conviction que tous ces détachements provoqués commencent à produire leur effet. Je le remarque à quelques détails qui ont leur importance, comment de ce séjour absolument inutile de l’entretien de soi j’arrive à ne plus avoir besoin, voire même comment j’arrive à préférer des confrontations plus difficiles encore puisque désormais hors de tout, ne sachant plus lorsque j’y retourne qui est au service de l’autre. C’est une parfaite équité, le seul équilibre où je n’ai rien à négocier tellement l’empreinte est devenue ce qui constitue chaque pas. La matière nécessaire s’est déplacée. Elle n’était pas suffisante. Il a fallu la nourrir. Quelques phrases qui remplacent presque tout. Si c’est le prix à payer, je veux bien le payer, faire cet effort si proche du sacrifice mais dont les conséquences sont si douces que ni l’effort ni le sacrifice ne pèsent lorsqu’ils sont déposés sur les plateaux de la balance du sublime. Le tout est de se concentrer sur un type d’échéance et jusque-là de concevoir la manière avec laquelle, non dans la rapidité mais dans l’efficacité, va se réactiver l’intégralité des lieux de la pensée y compris celui que j’alimente sans espoir qu’il devienne un jour autre que ce qu’il est : l’expression d’un puissant paradoxe que je ne cesse de lier et délier, faire exister comme une trame apparemment sans fin. C’est beau de se dire que cela tend un fil de cohérence englobant ou tissant l’œuvre au rythme d’une vie quotidienne. Je ne voulais rien d’autre mais il a fallu que cela prenne pour que je réalise que je ne voulais rien d’autre.

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