Thursday, June 4, 2020

Chroniques de l'invisible - 151

C’est pourtant pas compliqué. Je veux, je fais et je ne passe pas par tous les contours de la pensée pour accéder à ce qui a provoqué ce besoin. Alors, c’est vrai, ce n’est pas comme avec tout le monde, différent. Et au bout du compte tout le monde est content. Je comprends mieux que c’est cela la question de l’esthétique. Quitte à subir le labeur de l’indéchiffrable. Je ne vais pas faire semblant que cela n’arrive pas. Comment tout s’accumule créant des distinctions. J’apprécie que ce soit cette manière qui s’impose. Impressionnant. M’autorisant de ne pas faire comme tout en essayant de m’approcher. L’agacement travaillé en premier. Pour apporter tout cela sur un autre chemin. Cependant, il y a un lien entre le temps que je passe dans l’écriture incertaine parfois au bord du rejet, et mon envie d’aller plus loin dans la mise à disposition de cette autre expression qui a selon moi, en elle, les conditions de son effacement tant la tendance est au semblable. Pour soi, du temps, puis expérimenter ce qui peut en quelque sorte court-circuiter. J’aime l’idée. Avec cette attention continue pour la rigueur. Elle, donc, aussi, qui revient fréquemment, qui parle à l’oreille du désir, pour s’offrir cette attitude. Je peux me le permettre maintenant (une question d’âge) — et poser les véritables questions, s’étonner lorsqu’on aimerait juste assimiler tout cela à un modèle, sauf que ce n’est pas cela qui gouverne. C’est vrai. C’est comme une certitude maintenant. Pour passer à autre chose, je dois activer. Je n’ai plus envie de travailler avec la mollesse des lendemains. Je veux des surprises et de l’action. Cesser d’être « en attente de quelque chose ». Combat de l’esprit. J’y suis arrivé. J’avais à passer cette sorte de timidité génétique, ce qui, avec le temps, a tendance à m’agacer, parce que je la vois en action, démultipliée. Je veux bien devenir ce que d’autres ont été mais je veux y mettre ma singularité, quand les mots se propulsent et qu’il faut en choisir un. J’ai beau chercher une explication, je ne la trouve pas. Il n’y aura pas de partage de cela. Je m’en fous. J’ai décidé que je me mettrais en danger là où tout est pourtant supposé être stable. Entrer dans ce genre d’application, pour éveiller ce qui a pu manquer à certaines périodes. Ce n’est pas grand-chose pour l’univers, mais c’est une progression folle me concernant directement. Oui, je le veux ainsi. C’est ce que j’aime. Ce que j’adore. Et je viens de passer ce cap. Au seuil du possible, je n’attends plus.

---

Précédent - Suivant 

Wednesday, June 3, 2020

Chroniques de l'invisible - 150

C’est le défilé. C’est là que cela va devenir un petit peu compliqué. Les jours se suivent. Cela insiste, devient gênant. Pas de pire en pire, mais gênant. Et puis, c’est instable. Tout de suite, ça bascule. J’aimais bien l’idée de se lover, de se laisser embrasser, puis le parc. Qu’on n’ait rien à voir à la base, rien à voir au bord du gouffre. Personne ne saura. Sans doute fallait-il du temps également pour en finir avec cette marotte. En fait, c’était une pollution aussi. Les personnages font leur petit tour de piste. C’était bien vu, l’affaire des transformations. Et si je me souviens bien, c’est comme ça que ça a commencé. C’était nouveau. Inédit. Un « jeu » mystérieux.

---

Précédent - Suivant


Tuesday, June 2, 2020

Chroniques de l'invisible - 149

Je le remarque à nouveau quotidiennement désormais, des formes qui semblent s’armer de puissance, face à leur inconsistance, finissent par s’autodétruire. Pour cela, c’est toujours la même méthode : se saisir d’un sujet à la mode et en faire une affaire personnelle, signe révélateur d’un désir de surpuissance là où nous sommes impuissants. Impuissants d’agir mais aussi de penser. La territorialisation des sujets nécessite de les désynchroniser d’un vouloir hégémoniste totalement hors sol. Temps et espace sont en effet si finement liés que nous n’aurions pas à nous faire les porte-paroles de ce qui nous concerne uniquement dans notre intimité. J’ai cédé jusqu’à il y a peu à cet appel sacrificiel voyant agir sur moi ce glissement vers l’autodestruction. Peut-être est-ce ce que je reconnais aujourd’hui, dans l’écriture, quel que soit le sujet, c’est ce qui compte véritablement, lorsqu’il n’y a pas à vendre un scénario falsifié, plus à mentir sur l’état de l’être, ce qui encadre, je le vois, au centre, non pas le trouble cette fois-ci mais une pleine singularité, pleine au sens aboutie, presque aboutie. Regards sévères de chaque côté. Alors, je continue l’histoire. Je veux savoir comment tout cela va se poursuivre. Il y aura deux grandes interventions, une blessure dans l’intime et une reconquête, même isolement mais sans doute mieux armé. À ce stade, il n’est pas prévisible d’envisager ce que seront les « retombées » tant je me dégage par là-même de ce que l’on pourrait attendre : démontrer ce qui ne sert à rien de démontrer. Le même sujet qui revient sans cesse mais apparemment c’est important d’y revenir : l’émotion rendue dans l’écriture, ressentie, comme une exploration, un microscope pour ausculter ce qu’il y a selon moi de plus vivant à l’œuvre en ce qui concerne l’intime. Il ne s’agit pas beaucoup des corps rencontrés actuellement. L’exercice appelle cette focalisation. Et c’est difficile de voir en direct comment se délite tout un réseau, à cause sans doute, du fait que l’expression rendue publique de certains ne mérite plus un mot de plus. Cependant, c’est intéressant de s’y attarder car il y a des formes d’analogies qui me parlent beaucoup. Ce n’est pas « tous pareils » mais des phénomènes sont une seule et même souche articulant des processus observables comme dans un laboratoire. C’est pathétique. Cela me confirme que je suis bien positionné. Ce n’est pas au-dessus. C’est ailleurs, définitivement ailleurs, et je suis bien dans cet ailleurs.

---

Monday, June 1, 2020

Chroniques de l'invisible - 148

Si quelques décisions importantes sont prises dès le début, je devrais arriver à un résultat qui, au minimum, me plaira. En fait, c’est déjà cela. Dans cette sorte de bavardage informe où il arrive parfois que je me retienne, avec des chaînes, comme une bête féroce, pour ne pas foncer tête baissée dans les pièges soi-disant d’une technologie révolutionnaire qui aura réussi au contraire à faire taire la grande majorité et à ce qu’on oublie — tant mieux — peu à peu que des manières de vivre en sont restées ailleurs qui n’ont que faire du petit regard oblique qu’un passant ou qu’un observant vient de leur adresser. Il suffit d’un jour pour tout oublier. On croit que tout le monde fait pareil. On n’imagine pas à quel point cela peut être différent — pas archaïque — différemment moderne, dans la manière de faire aussi et donc la manière de dire. Il pourrait y avoir cette merveille en nous d’être quotidiennement accompagnés par la manière d’un autre esprit. Si cet esprit est déjà accompagné par la manière de tant d’autres, le rhizome est infini. Il n’arrête sa progression que si l’on pollue la terre, ce qui est impossible en ce moment. Peut-être que ce que cela m’aide à ressentir, c’est que cela peut être résolument complexe. Cela n’a pas beaucoup d’importance, après tout, d’être ou non compris ou immédiatement compris. Tout cela en étant, je m’en fiche, dans une sorte d’ombre. Ce qui vient se placer n’est pas, lui, sans importance. J’aurais pu croire que cela me figerait. C’est comme un premier jour à chaque fois. Et puis, il y a l’ordre, ce qui s’est mis dans un certain ordre, sans calcul, sans stratégie. On ne croit jamais que c’est possible. Un voisin tout langoureux. Premier rendez-vous, il me mange du cadavre sous les yeux. Deuxième rendez-vous, il me demande de m’occuper de lui, de son C.V. Je n’ai pas que cela à faire. Et l’autre qui voulait que je m’occupe de lui aussi. Ils voulaient tous que je m’occupe d’eux. Ne se rendant pas compte que j’étais sur un autre chemin où l’on ne croise que des spectres, l’immatérialité de l’être. Je peux ne faire que cela vingt ans durant. Et ce nouveau premier jour me le rappelle. Il faut bien que quelqu’un s’en occupe. On verra plus tard pour la postérité. Ce ne doit pas être une donnée fondamentale. Sinon on rate tout de ce que la langue vient produire lorsqu’elle a à ce point décidé de ne plus être de ce monde. Écrire pour traverser le long couloir de la mort. Je veux bien y passer du temps, que cela soit ma manière envers et contre tous, à contre-courant. Choisir de ne pas être un jour. Maintenant que j’ai disparu. C’est facile. J’entends d’ici les voix discordantes, mais ce que l’on ne sait pas, c’est qu’il y avait ce désir de se trouver dans les interstices et de s’accompagner d’étranges outils, mystérieux, ne faisant que combiner. J’aurais pu le vivre autrement, un peu comme je l’avais fait, en communauté. Il fallait chaque fois s’accorder avec la préoccupation des autres, s’intéresser, faire comme s’il était possible de partager. C’est impossible. Cela ne concerne que le fond de l’âme où se suspendent des réalités propres, chargées d’amour. Au centre, d’autres préoccupations. Le labeur. Je dois passer par cette abnégation. Par les contours. Les renversements. C’est au présent. Ce qui se passe. La question d’une unité d’abord, puis une sorte d’énigme. Et enfin, ce n’est pas chronologique tout ça, c’est simultané. Enfin, donc, la figure qui domine, la période qu’elle s’offre ou la période que je lui offre. Je ne le provoque pas. Cela vient, tout simplement et cela me laisse dans une très belle rêverie car c’est complexe mais fidèle à ce que je suis.

---