Je ne suis pas allé trop loin cette fois-ci et je n’ai pas rendu la situation gênante. Cependant, j’aimerais faire remarquer à quel point à force de vouloir être singulier d’imaginer la ou les situations que j’aurai réussi à éviter m’épargnant la honte des lendemains. Je les compte par dizaines. Ce n’est pas tant de devoir lutter contre ce qui se présente comme idéalement éphémère. Cette notion pourrait me convenir si je ne craignais pas les lendemains. Je me suis posé la question de la continuité. Voilà comment j’y réponds. Cela me calme instantanément. Le tumulte, c’est de se dire qu’en traversant ainsi les écritures anciennes et en bénéficiant de ce qu’elles véhiculaient jadis là où je n’ai rien à juger, je mets en pratique une élaboration à propos de laquelle je n’aurai sans doute rien à rajouter. Ce sont des mois entiers durant lesquels, à quelques mots près, je n’aurai pas cédé. Il était plus important pour moi de fixer quoi qu’il en coûte comment tout cela s’élabore sans jamais rien en dire. Je m’étais dit que cela ne suffirait pas. Cela suffit. Il suffit de s’y tenir. Le travail est rendu complexe uniquement parce qu’il est diversifié et qu’au sein de tout cela je trouve plusieurs temporalités, une polyphonie du temps. Le direct, pas si simple à soutenir, parce qu’il faut y être vraiment, physiquement. Ce direct a plusieurs formes en cours dont certaines m’échappent globalement. La seule sur laquelle j’ai prise est là où je construis, car je n’ai aucun doute qu’il faudra en faire une autre version, les clowns de la pensée n’étant pas du bon côté. J’aurai été le « je » d’une transformation sociale, en quête d’un idéal chaque fois reformulé. Je n’avais pas prévu que cela finirait. C’est trop tôt. Pour une première fois depuis longtemps, je voue une grande partie de l’intrigue aux archives. Cela n’intéressera personne. Ce qui compte, c’est de préparer ce qui viendra réellement, ce qui s’établira, sans code, sans marque de fabrique. J’ai envie tout de même de me replacer en amont, je veux revoir tout ce qui a été traversé. Je ne sais pas encore si j’aurai le courage — si c’est une question de courage ou d’esthétique — de me lier à nouveau au calendrier. Les aspects positifs, les aspects négatifs. Je dois les évaluer avec beaucoup de sérénité. Je ne suis pas sûr d’avoir une réponse aussi rapidement que ce que j’aurais souhaité. Je me vois tout de même réécrire, passer au second niveau de l’histoire. Je me vois, en effet, m’obliger à ce que cela tienne. Je me vois dans un autre paysage, n’ayant plus qu’à décrire ce que j’ai devant moi, cette intimité pour laquelle j’avais besoin d’un lieu et qui, de fait, sera décuplée. Toutes ces étapes de relâchement ne seront pas utiles. Je peux le prédire. Rien à faire d’autre. Je partais pour me ressourcer. Je partais pour oublier. Rien à oublier cette fois. Ce sera si différent, dès le premier jour, avec tant d’apports en si peu de temps. À cheval entre deux réalités. Tout cela se prépare maintenant. Personne ne saura ce qu’il en est des dates. Je ne veux rien brusquer. Ce n’est qu’une projection. C’est fait. Je suis capable de dédoubler. Cette opération n’était pas envisageable avant.
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