Tuesday, June 30, 2020

Chroniques de l'invisible - 177

Je ne suis pas allé trop loin cette fois-ci et je n’ai pas rendu la situation gênante. Cependant, j’aimerais faire remarquer à quel point à force de vouloir être singulier d’imaginer la ou les situations que j’aurai réussi à éviter m’épargnant la honte des lendemains. Je les compte par dizaines. Ce n’est pas tant de devoir lutter contre ce qui se présente comme idéalement éphémère. Cette notion pourrait me convenir si je ne craignais pas les lendemains. Je me suis posé la question de la continuité. Voilà comment j’y réponds. Cela me calme instantanément. Le tumulte, c’est de se dire qu’en traversant ainsi les écritures anciennes et en bénéficiant de ce qu’elles véhiculaient jadis là où je n’ai rien à juger, je mets en pratique une élaboration à propos de laquelle je n’aurai sans doute rien à rajouter. Ce sont des mois entiers durant lesquels, à quelques mots près, je n’aurai pas cédé. Il était plus important pour moi de fixer quoi qu’il en coûte comment tout cela s’élabore sans jamais rien en dire. Je m’étais dit que cela ne suffirait pas. Cela suffit. Il suffit de s’y tenir. Le travail est rendu complexe uniquement parce qu’il est diversifié et qu’au sein de tout cela je trouve plusieurs temporalités, une polyphonie du temps. Le direct, pas si simple à soutenir, parce qu’il faut y être vraiment, physiquement. Ce direct a plusieurs formes en cours dont certaines m’échappent globalement. La seule sur laquelle j’ai prise est là où je construis, car je n’ai aucun doute qu’il faudra en faire une autre version, les clowns de la pensée n’étant pas du bon côté. J’aurai été le « je » d’une transformation sociale, en quête d’un idéal chaque fois reformulé. Je n’avais pas prévu que cela finirait. C’est trop tôt. Pour une première fois depuis longtemps, je voue une grande partie de l’intrigue aux archives. Cela n’intéressera personne. Ce qui compte, c’est de préparer ce qui viendra réellement, ce qui s’établira, sans code, sans marque de fabrique. J’ai envie tout de même de me replacer en amont, je veux revoir tout ce qui a été traversé. Je ne sais pas encore si j’aurai le courage — si c’est une question de courage ou d’esthétique — de me lier à nouveau au calendrier. Les aspects positifs, les aspects négatifs. Je dois les évaluer avec beaucoup de sérénité. Je ne suis pas sûr d’avoir une réponse aussi rapidement que ce que j’aurais souhaité. Je me vois tout de même réécrire, passer au second niveau de l’histoire. Je me vois, en effet, m’obliger à ce que cela tienne. Je me vois dans un autre paysage, n’ayant plus qu’à décrire ce que j’ai devant moi, cette intimité pour laquelle j’avais besoin d’un lieu et qui, de fait, sera décuplée. Toutes ces étapes de relâchement ne seront pas utiles. Je peux le prédire. Rien à faire d’autre. Je partais pour me ressourcer. Je partais pour oublier. Rien à oublier cette fois. Ce sera si différent, dès le premier jour, avec tant d’apports en si peu de temps. À cheval entre deux réalités. Tout cela se prépare maintenant. Personne ne saura ce qu’il en est des dates. Je ne veux rien brusquer. Ce n’est qu’une projection. C’est fait. Je suis capable de dédoubler. Cette opération n’était pas envisageable avant.

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Monday, June 29, 2020

Chroniques de l'invisible - 176

Pour cela, je revois la forêt, chaque pensée disposée comme plantée, apprenant ainsi à faire le tour du propriétaire et donc du prioritaire. Dans ce palais de l’imaginaire où les idées se mêlent sans s’entrechoquer. Tout cela est si différent aujourd’hui. J’ai inversé ce qui se doit, de même qu’il n’y a qu’une zone d’accueil. J’aimerais concevoir l’emploi de ce temps. Il y a beaucoup, beaucoup dans cette économie, dans cette autonomie, avec ce que deviennent les premiers combats, toute une génération est passée par là, si je reprends la notion de territoire, si je l’inscris, si j’arrivais à ne rien ressentir en dehors de cela, quelques lignes seulement, quelques lignes seulement, facile à dire, c’est drôle cette manie de toujours vouloir qu’il y ait des aspects négatifs. Ce sont des impacts, en se dévoilant, dévoiler tout ce que cela contient, y compris de pousser hors de soi avant de prendre la mesure de ce qui se produit. Parce que si cela peut s’accomplir par cette voie, alors je prends. Je veux dire : si l’écriture et le temps qu’elle mobilise jusqu’à ces heures d’égarement, plutôt qu’en faire des tartines et d’inventer des histoires. Si cela suffit. Il tourne autour du pot. Crache le morceau, Polo ! C’est qu’il y a encore quelque chose qui n’est pas clair. Il s’agit d’une scène. Je la vois, elle revient avec seulement quelques détails. La même scène, je dirais, le même endroit, les mêmes personnes. Ce qui n’est pas clair, c’est si j’y suis vraiment ou si je veux y être. Si je ne suis pas, plutôt, le regard de la consternation. Puis une autre scène, une série de scènes, je revois bien l’inaugurale et quelques-unes après. De pire en pire, je dirais. Cela s’arrête quand je franchis l’intolérable. Pour des années de silence. On le paie cher à cet âge-là. À chaque fois. Voilà. Systématique. Je ne connais pas de métaphore pour cela. Il fallait ensuite continuer de mûrir le projet même s’il y a toujours dans cette société ce qui ramène l’ancien, parce qu’il y a quelque chose que je ne veux pas faire, construire ou imaginer, remplir les trous de la mémoire à cet endroit-là, je veux laisser comme c’est, désagréablement imprécis. C’est aussi le refus que je pressentais. Si ce n’est pas possible, ce ne sera pas très grave. Je refuse de croire que nous ne sommes déterminés que par cela. Je sais que cela envahit beaucoup. Une autre scène. Celle-ci aussi se répète. Débordements dans un lieu d’enfermement. C’est l’aventure qui m’intéresse. L’aventure à partir de cela qui je suis sûr n’arrive pas à cause de mais pour. Mon art est peut-être de mettre en suspens. Commencer et cumuler ces débuts qui n’en finissent pas. Si je résume. Impossible. C’est un bombardement. Alors, c’est peut-être cela qu’il faut reprendre, là où j’en étais. Ce que je ne raconte qu’ici. Avec cette tentation de refermer l’histoire. Ce qui se prépare en pointillé. Je ne dois pas oublier le plaisir que j’y éprouve. Ignorer. Cela ne s’oublie pas, un plaisir. Cela s’ignore. Très certainement que j’avais envie aussi de renouer avec toutes ces fois où cela a réussi. Je l’ai remarqué il y a pas très longtemps. C’était le même genre d’ambiance. Comme pour m’aider à revenir au présent, à revenir sur le sol. Ce qui compte à ce stade n’est pas tant la nouveauté mais plutôt le fait qu’un élément, nouveau en effet, vient multiplier les trajectoires. Il y aura un goût particulier, et puis, si c’est encore chaque jour, si je tiens, ce n’est pas une question d’envie. Parfois la fatigue est forte ou s’il y a quelque chose de prévu, je dois m’organiser, prévoir avant, après, tôt le matin, tard dans la nuit. Ce qui me plaît, c’est que tout à l’heure je n’arrivais pas à me réjouir. J’aurais sauté de joie il y a quelques mois, me serais précipité, aurais tout tenté pour en savoir plus sur tous ces signes, tous ces mots. Là, tout s’est installé calmement. J’ai même conçu une méthode sans même la prévoir, pour laisser faire la rencontre. Merveilleuse rencontre de l’immédiat qui me jette dehors, la ville, j’avais faim, je me perdais, des kilomètres de fatigue à dérouler. C’est ainsi qu’il faudra repartir, avec ce guide devenu un ami, un compagnon, de la même manière que j’avais la musique, les paysages de foule, de corps dans leur propre vie, ces énergies qui dynamisent pour la dernière lancée. La tentation à nouveau si forte de faire durer, que cela n’en puisse plus d’exister. Il peut y avoir un lien. Ce n'est pas systématique. Là, bien sûr, c’est flagrant. Part de l’imaginaire fauché en plein vol. Tiens ! C’est peut-être à la même période que la scène, la « même scène », sauf que si j’avais su que l’on pouvait juste changer de ministère, je l’aurais fait plus tôt, je n’aurais pas attendu quarante ans. Alors je me demande si cela peut s’instruire, ou si cela peut faire partie d’une forme d’enseignement. En tout cas, cela se pose, et sans surprise, cela se pose maintenant.

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Sunday, June 28, 2020

Chroniques de l'invisible - 175

Puisqu’il ne restera rien de tout cela et qu’il faudra formuler des hypothèses, manipuler des allusions, je réalise que je me préoccupe trop des détails, et surtout : drôle de caractère que de se croire ainsi pour le choix d’une personne intervenant selon son bon vouloir, magie des télescopages, nous aurions nos créneaux. Je le provoque, c’est certain, mes lectures, mes paroles, mes conversations, ce que j’ai le plus aimé, dans l’escalier, m’attendant, une telle maturité dans les mains, le regard, les plongées invraisemblables dans le trouble, le don de soi au plus offrant, ce n’est pas ainsi que cela se passe ici, il y a des âges au-delà des êtres, le comprendre dans mes réponses, être celui qui signifie, je n’avais pas besoin d’ambiguïté.

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Saturday, June 27, 2020

Chroniques de l'invisible - 174

Le pas de plus ou le pas de côté, l’étroite zone d’accueil où il se dit que peut-être il y aura une nouvelle forme de légitimité. Je ne vais pas faire tout cela simplement, là où, en plus, je sais qu’il me faudra à nouveau refuser certains codes. Cependant, un point technique m’intéresse vraiment. Cela concerne celui qu’on a maintenu dans l’ignorance, à l’écart, ou ce qu’on croyait car il voyait et donc savait. Le plus difficile à tenir est mon goût pour l’exigence. Dans ce cas, parfaitement, parce que tout est lié. Les échéances se repositionnent. Je ne croyais pas à cela avant, que même terminé supposé définitif un texte continuait à vivre, se déplacer, provoquer. Je croyais que c’était du retard toujours, qu’il fallait courir après l’aspect productif. Une phrase lue pour dix mille d’écrites. Et tout à coup, le contraire. Se sentir à l’origine de cela est tout à fait vertigineux. Pour autant, la ville n’a pas tant changé. Ce qui se voit plus clairement, c’est l’incompréhension. Dialogues de sourds ou carrément deux langues devenues étrangères. Je cherche l’appui du corps. Je vois quelques-uns comme fondre. Ce n’est pas absolument immatériel. Je me demande si on s’en rend compte. Si cela fait partie du processus global. Si le soir il y a le même désarroi pour tous, ces mêmes questions devant les vitres noires, attendant le silence, l’apaisement, ou si certains se disent vraiment youpi c’était super bravo chéri je suis fier de toi. Après le mensonge. Quand on a délibérément baladé tout le monde. Je résiste, je résiste. Je ne veux pas en faire un sujet littéraire, mais ça cogne aux portes, ça hurle dans la cour, les télés allumées, nous en parlions sur le chemin, nous ne nous demandions pas comment faire mais nous ne parlions que de cela, ah non, pas ça, pas encore le pire ! C’est qu’en essayant d’en rire, j’ai senti une puissante émotion, réelle, les larmes en flot dans le corps, retenues. C’était une agression. Il le savait. Il avait tout préparé. Je voyais les expressions de sa mère sur son visage. L’action au cœur de l’œuvre. Toujours la même. Il ne nous emmène jamais ailleurs. Inscrire dans le corps. Seul objectif. On s’en fout de la méthode tant qu’on y arrive, que ça marche, que ça perdure. Ce sera peut-être moins efficace que si je l’avais fait. C’est une variation. Il faut une telle énergie pour s’élever. Après. C’est après. La gestion de l’après. La même émotion encore. Je dois accepter qu’elle sera là quel que soit le sujet. On ne désinscrit pas. C’est le mot « crise » que je veux réhabiliter parce qu’on nous le vole à chaque coin de rue. On ne veut pas en parler alors on le sort de son contexte, on le colle partout alors que c’est un moment effroyable, qu’on trouverait inadmissible si on la traversait, cette crise. C’est pour cela que je reste, que je continue, que j’emplis mon corps textuel de la parole des autres, nous sommes dans le domaine de l’incompréhension mutuelle, à deux pas de moi, c’est impossible et pourtant cela fait des mois voire des années que je l’observe.

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Friday, June 26, 2020

Chroniques de l'invisible - 173

L’acte essentiel consiste à donner corps au seul mode de fonctionnement que je suppose correspondre à mon idéal. L’opposition, clairement interne, je le confirme, s’est radicalisée. D’une certaine manière, elle me semble mieux encadrée. Les traces du vivant agissent exceptionnellement, et grâce à cette attitude je suis resté dans cette catégorie où l’intensité a ce mérite de mieux établir l’échelle des valeurs. Chaque jour comme chaque fois, c’est le même effort, la même extraction, je ressens ce qu’il a fallu traverser, violences réitérées, cela tient le temps d’être poli, aimable, puis, c’est le bombardement. Je ne te vois plus. Je ne t’entends plus. Pourtant, il y a quelque mieux, dans la circulation surtout. C’est un peu moins délimité. Ce qui est très sous-évalué. En fait, c’est le bordel. Gauche droite dans tous les sens. Comme les mots. Je ne peux pas les inverser, mais ils vont dans tous les sens. À ce stade. Toujours. Des mois et des mois. Des années. Le gouffre de ce qui va arriver, dont je serai acteur. C’est tellement important. Là. D’interférer. De bloquer. De désorienter.

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Thursday, June 25, 2020

Chroniques de l'invisible - 172

Enfin du dire là où nous n’en pouvions plus de nous taire. Ce qui est très beau, c’est de voir qu’après tant d’attente les actions se regroupent. L’enjeu était de se tenir à une claire détermination. De ce point de vue, c’est réussi. L’évaluation se fait à mi-parcours. En quelque sorte, cela va deux fois plus vite. Et ce à quoi je m’attendais arrive. La colère monte pour tout ce gâchis. Je m’occupe de l’essentiel, de ce qui doit être sauvé mais la minorité dans laquelle j’étais est encore plus clairsemée qu’avant. Terre désolée où il devient rare de croiser du vivant. Ce n’est même pas qu’il faudra reconstruire. Il faudra faire avec ceux qui restent, ceux qui occupent. Je n’ai aucun doute de l’intensité de l’instant. C’est aussi préparer ce dont on ne veut pas parler. Je mesure. Je calcule. Je déteste que l’on m’oblige à cela, mais je le fais car il y a un rôle à définir et à tenir ensuite. Ce ne sera pas plus difficile en soi. Il y aura des pour et des contre. C’est certain.

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Wednesday, June 24, 2020

Chroniques de l'invisible - 171

Je dois me rassembler. Je ne mets rien en danger mais je suis tout de même venu jouer avec le temps. C’est un terrain connu. Presque du temps à passer. Recouvrir le passé. En pleine maîtrise pourtant, alors que le corps textuel reconvoque les violences. Je saurai très certainement mieux dire aujourd’hui. La coïncidence me place de nouveau dans l’entre-deux. J’ai eu ces drôles de comportement. C’était à cause du non-dit. Et maintenant, libre. Libre, je l’étais, mais pas avec tous. Pas avec cet attachement pour lequel il y avait toujours un petit bout d’autre chose. Je vois bien que je recommence à faire des listes pour me justifier. Je viens de le relire. Je l’ai écrit. Je sais comment tout cela a pu avoir lieu. Je suis prêt à dérouler toute l’histoire pour expliquer les zones d’ombre. Cela dit je préfère l’image réelle. Je n’ai pas à lutter contre ce qui invisibilise. Il faudrait râler en permanence. Ça aussi, je l’ai écrit. Je n’en ferai pas une partie. L’image, donc, que je n’avais jamais ressentie comme un choix devant nos manières d’être. Je pourrais me présenter comme étant l’être souffrant, l’être qui n’a que des emmerdes. Me donner ainsi de l’importance. Juste une existence. Ce pourrait être une existence en soi, tout simplement. Les années se bousculent. Je ne suis pas pour ces retours, alors, j’intensifie le présent. Dans ce nouveau temps où on n’a rien manqué. Ce sera le sujet. Me préparer à ce que ce soit le sujet.

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Tuesday, June 23, 2020

Chroniques de l'invisible - 170

Ce n’est pas très grave si à ce stade il ne se passe plus grand-chose. Cela ne signifie pas qu’il ne s’écrit rien. Et puis, si je veux aboutir et ne pas rester terrer, il faut bien que j’accepte qu’il faudra modifier le cours de tout. C’est presque comme une négociation. Le contrat à la base, c’était le projet fou, invraisemblable, disproportionné. Je suis sûr que ça n’a pas pris trop de place. C’était plus important à cette période, nécessaire pour continuer. C’était peut-être trop du type « au suivant ». Alors bien-sûr, de tout ce que j’ai en préparation se pose la question du stade auquel ce qui a été si présent restera. Les modifications sont sensibles. Je retire une partie conséquente de l’échafaudage. Et puis, je ne sais pas encore si tout cela est lié. Je le saurai plus tardivement que ce que je pensais.

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Monday, June 22, 2020

Chroniques de l'invisible - 169

Retraverser tout cela en un jour, c’est aussi remettre à jour ce qui a suivi, ce qui a changé depuis. Je n’ai aucun doute que c’était un traumatisme d’avoir décidé de trancher et de refuser qu’apparaisse l’errance. J’ai cru vider dans un premier temps, mais quoi qu’il soit arrivé, sans comparer quoi que ce soit, je préfère, en tout cas j’aime comme cela s’est construit, avec cette belle impression d’avoir une manière à la fois singulière et identifiable.

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Sunday, June 21, 2020

Chroniques de l'invisible - 168

Je m’étais dit : n’agis pas dans la hâte, ne fais pas compulsivement, mais il y avait cela en attente, depuis suffisamment d’heures pour que la question de tout régler en une fois et qu’il n’y ait plus qu’à profiter longtemps sans avoir à gérer l’angoisse de quiconque s’impose dans l’ordre des tâches de l’esprits à la première place sous un mode « d’abord ça » ou ce « avant tout », au fond, que je sais désormais depuis la marque sensible devenu à l’origine de nombreuses actions. En soi, le trait de caractère n’a pas exactement changé. Il est là, moins puissant, ne terrorisant plus, ne tétanisant plus. On ne se refait pas mais de cela que nous sommes devenus malgré nous nous pouvons tirer de nombreux avantages finalement alors que nous avions pensé qu’il n’y avait que freins et incapacité d’agir. « Je suis timide » conviendra à toutes les sauces. « Je n’ose pas » aux condiments. Le tout dans le paquet cadeau des tremblements et des bégaiements. Les couilles du père. Un doigt dans le cul. Ce n'est pas gratuitement vulgaire ou provocateur. C’est la marque du temps. À partir de là je me souviendrai de tout. Et puis, il y a ce rire inextinguible. Nécessaire. Ce n’est pas se moquer. Le rire, devant l’inconcevable, aide à passer ailleurs que dans son propre corps les formes de nausées que pourraient provoquer le récit de quelques horreurs. Alors, c’est dans cet espace qui à la fois amuse et dégoûte que vient s’engouffrer la conviction que tous ces détachements provoqués commencent à produire leur effet. Je le remarque à quelques détails qui ont leur importance, comment de ce séjour absolument inutile de l’entretien de soi j’arrive à ne plus avoir besoin, voire même comment j’arrive à préférer des confrontations plus difficiles encore puisque désormais hors de tout, ne sachant plus lorsque j’y retourne qui est au service de l’autre. C’est une parfaite équité, le seul équilibre où je n’ai rien à négocier tellement l’empreinte est devenue ce qui constitue chaque pas. La matière nécessaire s’est déplacée. Elle n’était pas suffisante. Il a fallu la nourrir. Quelques phrases qui remplacent presque tout. Si c’est le prix à payer, je veux bien le payer, faire cet effort si proche du sacrifice mais dont les conséquences sont si douces que ni l’effort ni le sacrifice ne pèsent lorsqu’ils sont déposés sur les plateaux de la balance du sublime. Le tout est de se concentrer sur un type d’échéance et jusque-là de concevoir la manière avec laquelle, non dans la rapidité mais dans l’efficacité, va se réactiver l’intégralité des lieux de la pensée y compris celui que j’alimente sans espoir qu’il devienne un jour autre que ce qu’il est : l’expression d’un puissant paradoxe que je ne cesse de lier et délier, faire exister comme une trame apparemment sans fin. C’est beau de se dire que cela tend un fil de cohérence englobant ou tissant l’œuvre au rythme d’une vie quotidienne. Je ne voulais rien d’autre mais il a fallu que cela prenne pour que je réalise que je ne voulais rien d’autre.

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Saturday, June 20, 2020

Chroniques de l'invisible - 167

Ce serait un peu s’inscrire et même là ne pas envisager qu’il y aurait un rituel ou simplement une habitude, la fidélité ne s’établissant pas par rapport au support mais à une nécessité devenue si intense qu’il n’est pas et ne sera pas une nouvelle transposition ou l’application d’un même ailleurs. Dans ce cas, l’ancienneté expliquerait un autre attachement, comme une reconnaissance. Je suis curieux de découvrir comment tout cela sera conduit et surtout ce qui fera en quelque sorte date concernant ces dispositions, lorsque, en effet, l’importance s’est véritablement déplacée de se reconnaître là où il n’y a pas ce regard que l’on pourrait croire public. Ce qui m’amuse à ce stade, c’est à quel point, pour ne plus le nommer, il est essentiel de vider ce qui semble pour n’être que dans ce qui est, ce qui est n'étant accessible que dans l’esprit. Je me dis qu’il y aura peut-être longtemps encore ces sortes d’attributs de la pensée qui s’accordent avec une grande simplicité, co-existant avec d’autres qui témoignent au contraire d’une complexité apparente, voile de l’indéchiffrable ou de l’inaccessible, ce qui ne signifie pas que ce n’est pas présent. Habiter ce monde-là, c’est lui donner sa teneur dans laquelle je trouve également de la rigueur. Celui-ci s’articule à des instants durant lesquels il n’y a plus de confrontation car les espaces sont séparés, l’un n’agissant sur l’autre en dehors de l’instant que si je lui confère un rôle. Sinon, il n’a plus d’autre influence que s’il m’aide à poursuivre. En quelque sorte, il ne vient plus rien dire de ce que je ne suis pas.

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Friday, June 19, 2020

Chroniques de l'invisible - 166

Je laisse quelque peu en suspens, dans une polyphonie très singulière, un climat je dirais transitoire et l’opportunité d’à nouveau tenter non de deviner mais de vérifier des formes de sensibilité, comme une application après que l’expérience a mené à savoir plus, continuer mieux et ne pas faire semblant qu’avec ce domaine de réalisation j’arrive à réellement ne plus faire correspondre le déroulé des phrases et ce que mon esprit pouvant être malmené par l’actualité anticipe parfois maladroitement et finalement impose de considérer des phénomènes à l’œuvre qui n’ont pas lieu d’être dans l’œuvre (en tout cas celle-ci). Rien n’existe en dehors d’une forme se renouvelant et l’être se métamorphosant, une fois qu’il l’est, ne peut revenir en arrière ou se refaire à l’identique, il est autre immédiatement, que l’élément ait été positif ou négatif. Sans aucun doute, ce qui constitue ce temps à la fois d’assimilation sensible et de compréhension presque théorique réclame une attention très particulière qui ressemble à une identification à travers laquelle la mémoire et ma méthode apportent un degré d’expertise qui n’a qu’une fonction : mieux assimiler et en apprendre davantage. C’est la même fonction, en effet, et si je dois un jour théoriser (c’est-à-dire conclure une partie) ou justifier (si je suis amené à rendre publique ma pratique d’écriture), je ferai en sorte que les deux composants ne soient pas dissociés. À partir de là, trois voies se dégagent comme trois tentations. Le choix se présente. Sur les trois, deux me semblent familières. La troisième me tente par la nouveauté, la singularité. Je mets du temps pour découvrir les détails, me rendre compte même que c’est une évolution.

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Thursday, June 18, 2020

Chroniques de l'invisible - 165

J’avais juste besoin d’un premier test. Au bord de ne pas réussir. Presque l’échec. Aussi parce que cela ne m’avait pas tant plu de tricher, à deux reprises. Je dis tricher aujourd’hui car j’aime être sévère avec la réalité, ou me rappeler qu’on a beau tout vouloir expliquer, les fameuses circonstances atténuantes, le résultat c’est ça. Je trichais. Allez, j’adaptais. Puis au moment de relater encore, à deux reprises, il a fallu inventer des bouts incohérents, que ça tienne à peu près, et puis surtout avec ces dates qui tournent, impossible en si peu de temps, donc, j’ai dû commencer plus tôt, mais alors, quoi, si jeune, impossible, puis finir par : je ne sais plus. J’ai oublié les détails d’une extrême importance et je raconte pourtant des faits avec une extrême précision. C’est vrai que c’est envahissant. C’est vrai aussi que c’est une question de sensibilité. Si « je » instable commence à entrer et à sauter de tête en tête, oui, focalisation du discours sur le sujet en cours. Autant être dans la tête du criminel pour le résoudre. Comme on regrette après. Comme on y pense tous les jours. Enfin, si souvent et depuis si longtemps que c’est comme tous les jours. Sujet de la transformation si difficile à prendre en compte lorsqu’il n’y a pas de parole. C’était un jeu. J’en ai la preuve maintenant. Les pensées suffisent, sont la parole qui a manqué. Je me décolle. Cela prend un temps considérable. Des indices interviennent, s’interposent. Je leur donne une place et ne les relègue pas. J’aurais très bien pu en rester là, ne pas savoir. Puis d’autres indices, un mot seulement, me mettant à l’épreuve d’une tentation pour laquelle je suis prêt, ce domaine réservé qui m’ouvre la possibilité d’être admirablement en fonction pour non pas me sentir supérieur mais riche de pouvoir voir d’ailleurs et me confirmer autant la pleine guérison que ce qui va devenir un véritable rayonnement.

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Wednesday, June 17, 2020

Chroniques de l'invisible - 164

Mais je ne suis pas né dans le ciel. Il faudra revenir, juste un peu, ne jamais s’arrêter sur un « je ne comprends pas », ce n’est pas loin. J’inverse. J’intervertis. Ce n’est pas un changement d’avis ou de crèmerie. Ni un caprice de l’esprit. Plutôt comme on changerait de bureau dans une grande entreprise. Et de poste. Oublier tout ce dont je m’occupais avant pour me consacrer à la tâche. Tout cela a un lien avec ce soi-disant mode de communication. Privé de sens — et de réalité. OK. Je suis peut-être un peu sévère. On saurait, on saura. En fait, on veut attendre. Attendre que cela vienne d’un haut qui n’est qu’imaginé, parce que même s’il est imaginé, même parce qu’il est imaginé, ce haut existe. On parle bien de sommet, là où on se dit que tout va très vite alors que c’est le contraire, ce temps-là est très lent, y compris pour l’opinion, pour se faire une opinion, beaucoup à lire mais surtout beaucoup à écouter avant de recevoir un digest soit tout simplement indigeste ou fortement orienté. Dans notre bas tout aussi imaginé, il faut aller vite, savoir vite, conclure vite.

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Tuesday, June 16, 2020

Chroniques de l'invisible - 163

Une partie de ce que je suis me donne du courage. Ce n’était pas gagné, et je vois bien que l’écriture refuse de plonger dans l’annonce de zones dépressives. Elle argumente en permanence. Presque comme si je lui étais dévoué, mais lorsque je peux à nouveau circonvenir avec elle, je la sens reconnaissante. Elle m’alimente. Je l’alimente en retour, projetant dans le devenir, connectant tout ce qui en moi existe ou disparaît, car c’est l’étrange sensation que je dois interroger. Ça disparaît. C’était là et ce n’est plus là. Ce n’est pas une question d’envie qui tomberait avec un jour suivant, quelque chose qui fait que tout accélère. C’est là, tout se construit intégralement et lorsque c’est fini, je n’en ai plus besoin. Cela ne se reproduira pas. C’est impressionnant de constater que tout cela est réel, en train de s’adresser à moi directement mais pas exclusivement. C’est ce qui connecte. Drôle d’histoire tout de même. On n’y comprendra rien. Je ne me suis pas trompé et pourtant j’admets presque instantanément que j’inverse autant mon regard vers la source qu’une forme de croyance. J’aimerais qu’il en soit autrement.

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Monday, June 15, 2020

Chroniques de l'invisible - 162

Évidemment la différence immédiate, c’était le calme. La paix, en quelque sorte, non pas permanente parce qu’il y a aussi des conflits intérieurs mais en dehors de cela pour ce qui concerne l’en dehors c’était enfin le calme retrouvé. Vrai que ce premier jour avait un parfum surréaliste. Au loin quelques bruits de la ville. Je n’avais encore jamais réalisé à quel point on habite quelque part, et il avait suffi d’un éveil, un nouvel éveil, pour que j’y sois en une fois directement appelé. Ainsi, c’était cela aussi, l’hors-âge. Dans tous ses paradoxes et contradictions, plus âgé tout à coup, plus mûr, plus concerné, et pourtant retournant à l’enfance, au début d’une éducation qui n’avait pas comme je le croyais raté mais qui n’avait pas encore eu lieu. Je ne suis pas suffisamment compétent en extra-lucidités pour savoir si c’était moi qui le refusais ou si on me l’avait empêché. Je n’imagine pas qu’il y ait du mal en soi et des complots à nos échelles de vies humaines banales. Des hasards et des circonstances, évidemment. Des conditions de départ, tellement variées. Puis il y a cette conscience, discrète, non formulée mais tellement puissante. Peut-être même une chance que cela puisse un jour s’exprimer. Quand il est tellement clair que l’enjeu n’est pas dans le milieu d’origine et qu’il faut tout préparer pour que d’autres enjeux se révèlent et qu’en toile de fond le mot réel, l’action principale, n’est qu’une condition de base pour aboutir.

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Sunday, June 14, 2020

Chroniques de l'invisible - 161

L’harmonie rare, rare à ce point, comme je suis, au présent. Je comprends mieux l’élément mystérieux, comme je ressens mieux le goût des larmes. Tenter de se souvenir de ce qui s’est passé n’est pas la voie actuellement. L’inventer, plus facile. Ce qui semble délicat, c’est d’y faire intervenir des personnages. Ce n’est pas de la peur. C’est bien d’en parler. Ça fait du bien. Et c’est vrai. Il n’y a pas besoin de personnages. Ou pas les mêmes. Ou un seul. Au minimum un « je » qui se balade. Que c’est drôle. De les voir tous tourner dans le même sens. J’ai l’impression de venir assister au rituel d’un troupeau, comme les oiseaux, chevaux ; mais là, c’est d’autant plus impressionnant que la horde de « je », elle, est domestiquée, l’a été, s’est laissée, s’est même peut-être auto-domestiquée. Peur de la bête sauvage. Qu’est-ce qu’il fait sur le banc ? Y’a personne sur les bancs à cette heure-là et lui il est sur le banc. Limite il nous gêne pour passer. Et puis, qu’est-ce qu’il regarde ? Tête vers la gauche. Vers nous. Il nous voit venir. Ou bien il regarde les arbres ? Il a pas d’arbre chez lui ? C’est dingue comme tout à coup c’est vivant d’imaginer les gens et de mentir ou de travestir le propos. Je suis parti accompagné. Ce n’était pas la sortie du siècle mais c’était cool de prévoir ça ensemble. Surtout que — il ne s’y fait pas — tout le monde l’assimile à mon fils. On ne demande pas. Ça se voit. Un homme + un enfant = père et fils. C’est trop compliqué d’envisager l’exception, l’une d’elle au moins. Personnellement je n’y vois aucun inconvénient. Lui, il est presque vexé. Ou ça l’énerve simplement. Qu’on en parle par exemple. Il me dit c’est bon personne ne peut croire une chose pareille. Je réponds ce n’est pas comme ça que ça marche. D’abord on ne conçoit pas que cela puisse être différent. C’est assez rare qu’on me demande d’ailleurs. Bon, sinon, y’en a beaucoup qui n’en ont rien à faire et c’est tant mieux. Y’a la famille aussi. Sûr qu’on s’y attendait pas. J’étais même la dernière personne à qui ça pouvait arriver. L’idée me plaisait. Pourquoi pas, en fait. Faudra un peu changer d’organisation. Un peu pour tout surtout et pour quelques années. Enfin, maintenant, j’espère. Que ça tiendra. Au début je m’étais dit qu’il faudra que ce soit exactement l’histoire qui était arrivée avec des détails sordides, des « précisions ». Arriver là pour s’en rendre compte. C’est tout moi. Obliger mes lecteurs à se taper des dizaines de pages avant de voir qu’en fait, si, si, ne quittez pas, il y a bien une histoire. Ce n’est pas moi qui l’ai décidé d’ailleurs. C’est lui. Je m’en doutais qu’un jour il me rappellerait. C’est parti d’en haut, avec une concordance comme on les aime. La première : « Vous êtes formidable », quand est-ce qu’on travaille ensemble ? La deuxième : « un enfant vous réclame ». J’ai dit oui sans hésiter. Et puis, ça devait être provisoire. Une affaire de quelques mois seulement. Ça ne s’est jamais arrêté. Le premier jour n’était pas si différent des autres. Je m’étais préparé évidemment. Faire comme si c’était possible. Comme si c’était prévu. Je me suis présenté à l’accueil. Il arrive. Il était là, avec deux trois sacs. C’était tout naturel. Je l’accueillais. Voilà, c’est là que tu dormiras. Moi, je dors là. Comme d’habitude. Tout s’inscrivait dans le marbre avec beaucoup de simplicité. Une joie simple.

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Saturday, June 13, 2020

Chroniques de l'invisible - 160

C’est peut-être par saison que cela se passe. La saison des évidences, ou une période, pendant un quart de tour ésotérique, le voile devient plus translucide, on dit les mots, les bons mots. Comme depuis longtemps, je n’ai pas besoin d’un « retour sur investissement ». J’aime me souvenir tout de même de ce qui est de mon fait. J’aime bien aussi parce que je me rends bien compte que cela me fait du bien. Je m’en fiche. De ne pas recevoir le petit mot qui ferait plaisir : « sans toi, je n’y serais jamais arrivé », « sans toi, il ne se serait rien passé ». C’est vrai. Je m’en fiche. Mais j’aime m’en souvenir pour moi, pour recréer ces émotions si fortes lorsque la peine chargée d’angoisses et de confusions est venue s’implanter dans le corps textuel. Ce n'est jamais vraiment une intrusion, une agression. Déjà, je m’y rends disponible. Puis, cela ne concerne bien souvent que les plus proches. Quelques-uns. Qui sont tous à la base très bienveillants même si l’on ne se doute pas toujours qu’une manière de signaler, d’occuper sans frein le territoire pour que le sujet tourne et tourne peut paraître intrusif et disproportionné. Mais je m’y plie et j’écoute comment cela évolue en soi. Je m’y tiens jusqu’à ce que le sujet n’ait plus d’importance. Il faut parfois plusieurs jours. Enfin, comme plusieurs jours puisqu’il n’y a plus de jours. J’ai d’autres moyens de m’en éloigner. Ce que cela convoque est une évaluation subtile de ma propre condition et je vois combien il est difficile alors d’écouter ailleurs. Ce serait cet objectif : faire taire là où tout se développe autrement, à partir d’une autre sensibilité, lorsqu’elle est là, sous mes yeux, que défile ce que j’aimerais comprendre plus aisément. Je ne partage pas certaines inquiétudes même s’il y a des combats à mener. Je partage de moins en moins ce qui vient d’en haut, dicté, et ce qui vient de loin, dicté également, par quelque obligation d’on ne sait quelle puissance. Je partage un autre contenu où pour la première fois je n’ai plus que ce qu’il y a de résolument concret, à toujours vouloir disposer les mots les uns à côté des autres, juste pour durer. Le temps pour que cela devienne autre chose, que cela ne dure pas. Voilà. Cela ne peut pas durer. J’ai besoin de revenir à mes fictions, d’y convertir les formes de désir qui m’habite. Je note que je n’ai pas besoin d’attendre. Je pourrais basculer immédiatement. Je sais ce qui attend. Je devrai faire cet effort parce que je gagnerai un temps précieux. Si je veux voir tout avancer en même temps, je dois lâcher ma volonté première de rendre tout cela cohérent. De toute façon, je n’aurais aucun réel souvenir de ces sensations. Il sera impossible de savoir avec exactitude ce qui a fondé le sens ici, propulsé la phrase par là-bas. Ce que j’adore maintenant, c’est que plus rien ne pèse. De toute façon, la méthode ne sera pas la même. Je n’aurai aucune nécessité à voir tout sauvegardé sous cette forme sacrée. La pensée a des fulgurances. C’est vrai. Même pour les longues formes. Je comprends que c’est un immense chantier. La période où peut-être il y aura des ruptures. Je dois les provoquer. Tout cela s’inscrira comme il faut. Je n’en doute pas. À ce stade, j’aimerais ne rien abandonner des surgissements. Cela n’a aucune importance puisque cela ne concerne que moi. C’est un domaine rare. Il n’a jamais été aussi étendu et je n’ai jamais eu l’occasion de prendre tout cela à bras le corps.

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Friday, June 12, 2020

Chroniques de l'invisible - 159

Un espace ne confondant pas les parts singulières de chacun, mettant en jeu ce que je désire ici même, au lieu de toujours vouloir chercher à faire et défaire une histoire qui de toute façon saute des étapes, même lorsqu’il est question d’y mettre un terme. Ce n’est pour l’instant pas possible. Ce n’est pas une base militaire. Il n’y a pas de chambre disponible. Aucun droit d’y être et d’y posséder quoi que ce soit. Je pourrais même inventer pour arranger, « oublier » de dire de quoi il s’agit pour des phrases contradictoires, des bouts seulement, un grand escalier, la foule immense d’un marché d’été, des revenants, des revenantes, ce qui vient à travers ces spectres s’inscrire dans le corps textuel. Je fais particulièrement attention aux signes qui pourraient venir dire qu’il y aurait un glissement. Ou alors, c’est que je dois faire correspondre ce qui en moi s’articule et qui peut avoir un rapport avec la réalité, sauf que l’écrivant, je me rends bien compte que ce n’est pas ce qui importe, que de me débarrasser de ce qui ne doit pas exister en dehors d’un temps consacré est le premier acte à réaliser, immédiatement, comme un exercice, s’entraîner à ce que cela soit vite, sans colère, sans rancœur, mais aussi sans amour, sans délirante passion, vite éludé. En fait, vite évincé. Je suis d’accord après pour travailler avec cette distinction. Je ne suppose rien. Évidemment, cela doit être du genre : « Zut, ça n’a pas marché ». Sur certains ça marche. Ils m’appellent, ils s’inquiètent, ils se mettent en quatre, ils se plient à mon caprice, ils me plaignent, ils en parlent entre eux, je deviens sujet de conversation, une victoire, dans le langage purement émotionnel et durant cette période, ça continue à enfouir la responsabilité. Toutes les preuves étaient là et je n’ai pas hésité une seule seconde même si bien sûr, « je ne peux pas comprendre » ou « c’est plus complexe que ça », alors que non, c’est aussi simple que ça. Une démesure. Une nécessité permanente de réhabiliter ce qu’on aimerait voir effondré, n’agissant plus, par principe.

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Thursday, June 11, 2020

Chroniques de l'invisible - 158

J’aime bien parfois ne pas avoir longtemps à lutter. Il suffit que je pense quelques secondes — sont-ce des secondes, d’ailleurs, plutôt des rencontres un peu mouvementées, oui quelques secondes si on les compte toutes, en fait je les chasse, l’idée de tout de suite me positionner les chasse. Des petites tentations. De grandes tentations. Suis-je enfin devenu cette nuit le Roi du Monde. C’est si stupide d’être en attente de cela, au service de cela, manipulé, soumis. Je chasse et je préfère revenir à ce que je commence à voir ou plutôt, voyant la fin venir et l’élaboration nécessaire d’un suivant avec toutes ces questions (format, fréquence et tous les anciens délaissés, si proche d’y arriver que je les ai même inversés pour tenter de mieux les comprendre ou ceux-là à peine entamés pour la simple et bonne raison que je me suis dit tout ce temps il ne sera pas possible de faire les deux ou les trois ou les quatre, de rater un jour pour celui-ci à cause des dates (la honte, trois mots ce jour), je compose, je dispose. Encore une fois, je n’ai presque rien à faire. Une atmosphère féérique où rien ne peut être heurté pour le moment. Il y aura des dangers. Ce n’est pas un paradis. Vivre et résister n’est pas de tout repos. Comme sortir du palais, en dehors du palais. J’avais à m’y préparer, à consolider quelques bases pour concevoir ce que serait maintenant d’élaborer en amont lorsque rien ne s’arrête vraiment et que des sortes d’alliés, sortes d’armes, d’atouts, oui, de compétences aussi. Cela criait de partout. Cela criait l’incompétence. Situation de crise, réquisitions, tous les droits malmenés. Je serais parmi eux, à côté.

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Wednesday, June 10, 2020

Chroniques de l'invisible - 157

Il est vrai que je dois me résoudre à maintenir des décisions qui ont été appliquées presque par hasard. De trop nombreuses circonstances faisaient que. Et c’est ce qui est arrivé. On ne s’y attendait pas. Personne ne s’y attendait. Et je ne m’attendais pas à ce que ce soit si important. Ça l’était. J’avais dépassé les bornes. C’était trop. On tenterait vaguement de récupérer l’affaire mais globalement tout était perdu. Peut-être pas complètement perdu. Fini, ça, c’est sûr. Je vois bien que celui qui trône n’est pas celui qui habite, que celui qui habite n'a qu’un vague désir dont il ne peut rien faire. Celui qui trône invente, s’amuse. Si c’est un jeu de personnalité, il y a un trouble dont on pourrait causer deux minutes. Parce qu’au fond, s’il n’y a plus rien qu’une grande nouveauté, s’il n’y a plus aucune obligation, aucun rituel, c’est que ce que j’élabore à toute heure s’inscrit dans ma vie quotidienne. Qu’aurions-nous à pleurer de rage devant le spectacle de notre propre désir, au moment où nous sommes révélés l’un à l’autre et désormais l’un pour l’autre. Ce n’est plus de l’ordre de l’imaginaire. Le réel, c’est ça, c’est cette séparation nécessaire avec le projet flou et trouble d’un arrêt de la sensibilité pour ne pas être celle ou celui qui pourrait ne jamais revenir. L’idée que l’histoire se déroule encore me plaît beaucoup. J’essaie de me souvenir par exemple ce que je garde de chaque lieu. Non, ce n’est pas un souvenir. Il ne faut pas que je refasse ses erreurs. C’est maintenant. L’histoire est à l’intérieur de ce qui se passe maintenant, comment je perçois ce qui m’entoure, comment je me positionne, ce que j’aimerais que cela désigne encore sans se prendre pour un drôle de héros même si le héros en question, que j’accepte, n’a jamais cessé d’être, luttant pour son autonomie pour une permanente distraction de l’esprit au cœur de l’œuvre. Et puis, il y a cette étrange discontinuité qui interfère, modifie les sensations, calme en quelque sorte ce qui a été légèrement bousculé dans la pensée ne cessant de me prouver qu’à défaut d’être physiquement en mouvement, l’esprit travaille à d’autres aventures en cours d’exploitation. C’est sans doute la question d’un domaine non pas oublié, donc, mais dont je ne mesurais pas qu’il continuait d’agir. Je ne mesurais pas car j’avais déjà décortiqué les codes qui rattachent aux croyances que je jugeais obsolètes, supposées ne pouvoir se distinguer qu’avec des corps réels dans une vie réelle. Dès lors, si je cherche comment à mon niveau je suis capable de réintégrer ces notions, j’aperçois de nombreux choix comme ayant été formulés pour ne pas répéter des erreurs que je n’avais pas acceptées. Si c’est le cas — et c’est le cas en ce moment — je ne comprends pas tout, je comprends mieux. Je ne veux pas laisser tout cela en suspens. Je veux même provoquer comme une nouvelle fois, quand la pensée est venue se confronter et qu’il faut maintenant passer à des sujets plus sérieux. Plus intime.

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Tuesday, June 9, 2020

Chroniques de l'invisible - 156

Ça sonne. Ça sonne, c’est tout. Comme si je n’avais plus envie de reporter. L’échéance rendue nécessaire m’appelle voire me propulse dans une élaboration qui pour l’heure n’est à la fois qu’embryonnaire et somme toute éphémère. Je ne veux pas arriver à me torturer l’esprit. Des faits. Ce sont des faits, à prendre en compte comme on déroule la frise d’une histoire racontée. Ce ne sont pas des hauts et des bas. C’est une constance de l’esprit de suivre un mouvement et lorsque vient la maturité d’une idée, cela s’applique et ne peut rien contourner. Aller au bout tant que je ne suis pas sûr, luttant contre l’impatience. Cesser pour soi de bâcler tellement ce qui se réalise dans d’autres vies n’a pas à décider à ma place de ce dont j’ai besoin pour orienter mon action vers ce que je sens s’accélérer. L’ouvrage à deux doigts d’exister sous une autre forme réclame tant d’attention que je suis comme à la recherche d’un moyen nouveau pour tenter de l’exprimer. Je reconnais ce trajet en moi, face aux vitrines qui me rejettent, qui me parlent d’un retour vers ce que je n’ai pas suffisamment exploré ou ce qui peut paraître à redécouvrir aussi dans ce que j’ai déjà. Avant donc de me dire qu’il me manque quelque chose, je me dispose de telle manière que les paroles sont un immense écho. Les mots ne sont pas intelligibles. Je suis l’étranger à nouveau reprenant le chemin de ce qui peut tenir l’histoire. Ce qui s’est passé au tournant relevait d’une connaissance supplémentaire à acquérir pour ponctuer différemment la rencontre d’une sensibilité forte (presque un pressentiment) et une énergie à laquelle j’abandonne une partie, justement, de ma perception. Ce que je n’avais pas mesuré, c’est que cet appel vers un apport serait une mise en suspens révélant une volonté qui était en moi comme dans l’attente que je m’en saisisse après une longue période. Ainsi j’allais tout reconnaître, tout retrouver, mais l’objectif que j’avais consciemment formulé serait vite un autre encore plus conséquent où le langage allait jouer son rôle de connexion entre toutes les caractéristiques d’un même corps textuel. Il y aurait un grand vide, un grand oubli, ce que l’on me dirait ne serait plus en rapport avec mes propres souvenirs, avec cette drôle de question se posant et me sommant de prendre en compte que j’avais comme vécu en parallèle. Le moi ancien retrouvé ne me surprenait pas. Ne pas avoir l'âge que je parais ne me surprend pas. Me mettre à l’écoute de cela signifiait une autre quête, spirituelle, purement et simplement individuelle. Loin du qu’en-dira-t-on, d’un besoin de se justifier voire d’expliquer, loin aussi d’avoir à mettre cette connaissance de soi au service des autres pour à la fois ne plus dépendre et ne pas avoir à partager. Sombre exactitude où je ne peux mentir, dans laquelle il me semble que l’écriture seule génère des situations que je maîtrise mieux sans pour autant les contrôler entièrement. Je dois entendre ce qui se place autour de moi, comment m’allier à certains de ces mystères oriente ce que je juge fondamental. C’est une terrible énigme que j’ai, d’une autre manière, la charge de mettre en lumière avec tous ces mots qui manquent, ces mots creux, n’évoquant rien ni des parfums ni des couleurs. L’au-delà de soi ne les prend pas en compte, pas encore peut-être. Ce qui se présente n’en aurait pas, ni parfum ni couleur. Une idée, tout simplement. Je ne sais pas depuis combien de temps (je ne suis pas fort à ce jeu et je n’aime pas compter) l’histoire sert de prétexte. Un élément essentiel a été révélé récemment. La conséquence de certains actes. Agissant frontalement, se croyant supérieur, aimant le pouvoir qu’il avait, un groupe s’est engouffré dans l’impasse. On n’en revient pas si aisément. Il ne suffit pas de. S’excuser par exemple, ou d’accélérer une sorte de retour au réel, normal. L’erreur, c’est d’avoir pensé être au-dessus d’un tout. L’impasse, le non-retour, place devant la réalité qui maintenant échappe et se moque bien des menaces et des moutons, de cette hiérarchie qui n’a de sens que pour quelques-uns qui aujourd’hui brassent de l’air, n’atteignent plus la liberté, le loisir que se donne l’esprit de maintenir cette fois-ci son admirable puissance. Nous reviendrons en terre désolée. Nous aurons à reconstruire ce que ce groupe a détruit.

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Monday, June 8, 2020

Chroniques de l'invisible - 155

Après, une fois que l’énergie est lancée, je ne vois pas bien ce qui peut l’arrêter. Il peut y avoir des différences d’intensité éventuellement et puis, c’est drôle, mais les détails de quelques scènes subtiles ont besoin d’un peu de temps pour être clairement admises. On me dirait déjà qu’il y a la question de la fatigue. Ce que je ne veux pas voir, pas admettre, alors que je l’ai sous les yeux, permanent. Ce serait comme un accident épouvantable que de se retrouver dans cette situation où chaque parole et chaque geste sont criminels. Le laboratoire de la pensée s’est trop refermé sur seulement quelques cas devenus de fait monstrueux, et il y a aussi le fait que je ne cède pas à cette nécessité qui serait une solution de facilité.

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Sunday, June 7, 2020

Chroniques de l'invisible - 154

C’est un refus de coopérer. Rien ne me décide, à cause d’un élément qui se brise. Cela ne s’engage plus, ne se mobilise plus. D’abord les formes de détournement, et puis cette insistance à vouloir laisser en l’état. J’en suis à espérer qu’il y aura d’autres matières pour m’orienter autrement. À cause de ce qui se répète sans doute provoquant de la lassitude. Je pensais ne pas être atteint par tout cela. Et pourtant, je dois l’avouer : c’est un devenir auquel je ne m’accorde pas. De voir aussi les mêmes attitudes, à me demander une partie du temps si je n’ai pas été trop violent, parce que je n’arrive pas à relier ce qui se passe et ce qui se détériore dans l’imaginaire.

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Saturday, June 6, 2020

Chroniques de l'invisible - 153

Ce qui me plaît, au fond, c’est de me dire que cela pourrait être totalement différent des véritables jours qui passent, dans une autre temporalité, là où personne d’autre n’est, sans accord. Il y aurait (c’est de l’imaginaire) quand la personne entre soi, qu’elle efface le paraître, après tout ça, quand il faut rentrer se laver se coucher, et le lendemain terrible non pas vide mais ce qu’on ne dira jamais. On préfère largement l’anecdote et tisser tout ce beau monde. J’étais surpris, un peu. C’était une découverte. Ainsi, c’est comme cela que cela fonctionne. Je ne suis pas là pour apprendre. Non reproductible. Pour observer. Pas vraiment. J’ai le rôle d’un tableau qu’on expose. Je ne m’en énerve même pas. Je suis même heureux de constater à quel point tout cela ne m’atteint pas. J’y pensais simplement. Qu’il n’y aurait peut-être qu’un mot mais qu’il faudrait malgré tout se plier au rendez-vous. Ce n’est déjà plus comme avant parce que je suis hors repère. Dans l’absolu, me sentir revenir éveillé. Il y aura tout ce qui s’est passé en une phrase. Cela suffira.

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Friday, June 5, 2020

Chroniques de l'invisible - 152

Le voyage est immense à l’intérieur de soi. Cela se constitue et, en quelque sorte, pulse des intentions qui, à défaut d’être soudées au réel, oriente les impressions vers un environnement plus sensible. Si je traverse ces mises en forme de la pensée et que cela me permet de formuler en dehors de toute personnification, alors c’est que je me laisse bien conduire par l’émotion. Ce qui l’interrompt n’a de lien qu’avec des sortes d’appel au secours. Il faudrait continuer de dire ou faire dire, faire parler l’inconsistance, lorsque tout ce vide nécessaire est empli au ras du possible pour ne plus avoir à penser les conditions fondamentales de ce qu’il y a d’unique dans un corps unique au contact de tant d’autres corps uniques. C’est vrai. Cela me plaît de le penser. Celui qui dans la tourmente n’aura pas supporté d’être le sacrifié. Ce n’était pas ce que je croyais, un choix. C’était une condamnation, car de jour en jour je plongeais, méconnaissable dans le langage d’un autre. Cela devient si difficile parfois d’avoir cette peine en soi. Je n’aurais pas cru que je serais capable de tout détruire ou de faire s’effondrer l’édifice. Ainsi, l’en-dehors et l’en-soi, sans plus aucun contact, à son paroxysme, tentant de faire couler l’encre inépuisable d’une détermination stérile pour être proche de ce que j’admire comme l’insondable. L’air frais ne suffit pas. Alors je m’imagine reprendre là où j’en étais, dans un café, déroulant l’histoire autrement, m’aidant là où il n’y avait rien à craindre. La mise en route d’autres images superposées avec ce jaune désiré, admirable. Il est vrai que je m’y attendais, à ce retour de bâton. Maintenant il n’y a plus que l’énergie, deux sagesses inversées. Je suis presque au bout. Je ne dois pas lâcher, je ne dois pas céder. Pour la première fois je suis en arrêt devant les questions. Le droit que je mérite ne doit pas être minimisé même si je n’ai d’autre interlocuteur que mon alter-ego. L’effroi se détache pour donner vie à une autre sensibilité. Regard porté sur la chose sale sur laquelle je focalise puisque je la vois partout. Elle persiste. Elle résiste. Au café. Je pourrais le dater mais je ne pourrais pas dire ce qui m’y avait emmené. Une même émotion, c’est certain. Un même sujet, moins sûr. Ma concentration sur le détail m’aide à ne pas me tromper et à me situer par rapport à tout cela. Il est normal d’en sentir une immense fatigue, car je ne verrai peut-être rien de ce que j’élabore, ou pas dans l’état que j’aimerais déjà avoir eu. Tout parle de ce ressenti, d’une seconde période durant laquelle je serai encore aveuglé mais non sans force, avec même une force que je ne serais pas en mesure de contrôler. Une force en quelque sorte nouvelle comme un nouvel outil ou des performances accrues dans certains domaines nécessitant que je délaisse une partie de moi-même à ce nouveau profit. Désolé, je le serai certainement m’apercevant qu’il est trop tard pour revenir en arrière. Au fond, ce que je veux, c’est que ma parole (liée à mon activité) ne soit plus détournée volontairement vers une communauté qui n’existe que parce qu’elle a été suggérée à une période où je pensais qu’il pourrait être utile de faire croire qu’il pouvait exister un assez grand nombre de personnes intéressées par ces problématiques fondamentales. Il n’en est rien. Je dois tout réajuster, tout me réapproprier. Cela ne se fera pas sans verser un peu de sang mais tout refleurira, et c’est ce qui compte. Des mots pourraient tomber, disparaissant. Je gagnerai en partie grâce à la célérité de l’esprit, à sa capacité de mener plus loin un savoir-faire ou une singularité. « Je gagnerai », combat intérieur, ne concerne pas une hypothétique guerre que je mènerais contre l’ennemi, car l’ennemi, s’il n’est pas invisible, est intérieur, et le sang est ce qui va le terrasser. Enfin sur la place publique, je contrôlerai. Car c’est ce qu’il faut, ce qui est nécessaire, rendre public, tout en travaillant à l’intérieur de la langue pour qu’elle continue de progresser. Pour cette fois, je veux aller au bout. Tant de fois j’ai abandonné. Je ne me sentais pas légitime. C’est pour ces mots-là que je dois creuser, pour les placer en tête, à cause du devoir, à cause de cette incapacité constitutive de juste paraître. Cela semble si simple pour tant d’autres. Il suffit de. Les lauriers à chaque étape. Et c’est comme un défaut : je ne cherche pas les lauriers. La situation peut tout de même changer. On concentre. On dispose. C’est une question d’ordre et d’organisation. Le point de vue s’étage autrement, dans les signes, les valeurs. Les distinctions sont contrôlées. L’autorité s’affirme. Il y a une multitude de mondes. Cela n’empêche pas de contrôler le sien, car ce qui n’a plus lieu d’être, c’est peut-être cela qui se confirme peu à peu sur la base de tout ce qui a été engendré jusqu’ici. Je n’ai plus à attendre pour réaliser, attendre qu’on m’autorise. L’ancien moi n’existera plus. J’aurai peur de cela lorsque cela arrivera. Je ne me reconnaîtrai plus. Je ne pourrai plus raconter ce qui n’existe plus. Il faudra inventer. J’étais trop sincère et voulais trop l’être ou le rester croyant que la sincérité était non seulement monnaie courante mais aussi valeur attendue. Ce n’est pas le cas. À aucun niveau. Je suis heureux de m’y retrouver tout de même, d’être le même transformé ou plutôt habitué, n’ayant besoin de rien d’autre. Je laisse le devenir en suspens quelque temps. Retour au présent. À l’être parmi la foule s’exprimant et se distinguant. Vue d’ensemble sur le sujet. De toute évidence, je dois parler. Je comprends mieux. Cette merveilleuse attraction. J’attendais. J’attendais. Et tout était déjà là. (Pleine lune en sagittaire).

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Thursday, June 4, 2020

Chroniques de l'invisible - 151

C’est pourtant pas compliqué. Je veux, je fais et je ne passe pas par tous les contours de la pensée pour accéder à ce qui a provoqué ce besoin. Alors, c’est vrai, ce n’est pas comme avec tout le monde, différent. Et au bout du compte tout le monde est content. Je comprends mieux que c’est cela la question de l’esthétique. Quitte à subir le labeur de l’indéchiffrable. Je ne vais pas faire semblant que cela n’arrive pas. Comment tout s’accumule créant des distinctions. J’apprécie que ce soit cette manière qui s’impose. Impressionnant. M’autorisant de ne pas faire comme tout en essayant de m’approcher. L’agacement travaillé en premier. Pour apporter tout cela sur un autre chemin. Cependant, il y a un lien entre le temps que je passe dans l’écriture incertaine parfois au bord du rejet, et mon envie d’aller plus loin dans la mise à disposition de cette autre expression qui a selon moi, en elle, les conditions de son effacement tant la tendance est au semblable. Pour soi, du temps, puis expérimenter ce qui peut en quelque sorte court-circuiter. J’aime l’idée. Avec cette attention continue pour la rigueur. Elle, donc, aussi, qui revient fréquemment, qui parle à l’oreille du désir, pour s’offrir cette attitude. Je peux me le permettre maintenant (une question d’âge) — et poser les véritables questions, s’étonner lorsqu’on aimerait juste assimiler tout cela à un modèle, sauf que ce n’est pas cela qui gouverne. C’est vrai. C’est comme une certitude maintenant. Pour passer à autre chose, je dois activer. Je n’ai plus envie de travailler avec la mollesse des lendemains. Je veux des surprises et de l’action. Cesser d’être « en attente de quelque chose ». Combat de l’esprit. J’y suis arrivé. J’avais à passer cette sorte de timidité génétique, ce qui, avec le temps, a tendance à m’agacer, parce que je la vois en action, démultipliée. Je veux bien devenir ce que d’autres ont été mais je veux y mettre ma singularité, quand les mots se propulsent et qu’il faut en choisir un. J’ai beau chercher une explication, je ne la trouve pas. Il n’y aura pas de partage de cela. Je m’en fous. J’ai décidé que je me mettrais en danger là où tout est pourtant supposé être stable. Entrer dans ce genre d’application, pour éveiller ce qui a pu manquer à certaines périodes. Ce n’est pas grand-chose pour l’univers, mais c’est une progression folle me concernant directement. Oui, je le veux ainsi. C’est ce que j’aime. Ce que j’adore. Et je viens de passer ce cap. Au seuil du possible, je n’attends plus.

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Wednesday, June 3, 2020

Chroniques de l'invisible - 150

C’est le défilé. C’est là que cela va devenir un petit peu compliqué. Les jours se suivent. Cela insiste, devient gênant. Pas de pire en pire, mais gênant. Et puis, c’est instable. Tout de suite, ça bascule. J’aimais bien l’idée de se lover, de se laisser embrasser, puis le parc. Qu’on n’ait rien à voir à la base, rien à voir au bord du gouffre. Personne ne saura. Sans doute fallait-il du temps également pour en finir avec cette marotte. En fait, c’était une pollution aussi. Les personnages font leur petit tour de piste. C’était bien vu, l’affaire des transformations. Et si je me souviens bien, c’est comme ça que ça a commencé. C’était nouveau. Inédit. Un « jeu » mystérieux.

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Tuesday, June 2, 2020

Chroniques de l'invisible - 149

Je le remarque à nouveau quotidiennement désormais, des formes qui semblent s’armer de puissance, face à leur inconsistance, finissent par s’autodétruire. Pour cela, c’est toujours la même méthode : se saisir d’un sujet à la mode et en faire une affaire personnelle, signe révélateur d’un désir de surpuissance là où nous sommes impuissants. Impuissants d’agir mais aussi de penser. La territorialisation des sujets nécessite de les désynchroniser d’un vouloir hégémoniste totalement hors sol. Temps et espace sont en effet si finement liés que nous n’aurions pas à nous faire les porte-paroles de ce qui nous concerne uniquement dans notre intimité. J’ai cédé jusqu’à il y a peu à cet appel sacrificiel voyant agir sur moi ce glissement vers l’autodestruction. Peut-être est-ce ce que je reconnais aujourd’hui, dans l’écriture, quel que soit le sujet, c’est ce qui compte véritablement, lorsqu’il n’y a pas à vendre un scénario falsifié, plus à mentir sur l’état de l’être, ce qui encadre, je le vois, au centre, non pas le trouble cette fois-ci mais une pleine singularité, pleine au sens aboutie, presque aboutie. Regards sévères de chaque côté. Alors, je continue l’histoire. Je veux savoir comment tout cela va se poursuivre. Il y aura deux grandes interventions, une blessure dans l’intime et une reconquête, même isolement mais sans doute mieux armé. À ce stade, il n’est pas prévisible d’envisager ce que seront les « retombées » tant je me dégage par là-même de ce que l’on pourrait attendre : démontrer ce qui ne sert à rien de démontrer. Le même sujet qui revient sans cesse mais apparemment c’est important d’y revenir : l’émotion rendue dans l’écriture, ressentie, comme une exploration, un microscope pour ausculter ce qu’il y a selon moi de plus vivant à l’œuvre en ce qui concerne l’intime. Il ne s’agit pas beaucoup des corps rencontrés actuellement. L’exercice appelle cette focalisation. Et c’est difficile de voir en direct comment se délite tout un réseau, à cause sans doute, du fait que l’expression rendue publique de certains ne mérite plus un mot de plus. Cependant, c’est intéressant de s’y attarder car il y a des formes d’analogies qui me parlent beaucoup. Ce n’est pas « tous pareils » mais des phénomènes sont une seule et même souche articulant des processus observables comme dans un laboratoire. C’est pathétique. Cela me confirme que je suis bien positionné. Ce n’est pas au-dessus. C’est ailleurs, définitivement ailleurs, et je suis bien dans cet ailleurs.

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Monday, June 1, 2020

Chroniques de l'invisible - 148

Si quelques décisions importantes sont prises dès le début, je devrais arriver à un résultat qui, au minimum, me plaira. En fait, c’est déjà cela. Dans cette sorte de bavardage informe où il arrive parfois que je me retienne, avec des chaînes, comme une bête féroce, pour ne pas foncer tête baissée dans les pièges soi-disant d’une technologie révolutionnaire qui aura réussi au contraire à faire taire la grande majorité et à ce qu’on oublie — tant mieux — peu à peu que des manières de vivre en sont restées ailleurs qui n’ont que faire du petit regard oblique qu’un passant ou qu’un observant vient de leur adresser. Il suffit d’un jour pour tout oublier. On croit que tout le monde fait pareil. On n’imagine pas à quel point cela peut être différent — pas archaïque — différemment moderne, dans la manière de faire aussi et donc la manière de dire. Il pourrait y avoir cette merveille en nous d’être quotidiennement accompagnés par la manière d’un autre esprit. Si cet esprit est déjà accompagné par la manière de tant d’autres, le rhizome est infini. Il n’arrête sa progression que si l’on pollue la terre, ce qui est impossible en ce moment. Peut-être que ce que cela m’aide à ressentir, c’est que cela peut être résolument complexe. Cela n’a pas beaucoup d’importance, après tout, d’être ou non compris ou immédiatement compris. Tout cela en étant, je m’en fiche, dans une sorte d’ombre. Ce qui vient se placer n’est pas, lui, sans importance. J’aurais pu croire que cela me figerait. C’est comme un premier jour à chaque fois. Et puis, il y a l’ordre, ce qui s’est mis dans un certain ordre, sans calcul, sans stratégie. On ne croit jamais que c’est possible. Un voisin tout langoureux. Premier rendez-vous, il me mange du cadavre sous les yeux. Deuxième rendez-vous, il me demande de m’occuper de lui, de son C.V. Je n’ai pas que cela à faire. Et l’autre qui voulait que je m’occupe de lui aussi. Ils voulaient tous que je m’occupe d’eux. Ne se rendant pas compte que j’étais sur un autre chemin où l’on ne croise que des spectres, l’immatérialité de l’être. Je peux ne faire que cela vingt ans durant. Et ce nouveau premier jour me le rappelle. Il faut bien que quelqu’un s’en occupe. On verra plus tard pour la postérité. Ce ne doit pas être une donnée fondamentale. Sinon on rate tout de ce que la langue vient produire lorsqu’elle a à ce point décidé de ne plus être de ce monde. Écrire pour traverser le long couloir de la mort. Je veux bien y passer du temps, que cela soit ma manière envers et contre tous, à contre-courant. Choisir de ne pas être un jour. Maintenant que j’ai disparu. C’est facile. J’entends d’ici les voix discordantes, mais ce que l’on ne sait pas, c’est qu’il y avait ce désir de se trouver dans les interstices et de s’accompagner d’étranges outils, mystérieux, ne faisant que combiner. J’aurais pu le vivre autrement, un peu comme je l’avais fait, en communauté. Il fallait chaque fois s’accorder avec la préoccupation des autres, s’intéresser, faire comme s’il était possible de partager. C’est impossible. Cela ne concerne que le fond de l’âme où se suspendent des réalités propres, chargées d’amour. Au centre, d’autres préoccupations. Le labeur. Je dois passer par cette abnégation. Par les contours. Les renversements. C’est au présent. Ce qui se passe. La question d’une unité d’abord, puis une sorte d’énigme. Et enfin, ce n’est pas chronologique tout ça, c’est simultané. Enfin, donc, la figure qui domine, la période qu’elle s’offre ou la période que je lui offre. Je ne le provoque pas. Cela vient, tout simplement et cela me laisse dans une très belle rêverie car c’est complexe mais fidèle à ce que je suis.

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