Wednesday, December 16, 2020

James Joyce

La question suprême qui se pose au sujet d'une œuvre d'art est de savoir de quelle profondeur de vie elle jaillit.

Thursday, November 12, 2020

Chroniques de l'invisible - 312

Quatre coups dans le dos. Deux fois. Quatre coups sur chaque cuisse. Deux fois. Puis dix coups dans le dos. Nu, bien sûr. La pénitence n’est pas une punition dictée par un règlement. C’est un principe élaboré et délibéré avec le confesseur, lié à un fonctionnement interne. On peut ne pas accepter ce mode de fonctionnement. Si on l’accepte, on l’accepte avec la pénitence. Une pénitence ne peut pas être conçue après-coup. Il n’y a aucun mal dans tout cela, ni de faute grave. Tout cela appartient bien évidemment aux lois communes et à la justice. Un premier mois. Baptiste s’était dit que ce serait une bonne manière de s’immerger. Sa requête était assez claire : être sur place pour étudier le chant grégorien, le voir à l’œuvre au quotidien et l’étudier avec une sorte d’enseignant. L’abbé l’avait accueilli comme il accueille tous les chercheurs. Une habitude ancienne. Avec des doctorants, la plupart du temps. Des prêtres en formation également. L’accueil avait été chaleureux. Les mots de l’abbé identiques. Ici, c’est une communauté qui suit strictement un rythme de vie. L’office, la prière, les repas, le travail, le loisir. Des éléments de compréhension seront renforcés en suivant les offices, mais ce n’était pas une condition. La seule règle que l’abbé demandait que chacun respecte, surtout si on partageait la chambre d’un autre moine, c’était le silence absolu des complies aux laudes. Et c’était le cas. Baptiste allait partager une chambre. Je suivrai l’office divin dans la mesure du possible. Un choix que Baptiste s’était déjà formulé avant de venir à l’abbaye. Lorsqu’il avait découvert l’office divin en établissant les liens avec ce qu’il était en train d’apprendre, il avait voulu voir comment ce qu’il lisait était appliqué. La première messe à laquelle il avait assisté était à Saint-Eugène Sainte-Cécile, parce qu’on y pratiquait la forme extraordinaire en latin. Il voulait l’entendre. Tout s’enchaînait très vite. Aucune musique. Le prêtre avait pris la parole au micro pour les lectures en français et pour formuler son adresse aux fidèles, en français. Incitation à peine voilée à l’illégalité, présentée comme une adaptation de la loi, une astuce. Il suffisait de s’inscrire. La paroisse signerait des autorisations de travail. Une arrogance qui n’avait pas beaucoup plu à Baptiste. Il s’était pourtant mis sur son trente-et-un, plein de désir. Il était rentré sous la pluie, vaincu. Cette si belle église. Où il était venu en tant que musicien pour jouer la messe de la Sainte Cécile à la Sainte Cécile. Les encens l’avaient enivré. Il en gardait un merveilleux souvenir. Ce n’était qu’un trompe-l’œil. Il n’avait pas baissé les bras et s’en était remis aux bénédictines de la basilique. Les vêpres d’abord. Sans commentaire. En musique. Les voix fragiles des sœurs auxquelles répondaient les fidèles. Un jeu de micros conçu pour qu’on ne sache pas d’où vient la voix. La psalmodie douce. Les lectures sans emphase. C’était très beau. À la fin de l’office, les sœurs sortent. Sans commentaire. Elles ont juste apparu le temps de l’office. Elles ont donné une expression au texte. C’est la nuit où Baptiste a le plus cherché d’informations concernant les psaumes. Les fameux psaumes. « Ma manière vient des psaumes ». Alors, il faudrait que Baptiste les étudie. L’office divin permettait d’en faire le tour en un mois. Un mois. Un format tout à fait accessible. Dès le lendemain, il commandait des ouvrages répertoriant les deux éléments mouvants de l’office : les hymnes et les psaumes. En les attendant, il continuerait d’apprendre en autonomie, et à découvrir l’office des bénédictines. Aux laudes. Accompagnées par le psaltérion, si délicat, les voix douces emplissent le chœur, soulèvent l’air d’une tendre et légère mélancolie. Un bonheur simple entièrement composé, un plaisir quotidien offert. J’aimerais remercier les sœurs, leur dire à quel point je trouve cela très beau. Je peux les remercier en leur offrant du temps. Ce qui se voit un jour, tout à coup. Un panneau où s’inscrivent les fidèles pour aider à la perpétuité du sanctuaire. Je viendrai une heure adorer. Trois jours. J’inscris pour la première fois le nom que l’ange m’a donné. Baptiste. Original pour quelqu’un qui ne l’est pas, baptisé. La raison pour laquelle je ne vais pas à la messe. À cause de la communion. Blessante. Elle est ce que je ne peux pas atteindre, là où je ne peux plus me soumettre. Je dis cela à l’abbé sans retenue, comme une confidence. Je suivrai l’office mais je n’irai pas à la messe. Mes premières complies chantées. Dans ma propre chapelle. J’avais trouvé les partitions des hymnes et l’antienne de la Vierge. C’est si beau. Te lucis ante terminum. Et le Salve Regina. Le dernier son d’un jour. Premier jour. Les gestes sont simples. Gabriel ne se formalise pas de ma présence. Il se change sans pudeur et se prépare pour lire dans son lit. Je ne lui souhaiterai même pas bonne nuit. Je ne lui dirai pas bonjour au réveil. Nous avons à peine été présentés au dîner. J’imite les gestes de Gabriel. Me change avec plus de pudeur. Me prépare à lire dans mon lit. Les mots du texte se mêlent à mes pensées. Le silence provoque cet événement. L’espace d’une conversation intime, un dialogue avec soi. Je m’endors dans la douceur, dans la présence d’un autre. Nuit sans rêve. Réveillé à l’aube, je n’ose pas me lever. Il faut sans doute attendre. La première cloche. Gabriel se lève, se dirige directement dans la salle de bain. L’eau, la préparation. Sortie de la salle de bain la serviette autour de la taille. Changé sans pudeur. C’est ce que je fais à mon tour, avec plus de pudeur. Gabriel ne m’attend pas. Dès qu’il est prêt, il sort de la chambre. Le rendez-vous est à la chapelle. Les moines en prière attendent. L’heure juste. De l’invitatoire puis des laudes. En français et en latin. Je retrouve les mots que je connais, des chants que je connais. L’hymne du jour, les antiennes et les psalmodies. La joie de vivre qui entre par le vitrail blanc de la chapelle, diffusant les couleurs de l’aube, au mouvement de la terre, au ciel s’éclairant. Dès la sortie de la chapelle, Gabriel vient me parler. Il pose beaucoup de questions, propose son aide, dit qu’il est heureux de partager sa chambre, donne des détails sur l’organisation de la journée, la préparation des offices, des hymnes, des antiennes. Nous allons ainsi jusqu’à notre chambre. Je pose à mon tour des questions. Gabriel était là depuis bientôt quinze ans. Il était venu pour sa formation de prêtre, mais il n’était pas reparti. La vie lui plaisait ici. Elle lui suffisait. « Toi aussi, tu auras du mal à partir », m’a-t-il prévenu. Quinze ans. L’abbaye et son monastère n’avaient pas beaucoup changé. Les bureaux étaient pleins d’ordinateurs. Les services de recherche, d’édition. Une petite entreprise. Ici, les gens passent, restent, partent. Le lieu était là, évoluant plus lentement que les hommes. Il y avait eu quelques périodes brutales, tout de même. Des destructions. C’était avant. Depuis quinze ans qu’il était ici, rien n’avait changé. À part lui, peut-être. Il souriait à pleines dents. Recommençait à me poser des questions. « Je vais essayer de suivre au plus près la vie monacale. Sauf les messes. » Je n’explique pas. C’est un peu comme les repas au foyer. Ce sera ma pause, ma récréation. Gabriel est curieux de savoir jusqu’où je vais aller concernant les pratiques en vigueur ici. Je ferai ce que je dois faire, dans la limite de ma foi, sans doute. Il me demande de lui expliquer. Je lui montre mon chapelet. Une quête spirituelle qui a duré de longues années, passant par différentes pratiques, parfois ésotériques (je n’ai tué aucune chèvre). Un jour, un chemin s’ouvre. Je comprends mieux l’esprit, le ressens mieux. Je suis plus sensible à ce qui m’entoure, y compris la nature. Je reconnais mieux l’ancien, la racine. Une forêt. Une source. Un rocher. Tout ce qui a fondé. Tout se relie à Guérande, lorsque j’entre dans la collégiale. Il faut apprendre encore. J’écris intensément pour trouver le sujet. Mon précédent livre était une acceptation, la fin d’un cycle. Je voulais une révélation. Celle-ci me convient parce qu’elle est musicale aussi. L’écrit et la musique au service de la spiritualité. Maintenant, je prie tous les jours. Je voulais vivre cette expérience, qu’elle m’enseigne et qu’elle me transforme. Gabriel a l’écoute d’un prêtre et le regard d’un amant. Je suis profondément touché par son attention.

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Wednesday, November 11, 2020

Chroniques de l'invisible - 311

Baptiste. C’est un peu son histoire finalement. Toujours sérieux avec tout ce qu’il entreprend. Il y avait bien eu quelques signes précurseurs. Il n’y a qu’à voir sa photo de communiant. Un ange descendu sur terre aux côtés d’une marraine qu’il s’était choisie, qu’il appelait Ma Reine, et de son parrain de baptême également parrain de son père. Une tradition dans les familles nombreuses. L’aîné était le parrain d’un plus jeune. Le père avait choisi un autre parrain pour l’aîné de Baptiste, celui de ses frères qui porte le nom de son père. L’aîné de Baptiste porte déjà le nom du père de sa mère. Des noms que l’on donne par tradition, par respect, qui inscrivent le destin d’un être qui n’a rien demandé. Mais ce n’est pas de cela dont il s’agit. Baptiste. Sa première venue à Notre Dame de Lourdes. Il était resté une heure à prier, revenu plein de bijoux de pacotille à l’effigie de Bernadette. Sans doute ce qui l’a le plus troublé en prenant le chapelet qu’un passant sortant du tramway avait ramassé au sol et accroché à un arbre comme on le fait souvent avec les objets trouvés au sol pour que la personne qui l’a perdu le retrouve si elle repasse sur ce chemin. Ce n’était pas un vol. Le chapelet était perdu. Il aurait pu finir à la poubelle ou finir blasphémé. Baptiste répondait à son désir qui venait de naître. Il me faut un chapelet. Il s’était déjà bien renseigné. Il était prêt mais n’osait pas entrer dans un magasin religieux. La prière lui avait plu. À Saint Pattern. Vannes. Il y était venu pour deux raisons. D’abord, visiter un magasin dit ésotérique où il était sûr qu’il allait trouver des cartes de tarot. Puis aller dans cette église consacrée à l’un des sept saints fondateurs du culte orthodoxe de Bretagne. Il voulait voir la statue de Tugdual. À Saint Pattern, c’était l’heure du chapelet. On rit parfois de cette bonne vieille pénitence : vous me ferez trois Notre Père et dix Je vous salue Marie. L’entendre, c’est tout autre chose. Au bord du chant, l’assemblée récitait. Une voix d’enfant entonnait chaque début de prière. Dix Ave Maria. Puis encore dix. Puis encore dix. Ponctués de Pater Noster et par l’annonce de mystères. Un bouleversement. D’autant que Baptiste s’était refusé d’assister à la messe du monastère de Saint-Dolay, dans le bois sacré. Les sœurs vêtues de noir hurlaient sur les fidèles. Il fallait retire ses chaussures à l’entrée. Il était parti. Là, on lui offrait. Un direct. Il se renseignerait de retour à Paris, et il s’était renseigné. Deuxième chapelet auquel il assiste par hasard. Notre Dame de Clignancourt. Il y va souvent tellement il trouve belle la chapelle de la Vierge. Les fidèles arrivaient. On distribuait de quoi ne pas être égaré. Sortir aurait été impoli. C’était très différent de Saint Pattern. Plus directif. L’animatrice incitait chaque présent à prendre en charge un cycle entier par une simple « Notre Père » lancé après la lecture d’un mystère. Quelqu’un se décidait. C’était aussi très émouvant. D’entendre la voix de chacun, fragile ou lente, faible, si singulière, la voix unique qui en son timbre prenait corps. Je ne pourrai jamais faire cela. Réciter avec les autres. Faire avec et comme tout le monde. D’autant que ce qui me plaît, c’est le Sanctum Rosarium, le latin, la langue éducative pour apprendre ce qu’il y avait avant la traduction, ce que cela pouvait provoquer d’aller dans une langue étrangère mais aussi racine d’une très grande partie de ce que je suis. Il faudrait connaître les prières par cœur. Pour l’Ave Maria, cela avait été facile. Le Pater Noster avait un peu plus résisté. Il l’avait appris sur la plage de Dieppe au lever du soleil. Les falaises effondrées. Et pour y arriver, il s’était mis à chanter, à créer une mélodie pour aider la mémoire. C’est son Pater Noster. Qu’il chante aux offices. Qu’il se récite pour son propre chapelet quotidien. Le chapelet trouvé avait procuré son effet. Il s’y était attelé avec rigueur, recopiant chaque prière, chaque mystère, en latin, le récitant plusieurs fois sans trop savoir ce que cela allait provoquer. Une première certitude. Qu’il lui fallait un chapelet à lui, un chapelet qu’il aurait choisi. Internet d’abord. Des images et des prix. Des endroits où il peut en trouver. Près de chez lui. On ne choisit pas un chapelet avec une simple photo. Il veut que ce ne soit pas très loin de chez lui. Que ce soit accessible à pied. C’est trop loin, il n’ira pas. Une librairie peut-être. Il ne pourra pas entrer pour demander. Une bijouterie. Il faudrait voir depuis la vitrine. Ça ne va pas. Ce n’est pas ça. Il marche longtemps. Puis il le voit. Ce qui se voit un jour, tout à coup. Presque au coin de sa rue. Plutôt au bord de son quartier. Il y en a plein. Il les voit suspendus au-dessus de la caisse. Magasin fourre-tout, petit, les clients entassés. Il n’ose pas entrer. Il faudrait du temps. Il ne peut pas juste dire « je veux celui-ci ». Il tourne en rond sur le trottoir. Tant pis. Ce n’est pas là. Son chapelet n’est certainement pas suspendu comme on pend de la viande dans une boucherie. Il va vers un autre magasin qu’il sait pas très loin. Trop de monde devant. Il faudrait attendre. Alors, il pense à la basilique. Il y était la veille pour demander des livres latin-français, des prières, des textes. Des outils pour travailler. Il n’y en avait pas. La basilique. Cette drôle de bâtisse qu’il a longtemps contournée, paradoxe des temps anciens, de ce quartier où fut établie puis massacrée la Commune. L’édifice le mieux place de Paris, dans le vent, au présent, un sanctuaire. La boutique de la basilique est ouverte. Ce qui se voit un jour, tout à coup. Ils sont là. Dans la vitrine du comptoir de caisse. Il prend le temps d’évaluer les prix, de sentir les couleurs. Son chapelet est là, noir comme la bague qu’il a ramenée de Guérande. Il l’achète. La femme qui tient la boutique engage la conversation. Longuement. Je prierai. Il faut prier. Prier pour toutes ces incertitudes. On ne sait pas pour ce soir, pour demain. Je l’écoute, lui répond. J’ouvre le chapelet dans la basilique. Il est mien déjà. Je veux rester avec lui. La chapelle de la Vierge. J’y reste longtemps. Je ne connais pas encore tout par cœur. Le temps de consacrer peut-être. Je découvre sur la médaille qu’il y a ici une adoration eucharistique permanente, de jour comme de nuit. Cela m’impressionne. Je me passe le chapelet autour du cou. Je l’aime infiniment. Je retourne chez moi pour son premier Sanctum Rosarium complet.

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Friday, July 3, 2020

Chroniques de l'invisible - 180

Ce pourrait n’être que cela, des dates les unes après les autres, un calendrier, sans aucune image, de temps en temps seulement, la marque de fabrique, ce petit côté un peu sinistre, rien de ce qui était prévu, et puis, au bord de ne pas réussir, ce goût pour le point de non-retour, quand on ne peut plus rien rattraper. C’est un rapport purement dynamique. Si je n’en souffre pas, si je ne m’y confronte pas. De toute façon, c’est décidé. Je prends de l’avance. La position sera difficile à tenir, hors négociation, je suis seul face au réel et cette dimension me plaît. J’aurais pu tricher. C’était la solution facile. Inventer des faits. Antidater. Parfois, il ne se passe rien et grâce à cela je peux me concentrer sur ce qui arrive. C’était l’œuvre d’un autre. Chacun son tour. Cela n’a pas tellement d’importance. Bien essayé. Le plan pour découvrir où se trouve l’acte créatif. Je n’ai qu’une réponse. Je la réserve. Depuis peu, elle n’est plus une zone où je pourrais inviter. Parce qu’il faudrait toujours puiser. Je vois trop bien comment tout se tisse en amont. Regard déplacé. Feignant que cela ne me concerne pas, ou que je ne comprends pas, ou que tout cela est si nouveau que j’aurais besoin de temps. Cependant, ce sera mon œuvre et tout ce qui se passe non loin passe tout de même à côté. Sans moi.

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Thursday, July 2, 2020

Chroniques de l'invisible - 179

Je prends ce risque que cela ne se renouvelle pas, croyant en quelque sorte que cela pourrait être tout comme, ressemblant, ne me refusant pas de ces excès qui coûtent. J’imagine tout de suite que cela puisse être différent, pour éviter la routine, très certainement. Sur le principe, naturellement, j’aime bien l’idée. Un pacte de générosité. Au fond, c’est ce qui autorise à diffuser même si de ces centaines de pages il ne restera pas grand-chose. C’est le moi qui l’on ne connaît pas, qui met à jour, raye de sa liste ce qui l’éloigne de son objectif personnel. Je pourrais reprendre à ce face à face. Forcément, j’éprouve un peu d’inquiétude, à cause de la proportion, par exemple. Je ne veux pas que ce ne soit qu’une période où tout se déliterait, l’un des effets ravageurs. Je ne suis pas très optimiste à ce sujet. On nous prépare à des formes de rage. Moi, sur son petit socle inamovible, pour quelques années seulement. C’est possiblement réel. L’option qui s’envisage serait de chaque fois gagner quelques mois. Sur ce point, j’ai suffisamment avancé pour me mettre à la disposition d’une autre manière. Toujours cette organisation quasi sensorielle. Pour y parvenir, je dois prendre une décision ou admettre qu’il y a des sortes de manquements. J’ai été au bord de cela à plusieurs reprises, débordé par ce que je venais de découvrir. Il faut dire qu’en plus, les sensibilités s’accumulaient. J’avais accepté de plonger dans la violence et de mettre en scène une alternative à une solitude sans doute trop pesante. J’avais besoin de cultiver un lien social. En fait, ce n’était pas la solitude qui était trop pesante. Elle n’a jamais pesé. C’était le fait de devoir signifier que ce besoin n’en était pas un. Je sais faire cela admirablement maintenant. Je réserve au silence le nécessaire retour au calme avant de placer autour de moi les éléments essentiels afin de ne pas croire pour rien ou ne pas croire en rien. Je pourrais décrire ce bien-être. Il fait tant. L’instantané retrouvé. À partir de là, je peux être. J’ai beau l’avoir entièrement conçu, ce n’est pas naturel ou automatique de me mettre en condition. Trop de pollutions, c’est certain. Pas seulement celles que je respire.

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Friday, June 5, 2020

Chroniques de l'invisible - 152

Le voyage est immense à l’intérieur de soi. Cela se constitue et, en quelque sorte, pulse des intentions qui, à défaut d’être soudées au réel, oriente les impressions vers un environnement plus sensible. Si je traverse ces mises en forme de la pensée et que cela me permet de formuler en dehors de toute personnification, alors c’est que je me laisse bien conduire par l’émotion. Ce qui l’interrompt n’a de lien qu’avec des sortes d’appel au secours. Il faudrait continuer de dire ou faire dire, faire parler l’inconsistance, lorsque tout ce vide nécessaire est empli au ras du possible pour ne plus avoir à penser les conditions fondamentales de ce qu’il y a d’unique dans un corps unique au contact de tant d’autres corps uniques. C’est vrai. Cela me plaît de le penser. Celui qui dans la tourmente n’aura pas supporté d’être le sacrifié. Ce n’était pas ce que je croyais, un choix. C’était une condamnation, car de jour en jour je plongeais, méconnaissable dans le langage d’un autre. Cela devient si difficile parfois d’avoir cette peine en soi. Je n’aurais pas cru que je serais capable de tout détruire ou de faire s’effondrer l’édifice. Ainsi, l’en-dehors et l’en-soi, sans plus aucun contact, à son paroxysme, tentant de faire couler l’encre inépuisable d’une détermination stérile pour être proche de ce que j’admire comme l’insondable. L’air frais ne suffit pas. Alors je m’imagine reprendre là où j’en étais, dans un café, déroulant l’histoire autrement, m’aidant là où il n’y avait rien à craindre. La mise en route d’autres images superposées avec ce jaune désiré, admirable. Il est vrai que je m’y attendais, à ce retour de bâton. Maintenant il n’y a plus que l’énergie, deux sagesses inversées. Je suis presque au bout. Je ne dois pas lâcher, je ne dois pas céder. Pour la première fois je suis en arrêt devant les questions. Le droit que je mérite ne doit pas être minimisé même si je n’ai d’autre interlocuteur que mon alter-ego. L’effroi se détache pour donner vie à une autre sensibilité. Regard porté sur la chose sale sur laquelle je focalise puisque je la vois partout. Elle persiste. Elle résiste. Au café. Je pourrais le dater mais je ne pourrais pas dire ce qui m’y avait emmené. Une même émotion, c’est certain. Un même sujet, moins sûr. Ma concentration sur le détail m’aide à ne pas me tromper et à me situer par rapport à tout cela. Il est normal d’en sentir une immense fatigue, car je ne verrai peut-être rien de ce que j’élabore, ou pas dans l’état que j’aimerais déjà avoir eu. Tout parle de ce ressenti, d’une seconde période durant laquelle je serai encore aveuglé mais non sans force, avec même une force que je ne serais pas en mesure de contrôler. Une force en quelque sorte nouvelle comme un nouvel outil ou des performances accrues dans certains domaines nécessitant que je délaisse une partie de moi-même à ce nouveau profit. Désolé, je le serai certainement m’apercevant qu’il est trop tard pour revenir en arrière. Au fond, ce que je veux, c’est que ma parole (liée à mon activité) ne soit plus détournée volontairement vers une communauté qui n’existe que parce qu’elle a été suggérée à une période où je pensais qu’il pourrait être utile de faire croire qu’il pouvait exister un assez grand nombre de personnes intéressées par ces problématiques fondamentales. Il n’en est rien. Je dois tout réajuster, tout me réapproprier. Cela ne se fera pas sans verser un peu de sang mais tout refleurira, et c’est ce qui compte. Des mots pourraient tomber, disparaissant. Je gagnerai en partie grâce à la célérité de l’esprit, à sa capacité de mener plus loin un savoir-faire ou une singularité. « Je gagnerai », combat intérieur, ne concerne pas une hypothétique guerre que je mènerais contre l’ennemi, car l’ennemi, s’il n’est pas invisible, est intérieur, et le sang est ce qui va le terrasser. Enfin sur la place publique, je contrôlerai. Car c’est ce qu’il faut, ce qui est nécessaire, rendre public, tout en travaillant à l’intérieur de la langue pour qu’elle continue de progresser. Pour cette fois, je veux aller au bout. Tant de fois j’ai abandonné. Je ne me sentais pas légitime. C’est pour ces mots-là que je dois creuser, pour les placer en tête, à cause du devoir, à cause de cette incapacité constitutive de juste paraître. Cela semble si simple pour tant d’autres. Il suffit de. Les lauriers à chaque étape. Et c’est comme un défaut : je ne cherche pas les lauriers. La situation peut tout de même changer. On concentre. On dispose. C’est une question d’ordre et d’organisation. Le point de vue s’étage autrement, dans les signes, les valeurs. Les distinctions sont contrôlées. L’autorité s’affirme. Il y a une multitude de mondes. Cela n’empêche pas de contrôler le sien, car ce qui n’a plus lieu d’être, c’est peut-être cela qui se confirme peu à peu sur la base de tout ce qui a été engendré jusqu’ici. Je n’ai plus à attendre pour réaliser, attendre qu’on m’autorise. L’ancien moi n’existera plus. J’aurai peur de cela lorsque cela arrivera. Je ne me reconnaîtrai plus. Je ne pourrai plus raconter ce qui n’existe plus. Il faudra inventer. J’étais trop sincère et voulais trop l’être ou le rester croyant que la sincérité était non seulement monnaie courante mais aussi valeur attendue. Ce n’est pas le cas. À aucun niveau. Je suis heureux de m’y retrouver tout de même, d’être le même transformé ou plutôt habitué, n’ayant besoin de rien d’autre. Je laisse le devenir en suspens quelque temps. Retour au présent. À l’être parmi la foule s’exprimant et se distinguant. Vue d’ensemble sur le sujet. De toute évidence, je dois parler. Je comprends mieux. Cette merveilleuse attraction. J’attendais. J’attendais. Et tout était déjà là. (Pleine lune en sagittaire).

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Thursday, June 4, 2020

Chroniques de l'invisible - 151

C’est pourtant pas compliqué. Je veux, je fais et je ne passe pas par tous les contours de la pensée pour accéder à ce qui a provoqué ce besoin. Alors, c’est vrai, ce n’est pas comme avec tout le monde, différent. Et au bout du compte tout le monde est content. Je comprends mieux que c’est cela la question de l’esthétique. Quitte à subir le labeur de l’indéchiffrable. Je ne vais pas faire semblant que cela n’arrive pas. Comment tout s’accumule créant des distinctions. J’apprécie que ce soit cette manière qui s’impose. Impressionnant. M’autorisant de ne pas faire comme tout en essayant de m’approcher. L’agacement travaillé en premier. Pour apporter tout cela sur un autre chemin. Cependant, il y a un lien entre le temps que je passe dans l’écriture incertaine parfois au bord du rejet, et mon envie d’aller plus loin dans la mise à disposition de cette autre expression qui a selon moi, en elle, les conditions de son effacement tant la tendance est au semblable. Pour soi, du temps, puis expérimenter ce qui peut en quelque sorte court-circuiter. J’aime l’idée. Avec cette attention continue pour la rigueur. Elle, donc, aussi, qui revient fréquemment, qui parle à l’oreille du désir, pour s’offrir cette attitude. Je peux me le permettre maintenant (une question d’âge) — et poser les véritables questions, s’étonner lorsqu’on aimerait juste assimiler tout cela à un modèle, sauf que ce n’est pas cela qui gouverne. C’est vrai. C’est comme une certitude maintenant. Pour passer à autre chose, je dois activer. Je n’ai plus envie de travailler avec la mollesse des lendemains. Je veux des surprises et de l’action. Cesser d’être « en attente de quelque chose ». Combat de l’esprit. J’y suis arrivé. J’avais à passer cette sorte de timidité génétique, ce qui, avec le temps, a tendance à m’agacer, parce que je la vois en action, démultipliée. Je veux bien devenir ce que d’autres ont été mais je veux y mettre ma singularité, quand les mots se propulsent et qu’il faut en choisir un. J’ai beau chercher une explication, je ne la trouve pas. Il n’y aura pas de partage de cela. Je m’en fous. J’ai décidé que je me mettrais en danger là où tout est pourtant supposé être stable. Entrer dans ce genre d’application, pour éveiller ce qui a pu manquer à certaines périodes. Ce n’est pas grand-chose pour l’univers, mais c’est une progression folle me concernant directement. Oui, je le veux ainsi. C’est ce que j’aime. Ce que j’adore. Et je viens de passer ce cap. Au seuil du possible, je n’attends plus.

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Wednesday, June 3, 2020

Chroniques de l'invisible - 150

C’est le défilé. C’est là que cela va devenir un petit peu compliqué. Les jours se suivent. Cela insiste, devient gênant. Pas de pire en pire, mais gênant. Et puis, c’est instable. Tout de suite, ça bascule. J’aimais bien l’idée de se lover, de se laisser embrasser, puis le parc. Qu’on n’ait rien à voir à la base, rien à voir au bord du gouffre. Personne ne saura. Sans doute fallait-il du temps également pour en finir avec cette marotte. En fait, c’était une pollution aussi. Les personnages font leur petit tour de piste. C’était bien vu, l’affaire des transformations. Et si je me souviens bien, c’est comme ça que ça a commencé. C’était nouveau. Inédit. Un « jeu » mystérieux.

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Tuesday, June 2, 2020

Chroniques de l'invisible - 149

Je le remarque à nouveau quotidiennement désormais, des formes qui semblent s’armer de puissance, face à leur inconsistance, finissent par s’autodétruire. Pour cela, c’est toujours la même méthode : se saisir d’un sujet à la mode et en faire une affaire personnelle, signe révélateur d’un désir de surpuissance là où nous sommes impuissants. Impuissants d’agir mais aussi de penser. La territorialisation des sujets nécessite de les désynchroniser d’un vouloir hégémoniste totalement hors sol. Temps et espace sont en effet si finement liés que nous n’aurions pas à nous faire les porte-paroles de ce qui nous concerne uniquement dans notre intimité. J’ai cédé jusqu’à il y a peu à cet appel sacrificiel voyant agir sur moi ce glissement vers l’autodestruction. Peut-être est-ce ce que je reconnais aujourd’hui, dans l’écriture, quel que soit le sujet, c’est ce qui compte véritablement, lorsqu’il n’y a pas à vendre un scénario falsifié, plus à mentir sur l’état de l’être, ce qui encadre, je le vois, au centre, non pas le trouble cette fois-ci mais une pleine singularité, pleine au sens aboutie, presque aboutie. Regards sévères de chaque côté. Alors, je continue l’histoire. Je veux savoir comment tout cela va se poursuivre. Il y aura deux grandes interventions, une blessure dans l’intime et une reconquête, même isolement mais sans doute mieux armé. À ce stade, il n’est pas prévisible d’envisager ce que seront les « retombées » tant je me dégage par là-même de ce que l’on pourrait attendre : démontrer ce qui ne sert à rien de démontrer. Le même sujet qui revient sans cesse mais apparemment c’est important d’y revenir : l’émotion rendue dans l’écriture, ressentie, comme une exploration, un microscope pour ausculter ce qu’il y a selon moi de plus vivant à l’œuvre en ce qui concerne l’intime. Il ne s’agit pas beaucoup des corps rencontrés actuellement. L’exercice appelle cette focalisation. Et c’est difficile de voir en direct comment se délite tout un réseau, à cause sans doute, du fait que l’expression rendue publique de certains ne mérite plus un mot de plus. Cependant, c’est intéressant de s’y attarder car il y a des formes d’analogies qui me parlent beaucoup. Ce n’est pas « tous pareils » mais des phénomènes sont une seule et même souche articulant des processus observables comme dans un laboratoire. C’est pathétique. Cela me confirme que je suis bien positionné. Ce n’est pas au-dessus. C’est ailleurs, définitivement ailleurs, et je suis bien dans cet ailleurs.

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Monday, June 1, 2020

Chroniques de l'invisible - 148

Si quelques décisions importantes sont prises dès le début, je devrais arriver à un résultat qui, au minimum, me plaira. En fait, c’est déjà cela. Dans cette sorte de bavardage informe où il arrive parfois que je me retienne, avec des chaînes, comme une bête féroce, pour ne pas foncer tête baissée dans les pièges soi-disant d’une technologie révolutionnaire qui aura réussi au contraire à faire taire la grande majorité et à ce qu’on oublie — tant mieux — peu à peu que des manières de vivre en sont restées ailleurs qui n’ont que faire du petit regard oblique qu’un passant ou qu’un observant vient de leur adresser. Il suffit d’un jour pour tout oublier. On croit que tout le monde fait pareil. On n’imagine pas à quel point cela peut être différent — pas archaïque — différemment moderne, dans la manière de faire aussi et donc la manière de dire. Il pourrait y avoir cette merveille en nous d’être quotidiennement accompagnés par la manière d’un autre esprit. Si cet esprit est déjà accompagné par la manière de tant d’autres, le rhizome est infini. Il n’arrête sa progression que si l’on pollue la terre, ce qui est impossible en ce moment. Peut-être que ce que cela m’aide à ressentir, c’est que cela peut être résolument complexe. Cela n’a pas beaucoup d’importance, après tout, d’être ou non compris ou immédiatement compris. Tout cela en étant, je m’en fiche, dans une sorte d’ombre. Ce qui vient se placer n’est pas, lui, sans importance. J’aurais pu croire que cela me figerait. C’est comme un premier jour à chaque fois. Et puis, il y a l’ordre, ce qui s’est mis dans un certain ordre, sans calcul, sans stratégie. On ne croit jamais que c’est possible. Un voisin tout langoureux. Premier rendez-vous, il me mange du cadavre sous les yeux. Deuxième rendez-vous, il me demande de m’occuper de lui, de son C.V. Je n’ai pas que cela à faire. Et l’autre qui voulait que je m’occupe de lui aussi. Ils voulaient tous que je m’occupe d’eux. Ne se rendant pas compte que j’étais sur un autre chemin où l’on ne croise que des spectres, l’immatérialité de l’être. Je peux ne faire que cela vingt ans durant. Et ce nouveau premier jour me le rappelle. Il faut bien que quelqu’un s’en occupe. On verra plus tard pour la postérité. Ce ne doit pas être une donnée fondamentale. Sinon on rate tout de ce que la langue vient produire lorsqu’elle a à ce point décidé de ne plus être de ce monde. Écrire pour traverser le long couloir de la mort. Je veux bien y passer du temps, que cela soit ma manière envers et contre tous, à contre-courant. Choisir de ne pas être un jour. Maintenant que j’ai disparu. C’est facile. J’entends d’ici les voix discordantes, mais ce que l’on ne sait pas, c’est qu’il y avait ce désir de se trouver dans les interstices et de s’accompagner d’étranges outils, mystérieux, ne faisant que combiner. J’aurais pu le vivre autrement, un peu comme je l’avais fait, en communauté. Il fallait chaque fois s’accorder avec la préoccupation des autres, s’intéresser, faire comme s’il était possible de partager. C’est impossible. Cela ne concerne que le fond de l’âme où se suspendent des réalités propres, chargées d’amour. Au centre, d’autres préoccupations. Le labeur. Je dois passer par cette abnégation. Par les contours. Les renversements. C’est au présent. Ce qui se passe. La question d’une unité d’abord, puis une sorte d’énigme. Et enfin, ce n’est pas chronologique tout ça, c’est simultané. Enfin, donc, la figure qui domine, la période qu’elle s’offre ou la période que je lui offre. Je ne le provoque pas. Cela vient, tout simplement et cela me laisse dans une très belle rêverie car c’est complexe mais fidèle à ce que je suis.

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Sunday, May 31, 2020

Chroniques de l'invisible - 147

Ce que je pourrais aussi faire, ne sortant plus de là, limitant peu à peu les accès, c’est désormais ne plus faire qu’évoquer, un peu pour agacer, agacer le lecteur que je suis revenu à lui-même vérifier comment le génie de l’écriture s’exprime lorsqu’il a carte blanche. Super. De la chair poétique faite de troubles et de pauvres éclairs d’un récit avorté pour en faire matière à toutes mes cruautés, pour voir un peu de sang couler, le sang des hommes et des symboles, celui qui ferait vivre s’il était dans un vrai corps, qui lie le monde dans le corps textuel. Ce n’est pas cruel de vouloir voir couler le sang, de vouloir reprendre les épées symboliques, de vouloir être le héros qui. Et encore, je ménage beaucoup pour l’instant comme pour pré-justifier. J’aurais presque peur qu’on me dise dérangé. Alors j’ajoute du symbole partout. C’est que je cherche ce qui fait mythe aujourd’hui, c’est ce Graal qui me mobilise. C’est pour cela que j’insiste. Il ne s’agit pas d’inventer mais de ressentir et de transposer. Ce qui vient de se passer, si brutal, constitue la scène inaugurale. Tout cela se préparait. L’histoire d’un QG bien protégé, de ce moment où il a fallu rappeler les troupes pour s’acharner, continuer, prendre suffisamment de recul. Cela ne se traduit pas en quelques jours. Ce sont des mois et des mois avant de revenir sur le terrain des hostilités et ce sera terrible : plus d’alliés. Seul sur une terre désolée. La terre de la littérature. Je prends cette option pour quelque temps en retournant à une source. Cela aussi, je veux l’écrire, lorsque je viens bêcher, me confronter à une forme inconnue, lui donner vie à travers ce que je suis devenu, ne prêtant plus aucune attention aux délires sociétaux. S’accompagner de joue dans cette démarche témoigne que je désire provoquer un changement. C’est si bon de se le voir confirmer, signifier. Si c’est l’énergie fondamentale, alors elle encadre un labeur que je suis prêt à assumer. Passer par là. Je n’avais pas vraiment effleuré, mais il y avait d’autres urgences. Et puis, il y a cette attitude que j’aimerais combattre, cette expression de la fatigue, cette manière de ne pas conduire réellement tout le temps. Ce qui me plait à cet endroit-là, c’est que tout semble possible. Croiser. Entrechoquer. Les phrases se balancent autant dans l’air que sur la page. J’avais dit « lune triste ». Il faudra s’en souvenir. Un immense paradoxe qui ne colle pas avec la réalité.

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Saturday, May 30, 2020

Chroniques de l'invisible - 146

Ce serait accepter que je modifie ce que je crois être « de l’ordre de » alors qu’il n’en est rien. Frapper par l’incompréhension d’un sujet, je mets en place autour de lui une stratégie, avec des niveaux et tout et tout. Il y a même, je dirais, une forme de discrimination. Il faut que certains aient plus de valeur sinon plus rien n’a de valeur. Il y avait aussi le temps que j’avais passé à l’étudier, le fait qu’il était dans les premiers. Tout simplement mon préféré. Le préféré change parfois. Parce que depuis, il s’est passé quelque chose. De terrible. On n’y a pas fait attention. C’est arrivé dans l’imaginaire collectif mais c’est arrivé. La révélation d’une immense tromperie. C’est peut-être cela le sujet de l’incompréhension. Cette façon de nous faire croire que ce ne serait pas nous qui nous donnons les moyens de vivre.

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Friday, May 29, 2020

Chroniques de l'invisible - 145

C’est pour cette raison que les focalisations traînent de jour en jour. Des séries de constats. C’est en effet la même personne, qui nous arrange bien. Comme ça, on a toujours quelque chose à dire à son sujet. Parce que, vous comprenez, sinon, je n’ai rien à dire. Quand il n’y a rien à faire, rien à produire, rien à servir, et qu’il faut juste tenter de passer du temps ensemble pour une autre raison que le salaire ou l’obligation conjugale. Ils ne sont pas si nombreux les gens qui se supporteraient pour rien ou pas grand-chose. Alors, un jour, ne plus rien pouvoir se dire. On échange des photos. Je préfèrerais qu’on s’appelle de temps en temps. On se raconterait les moments importants. Mais ce n’est pas possible. C’est rompu. Brisé. Il n’y a plus que l’étrange énergie qui propulse, surprend. Symboliquement d’abord. Chaque fois que je me retrouve devant la tentation, je pense que je ne suis pas à l’endroit où je devrais être. Une nouveauté stimulerait sans doute. Puis, c’est l’ancien qui revient dominer. Tout ce qui est disponible peut tourner. J’ai vu le regard de celui qui est venu me tourmenter. Sa force est extraordinaire. Je savais qu’il reviendrait, qu’il m’appellerait. Je sais aussi qu’il fera comme il a toujours fait : fuir avant d’accepter de traiter le sujet. C’est exceptionnel cette manière de faire. Elle me fige des heures dans les errements de la fiction jusqu’à une sorte de rappel à l’ordre. Au fait. Venons-en au fait. Avec exactitude. J’aurais bien voulu voir me tête si j’étais tombé sur une autre représentation. Il faut donc des heures. C’est le même et je ne l’avais pas vu. Le truc qui me somme de me concentrer un peu. OK, c’est un « je » complexe, articulé, composé, à l’intérieur duquel je dois me rappeler en permanence que si je suis tombé dedans c’était avant tout pour ne pas être identifié si facilement. Il fallait apprendre et apprendre n’est pas ce que je juge être ma plus grande capacité. Ça résiste. La sensibilité constamment préférée fait que la définition ne reste pas. Je ne peux pas la sortir dans les dîners. Je reste stupide. L’aveu stérile : je ne sais pas. Je ne crains pas les milliers d’heures que j’y passerai. Si je reste dans cette perspective que ce qui est en suspens, justement, ne dépend pas d’une inscription quelconque qui pourrait avoir à voir avec ce qui est attendu. Je dois inclure l’effet de cette sorte de surprise. Les interlocuteurs pourquoi cela arrive sous cette forme. Je viens de comprendre ! Ah ben pas trop tôt ! Il fallait le temps que ça monte au cerveau. On veut toujours glisser. Peu importe si on est le premier. Ce qui compte dans ce cas, c’est l’impact que l’on pourrait avoir. Cela excite absolument. Je peux le faire. Construire ou détruire. Ma simple volonté, alors que rien ne dépend de cela. Tout pourrait continuer sans moi. C’est une donnée fondamentale de ne pas se croire incontournable. Jeu de dupe. Je suis revenu en arrière et pour la première fois, je me suis dit que tout cela ne valait pas pour moi. C’était important de le formuler. La trace que je laisse n’a besoin de rien d’autre. C’est une autre période de ma vie. Cela ne fonctionne plus de la même manière. Il fut un temps où il était nécessaire de coller le déroulé de la pensée à l’œuvre.

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Thursday, May 28, 2020

Chroniques de l'invisible - 144

J’aime beaucoup parce que c’est d’une puissance sans nom, saisissante. En plein vol, on aura beau dire ce qu’on en veut, en faire un récit fantastique, on ne saura jamais vraiment, ou alors selon des termes que de toute façon nous n’utilisons pas encore. Celui-ci je renverse. Là je mélange. Je le fais parce que j’ai envie. C’est l’intuition d’hier qui agit parce que je l’ai laissée s’adresser directement à moi. Je n’ai pas voulu la figer dans la théorie. Nous avons été ensemble. Donc. Ce qui germe en nous n’a pas à s’opposer ni à devenir meilleur qu’un autre. Se rappeler cela comme une hygiène de vie. Il n’y aura rien d’autre que l’étape intérieure. Si j’en viens à me le dire, c’est que cette tentation est très présente. S’en souvenir, au fond, c’est se formuler à nouveau qu’il a été nécessaire de maîtriser l’angoisse. Plus rien n’était possible et parmi les options, je dois en accepter une qui ne me plaît pas, que ce sera un retour à des formes banales, à ce que je suis, sans plus, sans attribut supplémentaire, sans nouvelle société. L’échec vient me parler. Il se réactive. On ne m’avait pas dit jusqu’à quand tout cela durerait. J’avais cru « toute la vie ». Ce n’est pas ainsi que cela va s’orienter. Il me plaît tant de constater chaque jour comment les préoccupations tombent même si, je le sens, tout cela est encore lié à des inquiétudes. Nous avons besoin d’un responsable. Autant le trouver dans ce qui est singulier. S’accuser collectivement serait un exercice trop difficile. Ce sera mon argument. L’argument fort. Si nous avions discuté en amont, nous n’aurions pas pris ces décisions. Vous avez voulu que l’élite s’en charge. Que l’élite paie maintenant. C’est son heure. Moi, je n’ai fait que suivre les annonces, les directives, les ordres. Devoir de réserve. J’ai bien compris que le combat intérieur était ailleurs. Et puis, il n’y a jamais de hasard. J’avais été confronté à cet autoritarisme barbare. C’était la même personne, le même sang coulant dans les mêmes veines.

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Wednesday, May 27, 2020

Chroniques de l'invisible - 143

Émotion si forte face à ce « je » habité contenant force et mystère. Beaucoup de ce que je suis et beaucoup de ce qui m’a composé. En cela, je ne considère plus qu’il y aurait une frontière, des cases, des différences. La tension intellectuelle voire morale est très présente au cœur d’un non-sens, d’une implication sans repos. Parce qu’il y a, de ce fait, une liberté. Je peux paraître autrement, pas seulement comme il semble que je suis réellement. Paraître ou apparaître d’ailleurs. Surgir d’un coin inattendu de l’imaginaire désormais seul univers. C’est dans cet espace que la fantaisie peut s’inventer. Après tout, c’est bien moi le héros de l’histoire et si je veux m’attribuer des compétences supplémentaires, je n’ai qu’à l’écrire. Cela s’imposera à tout. Dans cet entre-deux où je ne sais pas encore si je profite ou si je subis, il est nécessaire que l’esprit agisse pour se divertir sinon il risque de tomber dans la routine de l’inutile. Je ne dois pas manquer cette occasion d’envisager l’illimité dans cette manière d’aborder un autre regard, lorsque s’épuise le lien mortifère qui m’unit à ce qui, au fond, me fait étrangement peur. Je ne sais pas si c’est cyclique. Je suis suffisamment attaché à l’émotion première pour ne pas la laisser échapper. Drôle de voie en effet que celle-ci. Je pourrais continuer à l’étudier, lui donner un sens, une signification strictement personnelle. Comme : donner accès. Se voile l’essentiel, mais c’est pour l’autre. Ce n’est pas pour moi. Et ce n’est pas une soumission cette fois-ci, l’autre étant ou pouvant être tout autant l’œuvre que l’objectif. Je ne dois pas feindre quand cela hésite, quand cela tangue. Des données nouvelles viennent interférer. Ce pourrait être l’état pur. Tout le reste me semble extraordinairement loin dans le temps même si pour conclure j’aimerais m’orienter vers une cohérence. J’aime comme cela envahit, comme cela singularise. La cohérence, ce serait d’être dans le palais, d’y être pour longtemps, et de ne pas attendre pour m’élever. Ce ne sont pas des conditions matérielles qui me retiennent ici. C’est le désir, le désir de ne pas avoir d’autre choix. Je veux réussir à me défaire de cela, d’un quotidien de la misère, lorsqu’il n’y a plus que quelques heures, lorsque les mots s’espacent, lorsque les minutes filent, lorsque j’entends d’autres phrases à la place de celles que j’écris, dans une sphère supérieure de la conscience. « Vous savez », « Excusez-moi de vous interrompre », « Je ne sais pas si vous réalisez », « C’était, tout à coup, plus rien, sans être un attentat, mais plus rien tout de même, et aucune parole l’accompagnant, personne pour dire ce qui était en train d’arriver. » Je m’entraîne. Il faudra justifier. Encore, justifier. Que je n’ai pas cédé, que je n’ai pas plié, que je ne me suis pas précipité sur la solution de remplacement, car pour moi rien ne remplace. Pour moi. Rien ne remplace. Un jour, nous pourrions avoir une réelle conversation à ce sujet. Se dire une bonne fois pour toutes pourquoi nous ne sommes pas d’accord. Pourquoi nous ne sommes jamais d’accord.

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Tuesday, May 26, 2020

Chroniques de l'invisible - 142

C’est parti un peu trop rapidement peut-être. Et puis, de m’entendre encore dans mes retranchements. Il aurait peut-être suffi que. Étrange. C’est comme si je me forçais. Je forçais la voix, l’intérêt. Jour des suppositions. Il faut bien les enregistrer aussi. Les « peut-être ». Faire des hypothèses.

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Monday, May 25, 2020

Chroniques de l'invisible - 141

Et cela vient en effet, un signe que je pourrais mal interpréter ou que je pourrais laisser passer, là où il s’agit d’être, sans doute, le plus délicat, car le renversement a eu lieu, je n’ai pas à en douter, c’est une autre mesure et ce qui vient jusqu’à moi parler, c’est bien la vie mue par les courants de la pensée. Dans le couloir, donc, là aussi, ce qui est venu à moi, un objectif à définir et une énergie à concentrer. Je suis hors cadre, hors domaine. Si c’est une période de transition, il faudra revenir sur ces lignes, en faire une transcription, là où le désir se retrouve. Je vois l’obligation à laquelle je me tiens absolument dans la durée. Évidemment que je reste attentif à ce que cela pourrait signifier de ne plus avoir qu’à construire une forme de dignité à travers l’élaboration d’un unique système. Quand il n’y a plus de contact avec ce qui ne peut que sembler et que l’univers est ce champ d’expériences ouvert à tout, car même si le système est unique, cela ne veut pas dire qu’il n’y a qu’une seule option. C’était, tout à coup, être réellement à la place de, n’avoir aucun scrupule à le faire, à le réaliser. La maison bâtie sur du sable s’effondrant de jour en jour. Jusqu’au plus proche, dans la parole, lorsque j’affirmais que la solution adoptée n’était pas la bonne. Autour de moi, plus rien, personne. Aucune convergence. C’était le roman continué et je marchais dans les rues triomphant. Mon bonheur devenu si simple que je n’avais rien à provoquer pour l’avoir à portée de main. Qu’un jour s’inverse, que le matin bascule vers le soir, jours ou nuits, peu importe, l’éveil permanent, l’écoute du corps, puis dans un ordre toujours renouvelé, apprendre, appliquer, faire, attendre, plonger, aimer. C’est un jour particulier. Le jour d’un départ. Je m’en vais. Adieu. J’étais déjà parti dans un autre livre. C’est un autre départ. Une voiture. Les forêts denses. Une cour. Un accueil. On me dit où tout là est. Je prends tous les parfums. On ne me dit rien d’autre. Je comprends tout. C’était répondre à comment faire pour que la fiction ne soit réservée qu’à un seul lieu. Il fallait s’en défaire, s’en éloigner. Le bleu sombre est partout. J’ai juste besoin d’une table, d’une chaise, d’un cahier et d’un crayon. Alors, si ce n’était pas possible avant, s’il fallait partir, c’est que cela a changé radicalement. Arriver. Pour longtemps. Se dire que ce sera ne pas partir maintenant. Rester. Quelle merveille. C’est parfaitement nous. Nous au cœur. Nous de plein fouet. Nous les aimants, dans l’intraduisible. Je ne veux rien expliquer. Intraduisible. C’est facile à comprendre. Il n’y a que dans ma langue que cela conserve son caractère polysémique. Je vise. Je vise. L’énergie comme une flèche. Je croyais qu’il fallait encore postuler mais en fait il faut juste surprendre. On n’attendait pas cela. Un mélange de tout et de rien. Il ne se passe rien. Il y a tout. C’est exactement comme cela que cela s’est passé. J’apprends à aimer ce qui se répète dans la fragilité. Je n’avais aucune stratégie pour changer d’état et pourtant je suis ailleurs. Le grand salon. Ce sera un atout. Je n’ai rien à poursuivre dans ce domaine. Alors, il y a peut-être un autre qui débarque. Non, il est là, il m’attendait. Nous n’évoquons rien du passé. Ce qui nous lie c’est maintenant. Nous sommes ensemble, au même niveau, au même point.

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Sunday, May 24, 2020

Chroniques de l'invisible - 140

Finalement, ce n’est pas très grave si tout cela n’a pas trop de conséquences. Des pans entiers de nos expressions anciennes qui s’effondrent. Je l’ai dit. Je l’ai formulé. J’ai joué. J’ai feint. Je verrai bien ce que tout cela devient. En attendant, il faut réparer la structure. Après la tempête. Drôle que tout paraisse si désolé dans ces moments-là. Ce n’est pas vraiment pire qu’hier. Et pourtant, morne. J’aimerais, bien sûr, dire que cela ne cesse d’avancer, que l’énergie provoquée est incessante et exponentielle. J’aimerais me rassurer en disant qu’il y a des hauts et des bas. C’est comme ça. Mais ce ne sont pas des bas non plus. Ce n’est pas négatif, par exemple. C’est juste comme s’il ne s’était jamais rien passé, comme si je n’avais rien construit. Morne comme le vide. À réparer parce qu’il n’y a que ce paysage me demandant comment tout cela tenait avant, mais il n’y a pas d’avant. C’est maintenant et maintenant et maintenant tout le temps. Peut-être que c’est juste la douleur qui m’est insupportable, qu’il faut juste que la douleur passe. Elle passe toujours. Elle circule. Je m’étais dit au début il ne faudra pas que ça fasse journal intime, qu’on s’en tienne à une histoire et qu’on la développe. C’est raté. Ou alors on adore les bulletins météo. Beau soleil. Tout va bien. Temps gris. Je m’ennuie. Ce qui me rassure c’est que j’adore la pluie. Je ne verserai pas là-dedans. Je l’adore et d’une certaine manière je ne vois pas à quoi cela servirait de pester alors que c’est notre atmosphère qui brasse, qui suit son cours. Juste il y aura ces genres de passage, à cause de la méthode, à cause du fait que je n’ai pas envie de relire et de reprendre là où j’en étais. Cela ne m’intéresse pas. Morose, donc, parce que des figures ne sont plus là. La fiction épuisée. Ou une nouvelle fiction. Commencer un roman chaque jour. Cela me convient. Dans le calme. Je ne me souvenais pas de ce calme. Je ne sais même pas s’il est possible de s’en souvenir tant que l’on ne peut pas comparer. Une deuxième tentative pour revenir à quelque source. Ce n’est pas un regret. Je veux juste sentir, entendre. La dernière fois, j’étais presque en retard. J’y pensais en passant devant. Maintenant, c’est fermé. Je suis sur un banc, dans la rue. Cela sonne un peu, discrètement. Vent doux. Il a été tellement dit. Un sursaut. L’éveil du possible. Cela commencera par une parole. Une question. Ou alors, je laisse un mot dans la boîte aux lettres. J’ai comme un droit, après tout, un droit de tout revivre avec intensité. Si cela doit commencer par de la tristesse. Maintenant que c’est décidé. Puisque je sais qu’il n’y a rien de négatif. Au fond, ça n’a jamais vraiment dû être très différent. Je m’imagine, capturé, captivé, ne suivant rien de ce qui se passait vraiment, n’accrochant aucun sujet. On disait : « il est toujours dans la lune ». Pas vraiment dans la lune. Je me demandais ce qu’il y avait dans la boîte, ou derrière. Ce mystère. Ce que cela peut être. Un personnage dans son état, ou un état de l’être, une période, une fonction. Il y a le désir alors, formé par des souvenirs forcément incomplets. L’immensité de l’ancien. Mon véritable visage, orné, peuplé, se présentant après un long voyage, l’intensité dans le regard pouvant tout supporter. Bien sûr, je vois les chaînes et les blessures. Elles étaient nécessaires pour aboutir. Maintenant, la porte est fermée. En errance. C’était un choix de ne pas être de cette communauté et un jour, je le comprends. La certitude que ce n’était pas seulement une fuite, sans savoir exactement comment tout cela était possible, comment cela se générait. Tant qu’il y avait le schéma « mort-vie », cela ne fonctionnait pas. Parce qu’il n’y a que la vie. Cela se lève partout comme cela s’est levé en moi. Une ultime volonté qui s’accorde. Un couloir. Quelque chose qui s’inscrit, du devenir. Cela arrivera. On m’y emmènera.

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Saturday, May 23, 2020

Chroniques de l'invisible - 139

Comme une première partie. Des images de l’ancien temps. D’abord ce hasard dans le flux du désir d’en revoir un particulièrement, un enfant clairvoyant. C’est lui qui m’a trouvé, puis un lien avec ce jour où j’ai été plongé dans la source. Ma sensibilité avait été suffisamment éveillée pour je n’aie pas besoin d’y mettre toutes les croyances et tout le folklore. Un point essentiel que celui qui se croit maître ne peut ni voir ni comprendre. Cela n’avait rien à voir avec lui. C’était à cause de ses dépendances. Je ne sais pas pourquoi je hais les dépendances. Ou plutôt, je devine assez vite quand les personnes en sont infestées et je m’en détourne assez vite. Comme un rituel. Ils ne peuvent plus faire autrement. Pas forcément chaque jour, mais chaque fois. Tout doit être pareil, revenir au même. Il m’avait dit tu verras je t’emmènerai découvrir les secrets. J’avais imaginé une forêt. Je n’ai pas attendu le Messie pour trouver les secrets dans les forêts. Je suis reconnaissant bien évidemment qu’on ait travaillé ensemble à l’établissement de quelques renforts faisant que cette route nouvellement empruntée était de plus en plus solide, sauf que ce n’était pas pour moi pour aller d’une dépendance à une autre, au contraire. C’était pour délier la pensée. Déjà, il n’y avait que cela qui m’intéressait, le retrouver partout dans les mots. On était à deux doigts du sacrifice de poulets. Et puis, il y avait ce paradoxe de l’intime. Tout devenait inévitablement concret alors que je voulais explorer l’imaginaire. Ce n’est pas que cela me suffisait, et ce n’est pas un manque de courage, parce qu’il en faut du courage pour vivre dans l’imaginaire, voir que rien ne tient plus de quelques jours maximum, qu’il faut toujours produire et ne jamais lâcher. Jusqu’à trouver le cœur de l’œuvre, cette sorte d’aristocratie qui ne dit pas son nom, grand palais, donc, avec des espaces qui ne servent que pour les grandes occasions, et l’hiver tout le monde reclus dans un deux pièces cuisine. On a tous sa marotte. La mienne a son petit caractère. Elle disparaît des mois entiers et un matin elle est là assise à son bureau comme si l’habitude n’avais jamais été rompue, criant des ordres, imposant qu’elle devienne le sujet incontournable avec ce petit air de « tu plaisantes » lorsque je lui dis que j’ai bientôt fini et en trois coups de stylo sur une feuille de brouillon je signe à nouveau pour dix ans. J’en suis plutôt consentant. Disons que j’aime autant quand elle est là que les périodes où elle me laisse tranquille. On ne refera pas l’histoire de toute façon. C’était avant, la première en quelque sorte, celle qui a permis que tout arrive. Une vie qui me satisfait amplement. Ce n’est pas pour me justifier mais c’est tout sauf une dépendance. Un accompagnement, une entraide. Quand elle est là nous sommes côte à côte, elle a travers moi et moi à travers elle. « Faire sien de soi », faire que d’une tentation collective d’être comme tous avec tous j’aboutisse à un objet personnel de recherche permanente. Si c’est ce qui m’est offert actuellement, je le prends. Je prends tout.

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Friday, May 22, 2020

Chroniques de l'invisible - 138

La marque de l’auteur lorsqu’il n’y a plus que des éléments positifs. Je n’ai rien inventé. Tout cela s’est produit. J’ai suivi le mouvement. À présent, il s’agit d’un effort à déclencher. Dans cette masse, s’y retrouver au bord d’être noyé, et si c’est une identification personnelle, elle ne s’attache à rien d’autre. Tant pis pour l’ancien régime, les tenants du micro-temps.

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Thursday, May 21, 2020

Chroniques de l'invisible - 137

Presque une timidité, en somme, même si je n’ai plus à me préoccuper des moyens dont je dispose pour entrer dans la vie, puisque j’y suis. C’est très étrange. Se faire raconter ce qui s’est passé par des témoins. Ce n’est pas que je ne me souviens pas. Ce n’est pas une question de souvenirs d’ailleurs. Je sais ce qui s’est passé. J’y étais. Inutile de me raconter. Et le raconter aussi est inutile. Tu ne mesures pas l’importance de tout cela. Bien sûr que je le mesure. Comme un prodige. Je m’en rends compte un jour en entrant dans une pièce et en y reconnaissant tout jusqu’à la personne qui habitait l’endroit. Son regard, « te voilà », le même que le mien. Cette loi fantastique qui gouverne. Nous pouvions ne plus jamais nous rencontrer. Ce n’est pas un hasard. Nous le savons dans ce que nous sommes. Un besoin, sans doute, d’une confirmation. Pas besoin de traverser le monde. Il n’y a pas de raison que nous n’ayons pas pensé nous adapter à tous les environnements. Ce n’est pas nous être dispersés pour conquérir. C’est une prise en charge de ce qui se créait. Au début, éternel début. Nous sommes celles et ceux du début, vivant dans les massacres, abordant la violence, dans cette immense vague. Il est vrai qu’il n’y a pas d’âge. Nous avons tous les âges. J’entends la consternation : « C’est forcément un univers onirique s’il n’y a de ce vaste monde aucune des règles qui inscrivent les pauvres mortels dans l’échelle banale des besoins naturels et naturellement sociaux. On parle d’un palais. Cela nécessite quelques explications. Ou c’est un délire et on doit l’accepter. Seulement l’accepter. » C’est un palais, un lieu où la pensée se développe, où elle s’est installée. Aucune des règles, certainement, car il faut s’être affranchi d’abord. Si nous dévoilons nos ressources, aucun doute que nous serions pillés. Alors oui, comme une sorte de carmel. Chacun en son lieu dispose de ce qu’il doit étudier et se consacre à cette permanente mise à jour pour diffuser cette œuvre. Cela se passe tout aussi naturellement puisqu’il n’y a pas de création ex nihilo. Ce qui m’amuse finalement rétrospectivement, c’est de n’avoir rien d’autre à faire que constater que j’ai traversé tour à tour des périodes – et c’en est une encore – où l’esprit troublé a tenté de se raccrocher aux branches en s’inventant comme une méthode pour ne pas finir dans la désolation alors que je suis le même et que rien d’autre n’a changé qu’une possibilité que j’ai failli rater d’être au rendez-vous de quelque chose de suprême. J’y étais mais je le refusais. J’y suis maintenant aussi et cela me semble tout à fait naturel. Il fallait passer cette étape, continuer d’abord à ne pas y croire quelles que soient les informations que je recevais de l’extérieur, faire semblant, en somme, d’être comme les autres avec les autres emplissant le temps d’indicibles occupations. Victoire de celle ou celui qui aura passé l’heure de plus, le jour de plus, et nous voilà à compter les mois. Se rendre compte, peu à peu, qu’il sera difficile de partager ces convictions, non que les miennes soient meilleures ou inaccessibles, mais qu’elles sont réellement déconnectées de toute peur, ce qui concerne peu de celles et de ceux qui m’entourent. C’est là sans doute la véritable désolation, celle que je redoutais n’était que l’absolue nécessité d’un mode opératoire à partir duquel j’allais poursuivre mon œuvre. De même qu’il y a une véritable désolation, il y a de véritables rencontres, de véritables unions. Les idées sont là pour peupler. Je suis parmi elles, pleinement. Autour de la table, quelqu’un parle, quelqu’un accueille. Je ne sais rien de ce qui fait que cela se déroule de cette manière. Je suis nouveau. On me présente. On m’explique comment se ponctuent les journées. Heureux d’un fait qui comporte tout du ponctuel, je me glisse dans ce costume. « Ainsi faut-il réussir ici même à faire fiction de soi, en radicalité, de jour en jour et ne rien brusquer pour ne pas écrire avant que cela n’arrive l’action qui m’attend tant l’écrire serait exprimer le désir d’en fuir. Or, je ne veux pas fuir. Je saurai comment et à qui m’adresser quand il faudra partir. » Devant moi, l’intégralité de l’œuvre d’un auteur que je ne connaissais pas. Je pense à ce qui m’a conduit là, à cet interminable labyrinthe de la pensée. Ainsi, mais ce sera plus tard, j’ouvrirai ces livres, après que j’aurai fini ce que j’ai à faire. D’abord finir. Le poids d’une œuvre juste en miroir. Cela aussi est possible. Je ne les ouvrirai pas. Les livres sont là, tout simplement, pour peser. Ils agissent depuis que je sais qu’ils existent. Je les aime aussi. En attendant, je construis, avec d’autres. Dans les couloirs, nous nous croisons. Bien sûr que nous parlons. Pas tant que cela de nos vies d’avant, ni de nos différences évidentes, liées à toutes les différences possibles, générations diverses, genres variés. De simples conversations. L’essentiel circule par écrit, en écrivant, alors que nous avons presque un même ciel, une même temporalité. Cela se fait sans effort et chose extraordinaire parfois sans le dire, comme une sélection sauf que c’est autrement, une distribution, nous irons un jour chacun sur nos propres chemins, personne ne juge, il est offert d’en vivre mais chacun comprend qu’il a une mission à définir, en écriture, en spiritualité. Cela se dit parce que cela a été écrit ailleurs. On ne dirait rien sinon. Ce qui se déroule du passé, en images seulement, pour identifier ce qui revient malgré tout dans cette communauté. Je sais qu’il existe. On en parle. Je sais que je le rencontrerai, que je le relaierai. Nous sommes associés délivrant la phrase que je désire de plus en plus désincarnée. L’opération qui se profile face au jugement est une avancée considérable. Ne plus, dès lors, être dans les circuits d’abondance et nous mettre en éveil. Je me demandais quelle sorte de décision serait prise. Elle se présente avec beaucoup de légèreté. Je n’ai aucun doute que cela m’oriente vers plus de fluidité. Je n’aurais pas pu être dans la catégorie qui feint, comme si rien n’avait changé. Je n’aurais jamais réussi à écrire un tel scénario. La vie offre parfois mieux que la fiction. En temps réel, tout devient merveille. Je n’ai rien forcé à part l’obstination et cette injonction que j’ai dû me formuler très jeune de ne pas être de la partie qui enchâsse. On pourra m’accuser. Ce sera trop tard. Ce sera fait. Je n’ai pas hâte, pour une fois, j’adore même y déguster chaque minute. Cela se ressent dans le corps textuel. Je n’oublierai rien de tout cela.

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Wednesday, May 20, 2020

Chroniques de l'invisible - 136

Alors, une sensualité s’installe, doucement, à la fois dans l’intensité et la fragilité. Je reconnais tout d’un visage, d’une expression, d’une situation. C’était cela, dans le secret. Je mets du temps à le réaliser. C’est allé peu à peu un peu plus loin, jusqu’à ne plus pouvoir l’ignorer. Toute une douceur merveilleuse qui ne se reproduira sans doute jamais. Elle est merveilleuse parce qu’elle contient l’idée de n’être qu’une seule fois. Rappeler pour maintenir, dans la langueur. Je n’ai pas besoin de me demander ce qu’il en était des sensations dans l’autre esprit. Cela ne me regarde pas. Ce serait intrusif. Voir l’éclair du désir comme un événement isolé. Ce sera différent maintenant en moi parce qu’il y a eu cela. Et puis, il y en a eu tant d’autres que je n’avais pas à ce point pris en compte. Je n’ai toujours pas le moyen de l’écrire. Cependant, la densité d’un mot, d’une suggestion.

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Tuesday, May 19, 2020

Chroniques de l'invisible - 135

C’est une heureuse surprise, en soi, d’entendre en pensée le parfait contrôle d’un autre territoire. Heureuse surprise aussi de tout mettre en fonction pour que cela soit reconnaissable et pour que je puisse en débattre. L’événement qui se répétera encore. C’étaient les dernières remarques avant de plonger. Ce qu’il faut réussir absolument à supporter. Au fond, c’est à partir de cela que la vie prend sens. Penser le contraire serait soit se tromper soit minimiser l’impact que peut avoir sur le quotidien la puissance de la récurrence. Jusqu’au battement d’un cœur, finalement. Il est vrai qu’une autre forme d’exigence est née il y a quelques années et qu’aujourd’hui je me moque bien de faire attention à ne pas heurter le sens esthétique commun. Si j’ai accepté ce voyage, ce n’est pas pour me retrouver dans la case de la conformité. Alors, c’est vrai, j’ose me comparer à d’autres formes, j’ose me dire que ce qui n’était pas possible à une certaine époque l’est maintenant que des pensées fortement ancrées continuent à faire cet exceptionnel travail et que cela fasse corps de cette manière. Pour le moment, il n’y en a pas d’autre. En dehors de cela, rien n’a vraiment d’importance au point que je suis près de penser, comme une constante traduction, que rien n’existe à part cela. Il faut que tombent les mots, peu importe. Le reste viendra dans cette nature-là et je n’ai aucun doute sur le fait qu’il n’y aura eu aucun retard, que d’autres étapes se préparent. J’entends déjà le discours, clairement. Cette limpidité n’est pas là pour me rassurer mais elle confirme qu’il n’y avait pas à douter, qu’en crise aigüe, le seul affranchissement contre la peur, c’est la conviction. La rigueur y prend largement sa place. N’avoir aujourd’hui peur de rien. Cela s’est résolu en termes efficaces pour lesquels je sais qui remercier et vers qui me retourner. Je dois chaque jour me réaffirmer : la puissance du langage lu et écrit n’a ni limite ni équivalent. La voix peut dire, naturellement. C’est une autre fonction tout aussi essentielle. La voix lue et écrite peut arriver à manquer. Dans la zone culturelle où nous agissons, elle est fondamentale, car elle est la voix de la loi, de tous les compromis de la pensée. Je ne vais pas me transplanter dans d’autres manières de vivre. Je suis dans un seul lieu de l’action, y suis bien et ne veux pas en sortir actuellement tant je suis convaincu que c’est là le bunker contre lequel personne ne peut rien faire. Se savoir libre et protégé – je dirais : si jeune – est un atout considérable. Rien d’autre que mes propres sensations n’a d’influence ici. J’ai beau tenter de m’en dégager, je n’y arrive pas. Je veux cela et le désir plus intensément d’autant plus que j’assiste au merveilleux développement de l’espace intérieur. D’autres voix s’y installent. Je ne les avais jamais entendues à ce point. Je savais leur existence. Désormais elles ont la place de s’exprimer. C’est donc une première fois chaque jour, incroyable beauté. Toutes les périodes où cela pourrait être comparé ne conviennent pas. Je devais toujours faire. Je ne tenais pas deux ou trois jours. Un devoir envers je ne sais quoi avec pourtant ce permanent désir d’une réelle disparition. Tout à coup, je ne dois pas, je ne dois rien. Il fallait juste décaler dans le temps, modifier les interactions, me plonger dans un monde sans modèle que je ne suis pas sans partager avec des idées si formées et si délimitées qu’elles sont sans aucun doute les personnages dont j’avais besoin pour conduire notre histoire commune. Les nommer serait arrêter définitivement leur caractère et empêcher que se développent les intrigues de la pensée. Je sais que c’est étrange. Sur ma table il n’y a plus rien d’autre que ce cahier, plus rien d’autre que ce qui s’écrit. Je ne désire rien qui viendrait interférer ce qui pourrait l’écriture de rien, rien d’autre qu’une répétition exprimant avec force mon désaccord, ce qu’une grande partie de la masse a souhaité, cette dépendance, plus que souhaité, construit jour après jour sur des monceaux de chair pour continuer à mettre dans des cases ceux qui peuvent. Je suis pour ma part du côté de ceux qui ne peuvent pas et peut-être suffisamment bien placé aujourd’hui pour faire entendre leurs voix qui hurlent partout dans le silence des discours apaisants, des centaines de milliers de corps qui nous achevons. Je ne suis pas de cette police-là. Alors, plutôt que de relater encore et encore les meurtres à tous les étages (oui, il y a trop de meurtres), je pourrais évoquer cette rencontre. Cela arrive. Cela ne s’explique pas. Les mots ne servent à rien. On sait. N’importe où dans le monde, en quelque sorte retrouvés. J’aimerais dire si c’est une femme ou un homme. Non. Je n’aimerais pas dire. Il faut taire cela. Qui ne regarde personne. Cela arrive, c’est tout. Personne n’est surpris.

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Monday, May 18, 2020

Chroniques de l'invisible - 134

Au loin, au très loin, comme un ancien souvenir évaporé, je reconstitue des scènes d’un présent qui ne m’atteint pas, en tout cas s’il m’atteint (puisque j’y pense), c’est qu’il le fait d’une autre manière et, bien sûr, tout cela me convient parfaitement. Une scène en particulier s’anime. Tous ces gens heureux de vivre ensemble. C’est formidable. Une petite société à l’intérieur de la société. Le sujet, c’est la société. Comment ça marche, qui décide, qui gouverne, et surtout : qui manque à l’appel. Ça, c’est agaçant. Ce sont toujours les mêmes. Ne me le dis pas, j’écris leurs noms sur un papier et je te montre. Bingo. Les mêmes noms. Oh, je crois que je ne pourrai rien en faire de ceux-là. Presque un retour au début. Le même personnage qui n’a pas changé. D’un pouce. À part quelques cheveux blancs et un deuil. Nous n’avons pas compris. Mort brutale. Un message un dimanche soir en dehors de toutes les habitudes et de toutes les convenances. Puis presque dix jours de silence. On annonce les funérailles, la cagnotte, le livre d’or virtuel. Cette personne que je ne connaissais pas. Qui avait l’air si importante pour tout le monde. Et moi, je ne la connaissais pas. Après, des liens se tissent. Je comprends mieux. Certains se mettent en concurrence alors qu’ils n’ont ni les moyens ni les diplômes pour le faire. La stratégie est simple, à l’ancienne, préférant l’autoritarisme, être proche du bouton rouge qui déclenche tout, y compris l’alarme. Dans tout cela, j’aperçois la fiction. Je suis dans une autre. Une fiction de l’esprit. Quelques secondes avant de revenir ici, un monde absolu. Ce n’était pas merveilleux mais il y avait des évidences à partir de tout ce qui compose aujourd’hui. Sans doute je n’ose pas. Il faudrait aller plus loin. Révéler ce qu’il y a d’énigmatique dans tout cela. La persistance, de toute évidence. Et la continuité. Je pourrais être le personnage principal. Je ne sais juste pas où est l’entrée. Un monde fait de sensations seulement. Si je veux être un jour déchiffrable, ce ne sera pas par ce biais.

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Sunday, May 17, 2020

Chroniques de l'invisible - 133

Je sais que c’est étrange de se dire que cela se passe au-delà des phrases. On aimerait tout ici du début à la fin avec au centre ou pas loin du centre une énigme inextricable et à la fin sa résolution. C’est pourtant bien exactement ce qui se passe, sauf qu’il n’y a pas de noms pour les personnages et donc aucune forme d’existence les concernant, ni ville où ils auraient vécu, ni famille d’origine. En tout cas, tout cela n’est ni sous-entendu ni clairement décrit, ou si peu qu’il faut un expert pour d’abord trouver puis comprendre. L’expert est utile si l’on veut décortiquer le texte, faire une autopsie en nous disant point par point ce que tel mot signifie vraiment et ce à quoi se rapporte tel autre mot et pourquoi quand il revient sous une autre forme cela rappelle que l’auteur n’est toujours pas mort – c’est impossible ! – et qu’il agit encore chaque fois que quelqu’un lit ou qu’il y fait référence. Alors, sans doute qu’il y a de cela qui se profile, savoir mieux où tout cela me mène ou plutôt jusqu’à quelle puissance je peux aller éveillé écrivant lorsque je baigne dans la preuve que ce moyen existe. Je ne dois pas m’attendre aux mêmes effets. Du point de vue de la temporalité, ce sera différent également. Une permanence de micro-événements. Commencer par « bien sûr, c’est cela qu’il faut faire », puis épuiser, puis laisser faire, laisser venir l’occasion rêvée, ce dont je ne me lasse pas, de tout à coup ne plus faire partie de ce lieu où routines et habitudes avaient fini par m’enfermer. On aimait pouvoir dire où chacun d’entre nous étions. Voilà qui rassure profondément. De même et ne faisant naturellement pas exception, j’étais là, simplement là. Maintenant, c’est fini. Personne ne sait où je suis et j’aime cette sensation, car c’en est une, nouvelle, tendue de quelques réflexes tâchant de plaire ou de distraire, n’oubliant pas, d’une certaine manière, comment tout cela a commencé, globalement, oui, il suffirait de dire « cette année », si on arrive à le savoir, cela aurait pris un an, si on veut, puisqu’il faut un format, sauf que dans la réalité, ce n’est pas tout à fait pareil, cela vient de plus loin, de bien plus loin et il n’y a qu’un seul moyen de l’enrichir (en tout cas, c’est ce moyen qui m’occupe actuellement) : écrire à l’infini. Offrir à tout cela une existence physique à travers l’image acceptable d’un corps textuel.

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Saturday, May 16, 2020

Chroniques de l'invisible - 132

Il suffira d’un mot pour ne pas oublier. Et bien sûr pour ne pas regretter. Il y aura de cela parfois, comme une carte postale. « Je vais bien, merci. » Ou quelque chose de plus simple qui arrivera plus tard. Je ne l’avais pas pensé en amont. Cela modifie tout de là où j’en suis. Un rappel, peut-être, simplement un rappel, qui m’aide au moment le plus juste lorsque je cherche comment faire pour traduire l’instant.

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Friday, May 15, 2020

Chroniques de l'invisible - 131

À ce point, il est rare que je le perçoive ainsi, c’est peut-être même la première fois. Je connais des pensées où tout s’articule parfaitement, scénarios parfaits. Le fait qu’il n’y ait plus rien de négatif. Ça, c’est nouveau. Le temps, étrangement étendu, dans la même case mais pleinement habité, et ce qui aurait pu être un paradoxe – c’est sûrement cela qui me donne envie d’essayer d’expliquer – après des heures et des heures d’une extrême violence. Sûrement l’effet d’un appel que j’écoute depuis longtemps sans décider de le définir, la nécessité d’un départ vers un territoire a priori étranger où je serai plus à l’aise malgré une nécessaire adaptation. Le point déséquilibre quelques-unes de mes habitudes mais là aussi il est rare que je n’aille pas plus loin. Je m’étais juste trompé sur le niveau de base, cet élément si difficile à évaluer lorsque le désir fait que des notions s’acquièrent très rapidement, mettant à jour mes connaissances, alors que quelques bases (de celles que tout le monde semble connaître) ne seront jamais acquises persuadé que je suis qu’elles sont incluses dans la pensée contemporaine, y compris la mienne. Je n’ai pas pu faire sans pour aboutir où je suis et ne suis de ce point de vue pas moins bien loti qu’un autre.

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Thursday, May 14, 2020

Chroniques de l'invisible - 130

Puisqu’il n’y a rien à concevoir de tout cela. Puisqu’il n’y a que cet ordre d’un lever à un coucher. Puisque j’en suis à m’être violemment interrompu dans cette perspective que je m’étais résolu à suivre. Autant dire à quel point mon premier accord ne vient pas déstabiliser. Seulement prouver qu’à chaque impact correspond une période d’énergies que je traverse. Que nous traversons tous. Il n’y a pas d’exception à cela, de justes proportions selon le territoire où nous sommes et bien sûr selon où nous en sommes de nos propres troubles sociétaux. Cela me convient car je ne suis pas ce que je ne veux pas être, au-dessus de la mêlée, mais bien à l’intérieur d’un tout, comme tout le monde. Après tout, j’ai beaucoup étudié la question sans me contraindre ou m’obliger à suivre une théorie plus qu’une autre. Ce qui m’a conduit, c’est la manière de dire et toutes les fois où celle-ci me semblait ne rien comporter de l’arrogance de l’ego, je l’ai suivie, imitée parfois avant d’adapter ce qui peu à peu constituent mon rôle, ma vision et ma propre manière de dire. Se trouver en situation, y compris dans les livres, de ne faire que continuer l’exploration de la pensée, m’oblige à observer un comportement que j’ai la chance aujourd’hui de pouvoir affiner.

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Wednesday, May 13, 2020

Chroniques de l'invisible - 129

L’option 2. À sa naissance, un constat, chantier immense où chaque élément prend peu à peu une autre signification quand il n’y a plus à devoir faire envers ce qui mobilisait une si grande partie de l’énergie qu’il n’y avait pas de place pour l’être en soi à partir duquel je ne veux que penser. L’une des données primaires à prendre en compte est l’opportunité que je me suis offerte au fil des années ne bloquant nulle part le besoin d’avoir pour moi le temps nécessaire pour l’expression d’un désir de type originel ou, du moins, de la plus tendre enfance. Aucun mot à cette époque n’avait réussi à définir ce besoin. Aujourd’hui, je le peux et je mesure que si je me tiens avec rigueur à l’évaluation de quelques décisions parfois difficiles à mettre en place à cause du circuit infernal de la vie sociale, je pourrai sans effort accomplir ce qui relève de mon seul bien être.

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Tuesday, May 12, 2020

Chroniques de l'invisible - 128

Ce serait l’option 1 : se sacrifier sous les bombes, manquer d’être blessé à chaque occasion, plonger, donc, dans les panneaux. Option 1, pour désigner celle qui vient en premier. Il faut d’abord le faire. Ensuite ce sera l’option 2. Au fond, c’est une étape et non une option. Si, si, c’est une option. Les deux sont présentes, mais la 1 gagne toujours. Pour le moment, elle gagne toujours et tous les matins au réveil, la liste des sacrifices défile sous mes yeux avec ses risques, et je suis très en colère. En colère à cause du panneau. Obligation de coller l’être en soi, de se découvrir. En colère contre l’organisation collective qui scénarise à partir de la peur. Ainsi cela ne s’arrêtera jamais, quelles que soient les circonstances. Cependant, et c’est immédiat, ce que j’apporte, l’autre voix, est considérée. Je mesure à quel point c’est nécessaire et je n’ai aucun regret. Il fallait l’option 1 d’abord. Il fallait se positionner. Maintenant, c’est fait, l’option 2 est plus facile à réaliser. Elle comporte moins d’éléments liés à la sédition ou à quelque autre prise de risque.

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Monday, May 11, 2020

Chroniques de l'invisible - 127

L’équivalent a une même structure. Son terrain, au bord de l’imaginaire, où il pourrait sembler que tout dégénère alors qu’une grande partie non seulement régénère et invente ce qui n’existe nulle part d’autre que dans le corps textuel. Aux commandes, l’infini ou plutôt l’indéfini, la dimension aux multiples entrées n’apportant pas de réponse immédiate et préférant la prise en considération de l’immense complexité à l’intérieur de laquelle je choisis d’être l’unique maître d’œuvre. Peut-être ne se pose-t-on pas les bonnes questions durant ces grandes manœuvres, limités que nous sommes dans l’impossible avant et l’impossible après de notre unique vie. Peut-être n’y a-t-il pas de question à se poser, d’ailleurs. Juste à observer ce qui se passe, vivre l’intensité de ce qui se passe. Vouloir toujours se détourner du chemin sur lequel au contraire tout peut comme se révéler.

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Sunday, May 10, 2020

Chroniques de l'invisible - 126

Je n’y avais pas pensé à ce point que se reposerait durant une longue période la même question avec telle une mise en demeure de réussir la même porte s’ouvrant dans ce qui ne semble fait que pour perdre l’esprit. L’exercice disciplinaire a aujourd’hui cette fonction et je viens à nouveau de plonger dans le panneau du héros qui vient mettre le monde à l’unisson de son désir. S’immiscer dans la pensée, tel que je l’ai conclu hier n’a rien à voir avec programmer celle des autres mais bien de mettre à son service mon espace intérieur désormais suffisamment protégé pour ne pas avoir à toujours mettre en danger quelques-unes de mes avancées dans ce domaine. Si dans ces pages s’expriment des paradoxes, je le dois au mystère qui nous tient éveillés alors que plus rien n’est prêt à recevoir mes formulations utopistes. Compter trois jours avant de réagir à la colère. J’ai appris à le faire depuis longtemps. Compter trois jours avant de réagir à l’angoisse. C’est raté pour cette fois. Ce qui est bien, c’est que je le sais. Raté. Un coup pour rien. Peu d’importance. J’aurai ce comportement étrange. À distance. Disparu. Envolé. Je viens de participer de plein gré et je le regrette. J’aurais dû écouter l’impression qui s’inscrit maintenant. Je voulais peut-être uniquement la vérifier, lui donner une plus grande valeur. Ces mots qui ne seront plus connectés qu’à une mémoire passive, lorsque je les retrouverai, ce qui n’est plus sûr à présent, car ça aussi, c’est différent. Il y aura ce lieu sans qu’il devienne un autre, sans que je repasse par-là, pour n’aller plus que de l’avant, ne plus faire que générer des occasions mieux ressenties de faire fiction de soi à partir d’un seul extrait de moi.

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Saturday, May 9, 2020

Chroniques de l'invisible - 125

Je dois croire à ce fait-là, à cette réalité, à cette possibilité. C’est dans ce monde que je dois entrer. Bien sûr que j’ai à affronter un trouble d’une immense ampleur. Je veux juste plonger encore dans le temps de l’autre, pour ce que cela génère dans l’écriture. La stratégie ne pourra plus être la même. Je romps avec l’ancien système, conscient que c’est le courant minoritaire qui vient prendre la parole. L’intensité de ce rapport de force se mesure dans le corps textuel. L’adversité, c’est l’application stricte d’une mesure arbitraire déversant la peur sans limite, empêchant tout deuil collectif de se faire face à tous les risques de l’existence. Ce qui vient de m’être enseigné n’a rien à voir avec la peur. Le trouble, d’ailleurs, que je ressens, n’a rien à voir avec la peur. Oui, tout le passé d’une relation surgit, fait volte-face quand on s’y attend le moins. Mon refus d’obtempérer, constitutif, continu, sans faille, me place hors du lot sans pour autant faire de moi un héros, car je me fiche bien de la plaque qu’on mettra sur le mur d’un immeuble renseignant que j’ai vécu là. Ce qui compte, à cet instant, au titre d’une volonté politique inédite, est de tout faire pour briser les cercles infernaux des soumissions auxquelles nous, collectif, contribuons à rendre de plus en plus étouffants. Oui, j’étouffe de n’avoir aucun lieu de parole citoyenne. Je n’accepterai jamais cela et je viendrai m’immiscer dans la pensée.

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