Saturday, January 11, 2020

Chroniques de l'invisible - 006

Dès que le mot est là, il y a à la fois conduite et détermination. Il mobilise l’attention. Il semble presque s’imposer à tout. Le premier qui tombe est donc comme un ordre adressé à la conscience. Quelque chose s’ouvre alors, un combat d’idées en quelque sorte, une confrontation entre ce que je crois être et la réalité, ce qui paraît au monde et ne tient pas compte, par méconnaissance, de l’influence réelle, en lien avec la « matière qui nous entoure ». On ne peut taire le lieu où la vie de l’être commence. Faire confiance naturellement préfigure que la vie de l’être est placée sous la protection d’une force énigmatique qui n’attend rien de ce qu’elle crée à part tenter de peupler sans connaître la portée de ce qui est créé en dehors du corps qui l’a porté et conçu. La porte qui s’ouvre est immense, mais elle ne laisse pas l’être sans l’intuition de ce dont il aura besoin pour mieux vivre. Il y a toujours un apport supplémentaire pour sortir de la dualité, comme un médiateur pacifique. Je dois être très attentif à ce qui se passera autour du 20 janvier. Une alliance ou une transition, la réalisation concrète due à un contrôle territorial, un espace où s’exprime le savoir, d’où certaines méfiances ont totalement disparues parce qu’elles sont désormais sous contrôle et efficiente. Il n’y aura pas de nouvelle voie, l’envol seulement d’une présentation, en solitude encore, en travail. Le deuxième mot, donc, ne fait pas que correspondre ou s’opposer au premier. Il est rendu possible, compréhensible, par ce que le premier a déjà déposé. Les options ne sont pas si nombreuses à ce stade. Ce que je mémorise le sera absolument. Ce que je ne sais pas, je ne le devinerai pas. La nécessité d’un « associé », proche de la figure du maître pourrait se traduire par une rencontre parce que je le désire ardemment. Le troisième mot confirme, interroge, prépare la suite, le retournement, le changement d’allure, une forme de rajeunissement de l’être qui n’a plus aucun frein pour encore mieux s’établir. De toute évidence, je comprends mieux la supercherie mais il faudra, même à ce niveau, que je vive avec parce qu’elle est inhérente au fait social. On trompe pour avoir le contrôle et si possible le pouvoir, pour diriger la conscience vers un point de dépendance dont on ne pourrait sortir qu’en payant, y compris de sa vie. Ce à quoi je ne m’attendais pas est en train de se produire. C’est possible par la représentation, le travail, l’invention, l’expérience, la symbolisation primant sur la signification, car il serait banal de concevoir que l’être ne doit son autonomie qu’à une seule raison d’être voire une seule personne. L’accumulation de l’instinct et de l’intuition n’est pas une spécificité de l’être humain pleinement englobé dans une autre nature que la nature sociale. L’esprit, le seul dont nous avons connaissance, se donne sans compter. Son objectif est de persister au-delà de l’individu pour accompagner celle ou celui qui se propose de devenir un bâtisseur, une aide pour des temporalités qui échappent à la conception, vivre devenant participer à l’élaboration d’une existence éternelle, dans la limite que pour le moment, à ce jour, je sais qu’elle s’arrêtera. C’est là le grand paradoxe d’œuvrer pour une meilleure conscience dont je ne jouirai pas sachant que tout cela, peut-être, s’effondrera. C’est sans doute trop tôt pour le savoir, à moins que je ne le sache jamais. Des qualités s’expriment de fait, en soi. Parmi elles, cette sorte de labeur que rien ne nous impose et pourtant s’impose. Je le vois depuis la nuit des temps ne cesser de construire. Je m’intéresse moins, instantanément, à ces « manières de vivre » qui coexistent. Ce qui compte est ce que je poursuis, les outils que je place peu à peu dans mon entourage pour, déjà, à mon niveau, progresser. Ce n’est donc peut-être pas si mystérieux, au sens où tout m’est accessible. La « chose » se forme peu à peu. J’y accède sans heurt, sans commander une ligne de conduite qui pourrait également se traduire par une ligne de fuite. Le plus important, je le mesure de mieux en mieux, est de mettre en corrélation l’ensemble de mes pressentiments avec les données qui me sont accessibles intellectuellement, et je n’ai d’autre parcours alors que celui que je poursuis, sans inquiétude. Tant que cela propulse du devenir, je l’accueille avec une grande énergie et somme toute beaucoup de joie. C’est le même étonnement à chaque étape. Oui, cela se produit. L’enthousiasme gagne. Il survole. Il accomplit. Me voilà sur un terrain de conquête où la vie s’anime comme elle aurait dû s’animer depuis fort longtemps, ce qui explique pourquoi je me suis jeté dans cette voie, pour la singularité (c’est possible) mais avant tout pour le bonheur que cela procure à chaque instant de se sentir appartenir à un tout sans aucune faille. Ma curiosité s’en retrouve totalement excitée. Je glisse dans l’élément le plus fluide du monde, au gré des courants naissants et se renforçant. L’entraide devient l’élément fondateur, où que l’on soit. Ce qui « peuple » est divers mais la raison de bâtir est la même. C’est le même espace. C’est le même lieu. Je veux accélérer les mises en correspondance. Pour m’amuser. Il n’y a plus rien à compter. Je ferai quelque bilan dans l’ivresse. Je me moquerai même pour désacraliser ce que nous croyons issu du commandement. La merveille est de le voir se réaliser en pleine vie, dans le présent. Je n’ai plus qu’un commandement, celui du « je ». Tout s’unit. C’est une conclusion. Je vais maintenant tout faire pour me libérer. Me voilà entre ciel et terre, le seul qui, dans mon entourage, témoigne d’un acquis diversement adressé pour ce qu’il promet d’être à la fois respecté et promu. L’idée de promotion a du mal à s’imposer à cause de mes opinions à cet égard, pour le moment arrêté à l’idée qu’il n’y a pas d’élu, de meilleur qu’un autre. Les correspondances que je tente, à chaque fois, me somme de rester dans mon sujet. Il y a un temps pour tout, soit, mais chaque chose à sa place. Cela correspondra quand il le faudra. J’associe cependant car je ne peux pas faire autrement. Ce qui est lancé est désormais en cours de perfectionnement. J’accepte l’humilité de départ, mais ne m’en dévalorise pas. Accepter sa condition serait presque la première condition. Ne rien envisager d’autre qu’un autre nous aurait subtilisé ou regretter un dessein qu’on nous aurait empêché. La valeur sûre est la terre sur laquelle je me suis posé (ou sur laquelle j’ai été placé, la vie ne cessant de tenter l’aventure pour renforcer sa « matérialité »). La générosité devient la qualité à maintenir active par le travail. On m’a donné, je donne. J’en suis là grâce à ce qui m’a construit. Je ne le dois pas à un don du ciel. Là où je suis plus avancé, j’accélère. J’en serai remercié, accueilli. L’autorité spirituelle me rassure. Elle me dit de mieux me concentrer sur mon sujet. Presque rien d’autre. Travailler à l’élaboration de son autoportrait. Continuer à ne voir qu’une chose après l’autre. Rien ne commande. Il n’y a pas de règle préétablie. L’aboutissement est d’autant plus énergique qu’il est individuel. Retour au sujet de l’actuel : l’alter égo. Ce qui se croise, s’enlace, se met en mouvement pour fonder l’imaginaire dans la lecture chaque fois différente d’une semblable continuité apparente seulement pour qui n’a jamais tenté l’aventure. Car il y a un risque à tout cela. Mieux être en soi, c’est ne plus avoir d’enjeu de conquête, n’avoir plus de raison d’être dans le tissu social qui, lui aussi, travaille à sa manière sa perpétuation. Ne plus rien avoir à y faire, cela veut dire rompre. Tout saigne à devenir. L’émotion qui s’en dégage est fragilisée. Ce qui la protège est supérieur. C’est troublant d’imaginer encore une autre dimension dite englobante. Je n’y aurai pas accès. Je sais juste que c’est là. Je le mets en option, non pour dire mais pour justifier certains régimes dus à des réactions qui ne concernent pas directement le fait relaté. Je reviens donc à l’étude pour identifier d’abord, comparer, commencer à signifier, entrant peu à peu, aussi, en phase de repos pour me laisser prendre du plaisir à juste lire, juste lire sans dire.

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