Saturday, January 25, 2020

Chroniques de l'invisible - 020

Et depuis que cela a commencé, je ne le regrette pas, non que cela m’apporte des surprises, mais que ce qui vient s’écrire se trouve comme réactualisé. Entré, donc, dans l’intensité du paysage, tout me dit en effet « comme d’habitude ». Je reconnais et maintenant que je le date, je sais que ce qui se travaille est ce que sera la forme, ou plutôt, ce qu’elle est à présent, en train de devenir, de s’installer, dans la durée. Des couleurs ont fané. La marque prouvant les fragilités liées à chaque pensée, née, absorbée, l’apparition, le parcours, la disparition, toujours, comme une diffusion. Il n’y aurait aucune crainte à attendre. Puisque c’est déjà arrivé. À l’identique. Dans toutes les combinaisons possibles, nous étions une partie de l’agissant. La grande différence est que nous avions un ou deux ans, à peine nés, et qu’aujourd’hui, la conscience se traduit par une volonté autre, pensant l’unicité. Merveilleuse douceur venue porter un message, d’un mot vers l’autre. Quelle émotion de se rendre disponible à cet accueil, à cet apport, à cette ouverture. Un premier contact, cet inconnu si subtil, si sensible, à l’intérieur duquel l’identité mue, se reflète. Je suis d’accord pour « dompter » une partie de l’insondable, de cette quintessence. À chaque reprise, s’inviter à faire face à ce qui semble me menacer. C’est avant tout une volonté physique. Cela épuise. Il faut être préparé. La première fois, comme chaque fois, un état de l’être non plus au service d’un autre mais en réelle application de ce qui en lui fait mystère. Nous ne sommes pas égaux devant cette appréciation. Des êtres en souffrance se soumettent. D’autres se révoltent. L’absolu d’un tout domine pourtant. Je ne dois pas cesser d’être pour quelque chose dans l’établissement de sa réalité, sans pour cela avoir besoin d’en prouver les bienfaits, réels. Peut-être n’aurais-je pas dû à ce point révéler. Seule la sensibilité conduirait autant la mémoire que l’action. Cela ne fait que suivre. J’ai cet immense besoin, cependant, d’en faire l’objet d’une forme d’éternité à l’œuvre que l’écriture s’est donnée. J’écoute ce qui hurle en moi lorsque je constate qu’en ce lieu sans dogme règne encore une autre sorte de dogme ou les effets d’une autre sorte de dogme. Le trouble est de voir dans le monde encore tant de désespérance. Aider cela à conquérir est devenu plus qu’un objectif. Il est un sujet essentiel que je ne dois jamais abandonner où qu’en soit ma « correspondance » avec mon paysage intérieur à présent, je n’en doute pas, globalement détaché. Oui, je me vois former l’idéal.

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Friday, January 24, 2020

Chroniques de l'invisible - 019

Nouvelle lune. Ciel poétique. Les encombrements de la pensée sont si loin. Une journée pour soi, un peu à part, en observation. À partir de tout ce qui s’est élevé. Je ne pense plus et ne ressens plus comme avant le temps de l’ancien, presque littéralement évaporé, ou plutôt diffusé. Il y a eu comme un éclat non violent, sans précipitation, sans immédiateté. L’événement grâce auquel je m’autorise à relier n’a pas cette ponctualité qui gouverne nos croyances ou nos désirs, comme si cela allait changer à une heure précise, un jour précis. Nous serions plus assurés à prendre en compte l’ancien alors qu’il faudrait tant de détails qu’il n’y aurait qu’à le revivre pour bien tout comprendre, comment tout s’est enchaîné, la personne qui entre, celle qui sort, celle qu’on rencontre, la vitesse du train, la couleur du ciel, le parfum des feuilles, la force du vent, le froid. De tout cela, on ne retient (au sens intellectuel) que soi-disant l’essentiel ou un résumé (j’ai vu untel, j’ai fait ceci, cela, etc.). En fait, on retient tout d’un point de vue sensoriel. Prendre conscience de ce phénomène pour soi et pour le monde entier, c’est vivre chaque seconde comme un événement ; le présent devient l’importance. Je pense alors à l’oublié, ce qui ne fait pas sujet. En quelque sorte, le domaine de prédilection. C’est l’option que je prends : il n’y aura pas de jour sans.

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Thursday, January 23, 2020

Chroniques de l'invisible - 018

Le récit, comme je l’appelais au début, devenu fiction, lieu de passion et d’aventures pour l’Esprit. Chaque unité, accompagnée de musique, stimule la naissance de personnages. Ce n’est pas vie et mort, mais une apparition. Ils n’étaient pas là puis ils furent là, déjà entiers, déjà constitués. Je n’ai pas d’avis sur l’aspect structurel de tout cela, surtout depuis que je me laisse conduire par la sensibilité de ce grand complexe aux apparences diffuses. De ce point de vue, j’ai clairement fait céder une résistance. Ce qui parle en permanence est une option possible du vivant. Entrer dans ce réseau où quelques mots déposés alimentent ce qui a l’intérieur sera l’objectif d’une étape, en attendant que tout s’unisse à nouveau, et seulement, dans ce qui me définit et m’oriente. J’aime penser qu’une fois l’énergie acceptée comme telle, il se produit un effet que je dois laisser agir, voyant tout se constituer, pour une fois seulement, peut-être (mais au fond, cela se transforme peu à peu en suite d’une seule fois), cette étrange apparition que je trouve si poétique avec la manière qu’ont toujours les objets comme les mots de se disposer aussi dans l’espace rencontrant un regard, se nourrissant d’autres énergies, des liens qui se feront de fait car il ne peut en être autrement. Je me souviens donc, même si je pensais ne pas avoir le temps, même si je croyais que ce n’était pas le bon endroit, que des parties sensibles se sont rejointes. J’aimerais noter avec précision tous ces détails, dans l’écriture, à quel signe je vois que les personnes se laissent dépasser, comme abandonnant une partie d’elles-mêmes, par lassitude peut-être, même si cela pourrait être traduit par une fatigue, un manque de temps. Il n’y a pour ces sujets aucune fatigue qui ne s’imposerait, aucun temps qui manquerait si nous étions tous au clair avec nos propres désirs. Une sorte de « un peu », et rien d’autre. Là où je suis selon moi. Cela ne signifie pas « sans prétention », mais plutôt sans y associer d’enjeu supplémentaire, hors-sujet comme on pourrait être hors-œuvre, et sans mobiliser un espoir inutile (un effort inutile) pour changer de milieu, progresser au sens hiérarchique du terme, dans ce que nous voudrions être un autre réseau d’influence où, de toute façon, ne se trouvent que les espoirs et les efforts de tant d’autres qu’on passerait notre temps à observer les marques de souffrance sur les corps, exprimant malgré eux leur difficulté de renoncer, paradoxalement lié à leur abandon, car s’abandonner dans un milieu qui ne nous désire pas, c’est ne pas renoncer à y être. Mieux vaut parfois mieux vivre ailleurs que mal vivre dedans. J’ai fait l’expérience de voir à l’intérieur des périodes comment la voix était revenue à son unité. Des parties se sont heurtées à la nouveauté, mais l’aspect récréatif a vite informé l’auteur que je suis qu’en ne laissant aucune trace du chantier en cours de réalisation, il y avait une autre place pour autrui, une place de choix. Je m’étais dit « quelques mots, quelques allusions », ces fils tendus pour une ultime lecture qu’il ne sert à rien de garder. Ce furent des paragraphes entiers. Je me remets à peine de cette décision, la preuve étant que le sujet revient. Je suis toujours tenté d’en rester là, de peur de me retrouver dans une zone d’incompréhension. Le travail accompli, comme l’œuvre aboutie. Ce serait si rassurant que cela soit déjà fini. Il fallait mettre un peu le bordel dans ce sanctuaire trop vénéré, renverser aussi quelques certitudes, que tout se tiendrait par principe alors que ce qui avait réussi la fois précédente, c’était justement que la phase de « réparation » du texte avait été accompagnée. Cela aurait pu durer des années, continuer ainsi dans le confort, le luxe. De ce qui a eu lieu. De ce qui aura lieu. Un mi-chemin. Un entre-deux. Je comprends mieux ce qui m’informera. Cette fois-ci, j’accepte qu’il ne servira à rien d’autre ici (à moins d’en faire tout autre chose) que de lier mes domaines d’expression, autrement que le flux continu, autrement aussi pour mieux travailler l’élaboration temporelle, comme les mots, peut-être, s’enrichissent. J’ai peut-être des procédés répétitifs que je dois distraire. J’ai hâte d’y retourner, de viser le bon jour pour le faire, ou la bonne nuit. Et je pense à cette nouvelle situation, imaginant qu’un de mes titres interpelle, voire ma photo, juste le titre ; j’ai tellement confiance en eux, en leur autonomie, à la proximité avec l’image, le contraire de ce que l’on croyait, « l’auteur sans visage » ; Au contraire, donc. L’auteur et son visage. L’auteur a son visage. C’est dans l’autre sens qu’on pourra reconnaître.

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Wednesday, January 22, 2020

Chroniques de l'invisible - 017

Joie légère au réveil. À nouveau tout m’amuse. Je suis sans doute trop peu attentif pour mémoriser toutes les combinaisons, et les critères qui agissent, et les distances à calculer, les mauvais élèves de la classe (ou le meilleur, finalement) qui ne fait pas l’effort d’apprendre des listes et refuse très clairement de se laisser prendre au jeu du dogme et de l’examen de passage qui aura selon moi toujours pour effet d’installer dans les rapports sociaux une arrogance qui n’a aucune raison d’être et qui pourtant agit perpétuellement dans cette période historique dans laquelle je vis contenant des principes ou des points de vue qui réclament qu’on traite le sujet avec un esprit rénové. Ce que nous collons aux images (aux figures) l’est la plupart du temps pour simplifier ou vulgariser des phénomènes en lesquels nous ne pourrions soi-disant croire qu’à la condition qu’ils contiennent un modèle à suivre, un modèle à respecter. Il n’en est rien. Il ne s’agit pas de tous les faire tomber mais de replacer leur rôle dans un tout constituant. Il en serait ainsi pour toutes nos hiérarchies, la trinité familiale et notre amour pour un prince, une figure, encore, qui concentrerait le pouvoir des masses grouillantes, et qui pourrait avoir pour fonction de stabiliser ce qui n’est que mouvement. Il faut admettre que ce qui agit en nous n’est pas toujours connecté au présent. L’effet de ce qui se passe, de ce que nous recevons, peut mettre du temps ; ce qui a lieu immédiatement, cette révélation met en branle une élaboration qui s’inscrit dans toutes les élaborations déjà en cours d’exploration. C’est un cumul permanent. Ne rien figer en cela, c’est offrir au devenir des voies non préconçues, ouvertes à tous les succès. Ce jour est comme un jour d’épuration. J’élague le vieux jardin plein de ronces qui rend le corps textuel tout à fait indéchiffrable. Éviter les détours, les sujets qui ne concernent que l’amont. Cela a existé et cela suffit. C’est un soulagement incroyable de voir disparaître les troubles et les paradoxes, avec les assignations. On ne garde que le récit. Je le veux bien double mais je ne le veux pas trouble. Je me demandais ce qui se déciderait en cette fin de lune. C’est cela. Direct au but. Finir, c’est supprimer ce qui a résisté. L’incompréhensible ne rend pas mystérieux. Il fatigue inutilement. Aucune précipitation. Recommencer encore lorsque la forme m’apparaît qu’à peu près. Il n’y a pour cela rien qui presse. C’est important. Ce que j’apprends en cours d’élaboration doit s’appliquer intégralement. Et tout au long de la journée. Il n’y a plus qu’un fil tendu d’événement en événement. C’est une énergie que je n’ai jamais connue, à travers les heures, en contrôle. Voie rapide. Rien ne peut devenir un obstacle. Je jette de rapides regards sur le passé récent. Tout le travail semble n’être qu’une seule seconde. Envie de crier au monde : « Vous êtes tous magnifiques ». Tout danse comme une folie.

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Tuesday, January 21, 2020

Chroniques de l'invisible - 016

Que c’est tentant de toujours faire correspondre, et épuisant. Il faut absolument que chaque seconde ait un sens. Sans relâche. Le relevé. Le calcul. Il y aussi un 20 janvier dans « Les déracinés ». C’est aujourd’hui que je le relis avant que le livre change de forme. « Me consacre à la beauté », disais-je en 2019. Un an après, je refuse de me joindre à quelque réunion pour finir de relire. Je ne l’aurais pas fait si j’avais cédé à la peur de manquer l’événement du siècle, le brainstorming de la médiocrité. Amusant que j’en sois à ce stade de la relecture, un sujet donc encore très actuel. Je me demandais pourquoi il se faisait si insistant. C’est le temps nécessaire pour accepter l’agression, admettre qu’elle a bien eu lieu et que je n’ai que des outils de douceur, de distraction, pour m’en soigner, d’une part, me protéger d’une répétition, d’autre part. Cette journée est exceptionnelle pour mesurer ce que j’appelle des « points d’essence », qui sont ce qui a permis d’abord que je baisse la garde, que je me laisse envahir et que je me fasse agresser. Alors, ce serait à un autre niveau où se règleraient des sortes de conflits. J’y suis prêt. Le tout est toujours de s’y reconnaître et de prendre en compte les signes adressés au vivant de l’être.

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Monday, January 20, 2020

Chroniques de l'invisible - 015

Le fameux 20 janvier. Au fond, j’aime cette période. J’aime bien aussi cette situation. C’est le jour, donc, où j’aime tout, du début à la fin de la journée, et je me moque (encore !) des soi-disant menaces contenues dans les messages prophétisés. Puisque de toute façon, je suis parti pour une durée illimitée, autant en profiter pour m’offrir des journées de loisir et, pourquoi pas, de diversion. Je relève les récurrences désormais. Plutôt que de travailler sur ce qui revient toujours, je travaille ce qui ne vient jamais ou très peu. Grâce à cela, le domaine de la fiction devient plus amusant. Il m’aide à tracer, à mémoriser. Ce n’est pas rien de se trouver confronter à un corps qui n’ose pas encore alors que tout est en lui. Ce n’est pas le mien. C’est un autre corps. Un corps qui hésite ou plutôt un corps qui a peur qu’on lui dise que ce qu’il produit n’a aucun sens. Il se fait des montagnes de tout, remplit le calendrier pour ne pas avoir à penser, puis lorsqu’il a une matinée libérée, il est tout emprunté. Maladroit. Il n’avait pas le droit. Je n’hésite plus à l’évoquer. Suffirait encore de le nommer. Un grand amour éphémère. Il n’y a que cela qui compte aujourd’hui. Mes amours éphémères. Me retrouver dans le plaisir immédiat de faire, de garantir qu’un espace est réservé. On n’y négocie qu’avec moi. C’est la toute puissance à l’œuvre, sans conséquences sur autrui, ce qui me convient bien. Je n’ai pas besoin de me justifier. J’ai juste besoin d’essayer. Il faut tenter l’aventure. Cela ne coûte rien. Pas plus tard qu’hier, j’étais à me morfondre dans l’incompréhension. C’était pour donner du sens. A-t-on besoin d’un sens ? Évidemment que non. On dira soit qu’un jour ça s’est mis à tourner, soit que ça a toujours tourné (je préfère la deuxième option). Et puis un jour ça s’est mis à tourner dans l’autre sens. Nous sommes à un moment de cela. Voilà tout. On ne va pas tout révolutionner. Apporter un quelque chose qui ait son impact, ça m’intéresse. Non que je me trouve meilleur qu’un autre, mais que je considère que cela fait partie de nos compétences d’être en mesure de créer et de propulser, c’est-à-dire d’inventer une autre manière dans le but de mieux faire. On peut aussi rester devant la télé (je préfère la première option). Ce ne sont que des combinaisons. Cette fois-ci, il va y avoir une révélation. Le temps glisse. Oui. Je sens le temps glisser. Lecture croisée du temps. Quelle énigme merveilleuse ! Où l’on ne saisit plus, nous trouvons le repère. C’est toujours juste. Je pourrais sans doute identifier ces phases d’accord et de désaccord, ces liens qui se tissent, nous ne sommes jamais en un même lieu, d’un seul coup dans la maîtrise d’un domaine, un temps pour tout peut-être. Souffrir autant l’ultime que le sublime, le vivre effectivement, on se voudrait toujours voir naître ailleurs, mais nous sommes aussi quelque part. Ce qui progresse n’emporte pas tout ce que nous sommes. Cela danse malgré tout, reste connecté. C’est une période où rien ne transite. Ce ne sont pas les mêmes domaines d’action. Nous sommes plusieurs. C’est exceptionnel de s’en rendre compte, de se savoir agissant sur et dans plusieurs dimensions. Je prends tout cela avec beaucoup de précaution. La hâte disparaît totalement. Je suis d’accord. En accord. Cela s’impose. La figure fantastique, lieu de la poésie, du mystère, de l’imaginaire, porte un désir, travaille la liberté lorsqu’elle se détache des aspects. Cela a de l’importance, mais c’est moindre. Et au fond, c’est toujours la même activité, faire un état de l’être, puiser en son sein ce qu’il exprime pour être comme prouvé. Un chercheur n’a que cela à faire, chercher. Cela m’amuse désormais de faire des liens avec des dates du passé. Un 21 janvier 2014, j’achetais mon nom de domaine d’auteur. Six ans plus tard, je viens d’achever les corrections d’un troisième livre. Tout ce que cela constitue n’est que fierté. La lune était warning gibbons, 79 %, passant de vierge à lion, à 394 040 km de la Terre, et c’était son dix-neuvième jour. C’est quasiment la même situation que les 14 et 15 janvier, à cela près que la lune était 30 000 km plus proche de nos, c’est-à-dire plus influente.

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Sunday, January 19, 2020

Fragment de jours - 10

Ce n’est pas que je n’ose me le dire. C’est autre chose. Comme si une fois de plus, le sentiment qu’il m’avait manqué quelque chose revenait entièrement. Je m’enregistrais lisant des romans puis m’écoutais la nuit me demandant : y a-t-il de la musique dans tout cela ? C’est à cause de tout ce qui me semble ne servir à rien. Je vois tout défiler et puis il n’y a plus que le temps qui m’intéresse. Mieux, la durée. Ainsi, je me détache de certaines préoccupations. Elles n’ont pas lieu d’être puisque je leur laisse tout loisir d’expression, jusqu’à parfois disparaître (mais pas tout le temps). Elles nourrissent et j’aime comme cela provoque en permanence une dynamique subtile qui n’a rien à voir avec ce qui s’écrit dans l’instant. Cela mobilise une forme de mémoire et je réalise après ces quelques semaines qu’un événement essentiel s’est produit, se produit, qu’il devient le corps même, s’avançant avec, autour, en face, des formes enrayées, elles sont folles, mobilisant toute leur énergie pour tout à coup être au centre de tout, comme si seules elles ne pouvaient exister. Ainsi, peut-être, sans conflit, se réalise à l’intérieur du texte une forme de coexistence. À ce stade, je ne fais qu’y résister, essentiellement pour y modérer les émotions à tendances dominatrices, comme la colère, la colère contre qui ? La colère conçue de toutes parts, on aime ça, on aime vivre inside, c’est une pulsion qui aide à ne pas voir qu’il n’y aurait rien d’autre, que dire le soir en rentrant ? À l’autre, y compris en reflet dans un miroir, même sans se voir, physiquement, ils sont tous là à continuer leur œuvre, à influencer, à conduire une partie, et j’en suis certainement, ailleurs, pour d’autres, j’espère, on ne sait jamais, ce qu’on provoque en l’autre, on le suppose, on le fabrique, on n’en voit que quelques effets, y compris donc, la colère, qu’on nous renvoie, qu’on disperse dans notre entourage, si forte qu’elle nous revient, et quand elle ne revient pas, alors, c’est qu’elle s’est dissipée, comme une petite vague, dans notre société. Je ne vois plus alors que l’invraisemblable, ce terrible face à face d’un seul qui absorbe toute la puissance de son œuvre, dans son monde, menacé. Je dois agir pour que cela ne m’atteigne pas directement, comme ces regards, oui, nous sommes en conflit, et je me souviens de ce long chemin auquel je ne m’attendais pas, un détournement, voici l’objectif et voici le chemin, si j’avais su, le même jour, qu’il faudrait faire tout cela, qu’il faudrait en passer par là, je ne l’aurais pas fait, de toute évidence, je ne l’aurais pas fait, mais il fallait, peut-être pour autre chose, une autre manière, pas réellement un autre objectif, l’objectif était bon, il est même toujours d’actualité, l’idée étant d’agir afin que tout cela ne fasse pas sujet en dehors du lieu qui lui est consacré, car ce pourrait être la forme si désirée du mystère qui serait alors bafouée, sacrifiée, et je m’y refuse désormais personnellement, quelles que soient les conséquences.

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Chroniques de l'invisible - 014

Et je l’adapte. Le fil du temps. Je sais ce que j’en fais. Au fur et à mesure que cela se crée. Mes éléments s’unissent, se mobilisent, s’activent. Qu’aurais-je à attendre hors de moi si tout est en moi ? Quelle drôle de question. Et pourquoi pas tout pouvoir tant qu’on y est. Comme si la littérature n’agissait pas sur l’écriture. Le hors-de-soi est justement cet apport, admirable amalgame du vivant qui se manifeste en permanence et dont je suis principalement une conséquence. L’en-soi est son étude, son assimilation. Nous ne sommes rien d’autre qu’une partie du vivant, expressif bien sûr, et c’est de cette expression que naissent de nouvelles formes, parmi tant d’autres que les valeurs sont équivalentes. De quoi tout cela me parle, cela se constitue simplement. Ce ne sera peut-être rien d’autre qu’un apprentissage illimité. Je me moque un peu qu’il puisse y avoir d’autres fonctions en lien avec ce que j’utilise, d’autres fonctions qu’on pourrait supposer initialement prévues, entendons-les : « Mais vous ne l’utilisez pas comme initialement prévu ! ». Il y a des règles. Ah. Où sont les règles ? L’épouvante, je la vois. L’oppression. Je la vois. Les oppositions, les contradictions, l’absence de logique, je les vois. Rien ne marche, tout est emberlifiquoté. Pour démêler, il faudrait jeter, ou se dire : alors, il faut ne jamais s’arrêter. Dans le désordre des mots, des mots continus, l’histoire sans fin d’un bouleversement. Croire qu’il serait urgent que cela paraisse serait encore mourir dedans, celui qui ne peut faire face à l’immensité. Imaginons déjà que cela dure sur des années. C’était réalisé pour quelques séquences. Mais depuis si longtemps et pour dans longtemps, en amont d’une vie d’être et bien au-delà, sans transition, rupture, l’admettre, le minuscule dans l’univers, le minuscule dans le temps, le présent, mes certitudes ébranlées. Par quoi puis-je être déçu ? Peut-être demain.

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Saturday, January 18, 2020

Chroniques de l'invisible - 013

Me voici donc en confiance dans mon domaine d’inspiration, là seul où se trouve la véritable épreuve attendue, le certificat, la mention qui atteste, ce qui m’aurait plu d’obtenir rapidement dehors, je m’y confronte avec encore plus de lenteur, de patience dedans. Cela m’amuse d’avoir imaginé un premier printemps la veille d’un jour glacé. Mister Météo. Que je vois sur tous les écrans télé. Prévision ceci, prévision cela, conseils sortie culturel, du coq à l’âne mais certainement ordonné, bien placer le fait divers au bon moment, avant le sport, la pub, et déjà la fatigue de ce qui est censé accompagner notre éveil. Le premier printemps est donc ailleurs, définitivement ailleurs même si ces bruits habitent en continu, empêchant de penser. On s’en souviendra. On les comptera. Des transitions où l’avant et l’après coexistent. Ce n’est pas confus. Cela demande plus de concentration. Je sais le faire. Je me suis entraîné. À la rencontre de toutes les traces que j’ai laissées sur mon chemin. Là où jamais je n’aurais supposé que l’on puisse calculer. Ce laisser-faire admirable, surtout lorsque je le retrouve plusieurs années après, alors que je tâchais de taire l’ennui, j’avais disposé, et aujourd’hui tout cela communique avec moi. J’aime ce que cela procure, de la joie, et j’aime aussi qu’il y ait partout différents degrés à aborder, du plus sensible au plus effleuré, puisqu’il n’est plus question de rien d’autre, j’ai ouvert un nouveau champ qui m’accueille. Ce n’est pas lui qui résistait. Il contenait peu d’inconnu. C’était moi seulement. Une angoisse de calendrier peut-être. Me rendre compte que certains jours il n’y a presque rien, m’en rendre compte plus tard, ce jour-là était vide, et pourtant, il contient. Tout se mobilise en moi. Je veux une trace de ces joies, de ces facilités. Je n’avais plus qu’à profiter d’une forme de loisir. Je m’offre ce temps.

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Friday, January 17, 2020

Chroniques de l'invisible - 012

Le premier printemps rappelle l’événement ancien, ce qui persiste, résiste, détourne aussi la perception, les signes que ce qui sera un plus tard non seulement se prépare mais s’annonce déjà. C’est donc un relevé, un relevé pour assimiler, un relevé pour plus tard, comme l’écriture se dépose sans manigance dans l’œuvre du temps. Temps d’observation, comme on écoute une mélodie, comme on lit un livre, comme on feuillette des photos. Cela rassemble en soi ce qui a tendance à être négligé du fait de nos vives impatiences. S’occuper alors de tout en même temps. En un regard. Il y aura un régime d’exception. C’est moi qui le déciderai, après une étude de tous les éléments, l’essentiel se délie, l’intrigue se dénoue. Ce n’est pas pour tout expliquer. Tout ne s’explique pas. J’aime l’idée qu’en agissant sur la perception je construis pour moi le rôle d’un contenu et qu’il soit disponible à qui voudrait le rencontrer, voire le partager. C’est un des moyens de le diffuser. J’en connais d’autres mais celui-ci est plutôt rare dans le milieu social que je fréquente. Je ne connais pas toutes les manières de faire. J’observe juste que cela se produit pour moi dans la vie. Je prends ce rôle très à cœur, sais combien il est difficile de le concevoir dans notre temps soi-disant moderne où on inventerait chaque jour de meilleures façons alors qu’elles tentent de réduire au silence l’oralité d’un système bien plus ancien qui n’a pas attendu qu’on puisse faire le tour de la Terre en un éclair pour se doter d’une force de régulation de l’être.

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