Thursday, January 16, 2020

Chroniques de l'invisible - 011

Je me suis souvent demandé s’il allait y avoir des jours blancs, comme des points d’équilibre, et c’est en observant comment les éléments s’articulent, ce qu’ils viennent signifier, que je m’aperçois que l’un de ces jours vient de commencer, une fenêtre dans le temps s’ouvre. Je l’associe à la lune alors je relève : 21 jours (son âge), 61 % (sa réflexibilité), balance. Le désir est plus fort. Il s’exprime. Je reconnais qu’il peut y avoir un guide, que le désir lui-même, par sa récurrence, conduise à ne jamais figer l’écriture, à ne pas s’attarder sur ce qui englue, ficelle. Ainsi se dévoile un autre calendrier, une autre manière de penser. Je n’ai rien à perdre d’essayer. Évidemment que la fréquence et parfois les variations de vitesse sont là pour stimuler puisqu’il n’y a rien de prédéterminé. On devient l’impertinent qui invente plus librement que le maître, celui qui n’est pas d’accord avec les conclusions, celui qui, puisqu’il y aurait des « principes », les applique à tout et pour tout au risque de poser des questions embarrassantes ou de retenir, empêcher, les aspects conclusifs. Entre nous, on l’appelait Mister Météo, toujours à nous donner la pluie et le beau temps. Il avait une manière de tout ritualiser jusqu’à l’ordre des objets qu’il plaçait sur son bureau. Ils étaient toujours à la même place. La montre, le calepin, le crayon, un verre d’eau et plusieurs paires de lunettes qu’on ne le voyait jamais saisir ni pour lire ni pour voir de loin. Nous n’avions selon lui qu’à apprendre ce qu’il savait, des listes et des listes. On récitait, il évaluait, puis il reportait sur son calepin des sortes de courbes de progression. Nos regards les apercevaient au hasard de nos entrées et sorties. Des chiffres, des codes dont rien ne révélait le secret, des dates, et ça plongeait, ça se redressait. Ce que nous ne savions pas à cause de notre permanente paranoïa de la note instituée par l’institution scolaire, c’est qu’en fait, Mister Météo se servait de ces graphismes pour auto-évaluer la pertinence de sa méthode d’enseignement. Il devait très certainement grâce à cela élaborer d’autres combinaisons, car le sujet, lui, ne changeait pas, et un élève n’aurait jamais conçu qu’en cet homme quelque aspect de sa pratique avait évolué au fil du temps. Quoi qu’il en soit, il devait dégager un certain magnétisme pour le savoir, car à chaque fois que nous sortions, après l’énervement et le plaisir d’encore se moquer collectivement d’un ancien, nous nous isolions dans l’étude et nous cherchions. C’est ainsi que nous nous retrouvions, à distance. La Pensée était en mouvement et en connexion. Il est vrai que je m’installe encore dans ces deux positions, le maître et l’apprenant. Je le fais autant dans la vie sociale que dans l’imaginaire. Les liens qui s’associent sont alors très furtifs. Ce n’est pas le ping-pong des humeurs d’un bipolaire. C’est plus progressif. Là aussi les vitesses sont variables, comme des allers rapides et des retours lents. Le point d’équilibre. À ce stade, je n’en sais pas beaucoup plus à part qu’il faut apprendre à occuper des espaces où l’esprit ayant saturé (ou étant saturé) réclame une pause. On aimerait le contraire, que la découverte et la maîtrise soit permanente, continue. Le célèbre adage « plus on fait, mieux on s’en sert ». Cela fonctionne mal avec la nouveauté, surtout lorsque le désir est très fort et qu’on voudrait que cela ne s’arrête jamais. Les questions fusent. Un besoin lié à la preuve, à l’application. Tout lutte contre ce qui devient une illusion. Semble l’être en tout cas. Il n’y a pas d’autre solution. C’est un mensonge. Ça ne marche pas. On jette tout par les fenêtres. Pour que cela ne s’effondre pas, un retour à l’introspection est nécessaire. La question du corps, en quelque sorte, machinerie complexe dans laquelle n’agit évidemment pas que la pensée. Nous sommes des êtres sociaux et ce que nous croyons se loger dans la tête est en nous partout disséminé, subissant l’influence de tout ce qui lui est extérieur, de la météo aux astres et de tout ce qu’expriment les êtres qui nous entourent, du plus proche au plus éloigné, celles et ceux qui constituent la loi qui nous gouverne. La subjectivité est notre capacité de prendre en compte l’extérieur avant de conclure à une maladie grave ou à un problème personnel. Des signes d’une agressivité ressentie a peut-être un lien avec notre manière intime d’être au monde, mais il y a de très fortes chances que cela ait un rapport avec ce qui compose l’autour et qui, plus nous en sommes détachés, vient contredire nos affinités surtout si nous y voyons plus clair concernant l’action de certains dans des domaines qui nous concernent directement. Faire en sorte que ce soit notre esprit qui gouverne (non le monde mais nous-mêmes) réclame une grande ténacité et que se réalise de notre vivant des actes « supérieurs », des objets de notre propre création. Nous aurons créé. Nous serons à la place la plus noble, celle qui fut attribué à Dieu en son temps, celle qui génère de la vie, unique, en son sein. « Donner vie à », c’est entretenir ce qui fait, a fait, fera, que nous sommes là pour en parler, un respect de l’origine et notre participation pour perpétuer l’énergie que l’on pourrait qualifier de fondatrice. Cependant, l’Esprit, le nôtre donc en partie exploité, n’est pas le fruit de notre seule action. Ni de notre seule réflexion. Nous nous y plaçons au centre par choix constitutif, préférant que le reste nous accompagne. C’est un leurre de s’y croire meneur, mais nous y participons. Dans le même sens. Le même objectif. Un lien sans hiérarchie si ce n’est le proche et le lointain (y compris passé et présent) comparable à ce que le tissu social a formé depuis que nous sommes nés. Il n’y aura pas d’autre vie pour en parler. Il n’y a pas d’autre sujet que la vie. Et tout cela copule. Notre action sociale est le fruit de tout cela.

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