Friday, July 31, 2020

Chroniques de l'invisible - 208

Lieu de l’observation. J’entends comme attendre. Temps écoulé où tout est. Cette lenteur manifeste, observée à l’œil nu toute une nuit, avec les merveilleuses questions et la manière de se préparer, mains posées, presque plus pour vérifier, faire le tour du propriétaire, je n’étais pas seul et cela a pris le temps qu’il fallait. Se mobiliser à cet endroit et approuver. Je le sais et je le refuse. Il y a ce goût de l’insolite. C’était d'une violence extrême alors que je venais plein de plaisir et d’amour. Tous azimuts. C’est le phénomène en cours. Il ne s’agit pas d’y croire. C’est là. Les priorités se mettent en ordre. Je ne sais pas comment. Je ne l’explique pas. Marquer d’une pierre ce jour. Exceptionnel. Il fallait vivre d’abord ce regard négatif. Je l’ai su en le voyant. Ce n’était pas la bonne personne, puis tout s’est confirmé mais j’y croyais encore. Et puis, j’étais attiré. Par le luxe peut-être. Négatif. Ce n’est pas le bon jour, pas le bon endroit. Son refus de coopérer me conduit à ne rien faire d’autre que partir. L’autre, c’était de la pacotille. Du vent. J’aime le vent mais pas le faux vent. Je persiste. C’est le bon jour. C’est la rencontre. L’état des lieux. Par où il faut commencer. Je me sens bien parce qu’il y a de l’amour. Ce qui m’attire est une clé d’entrée. La parole vient tout lier et j’accepte. J’entends ce qui me concerne directement. Oui, la vraie question. L’énigme. Je ne veux pas la résoudre. Je ne veux pas l’éviter. Les mots me semblent cohérents. « Il faut des siècles pour ce que vous demandez. » Alors, je comprends, que je suis ailleurs, autrement, jamais perdu mais sur mille chemins car tous comptent, tous doivent. Tout est connecté. Je ne veux pas y aller à petits pas. Une fois simple où toutes mes craintes s’effondrent. Je ne vais pas revenir dans trois semaines sous prétexte que je n’ai pas osé. Voilà qui se fait. Il faut du poids, de l’envergure. Je suis d’accord. Je ne veux pas pour autant montrer toutes mes ressources. Je ne dis presque rien, comme à mon habitude. Écouter d’abord. Cela se propage toujours ainsi. Je fais tout de même des liens avec ce qui s’est passé juste avant. Cela résonne. Ce n’est pas parfait. C’est profond. J’aimerais pouvoir n’en faire qu’un seul dessin qui me représenterait, pour dire ce qui se transformera. Je saurai quand revenir. Ce n’est pas croire pour croire. C’est faire confiance à là où j’en suis. Je n’étais pas désespéré quand j’ai frappé à la porte. J’étais en formation, le mot qui m’a le plus parlé.

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Thursday, July 30, 2020

Chroniques de l'invisible - 207

De toute évidence, il s’agit de ce qui est venu se déposer, encore fragile ou tentant de se mettre à l’œuvre à sa manière. Je suis juste avant, un peu avant, le temps d’installer une présence et d’absorber. Je le vois faire. Gérer l’horaire à la minute près, non, j’avais quelques secondes. Je vois l’onde aller de moi vers l’autre. Maintenant, ce n’est rien qui puisse ne pas avoir de conséquences. Il fallait tant d’années pour concevoir. Ce n’est pas fini, et ne suis même pas sûr d’être prêt. Pour le moment, c’est comme si je lançais des options. Pas tout à fait prêt, en effet, mais prêt à tout. Ce sera peut-être une première fois. Les signes sont très forts, ce qui s’obscurcie d’un côté, se construit de l’autre. Je ne le ressens pas comme un rejet. C’est l’impuissance qui a fondé ce régime.

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Wednesday, July 29, 2020

Chroniques de l'invisible - 206

Je serai dans cela, sans empressement. Les mots étranges qui désormais installés n’ont de sens que pour ce qui s’y rencontrera, lorsqu’après tous les éléments concentrés pourrait s’élaborer une sorte d’explication. Emporter, laisser, ce qui prend trop d’importance que cela gêne l’esprit, je l’ai vu, quelle tristesse, de ne pas réussir à admettre l’effroyable, lorsque c’est là, justifié, excusé, au point d’être méprisé. Emporter, laisser, ce qui a du sens, ce qui s’est transformé et ce qui fut créé, c’était la question de cette fiction de soi, pour n’avoir plus que les pensées, souvenirs et désirs entrecroisés, je retourne en chaque endroit. Je suis heureux des surprises qui m’attendent. Tout est si différent. Je me laisse aller au temps qu’il faut, le temps dont j’ai besoin pour être sûr, prendre les bonnes décisions, ne pas oublier les éléments importants. La nouveauté de découvrir un nouveau quartier de ma vie. C’était juste après le rempart. Je n’y avais jamais mis les pieds. J’arrive trop tard. Des enfants chantent des ave maria sur une note monocorde. Les fidèles répliquent sans âme, et pourtant, je reconnais cette sérénité, cette écoute, comme je reconnais chaque maison, comme elles étaient. J’y étais. Je voulais une autre histoire. Inventer. Que j’aurais laissé cette fois, un symbole, que j’aurais sans doute retenu un certain temps, peut-être oublié, retrouvé. Il aurait fallu encore plus de courage. Ou je n’avais pas le bon « je ». On n’a jamais le bon « je ». Cela fait justement partie de ce qui m’attend. Ce sera encore plus difficile de ne pas juger.

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Tuesday, July 28, 2020

Chroniques de l'invisible - 205

« Où vas-tu, Marin, de si bon matin ? » La voix est douce, voix de sirène, dans le rêve, tout tourne. Je dois faire le tri de tout ce qui se présente, choisir donc. Il y a trop d’informations. Ce doit être une nouvelle composition à chaque fois. Du bleu, du rouge, du vert ; du violet. Je ne sais pas où ça commence. C’est normal. C’est la boucle du temps, ritournelle endiablée proche de la folie, dans la cave profonde, piège ou test des battements de tambour, dans la terre, la voix que j’entends par-dessus tout, c’est impossible, on ne le croira pas, et pourtant, je l’entends, la flûte était venue me le dire, ce sera tout là-haut, dans l’extrême aigu, que tu sois femme ou homme, l’esprit se charge, les sons déclenchent les sensations pour toujours, venu de Lyon, avec le fils de Coyah, tout de l’Afrique en quelques heures, je dois tout retenir, l’effort est immense, je le fais, traverse l’orage des sons, le corps tout entier, noyé. À chaque pas, le début d’une nouvelle aventure. Cela ne s’arrête pas. Se mêle, s’accumule.

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Monday, July 27, 2020

Chroniques de l'invisible - 204

C’est si fort que les mains tremblent. Marin comme un automate. « Où vas-tu ? », répond plus. Aux portes. C’est cela qu’il faut faire. Aller autour, aller aux portes. Il n’est pas seul. Quelqu’un prépare. Puis un autre, promenant un chien joueur. Marin retourne au champ d’inspiration. C’est là qu’est l’âme, comme on dit à Coyah, l’âme dans ce que tu investis, dans chaque pierre, sur chaque branche, horizon si large que la lumière brûle, au centre du grand tourbillon, la foule immense qui se rassemble, vieux et jeunes, enfants hurlant de joie, entonnant les grands chants de Noël, ils y vont tous, sans peine, destin tragique, elles arrivent comme des furies, crient, ordonnent, ils se plient, Marin est encore là, prêt à franchir le seuil, prêt à mentir, prêt à punir, prêt à nouveau à disparaître, le frère du pont, le fils de Coyah, tout se mêle, ce n’est pas la conclusion. Or, c’est ce qu’on lui demande. D’en finir. Il sent deux forces. L’une qui pousse, l’autre qui retient. C’est la même injonction, dans les veines, qu’il est venu là faire saigner, le mystérieux étranger, ou dire le touriste égaré, tout le monde l’a vu, mais personne ne sait que le processus est enclenché, qu’il sait où se trouve le chaudron infini de Dagda, l’inépuisable, qu’il est venu la veille tout préparer avec l’aide des sorcières de Camoël, des potions de Guérande, treize cierges, arcane sans nom, les dés étaient jetés. Ils s’engouffrent un à un, les soumis, qui retirent leurs chaussures avant d’entrer dans leur tombe, la cloche est battue, à la volée, le ramenant au réel, tout devient clair autour de lui. Mission accomplie. C’est ce qu’il fallait faire. Et partir.

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Sunday, July 26, 2020

Chroniques de l'invisible - 203

La brume n’est pas levée. L’angelus n’a pas encore sonné. Le frère jumeau a disparu. On ne sait rien. On ne sait plus. C’était un temps où les jumeaux se mariaient avec les jumelles. J’en ai trouvées deux à Joachim qui sont aussi belles l’une que l’autre. Jumeau à peine inquiet. Il répète. En deux jours, mon père et mon grand-père. C’est précis. 8 et 10 janvier. Puis ma sœur le 23. Liste de morts. Et maintenant j’ai viré ma femme. Je vends ma maison à de riches parisiens qui viennent de Fontainebleau en 4 x 4. Burn-out. J’abandonne pas mes enfants. Et le jumeau on sait pas. Affaire classée. Il a sauté du pont. C’est là qu’on range les affaires malaisées. Mille ans d’histoire d’un côté. Mille ans d’histoire de l’autre. Il y a deux rives. Pour plus de précision, il faudrait assécher le fleuve et fouiller le sol. On ne trouverait pas que des mobylettes et des Vélib’ comme dans le canal Saint Martin, si tu vois ce que je veux dire. Pratique, un fleuve. Un fleuve côtier. Non seulement il se jette dans l’océan mais il longe la côte si longtemps qu’il y a partout autour une étrange sensation. L’eau est trouble. Le courant instable. Fond de vase qui piège tous ceux qui ne connaissent pas chaque recoin, chaque îlot formé par les marées basses. L’estran où tout disparaît. L’estran des morts. Si tu ne sais pas où la terre s’est figée, tu ne peux ni chasser, ni voir passer l’ennemie. À marée haute, c’est le vent qui t’expulse ou qui t’engouffre. Alors, le frère. Sauté du pont. Autant dire qu’il ne réapparaîtra pas. Je ne sens rien, dit le jumeau. Je pense au fils de boucher. Le voilà. Nuit d’angoisse avec cœurs arrachés, ma menace grandissante.

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Saturday, July 25, 2020

Chroniques de l'invisible - 202

Marin qui court à travers la forêt. Il n’y a aucun secret que je tairais. Je dirai tout à qui veut l’entendre. Maintenant que je sais consacrer. Ce qui décide est l’homme en lui. Il court vers un destin qu’il ignore. Les gens se toisent, les gens se moquent. Certains l’appellent « le pirate » en riant, feignant de vouloir l’aider à traverser le fleuve. Marin rit lui aussi pour ne rien laisser voir. Oui, sur le fleuve, il est vulnérable, mais il combat les vents, sait se faufiler entre les rafales pour être le premier, sous la pluie. « Marin d’eau douce ». Ça aussi, il l’entend. On ne sait pas ce qu’il fait sur son bateau, pourquoi il y reste si longtemps, pourquoi il vient et repart sans prévenir, semblant être toujours là et n’être jamais là. Un soleil fabriqué par un vitrailliste orne la bôme de sa grand-voile. Soleil multicolore aux lumières d’arc-en-ciel. C’est un sataniste. Il implore les esprits. On dit qu’il prie les soirs de pleine lune, qu’il se promène nu dans la forêt, qu’il sait lire l’oracle et qu’il jette des mauvais sorts. « Voyez la bague au noir profond qu’il porte comme alliance avec le diable. » La sorcière de Camoël est restée hypnotisée durant quinze longues minutes. Elle qui toujours prédit, prescrit, la voilà interdite. Elle serait proche de l’implorer. On ne sait rien de ce qu’ils se sont dit au marché. Ils ont signé un pacte. « Marin, Marin, qui t’a fouetté ? Marin, Marin, qui t’a estropié ? » Marin n'en a que faire, il poursuit sa quête. C’est là qu’est le mystère de sa naissance, en cette terre, car Marin est de tous les siècles, il a connu Tugdual, il est fils de Dana, la bienfaitrice, qui vient encore le visiter sous la forme d’un cygne, et de Dagda, le père de tous. Personne ne le saura jamais. Qu’il traverse le temps. Qu’il unit les enfants. « Marin, Marin, où vas-tu de si bon matin ? » L’aube n’a pas encore coloré le ciel. Le fleuve est calme comme un lac. Il répond sans se retourner. À l’église, mettre un cierge à Sainte Anne et à Saint Raphaël, confessé en lieu saint que si j’ai quitté le culte, c’est pour ne pas être lié à aucun crime de Dieu. « Il est puissant, il va te terrasser. » Non, il est faible, et c’est pour ça qu’il tue. On ne tue pas quand on est fort. On aide le faible. On donne. Je vais y dire ma présence, et avant d’aller à la chapelle toute proche de la source du bien, je m’en vais me recueillir là où tout s’ouvre lentement sur le chemin d’une douce liberté où aucune barrière ne coupe le destin, là où chantent les morts dans une chapelle à ciel ouvert au milieu d’une forêt. C’est là qu’on trouve l’Alpha et l’Omega. C’est là que se trouve le bois sacré protégé par les ruches. Une fois dedans, on sait. Deux oiseaux nous y guident perpétuellement. Le premier chante mais personne ne l’a jamais vu. On dit qu’il est minuscule. Son chant prévient de la présence. « Marin arrive, Marin est là. » Le second crie : « Marin, méfie-toi, Marin, éloigne-toi ». Les deux oiseaux conduisent Marin sur son chemin. Il prend une branche de bois sacré. Il court à la chapelle, dépose trois premiers cierges pour former un triangle, prie et se repent, entend sa voix sonner dans l’édifice. Il se consacre lui-même. Il est celui qui donne des ordres aux Dieux. Puis il installe encore dix cierges. On saura qu’il est venu, que celui qui n’a pas de nom est venu, et qu’il agit dans le monde pour l’éternité. Ce qui est absolument merveilleux dans ce cas, c’est l’apport immédiat. Ce qui s’investit au cœur du texte est immédiatement valorisé. Le trésor se constitue. On n’en croit pas nos oreilles. C’étaient en partie les bonnes attitudes à prendre devant l’adversité. Puisque je suis dans la bonne catégorie maintenant. Vas-y, Roi des cons, donne-moi tout ton argent. Il suffit d’un jour et tout le sacrifice est remboursé. Il ne compte plus. Aux oubliettes. Il n’a jamais compté. Heureux thèmes qui même là reviennent. Ils seront sculptés dans les pierres. L’homme qui gouverne et qui un jour se fait détrousser parce qu’il a aimé le pouvoir trop longtemps ou n’a aimé que ça, exclusivement. Ce n’est pas sa fin. C’est le début d’une ère de cohabitation. Je serai là tout le temps. Au même moment, au même endroit. Bientôt les mêmes droits. Ah, oui, c’est sûr qu’on adore les histoires dorées pleines de victoires sanglantes. Cinquante mille morts ! Le fils de Coyah a payé pour toi. Des milliers d’heures à souffrir loin de sa terre natale, des milliers d’heures à tenter de comprendre ta langue, comment il fallait faire pour vivre lui qui venait d’un pays où personne ne mourait de faim. Si tu ne comprends pas la langue administrative, tu meurs. Guerre des langues. La mienne fut forgée dans le besoin. Elle ne connaît rien de la domination. Elle n’est pas là pour posséder. Elle comprend tout de même qu’il faut s’intégrer, être aussi celle qui fera la légende ou l’histoire, cela ne vous concerne plus. On ne trouvera la ballade de Marin Delaroche que dans les veillées de nos contrées, racontée par nos anciens ou nos pensées, pour éduquer ceux qui n’ont pas directement accès à tout sans le savoir et qui finiront par écrire eux-mêmes les lois qui les tueront. Quel paradoxe. Il faut s’en saisir sur le champ. Ils seront sur les lignes fortes, et s’autodétruiront ! Quel destin funeste. Il faudra tout recommencer. Oui, tout recommencer. C’est à cela que servent les contes et les ballades, à dire qu’arrivés à la fin, on reprend au début. L’interminable est là. Suffit de dire « Marin, Marin, où vas-tu de si bon matin ? » et le jour recommence, et l’année recommence, et les années, et les cycles, et la lune qui annonce le combat, on la voit, on ne la voit pas, elle se fait capricieuse, et on ne la voit plus. Pluie, vent, tempête. Terre noyée. Il faut brasser pour tout recomposer. Ce ne sera pas si simple.

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Friday, July 24, 2020

Chroniques de l'invisible - 201

Marin de la Roche, à l’écriture instable, se levant tôt se couchant tard, courant partout, la ballade qu’on chantait les soirs de veillée, privilège du plus ancien, interminable, j’entends parler de Sainte Hélène, on n’avait plus le droit d’interrompre, dès que ça commençait, « Marin, Marin, où vas-tu de si bon matin ? », ce n’était pas toujours dans le même ordre selon notre réponse, Vannes ou Guérande, parfois Paris, on choisissait son aventure, « à Camoël », pour rencontrer les sorcières, « à la source pure », « dans la forêt hantée », la chanson comme une prière païenne, devenue pensée, le lien reconstitué pour rappeler l’histoire, pour partir dans les contrées, là où le devenir s’est arrêté parce qu’il fallait choisir de ne pas être à nouveau le prisonnier, Marin libre, Marin échappé, sans âge, « où vas-tu, Marin, de si bon matin ? », en Afrique, où on a inventé un autre moyen de sceller la mémoire de toutes les mélodies de l’âme, de tous les rythmes du corps, dans une flûte ancienne à trois trous que lui donne le fils de Coyah. Marin ne sait pas qu’il détient un trésor. Il travaille pour faire sonner la flûte avec le fils de Coyah qui lui enseigne les traditions, celles qu’on n’écrit nulle part, dans le chant, la parole, le regard. Marin apprend vite, progresse vite, découvre peu à peu son trésor, des sons qu’il n’avait jamais entendus, selon les lieux, la forêt, le fleuve, en plein vent, jour ou nuit, sous la lune, différente à chaque fois, la flûte se met à parler à Marin, ce ne sont pas des mots que l’on peut écrire, ce sont des mots de l’esprit, faisant corps avec lui, transformant sa propre langue. Marin le sait maintenant et le fils de Coyah ne le sait pas, il a été initié pour sauver le fils de Coyah et tous les enfants morts dans le grand marais, les anges-enfants se libèrent, ils racontent le pays, les exécutions massives sur le Mont Kaboulima par un fils de boucher. Lieu du sel, lieu du ciel. Tout correspond encore dans le temps, sur la même terre. Le fils de boucher a libéré le pays, préférant la pauvreté aux richesses promises par la servitude. La folie du pouvoir le gagne. Il pactise, trahit, oublie, cinquante mille morts, et regrette. « Ne faites pas ce que j’ai fait. J’ai tué tous mes amis. » Le fils de Coyah, perdu, arraché à sa terre, reviendra au pays. Marin l’a sauvé et maintenant les enfants le reconnaissent, le saluent dans la rue. « Où vas-tu, Marin, de si bon matin ? » Les enfants veulent que l’histoire continue. Marin sourit. Dans la forêt, bien caché, au bord du fleuve. Je ferai sonner la flûte pour avertir des dangers du marais qu’il ne faut jamais traverser, même s’il semble sec. Un marais n’est jamais tout à fait sec. C’est le piège des grands chemins, le piège des raccourcis. Marin s’endort. Il rêve à la forêt des fées, qu’il y entre, qu’il comprend les messages. Il y aura mille images dans ton esprit pour t’aider à agir et à prendre tes décisions, des images que tu aimeras, avec des princes et des princesses, des chevaliers, des rois et des reines, des dieux et des déesses, des guides, des druides, et nous les fées qui te révèlerons des secrets que tu tairas.

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Thursday, July 23, 2020

Chroniques de l'invisible - 200

Marin de la Roche, qu’on trouve aussi écrit Delaroche. Ce qui est rare d’ailleurs. Ce nom est celui de l’oralité. On en parle seulement, la plupart du temps. Ici, on n’écrit que le nom des valeureux guerriers, des chefs, des familles qui ont soi-disant redressé la barre. Humanité jugée à la dérive devant celles et ceux qui ne plient pas. Ils n’arrivent pas à s’adapter. Ils dérangent. On les supprime lentement. Ils résistent. Leur méthode, c’est de se diffuser par la parole. Dans la mémoire, ils s’inscrivent. Ainsi, ils existent. « Il m’a humilié sur la place publique pendant plus de vingt minutes, devant tout le monde. » Ce qui réveille les blessures anciennes. Elle s’effondre. Marin est toujours là dans ces moments-là. Lui aussi, il redresse, à sa manière. Les vieux l’interpellent sur le marché. « J’ai quatre-vingt-deux ans. » Le reste, noyé dans l’émotion. Le même qui maltraite tout le monde. Une sorte de policier local. On fait des lois nouvelles. On ira au forceps pour les appliquer. Marin est là. Dans le café où tout se discute. Au bord du droit de cuissage. Sauf que les communautés ne sont pas rassemblées. Il y a ceux d’en haut, ceux d’en bas, ceux qui fréquentent l’église. Chacun veut faire le bien, au détriment d’autres cultures, d’autres sensibilités. Marin n’est dans aucune communauté. Il sait mentir au bon moment. Jamais au hasard. Il a dit « Notre Dame de Clignancourt » pour faire étranger de Paris. Et à Valérie l’humiliée qui veut son nom, il dit « Oliver ». Il sait qu’on ne donne pas son nom aux sorcières de Camoël. Il leur parle tout de même, longuement. Je n'ai rien contre les sorcières. Elles ont leurs propres recettes. Nous avons même quelques points communs. D’une manière générale, ce qui se réfère à un culte m’avertit toujours que je dois m’éloigner. J’aime bien l’aspect cérémoniel, pour moi. Je n’ai rien à exprimer sur le sujet. Chacun sa façon d’exprimer sa foi. On n’est ni obligé d’en faire un miroir permanent ni obligé d’en faire un mot d’ordre. Assis, couché, jour de pleine lune, eau minérale, tournez trois fois, manger pas manger, avec cette lourde voix qui somme de se prosterner. J’y résiste toujours. Quand ce n’est pas trop et que je dois me fondre, j’applique. La plupart du temps, c’est pour ne pas susciter d’attention particulière. Rester discret. Apparaître et disparaître. C’est ce qui fait légende. On ne sait pas d’où je viens, ce que je prépare. Venu de nulle part. Ça me plaît bien. Pas de parents, pas d’enfants. Souvent seul, quelques amis. J’ai mon costume de ville. Short et chapeau tannés par le soleil. T-shirt marin. Je dis que je vis sur un bateau mais personne ne l’a jamais vu. Au milieu du fleuve. Inaccessible. Les gens du coin m’ont vite appelé Marin. On n’arrivait pas à mémoriser mon vrai nom. Trop ancien. Childéric ou un truc comme ça. On préfère simplifier et se rassurer. Boulanger, Tavernier, Curé, Sorcière. Et parmi eux : Marin. Il apparaît et disparaît. Du même endroit. Derrière le rocher. C’est vrai. Il y cache son annexe. Du coup, je suis devenu Marin de la Roche. J’aime bien. « Où vas-tu, Marin, de si bon matin ? » À Vannes, à Guérande, nulle part. Je dis un peu de vrai ou je mens. Ça dépend qui demande. Et comme je n’aime pas trop discuter avec la police (comme les sorcières, je n’ai rien contre), je fais des détours dans la ville pour ne pas être vu. Ville pleine de ruelles. Ce que personne ne sait, c’est que je viens étudier. D’où Guérande. Y’en a plein les murs. Les artisans aiment parler. Je n’étudie pas l’histoire. De toute façon, on ne sait pas. « Grand trou » sur plus de deux siècles. C’est bien ce qui m’attire. Comme un gouffre. Suffisamment mystérieux encore (et je compte maintenir ce mystère), plusieurs siècles ! C’est un puits de science. Le chaudron du druide. J’étudie les correspondances. Et tout correspond. Homme de la terre et des forêts anciennes, je vis sur un fleuve sous la protection d’un rocher granitique, mais légèrement éloigné pour capter toutes les énergies du ciel. Le fleuve libère l’énergie. Il a ses caprices. Il a été dompté et coupé de l’océan par un barrage hideux. Seules les sorcières y vivent, entre fleuve et mer. Ainsi elles peuvent rapidement accéder aux deux. Je ne sais pas pour quoi faire. Cela ne me regarde pas. Ce qui compte, c’est le récit, les histoires entremêlées, car je suis de tous les siècles en même temps, fragmenté mais linéaire. Seul mon au-delà ne peut être connu de personne. Le reste est simple. L’au-delà, l’imaginaire, plus complexe.

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Wednesday, July 22, 2020

Chroniques de l'invisible - 199

Et c’est arrivé, le moment où il fallait décrire sans trahir, le moment de la pierre noire, de la nouvelle alliance. Alors c’était cela que j’avais contourné si longtemps. On croit que cela pourrait se faire dans la lenteur. Oui, un peu, cela ralentit, surtout pour heurter l’inquiétude d’abord pouvant conduire à des empressements, à de l’impatience. Une fois ce flux contrôlé, tout va très vite. Tout pourrait s’envoler. Je suis né ainsi, mesurant où je suis, n’inversant rien, ne brûlant rien, ce qui parle de protection a en partie tort. C’est le pas à ne pas faire. Non pas mentir mais inventer ce qu’il n’y a pas, faire légende, comme la peur, capturant la foi, on a si peur d’y croire, offrir de guérir ou protéger, cela ment, cela terre. Plus qu’à relater la perfection de ce qui se présente, arrivant tôt le matin. Je sais qu’il faut arriver tôt le matin. On m’avait dit d’éviter ce jour-là. Je ne me suis pas trompé. C’était le bon jour, au contraire. Le deuxième chemin s’ouvre. Ce ne sont que des sas dans le temps. 21 mai 1996. Enfin une date de départ. Où tout devient possible. Longue errance qui me ramène au pays sans que je le veuille consciemment. Je reconnais l’abominable odeur d’une tourbe des marais qui ne sèche jamais. Les grandes marées s’y frottent à peine. Puis cet ennui profond. La réserve de l’ennui. Le jeune homme jouant sur la route, seul, s’obligeant à s’interrompre à chaque voiture qui passe. Les villages morts. Nous serons bien ici, mais il n’y a rien. On s’en rend compte trop tard. De générations en générations, culture du presque rien, à part l’amour peut-être, qui est sans doute presque partout. Je me demande s’il y a un objectif. Il n’y en a pas. Il faut partir. Partir vite et partir loin d’abord. Et revenir un jour. Passé la réserve de l’ennui, le paysage est somptueux. Je signe l’acte fondateur. Je scelle. Je voulais juste être maître de mon choix. J’ai beaucoup étudié depuis. Je suis d’accord avec cette partie de l’histoire dont on ne raconte rien. Le mystère. On ne sait pas ce qu’il s’est passé. On sait juste que le dogme a repris le dessus plus tard, pour faire des casiers à touristes. D’où le fait de venir tôt. Le touriste en vacances se lève à 11h. J’aurai fini bien avant. Premier arrêt pour corriger une erreur ancienne. S’ancrer dans la terre ou contrôler ses émotions. Je n’hésite pas. Me voilà outillé. Je découvre le sublime lien que personne ne voit. Au cœur du temple, l’aboutissement, l’œuvre. Je reste des heures puis je formule mes vœux. Un voyage initiatique de six mois qui trouve une vérité. Concept qui s’établit : homme-mère. Qui s’intensifie. Presque de l’ordre de l’impensable. Fin d’un nouveau prologue. Je reprends. De beau matin, je pars, capuche sur la tête. Je veux être discret. Ceux qui me demandent où je vais de si bon matin, je réponds évasivement. J’ai tout préparé. Ne m’attendez pas avant ce soir. On ne s’étonne pas. Plutôt étrange celui-là. Il apparaît. Il disparaît. Il ne fait pas de vagues mais beaucoup le connaissent. Comme tous ces gens de Paris. Une fois là-bas, on n’imagine pas ce qu’est leur vie dans l’accélérateur. Il faut faire preuve de prouesse pour une minute au calme. Sauf que cette fois-ci, c’est différent. C’est vraiment différent. Le temps fait son œuvre. J’y suis à la première heure. Je trouve tout ce que je voulais, sauf l’explication fondamentale. Je ne suis pas seul à pouvoir l’apporter, mais il n’y en a pas trace. On ne s’extasie pas. Alors, je ne m’extasie pas. Ainsi, je dois garder cela pour moi. La tentation est forte. Ce qui ne se partagera qu’avec quelques initiés. La parole du poète qui se délie naturellement, me confirme que je suis en bonne place. Je plonge dans l’étude. C’est la même sensation. Là où l’écriture se déclenche. Je reconnais le lien. Je veux hurler pour que tout le monde sache. On me prendrait pour un fou. Alors je fais le séminariste. Étude profonde de l’œuvre jusqu’à tout savoir, globalement, et adapter ce que je trouve à ce que je sais aussi. Erreur ! Un détail a échappé à votre vigilance. Le temps brasse, fait remonter à la surface ce qui a été figé dans l’art pour l’éternité. Cela se passe de commentaire. Oh, une vieille pierre sous des ruines. Qu’ils sont beaux ces vitraux. Du bleu, du rouge, du vert. Du violet. Ça me saute aux yeux mais personne ne l’évoque. C’est que je dois vivre avec cela maintenant. J’étais resté sur le découpage administratif du vivant. Je sais pourquoi je suis dans l’enclave. Le territoire de la pensée est plus large. Je reviendrai les bras chargés de livres et l’esprit chargé d’histoires.

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Tuesday, July 21, 2020

Chroniques de l'invisible - 198

Porte d’une ville moyenâgeuse. Je venais vérifier, croyais même trouver l’indice d’une voie quelconque. La porte. Ne sert qu’à foutre dehors en langage ancien. Tiens, ça pourrait commencer comme ça, après six mois de tergiversations. Le petit gars venu de sa Bretagne profonde. On connaissait l’endroit. On disait c’est joli. Sur une carte postale. Le vrai du vrai n’était sans doute pas là. Plusieurs dizaines de kilomètres plein d’espoir. Suivre les indices d’églises en églises pour arriver à la source. Et trouver le charlatan avec sa boutique pleine de rêves. Vous saurez tout sur le zizi, limite placardé dehors, sourire masqué et sous ses grands airs, le test : bientôt la fin, consulter un médecin d’urgence. C’était la peur qu’il attisait. C’était l’épreuve. Je suis venu chercher quelque chose de très particulier. Je regrette presque de m’être trompé de chemin. Il y avait deux possibilités. Ce que je n’aime pas dans celle que j’ai refusée d’abord. Pas très clair. Je ne sais pas. Je ne le saurai qu’en y allant. Pour le moment, c’était vite revenir et me préparer à découvrir les éléments qui me manquaient. L’histoire réelle, sur le bord d’un chemin, c’est bien cela, orphelin, père spirituel abattu par la force gouvernante qui n’avait pour elle que le nombre et la technologie. C’était facile. Il est là. Tirez. Avec lui mourra tout ce qu’il contient, mais c’était sans compter sur son véritable pouvoir. Rien de tout cela, au contraire, ne mourra. Ce pourrait être un prologue. La mort propageant ses mystères dans toute la nature. Ce fut l’éradication. On ne voulait plus de traces parce qu’on ne pouvait contrôler les craintes qu’en les attisant soi-même. Mille ans plus tard, les traces sont toujours là. C’est un échec de la Doxa et nous entrons dans l’ère où nous serons suffisamment nombreux pour mettre en place l’alternative. Il faudra être humble et rigoureux. Ne rien laisser passer. Prologue intégré au récit. Tout va bien. Mille ans plus tard. Le gars de sa Bretagne profonde revenu. Au centre du mystère, dans l’entre-deux, où l’on ne pose pas de question. C’est ainsi. Je remplace des livres par d’autres. J’en lis, j’en écris. Tout cela vient s’adresser. Ne rien vouloir en posséder à part ce qui fait que cela puisse exister. C’était là le test. Je l’ai vécu certainement un grand nombre de fois. Ce coup-ci, cela prend une autre importance. Je vais contrôler cette matière, être l’avant et non l’après. Drôle de deuil à toujours faire. Je sais qu’il faut accepter. Les liens sont si forts. Je me le répète sans cesse. Maintenant qu’il y a des dates partout. J’y vois plus clair.

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Monday, July 20, 2020

Chroniques de l'invisible - 197

La laisser agir. C’est fait à présent. Une question de jours, avec tout ce qu’il y a de moderne, le compte à rebours. C’est si peu. D’une certaine manière, je me force. Je veux aussi connaître cela, ne pas plaquer une logique qui m’arrange. Cela ne minimise pas ce qu’il y avait à traverser. Ce n’était pas pour rien même si cela aussi, c’était peu. C’était beaucoup à l’époque. Je devais faire semblant alors que je n’y arrivais pas. C’était l’impasse. J’ai inventé une forme pour faire une pirouette. En ce qui me concerne, j’étais satisfait. Pour la doxa, ce n’était pas bon. Je le savais. Je me suis insurgé, également pour la forme. Drôle de forme. Sur un chemin de retour, je pense : ce ne sera rien d’autre. Le problème à résoudre, c’est qu’il manque des années. J’aurais dû commencer plus tôt. Je m’en excuse. Cela nécessite de laisser venir. Ce ne sont pas exactement des souvenirs. Ce sont des bouts de temps qui s’interposent. Je n’oublie pas qu’il y a cet objectif de transformation du corps textuel. Lorsque je l’aborde, l’émotion est si forte que je jette tout. Je n’en veux pas. Je veux que cela se dilue jusqu’à ne plus rien influencer. Masse du temps comme serait une masse d’air, pour que tout cela ne soit presque rien, noyé dans le courant. Forcément, c’est comme une présence, mais depuis j’ai mûri, c’est la présence de ce que j’étais, le moi d’avant toujours vivant. Je comprends pourquoi je veux tuer. Soumettre et tuer. On ne tue plus par chez moi depuis trois ou quatre générations. Alors il faut faire avec le vivant. Je ne dois pas me tromper et devenir l’habitacle de tous ces non-morts. C’était une idéologie idiote. Il n’y a qu’à traverser un quartier, une ville. Ce qui est à l’œuvre n’a rien à voir avec cet idéal. Et je ne suis pas mieux. L’idéal est parti tout seul sans prendre en compte les non-morts. Je pensais qu’il suffisait de ne pas les voir. Absents comme morts. Puis c’est le bombardement. Ils sont tous là et je suis un parmi eux. Et puis, tout à coup, comme si elle n’avait jamais existé, la raison gagne son terrain. Elle a fait un rapide calcul lié à quelques proportions. Ce que je veux vraiment. Je suis à ce point de toujours vouloir le détruire. Happé par la primeur, proche de l’éternel devoir. Je serais prêt à tout sacrifier, à continuer de faire semblant que cela prenne la place. Je veux que cela soit plus fort, que cela soit plus important, que cela gagne sans que je me pose cent questions. Je propulse des images de l’être en soi autour de moi qui changent le lien de ce que je suis mais aussi de ce que je désire et crains. Cela semble fait au hasard. Il n’en est rien. Cela a commencé dans l’écrit. Je devais tenter l’aventure, signifier mon enfermement, mes terreurs, ma torpeur. J’en ai adressé de longues pages. C’était comme mon sang qui coulait. J’aurai la force. Je devais m’initier et pour y parvenir être dans l’infinie solitude pour ne jamais rien brusquer, ne jamais rien manquer ni des élans ni des signes tous mêlés d’émotions et de mots, tous les mots, ceux que j’entends, ceux que je dis, ceux que je lis, ceux que j’écris et ceux qui se forment en pensée pour ne faire qu’y rester. La sensibilité se travaille au corps du texte. Ce n’est ni un manifeste ni une méthode. C’est un aveu que je me fais, expliquant que je ne suis rien de mieux mais comment j’y suis parvenu, à devenir, oui, meilleur.

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Sunday, July 19, 2020

Chroniques de l'invisible - 196

C’est donc tout cela qui vient s’inscrire, à l’instant. Les personnages défilent un à un. Je poursuis mon travail, de regards, d’écoute. Sorti de l’autre, visages connus. Les mots se confondent, à l’oral, à l’écrit. Double travail. La graphie relève du récit car c’est cela que je reverrai. Le reste ne sera que sensations. L’écrit contribue à les réactiver et toutes ces périodes qu’on croirait révolues se mêlent pour n’être qu’une. Une seule vie, de l’ancien au présent. J’y suis, en contact, tel que cela se compose sous mes yeux, à travers moi bien sûr, mais un moi inclusif, sensible à tout ce qui se dit. Voici donc qu’un choix récent se concrétise. Je comprends d’où cela vient. Ce qui parle à travers cela. Je n’en suis presque plus surpris. C’est l’évidence, l’évidence sans obligation. Ce qui compte, c’est ce que cela contient. Aussi, je provoque. C’est la bonne voie. La voie douloureuse à laquelle je ne pourrai changer que la manière de l’admettre. L’émotion qui s’en dégage dit tout de ce qui s’est endeuillé et qui reprend son chemin. J’adore ces transitions inéluctables. Elles ont lieu. Elles prennent forme et je ne les rejette pas. J’ai rarement l’occasion de faire vibrer à ce point le réel. Il n’y a pas d’effroi. Ce que j’ai laissé demeurer s’apparente à un besoin d’être encouragé. Cela manquait certainement, manquait depuis le début, a toujours manqué, et c’est ce contre quoi je devais lutter déjà pour survenir à un désir profond. C’est la même lutte à chaque fois, la même rupture nécessaire. Je voulais m’offrir des années de répit. Cela fonctionnera un temps, longtemps, trop longtemps maintenant. Pour autant, je n’arrive pas à commander qu’il en soit autrement. Je ne veux rien forcer et laisser venir ce qui s’oriente, je n’en doute pas, vers un établissement. Pour cela, il a fallu finir. Je me disais qu’il ne se passerait rien. C’est tout le contraire. L’énergie est encore plus intense.

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Saturday, July 18, 2020

Chroniques de l'invisible - 195

D’abord, identifier la menace. Je l’apparente toujours à une trahison, ce qui signifie que j’apporte mon soutien et ma confiance sans être en mesure de l’anticiper. Cela, je l’ai identifié. Ce n’est pas la seule raison à moins qu’elle soit terriblement agissante au point qu’elle m’ait laissé, malgré l’expérience, sur le carreau. L’explication se tient. Elle tient d’ailleurs en tout lieu mais pas suffisamment. J’admets que je sois à un autre niveau où cela, permanent, se met en confrontation avec d’autres domaines, de l’autre, aussi, de la maîtrise du langage et de certaines formes uniquement liées à l’esprit. Ce point désigne en soi l’extraordinaire vertige ressenti, car c’est une stratégie qui s’est mesurée d’elle-même au quasi quotidien que la menace imposait. Et maintenant encore, elle est comme une maladie chronique. Je sais où elle est et où elle se tient, elle aussi, inamovible. Dans ce combat intérieur, je dois m’élever. Je l’ai en partie fait. Pas suffisamment. Je vois comment se tissent les pièges. Je les déjoue. C’est comme entrer en prière, c’est-à-dire inscrire dans le corps textuel ce qui fait foi. Cela détourne l’objectif, ancré dans chaque instant de vie, en service, pour ce qu’il y a de plus sublime : l’autonomie.

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Friday, July 17, 2020

Chroniques de l'invisible - 194

Et s’il ne restait qu’une minute, je me hâterais de révéler combien il fût agréable d’aller vers tout cela alors que rien ne m’y avait véritablement préparé. Cœur du mystère où il n’y a pas d’autre fatigue que le temps traversé. Je suis maintenant dans ce renversement. J’ai dû courir pour y parvenir. C’était aller au bout sans penser au reste, le corps textuel choisissant la voie d’une matière si dense que je comprends pourquoi il faut être en dehors pour d’abord le ressentir puis le vivre pleinement. J’inscris dans ma mémoire comment je serai toujours, d’avoir refusé ce qui se doit, d’obéir par exemple. Dans ce cas, ce qui joue en ma faveur est le ton que j’emploie. On se plierait en quatre devant la fonction suprême soi-disant représentée alors qu’il n’en est rien. Je dois le reconnaître. Une porte devenue fenêtre. D’où je conçois en accéléré ce qui n’a pas existé au bon moment. Je ne m’explique pas encore comment cela s’est produit. C’est cette période que j’ausculte, cette passion qui n’a pas trouvé d’écho et qui a dû attendre plus de vingt ans. Aujourd’hui, elle est là, pleine et entière, et j’aime ne la justifier qu’à moi-même ou presque. C’est vrai, c’est parfois douloureux. Cela signifie taire à nouveau. Douloureux parce que cela ne se partagera pas. C’est un fait immémorial à l’adresse d’une aventure essentiellement intérieure, car ces lieux où cela peut s’exprimer n’existant pas dans la réalité sans être pour autant inventés. Ils ne sont pas palpables. Je ne peux y inviter personne mais ils sont bien réels. La pensée les constitue et la pensée est bien réelle. Je n’ai pas d’autres mots. Nous ne sommes pas sur les mêmes engagements. La grande différence, c’est que je n’en conçois pas la durée. Cela pourrait être infini comme cela pourrait s’arrêter maintenant. Ce n’est pas le même repère. Vous auriez quelques années durant lesquelles tout vous serait dû. Je ne suis pas de ceux-là. Je m’attèle à reconnaître ce qui revient, à l’observer sans jugement. Je veux retrouver où j’ai écrit l’arrachement. Il faudra l’inclure. Inclure aussi les mots que j’utilisais.

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Thursday, July 16, 2020

Chroniques de l'invisible - 193

Je n’ai pas à m’en vouloir. C’est une sorte de destin individuel, celui qui tente d’établir une architecture de l’écriture ou plus précisément de ce qui me conduit à entendre différemment ce qui se produit. Les sensations sont rares pour le mourant. Leur intensité est d’une grande rareté également. Cela ne peut pas être autrement. Je pourrais rester sur quelques impressions, d’un lieu que j’identifie, d’une absolue certitude du temps. Je sais qu’il y a là un sujet difficile à aborder, autant pour moi que pour celles et ceux qui seraient amenés à m’écouter. Pour moi, parce que c’est cela que je traite ici, parce qu’il me faut admettre que je suis une série d’indices que je ne contourne plus, quelles que soient les conséquences. Tout se croise d’une manière à la fois subtile et étrange. Je n’ai qu’à me souvenir comment, entouré, j’ai élaboré le mystérieux récit que je n’écrirai jamais, non le seul mais un de ceux qui me hantent, un fil de la pensée reconstituée pour qu’il puisse œuvrer sans la sentence de la logique. C’est ainsi. Je dois m’en faire une raison, là où les traces ne s’effacent pas, une source pure, l’hologramme d’un rocher dans lequel je suis venu poser une main. J’entrais en contact avec ce qu’il y a de plus ancien en moi, comprenant que j’avais été déplacé pour une noble cause mais pas abandonné. Les signes tangibles d’une telle appartenance, je ne les aurais jamais rencontrés si, un jour, je n’avais pas suivi mon intuition et si j’étais resté comme je le prévoyais sur le bord du chemin. Bloqué par la nécessité de reproduire fidèlement une chronologie, je me croyais face à l’insurmontable. Maintenant je sais que je ne dois pas me restreindre et dire comme cela revient même si je l’ai déjà évoqué maintes fois. L’élément-clé, par exemple, d’une fuite, d’une menace très forte, d’une guerre véritable, d’un esprit que j’avais de trop près approché et qui m’avait mis en danger. La menace était venue s’installée non loin de mon antre. C’était presque un non-lieu. Il contenait des sources de plaisir mais n’était qu’un bord, une frontière alors que je m’étais établi suffisamment à distance. C’était à deux doigts d’aboutir, à deux doigts de tout renverser. C’est de cela que je me suis extirpé, l’errance aidant toujours au renforcement d’une saine conviction par laquelle je suis depuis chaque jour récompensé.

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Wednesday, July 15, 2020

Chroniques de l'invisible - 192

Et sans surprise, ce qui focalisait est quelque peu modéré. Je le vois relativement aux urgences qui se bousculaient, au rappel des faits, également, pour en partie conclure vers la douceur du temps et à ce qui devient, comme remettant une seconde couche sur ce qui mobilise vraiment surtout après avoir constaté qu’au cœur de certaines réflexions ne s’articule qu’un rapport, un compte-rendu, de tout ce qu’on aimerait voir établi. C’est fait. Le sujet est écarté. Aucune honte. Oui, c’est scandaleux, d’être réprimé, qu’il n’y ait pas dans notre corps social l’énergie nécessaire pour contrer la puissance de l’argent. Se redéfinir à partir de cela, déjà dit maintes fois, l’option qui n’adhère pas, la partie du vivant qui ne se laisse pas englober afin qu’il soit trop tard pour d’autres, qu’ils aient ce train de retard sur la constitution et l’enracinement d’une alternative. Elle s’écrira toujours avant de s’appliquer. C’est ainsi que nous sommes, nous, soi-disant gouvernant. Nous, les détenteurs de la bonne parole. Nous qui nous plaçons hors de portée. Depuis l’inaccessible foyer, terne pensée édulcorée. L’édifice se construit. Ne sera permis que ce qui est admis. Je n’en pleure pas. C’est dans la constance de notre ère.

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Tuesday, July 14, 2020

Chroniques de l'invisible - 191

Quand on se rend compte combien de fois c’est arrivé, oui, le nombre de fois. On ne parle bien souvent que de rares événements. Quelque chose sort un jour du quotidien. On le raconte. Bernard a eu une crise cardiaque. On ne s’y attendait pas. Fort comme un roc. Le récit devient celui de l’extraordinaire. Mais du matin au soir, toutes les nuits. Les autres. On ne raconte pas. Bernard en dehors de sa crise n’a aucun intérêt. Le matin il se lève. Le soir il se couche. Entretemps, il dit souvent : « Ça s’est bien passé » ou le matin : « Bien dormi ». Ça, c’est son truc à Bernard. Qu’est-ce qu’il dort bien ! Jamais conscience du mal qu’il peut faire autour de lui, justement, en ne changeant jamais rien du matin au soir, le même ordre, ouvrir les volets, fermer les volets. On se dit, c’est bien, il commence à raconter. Mais non. Têtu. Il suffit de balancer un ou deux prénoms, un semblant d’existence et tout ce qui n’est pas dit débarque. Oh. C’est bien son style, ça. Suffit de dire le crime. Dire, ne pas dire. On aimerait des faits pour se faire une opinion. Savoir si ça valait le coup de l’évoquer. Pas pire qu’un autre. Je pourrais le faire. On le trouverait tous les matins dans la presse. Avant tout autre chose. Au fond, ce que je rêve depuis longtemps. L’écriture en direct. Aujourd’hui dans tous les foyers : le crime de Bernard. Ça pourrait être en titre pour racoler, et puis ça exposerait ce qui va venir, on ne sait pas encore, c’est le grand jour, le jour de ce que j’ai dépensé, au risque de laisser faire justement, comme c’est amusant de le voir, le sens, et de faire avec en laissant courir les mots. Dé-penser. Pour ne plus avoir à s’en occuper. Puisque je peux payer pour cela. C’est pratique. Un peu comme quand j’étais enfant. Il suffit de faire un chèque. L’argent magique. Qui tombe. Le sujet glisse. A priori, aucun rapport avec Bernard. Et pourtant. Tout est lié. On entend le devoir de mémoire. Pareil. Belle arnaque. Toujours le même discours. « Je ne suis pas sûre que ceux qui prennent la parole représentent quoi que ce soit. » La fameuse majorité silencieuse. Argument des autoritaires. Et puis, ils ont toujours entendu d’autres voix, celles qu’on entend, ravies de ce qui se passe, reconnaissantes, qui rentreront heureuses parce qu’elles seront nommées, des noms sur une stèle, formidable, on ira avec le petit dernier, rue machin chose, place machin chose, esplanade, avenue, impasse, l’histoire à ciel ouvert disponible pour tout le monde. Alors, on se demande qui finance. Réseau parallèle. On y consacre une partie du budget. Faut bien que quelqu’un décide. Et nous voilà de simples spectateurs. Ça va vite. J’ai juste eu besoin d’un temps d’assimilation, une nuit de transferts. Puis la clarté. Énigme résolue. Peu importe ce que cela deviendra. Je suis allé trop loin pour tout repenser. Oui, la pensée circule. Elle ne se fixe pas sur des soi-disant connexions, entre des êtres qu’on aimerait voir liés. Cela n’arrive plus de se savoir exclusifs. C’est un tout. Être dans un tout au service d’un tout. En service. Au même titre. Il n’y a pas de plus faible envergure. L’effet est d’une grande importance. Terre, terre. Je ne l’ai pas découvert. On me l’a rappelé. À partir de là tout s’entrecroise. C’est la magie de la vie. Désormais, c’est une question d’assemblage.

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Monday, July 13, 2020

Chroniques de l'invisible - 190

Se découvrir alors au bon endroit, calé dans le temps. Une naissance comme une arrivée, pas seulement un départ. Il fallait que je le mérite. Je compte deux déviations. La première après l’acte créatif qui me donnait uniquement pour moi tout pouvoir, le pouvoir suffisant donnant lieu à des formulations internes et de nouvelles attirances que j’ai depuis concrétisées. La deuxième concerne ma position dans le collectif qui s’avère extraordinairement stable autant spirituellement qu’économiquement. Le début d’une retraite, retranché dans la pensée, où cela qui était censé déconnecter vient continuer. Je mesure la chance qui est la mienne de pouvoir en témoigner. Je veux ouvrir cette voie. C’est toujours une immense émotion, de s’être offert à tout ce qui est connu, rompant avec un ordre que je m’étais auto-assigné, une manière de découvrir et donner au plus fort de l’actuel un parfum sain de nouveauté. Je ne me pose plus la question de savoir si je suis dans une phase d’apprentissage. Bien sûr que je continue d’apprendre mais je ne suis plus au stade d’apprenti. Praticien me convient. Consultant aussi. Je pensais à cela justement. Une question d’ordre en quelque sorte mais pas seulement. De toute évidence, il y a une forme de torture que j’associe uniquement à une résistance, d’une puissance qui serait comme désaccordée si je m’y laissais séduire. C’est une vraie différence que je prends en compte surtout la nuit. L’action permanente me réveille. Je suis d’accord pour aller plus loin. Pour la question de l’abandon. Rétrospectivement, il y eut un crime. Une douleur. Un amour bafoué. L’histoire promise devait durer longtemps. Étrangement, elle s’est arrêtée mais elle a continué aussi. Elle devait se poursuivre, sinon, rien ne correspondait. Et à la fois, je ne dois pas nier que ce n’est pas tout. S’il y a sacrifice d’un côté, je l’assume. Oui, c’est un choix. Pour donner vie à un autre univers, un univers que je préférais sans le connaître réellement et qui aujourd’hui m’emplit sans borne. C’était peut-être cela que je n’avais pas supporté. La borne. Il fallait ou bien se limiter constamment ou bien franchir les domaines comprenant la haine et l’insatisfaction. Je pouvais aller de l’un à l’autre, aller et revenir comme si de rien n’était. Je l’ai fait. Il est vrai que c’était excitant d’enfreindre mais pour être honnête, ce n’était pas si merveilleux, et je me suis lassé immédiatement. C’était un peu d’interdit, soit. Avant tout je comprenais pourquoi ça l’était, interdit. Parce que c’était glauque et malsain, que cela obligeait à tout aménager là où je ne voulais pas. Ce n’était pas un besoin pour moi. Rassurez-vous, c’était interdit moralement mais pas illégal. Le crime, ce n’est pas moi qui l’ai commis. Il faudra des milliers de pages pour le dire et le rappeler s’il faut. L’interdit m’excitait mais pas l’illégal. Alors que le criminel est excité par l’illégal. Il se sent supérieur à la loi. Ce qui n’est pas mon cas à part quelques excès de vitesse. Oui, je l’avoue, je roulais à 180. Surtout au début. Jusqu’au jour où j’ai compris qu’il suffisait d’un mouvement pour que tout soit incontrôlable et irréparable. Or, j’ai prévu de vivre longtemps. C’est dans mes gênes. Je ne suis pas vraiment du genre papi qui fait attention à tout. Pas encore. Alors, c’est ce qui n’arrivera plus qui se met en avant. Ce qui devra se faire autrement. Certain que j’ai bientôt cela de disponible. Il suffit d’écouter le monde changer autour de moi. Les tentatives avortées ne sont pas des échecs. Il n’était pas encore temps. Maintenant, il est temps.

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Sunday, July 12, 2020

Chroniques de l'invisible - 189

Si je pense en termes de générations, les jours se succédant, mais les heures également, ce qui n’arrive qu’à cette période (il faudra comparer), c’est une évidence, je ne veux pas, c’est bien ma volonté qui est à l’œuvre, parfois même à l’épreuve. Je n’ai pas à juger à ce niveau-là, ce qui fait qu’une partie s’élabore sans moi, que je creuse le fossé, avec ces détails que je ne confie qu’à l’étape supplémentaire que je m’inflige dans la durée. Notamment dans l’élaboration des personnages, s’absentant le temps qu’il faut pour justement exister. Je dirais volontiers trop présents. Ils doivent laisser la place à ce qui n’est pas défini, ce qui n’a pas d’autre actualité. Je le cherche, c’est certain, je le provoque. Le premier effet est le regard extérieur, désemparé. Aucune explication possible. On a beau tenter d’en faire une fiction, cela ne tient pas. Les questions presque stupides. J’aime bien, lorsqu’on ne sait rien. Personnellement il m’arrive de faire quelque effort, en présence du sujet, essentiellement. En l’absence, je perds tout contact. Refaire, défaire, les deux me vont. Comme la présence qui s’installe. Cela me va. J’y suis confronté et je le remarque souvent plus tard, trop tard, c’est fait, cela existe, au moment de le faire, je ne m’en rends pas compte, je n’y crois pas. C’est terrible. C’est toujours après. C’est toujours trop tard. C’est toujours ce que l’on doit raconter. Trop tard. Cela ne sert plus à rien. L’objectif, c’est de l’éviter, c’est d’être présent au moment où cela arrive, de pouvoir relater ce qui se passe, minute après minute, ce qui fait le crime. Rassurez-vous, il y aura bien un mort mais ce qui m’intéresse c’est avant qu’il soit mort. Et le paradoxe. J’adore le paradoxe. C’est le moment où ce qui était attendu se trouve fauché par ce qui sera. Je dois vivre avec ce qui a changé et pour une fois ce n’est pas de ma faute. Attendre. Parfois il suffit d’attendre, que l’hystérie passe, due au trop grand nombre. Ce sera le verdict, lié à quelque désir, dans ce monde sans échéance, quand un plus est venu s’immiscer, parlant de l’ailleurs ou de l’autrement. De ce fait se transporte sans surprise l’être en soi, le décor n’ayant plus à changer, être partout, à tous. Cela signifie qu’il y a des mots dans lesquels l’être habite, choisit même d’habiter après avoir peut-être erré ou tenté mille aventures que l’on ne connaîtra jamais, car s’il est possible de créer encore et toujours, nous le faisons à partir d’une masse qui nous dirige ou nous submerge, qu’il fait laisser nous diriger ou nous submerger, en partie, vivre avec en harmonie. Nous sommes liés à une cause commune. Je suis, parmi cela, au service de tout en étant le seul, entre cela et moi seulement (il y a autant de relations qu’il n’y a d’êtres en soi), à pouvoir mettre en action. Cette relation me convient totalement. Je l’ai même sans doute désirée. L’idée que puisse se ramifier, comme l’arbre, une seule énergie intégrée à un tout me satisfait mieux qu’une sorte d’allégeance à l’une ou l’un d’entre eux. Je n’ai pas d’autres mots : c’était pourrir. Pourrir sur place. J’ai trop dépensé d’un coup, pour à nouveau mettre fin à quelques malaises qui seraient survenus, des malaises de type organisationnel, à quelle heure, comment faire, tout est réglé en quelques minutes. Les questions ne se posent plus. L’espace élargie permet cela. J’en suis heureux. L’adaptation n’est pas si douloureuse. De toute évidence, tout cela a beaucoup changé. Je ne le dois pas qu’à moi. D’ailleurs, ce n’est pas sûr que j’aie souhaité ces changements. Il se sont faits parce qu’il y a de la vie autour et de la vie partout. J’ai suivi le mouvement. Ce qui me plaît, c’est que je tente vaguement d’établir une chronologie. Je sais à peu près ce qui est avant ou après. Quand est-ce que cela a lieu exactement, avec des dates, je ne sais pas trop. Cela dit, ce qui m’interpelle, c’est que la question d’une chronologie se pose. Elle ne se pose pas toujours. Il suffirait que je sois plus simple avec ces questions. Que je dise ce qui se passe maintenant et que je commence aujourd’hui. Je crois pourtant que cela mentirait en partie. Parce qu’au moment où cela arrivait, je n’y apportais pas plus d’importance. C’était « naturel ». Moi au comptoir, écrivant. Le but, c’était de ne pas rompre avec ce que je venais d’inventer. Tout fonctionnait. Écrire à côté. Faire en même temps. Et puis il y avait eu une intervention. Une diversion. La même diversion à l’œuvre, lâchée sous des attributs de liberté. C’était raté pour plusieurs années. À nouveau devoir là où je ne voulais plus devoir. J’ai fait un pari sur le temps et sur ce coup-là j’ai gagné. Je vois combien l’œuvre du temps a son importance. Combien il est important d’y croire. Je ne sais pas si j’y croyais à l’époque. J’étais d’accord pour que cela puisse prendre une autre tournure. Là, ce n’est pas ma faute. Des addictions ne tiennent plus dans mon environnement. Elles disparaissent et me laissent seul agissant, parce que j’accepte que c’est cela qui est en jeu pour ce que je suis en train de définir.

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Saturday, July 11, 2020

Chroniques de l'invisible - 188

C’est impressionnant, ce mariage, cette cérémonie, qui se prépare. Et dans la besace, drôle de magie, pour demain, avec comme des convertis. Impressionnant parce que tout est là, cérémonie — pour un mariage il faut être deux — ça vous étonne certainement, oui, je ne me suis jamais dévoilé, j’ai attendu cette convergence, à m’en lever la nuit, j’arrive au pupitre, c’est mon discours, je suppose que vous ne vous y attendiez pas, il y a une part qui ressemble à un retour mais cette fois je l’ai mieux renseigné. Il fallait faire semblant, aller là où il n’y a rien, traverser l’ennui, je n’ai pas fait tout cela pour en arriver là, je me suis posé mille questions et il est vrai que je me fiche pas mal que tout cela soit ou non cohérent. Il y a pourtant une constante, un sas, avant de mettre en pratique. Avant cela, il faut être allé plus loin dans le détachement.

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Friday, July 10, 2020

Chroniques de l'invisible - 187

Dès lors se précise une préférence, de lieu en effet. Tout est décalé. Je ne dois pas voir normalement. C’est prévu. Là, c’est tout d’un coup et la tentation de participer à cette union est forte. Ne pas y céder est de loin la meilleure solution. Elle s’élabore quelques secondes seulement avant l’acte. Rien ni personne. C’est un hasard. Le reste du temps, rien ni personne. Point. Ou justement ce qui continue, qui se fédère, en interne. D’habitude, pas facile d’en parler, disons qu’une sorte de probable raison précède puis se dissipe. Le contenu prend le dessus. Là, rien qui précède et cela surgit. Si nous n’en sommes qu’au début, tel que je le crois de plus en plus, je dois oser le bombardement. Cela fonctionne depuis longtemps. Je le sais depuis quelques années seulement. Maintenant, c’est un bonheur permanent. Sur mon passage. Un regard suffit. Parfois, c’est un peu plus long. Ce sera plus difficile. Pas d’inquiétude. Nous y arriverons tous. La devise. Tout le monde y arrive. Le tout est de constater où est le problème, où est la faille. C’est neuf coups sur dix au même endroit, au même moment, le problème et la faille, plonger, il n’y aura peut-être qu’une occasion. Il ne faudra pas la rater.

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Thursday, July 9, 2020

Chroniques de l'invisible - 186

Je mets un soleil là où il n’y en avait pas. Je crée la source. Là encore, puisqu’il y aura une longue analogie, je ne dis pas qu’il n’y avait pas rien mais que le tout que c’était devenu était disproportionné par rapport à ce peu, soit joli, sympathique, attirant, très équilibré mais je ne pouvais pas le savoir, je suis sûr qu’il y en a des milliards comme ça, ce n’est pas comparable. Des singularités certaines, le fait qu’en quelque sorte je me sortais d’affaire en aidant ce genre de projet à se faire. Et puis, je n’ai pas à en rougir, nous avions cela en commun, partagé. La même volonté, au fond, de tout arracher, s’est miraculeusement reconnue dans les méandres des mensonges. Je suis allé plus loin d’abord, puis sur un autre chemin. C’est drôle, ces fictions à inventer pour justement dire ce qui n’est pas. Greg et Sophie par exemple. Je ne sais rien d’eux depuis des siècles et pourtant j’adore m’imaginer leur vie, les voir se balader, s’engueuler, jamais rien de grave et jamais rien d’important selon moi, alors la banalité se retrouve dans tous les faits et gestes et un jour Sophie malade pendant des mois, une tombe dans la cour. C’est joli. C’est fleuri. Greg me dit : « J’avais besoin de voir un peu de vie ». Il fait une tombe avec de jolies fleurs. Celui qui pense qu’il n’y a rien dans la tombe se méprend. Le plan « s’occuper d’une malade » ne lui convenait pas. Ce n’est pas pour cela qu’il avait choisi Sophie et pourtant, il ne faisait plus que cela, s’en occuper. L’échec tout entier dans la tombe. L’inconcevable. Alors, il faut bien choisir l’endroit, pas forcément facile d’accès pour que y aller réclame un effort, à la vue de tous tout de même. Cela ne doit pas rester secret. Ce qu’il y a dans la tombe n’a pas vocation à disparaître. C’est même le contraire. En faire un culte. Maintenant, c’est là, bâton fleuri, qu’on laisse et qu’on retrouve, qu’on voit vieillir, qu’on réparera. Le travail de l’écriture a déjà commencé. Je cherche presque consciemment. Idéal, fleuri, calme, un peu loin mais pas trop, visible, plus qu’à laisser agir. Je ne voulais qu’une Sophie. Pas besoin. Ce qu’il y a dans la tombe ne concerne personne d’autre. Pas surprenant que j’aie pris le temps avant de tout prendre à bras le corps. Je crois que c’est fait. La tombe est devenue un lieu de vie. On peut transformer la tombe. On n’a plus besoin mais on garde. C’est devenu un souvenir, une vieille carte postale, une photo jaunie. Il fallait une rupture dans ce qui était une obligation. À chaque fois, quoi qu’il arrive. Pour mettre en place un autre rendez-vous régulier qui n’est pas une obligation. C’est une cure de jouvence. J’y trouve ce que l’on ne m’avait pas promis. Je m’explique. La promesse était tout autre. Je disais oui oui sagement sachant que, non, pressentant que je n’aurais que quelques années à souffrir avant de pouvoir me délecter sans avoir à négocier chaque seconde de ma vie. Peut-être que cela s’organise d’année en année. Au fur et à mesure. Je fais le tour du propriétaire. OK, c’est signé. Acte d’autorité. En faire un lieu criminel. Faites entrer l’accusé. Prison. À moi la plage et les cocotiers. Trois ans à faire semblant d’un deuil. Il fallait que tout le monde y croie. Ouverture de la tombe. J’avais entassé des trésors. La tombe peut servir à ça aussi, pour après. Le sujet qui sera traité plus tard. Ce serait un peu prétentieux de l’absorber dès le début, le début de la tombe. On imagine mal Greg préparant sa tombe en criant haut et fort tout ce qu’il met dedans. C’est comme ça. Le sujet dérange. Un peu comme les balles dans la tête. Ça énerve surtout les sommets de pyramides hiérarchiques. On ne comprend rien. S’il y a une tombe, c’est qu’il y a un cadavre dedans. Ça concerne donc quelqu’un. Suffit de mettre un nom et basta. Sauf que ce quelqu’un n’y est pas vraiment. C’est avant tout ce que cela portait, d’où la notion de sujet. Pas besoin de cadavre. Le sujet est bel et bien vivant. Il agit quand on passe devant autant qu’il agissait quand le projet a été élaboré et de tombe à bombe (intraduisible), il n’y qu’une lettre. Allons au bout : le psy cause. Démerdez-vous. Le soir quand vous vous couchez, sous la douche, partout. À deux doigts d’exploser. Si Greg et Sophie font exemple, c’est parce que nous avons sans aucun doute eu des points communs à un tournant de nos histoires. C’est là que nous nous sommes rencontrés. Entretemps, l’eau a coulé sous les ponts (techniquement et scientifiquement, c’est l’Yonne qui coule sous ceux de Paris et non la Seine). Je me dis : y’a quinze ans, ces gens avaient deux ou trois ans. Greg et Sophie, vieillis, eux, arrivent à la date limite de peut-être never child. Pathétique. J’ai réglé cette question à dix-sept ans. Tant pis. Y’en aura pas. Pas te petit Oliver qui tendra les bras, pas de papa. Popo. Pas d’apprentissage du langage. Pas de livre lu pour s’endormir. Ça n’empêche pas. L’idée suffit. L’enfant grandit. Il a neuf ans et je l’aime comme il est, éphémère. La question du réel concerne cette manière, là où je suis vraiment, car en soi j’aimerais une forme de continuité, mais force est de constater que tout est très différent depuis quelques mois. Je le ressens puissamment. Ce qui a changé, c’est que je suis là réellement. Il n’y a pas d’ici ou d’ailleurs. C’est le même lieu.

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Wednesday, July 8, 2020

Chroniques de l'invisible - 185

Là encore, j’éprouve l’association des formes. Quand je pensais : partir avec un seul « je ». Les deux figures qui m’y amènent sont deux importantes oppositions. L’une n’étant qu’un refus. L’autre, plus intense, cherche à ma positionner en révélant ces méthodes que je juge manipulatrices. Trouvé, le bon filon. Je le dis avec difficulté parce que dire à cet endroit, c’est rompre. La suite, c’est sans moi. Je n’attendais rien de particulier à ce sujet. « La dernière fois », ou comment le calendrier installe une perspective. Disons que cela pourrait être ainsi, puisque le même processus se met chaque fois en place, autant que ce soit, réellement, dans la liste des possibles. Je pourrais, par exemple, définir une attitude presque de retrait, en recul de ce qui a possédé, l’avis d’un propriétaire, évaluation de tout ce que cela génère. Ce sera ce déroulé, à partir de maintenant, depuis que le désir a pris d’autres racines, mettant en lumière toute une stabilité. Je baladais un sentiment de fragilité. J’avais placé en deux lieux et séparé le réel et la fiction. C’était une erreur. C’était fuir l’un et l’autre. C’était attendre que se formule enfin que la fiction est dans le réel, que le réel est dans la fiction, en partie. Un seul « je ». Celui qui se forme à toute heure du jour et de la nuit, comme à travers ces lignes. S’il est pluriel, composé, cela n’empêche pas qu’il soit unique. Ou il faudrait le déguiser, le maquiller. C’est sans doute ce qui s’est passé. Au moment de chaque disruption. Je me couvrais d’un nouveau filtre, une protection à travers laquelle ce qui pourrait passer n’atteindrait pas les fonctions vitales. Le risque de toutes ces issues sordides contenues dans chaque désir, mêlé aux passés, dans l’impasse d’une simple explication, enfin, jeune ami, il n’y a qu’une vie comme il n’y a qu’un « je » même si ces vies sont composées. C’est là qu’est la merveille de le penser et que tout devient possible dans le réel y compris la fiction, car c’est ce qui s’est passé, bombardement incessant jusqu’à ce que l’être se tut conjugaison voulue pour mettre face au pire. S’il meurt il ne parlera pas. S’il vit il peut se taire à jamais entretenir le fond tragique qui nous gouverne. J’étais dans l’emprise. Je l’ai su le premier jour. Cela ne correspondait pas à ce qui devait se faire. Alors, filtre de protection pour bâtir et maintenant je mets des guirlandes aux fenêtres pour fêter tout cela. La nécessité des épreuves a changé de camp.

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Tuesday, July 7, 2020

Chroniques de l'invisible - 184

Quand on y trouve enfin la précision d’une sensation, l’exactitude d’un visage, de son nom et de son rôle. Je suis là pour aider, souvent fort efficace et puis cela m’échappe des mains, hors contrôle, en retard, perdu. S’il n’y a rien d’autre que le réel, c’est que le réel est diversement composé, rêves et imagination compris, un réel non pas supérieur mais englobant. L’énigme serait de chercher du côté de la sensibilité, à chaque tournant, les plus saillants, ces énergies que j’absorbe, assimile, dont je reconnais la valeur malgré le corps qui l’habite que je nommerais passeur ou conducteur, parce qu’il y a cela qui s’enclenche un jour jusqu’à trouver un endroit plus propice où je me mets à mieux écouter des mouvements qui manquaient pour faire lien avec ce qui allait devenir nécessaire voire prioritaire.

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Monday, July 6, 2020

Chroniques de l'invisible - 183

Pour peut-être articuler d’une autre manière ces révélations à court terme, ce qu’on voit par-dessus une épaule, tout ce fraîchement élaboré que je viens livrer pour m’entendre dire que je m’étais senti trompé, le modèle ne correspondait pas à ce que j’attendais. Alors, ne plus rien attendre ou ne plus faire qu’attendre, ou se construire à partir du modèle puis le tester ainsi renouvelé. Au contact des autres, influencé. Je m’empêche rarement cela. J’aime bien d’ailleurs. L’influence peut être tout à fait légère, éphémère. Parfois, elle est profonde et ce qui change au fur et à mesure de mon expérience à ce sujet, c’est que je la mets en œuvre ou à l’œuvre plus volontairement et donc plus rapidement. Si je vais au bout de cette démarche, je serai dans cette nébuleuse, ne cherchant pas à expliquer ni à comprendre. Il est très probable qu’en nos imperfections nous trouvions une voie plus directe ou plus sensible vers la pensée que ce qui est communément admis. Une voie non pour la dévoiler ou l’identifier. Une voie, je dirais, de contact ou de présence, qui n’a que faire du modèle que j’attends ou que j’ai élaboré mais parce que tout cela s’est mis en place en même temps pour agir sur le développement. C’est une même structure. Sa particularité est d’être composée de tous les moyens de transformation. Le risque d’en finir détruite. Serait une question à poser s’il était possible d’y répondre. En quelque sorte, je le peux puisque je me laisse conduire par le contenu. C’est l’objet de ces lignes pour dire qu’il n’y a dans cette manière qu’une écoute de ce qui bouge quand tout n’a plus qu’à être brassé, voyant que je me positionne pour le vivre pleinement, sans mesure lorsqu’il s’agit de mettre à profit six mois peut-être de travail mais sans doute plus quand on sait qu’on ne peut que s’inscrire dans une continuité, une fabrication qui ne datent pas d’hier. Les échos sont pour mon apport personnel. Alors, c’est ça. Une plongée. Nous ne pouvons pas remonter les millions d’années, presque à peine les années, parfois l’heure qui précède, mais nous avons en contenu l’histoire et ses possibles devenirs ou du moins ses éventualités. Nous nous sommes rendus possibles, ce qui est propre à tous. Si je m’y perds c’est parce qu’il faut vider et que je continue à apprendre à vider. Cela me fait du bien. Je le sais à chaque fois, mais chaque fois j’ai besoin de m’y confronter. Je ne donne pas assez d’importance aux supports qui m’alimentent pour leur capacité à nuire pour certains et leur capacité à former pour d’autres. Je sais d’où je tiens cette force, d’un secret que je tiens, d’un jour clairement défini où je décide que tout ne se dit pas, que tout ne se partage pas. Si je remonte les années, c’est là que je trouve cette dérivation. L’une d’elles fut plus douloureuse parce que je m’étais ancré. Il fallait que j’admette que ce n’était pas pour la vie, que la vie pouvait changer. Que je pouvais récupérer cette liberté d’être avant qu’il ne soit trop tard. J’ai œuvré pour cela et maintenant je profite de cette merveilleuse écoute qui m’offre le loisir de composer comme je le veux. Je revois — comment se présentaient à moi les différences et comment j’usais de cela pour établir des analogies strictement personnelles. Je me demande souvent si c’est une compétence qu’on acquiert. À ce stade, à mon âge, je n’y vois que l’accident du vivant, un accident propre à toute loi naturelle dont j’ai bénéficié. Je ne suis pas le seul. C’est bon de s’en rendre mieux compte, que cela ne dépend pas de notre unique héritage, que cela se produit partout à une échelle suffisamment grande pour que la distinction se révèle productrice d’émotions nouvelles et de savoirs nouveaux.

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Sunday, July 5, 2020

Chroniques de l'invisible - 182

Ce pourrait être un travail collectif. Je refuse l’alliance. Cette rupture, donc, à chaque fois, ne pas s’allier. Je n’ai rien de commun à ces genres de pressentiments. On irait, à travers le mythe, évoquer nos intarissables désirs. Je n’en suis pas. Et qu’est-ce qu’on aimerait que tout dépende de nous. Ce qui est vrai pour une partie de l’œuvre. Le reste nous échappe. Ne nous concerne pas. Je ne vais pas perdre du temps à faire quelque synthèse alors que nous n’avons qu’à juger que ce qu’il s’est passé.

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Saturday, July 4, 2020

Chroniques de l'invisible - 181

C’est loupé. Le personnage qui s’en sort. Pas pour cette fois encore. Cela dit, cela pourrait être un leitmotiv ou comme une série, le thème qui ne change jamais et revient toujours au même. Il va encore nous parler de la même chose. Oui. Ça va encore louper. Oui. Ce n’est pas qu’une question de faille. C’est abyssal. Si je veux retrouver l’intensité de ces confrontations, c’est le chemin à prendre, le point sur lequel il ne faut pas que je cède, en dévoiler en partie (mais c’est si peu pour appliquer vraiment), garder l’essence pour moi et comme toujours (là aussi le thème récurrent) : partir. Une même rupture à chaque fois. La même rupture, répétée. La même première fois. Il n’y a qu’une fois.

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Friday, July 3, 2020

Chroniques de l'invisible - 180

Ce pourrait n’être que cela, des dates les unes après les autres, un calendrier, sans aucune image, de temps en temps seulement, la marque de fabrique, ce petit côté un peu sinistre, rien de ce qui était prévu, et puis, au bord de ne pas réussir, ce goût pour le point de non-retour, quand on ne peut plus rien rattraper. C’est un rapport purement dynamique. Si je n’en souffre pas, si je ne m’y confronte pas. De toute façon, c’est décidé. Je prends de l’avance. La position sera difficile à tenir, hors négociation, je suis seul face au réel et cette dimension me plaît. J’aurais pu tricher. C’était la solution facile. Inventer des faits. Antidater. Parfois, il ne se passe rien et grâce à cela je peux me concentrer sur ce qui arrive. C’était l’œuvre d’un autre. Chacun son tour. Cela n’a pas tellement d’importance. Bien essayé. Le plan pour découvrir où se trouve l’acte créatif. Je n’ai qu’une réponse. Je la réserve. Depuis peu, elle n’est plus une zone où je pourrais inviter. Parce qu’il faudrait toujours puiser. Je vois trop bien comment tout se tisse en amont. Regard déplacé. Feignant que cela ne me concerne pas, ou que je ne comprends pas, ou que tout cela est si nouveau que j’aurais besoin de temps. Cependant, ce sera mon œuvre et tout ce qui se passe non loin passe tout de même à côté. Sans moi.

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Thursday, July 2, 2020

Chroniques de l'invisible - 179

Je prends ce risque que cela ne se renouvelle pas, croyant en quelque sorte que cela pourrait être tout comme, ressemblant, ne me refusant pas de ces excès qui coûtent. J’imagine tout de suite que cela puisse être différent, pour éviter la routine, très certainement. Sur le principe, naturellement, j’aime bien l’idée. Un pacte de générosité. Au fond, c’est ce qui autorise à diffuser même si de ces centaines de pages il ne restera pas grand-chose. C’est le moi que l’on ne connaît pas, qui met à jour, raye de sa liste ce qui l’éloigne de son objectif personnel. Je pourrais reprendre à ce face à face. Forcément, j’éprouve un peu d’inquiétude, à cause de la proportion, par exemple. Je ne veux pas que ce ne soit qu’une période où tout se déliterait, l’un des effets ravageurs. Je ne suis pas très optimiste à ce sujet. On nous prépare à des formes de rage. Moi, sur son petit socle inamovible, pour quelques années seulement. C’est possiblement réel. L’option qui s’envisage serait de chaque fois gagner quelques mois. Sur ce point, j’ai suffisamment avancé pour me mettre à la disposition d’une autre manière. Toujours cette organisation quasi sensorielle. Pour y parvenir, je dois prendre une décision ou admettre qu’il y a des sortes de manquements. J’ai été au bord de cela à plusieurs reprises, débordé par ce que je venais de découvrir. Il faut dire qu’en plus, les sensibilités s’accumulaient. J’avais accepté de plonger dans la violence et de mettre en scène une alternative à une solitude sans doute trop pesante. J’avais besoin de cultiver un lien social. En fait, ce n’était pas la solitude qui était trop pesante. Elle n’a jamais pesé. C’était le fait de devoir signifier que ce besoin n’en était pas un. Je sais faire cela admirablement maintenant. Je réserve au silence le nécessaire retour au calme avant de placer autour de moi les éléments essentiels afin de ne pas croire pour rien ou ne pas croire en rien. Je pourrais décrire ce bien-être. Il fait tant. L’instantané retrouvé. À partir de là, je peux être. J’ai beau l’avoir entièrement conçu, ce n’est pas naturel ou automatique de me mettre en condition. Trop de pollutions, c’est certain. Pas seulement celles que je respire.

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Wednesday, July 1, 2020

Chroniques de l'invisible - 178

C’est l’heure parfaite pour une transition. Il n’y a aucun empressement parce que le corps textuel s’est retrouvé légèrement intoxiqué. Quelque chose doit passer et je ne suis pas surpris de me rendre compte que cela me conduit dans des formes d’errance qu’à présent je choisis sans injonction. Cependant, je n’ai pas réglé certaines questions s’agissant de la masse. Ce n’est sans doute pas une question à régler sur les terrains trop vastes. L’écriture doit s’ancrer, se concentrer, se diversifier. Ainsi elle se développe, dans la polyphonie, la sienne propre puis celles qui l’approchent. J’avais désiré qu’il n’y ait qu’un seul « je ». Il m’avait impressionné. Je le voulais cohérent. Depuis que j’ai découvert ou redécouvert que ce « je » pluriel pouvait avoir des expressions privées, d’autres, au contraire, n’ont rien à faire dans le débat, ce qui n’est pas très grave et ne minimise pas l’importance de ce qui nourrit la sève. J’aurais pu adopter une même méthode. C’est une évidence. Je n’en veux plus. Je voulais tracer pour garder en mémoire des intérêts techniques. Ce serait possible si je cherchais à me spécialiser ou à me faire reconnaître dans un milieu où j’aurais à passer par les cases que je proscris de ce qu’on attendrait de moi. Ce qui m’accompagne aura ses périodes d’intensité. C’en est une. Le corps textuel en sera l’écho. Il adressera un ordre. Tout se révèle ainsi, par le texte. Les sujets qui ne peuvent être qu’effleurés le seront. Ce n’est pas cela que je creuse. Je n’entre pas dans la matière pour isoler les sujets. Les voir vivre d’eux-mêmes, apparaître, disparaître, influencer, parfois bloquer. Je n’ai pas de préférence. Ce qui compte, c’est de les voir passer. Si c’est une partie de la fin, ils resteront ici, s’ils le souhaitent. Intéressant de voir qu’il faudra compter sur tout ce qui a composé et qui composera encore. Ma sorte d’université permanente. Je sais très exactement quand tout cela est né dans ma vie, un jour où se sont unis l’idée d’une conception et le désir d’une parfaite autonomie, ce qui ne signifiait pas — je le savais — faire sans aide. La conception m’a été transmise et l’autonomie est une idéologie. À partir de cela, si je compte les années, je ne trouve pas que cela prend plus de temps pour se concrétiser dans tous les événements du quotidien. Je me souviens du début. Je croyais réaliser tout cela dans ce monde du même. Cela ne pouvait pas réussir et j’ai immédiatement été comme transféré non dans un autre domaine mais sur une autre voie sur laquelle s’illumine à chaque tournant des éléments si merveilleux que jamais je n’aurais cru possibles et qui sont chaque jour comme un trésor toujours plus abondant.

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