Un être ne peut se comprendre, se libérer, répondre de soi que dans la mesure où il a conscience de se produire soi-même, où il se vit comme sujet de son existence. C'est pourquoi la lecture des grands textes est hautement réparatrice. Quand la bio-médecine a fait de vous un corps-machine qui ne répond plus et vous plonge dans le noir, quand vous êtes réduit à un organisme suspect et brutalement exclu du monde par ces expériences intimes que sont le vieillissement ou la solitude, qui vous isolent et vous terrifient, la lecture est là pour vous réinsuffler du souffle, du désir et du sens.
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Sunday, October 9, 2016
Saturday, February 22, 2014
Régine Detambel
Un démon a une activité frénétique et passe son temps en bondissements. Toujours là pour les hommes, à l'arrivée comme au départ. Les défunts, ça ne fait pas une carrière mais, puisqu'il faut des noms, je suis, si j'ai bonne mémoire, et entre des millions d'autres, le démon familier des restes méconnaissables de Pépin le Bref, d'Innocent II (j'ai toujours éprouvé une vraie joie à foutre en l'air des papes), d'Isabeau de Bavière (cette conne piriforme), de Paracelse, farouche avec son collier de barbe fauve, et mort à la fois d'un cancer et d'une fracture de l'os temporal, de dom Pierre Pérignon (j'ai champagnisé son âme, quel grand moment ce fut), d'André Grétry, de quelques autres singes parlants et petits malins, du samouraï Takamori Saigo, des quatre-vingt-huit témoins de Jéhovah qui ont brûlé ce jeudi-là dans les fours nazis, de Françoise Sagan, d'André Gorz (un samouraï, lui aussi), de Nelly Arcan (la pauvre petite, dire que j'en ai tiré satisfaction serait forcer la vérité), sans préjudice de tous les agonisants du sida et du tréponème pâle, avec lesquels on peut d'ores et déjà converser sur Facebook, réseau social pour les morts.
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