Thursday, April 9, 2020

Chroniques de l'invisible - 095

Dès aujourd’hui, changement de stratégie dans une série où elles sont si nombreuses qu’elles vont dépendre de la manière avec laquelle j’écoute le présent. Ce lieu où tous les conflits pourraient se résoudre par la parole. Des milliers de solutions. Quand je dois déplacer même dans l’urgence. À la vitesse de l’éclair, maintenant que je sais mieux à qui je m’adresse. On se souviendra de tous ces épisodes, de tout ce que j’observe, miroir tendu vers le réel, pour mettre fin à une forme de fascisme et si je le peux, une forme de torture.

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Wednesday, April 8, 2020

Chroniques de l'invisible - 094

Puisque j’ai osé, il faudra le refaire, en visant plus précisément. Le plus difficile est de pouvoir intervenir après la sanction, justement lorsque le délaissé en a le plus besoin, lorsqu’il ronge son sentiment d’injustice, lié au fait que tout se passait très bien et, parce que ça se passait très bien, il prend cher à cet endroit, il ne sait pas que la sanction ne le concerne pas directement, qu’il suffit d’une petite ruse pour qu’elle s’adoucisse puisqu’il a en face de lui des formes contradictoires, trop autoritaires, ne répondant à son désir que par l’humiliation publique. Je suis convaincu que ces deux jours seront significatifs. Une fenêtre s’ouvre. J’y serai résolument actif car s’il y a une action à entreprendre, c’est dans le nœud, sur le terrain, au contact de tout ce qui s’enchaîne sous mes yeux. Ce qui arrive, donc, gérant dans un premier temps ce qui me concerne personnellement, c’est le retour d’une intensité extraordinaire. L’invraisemblable, très probablement. Ce n’est pas rien d’être allé se fourrer dans le nœud du problème. Pleine lune transitant de balance à scorpion.

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Tuesday, April 7, 2020

Chroniques de l'invisible - 093

Alors, c’est vrai. Cette période-là se répare. Retour dans la cour de l’école. Tout ce qui s’y est passé s’y trouve et je relie des aventures entre elles. Elles ont lieu dans le corps, ensemble, et sans hasard, l’être délaissé vient dire, signifier. La carapace ne tient pas très longtemps. Pour arriver à cela, il a juste suffi d’écouter. Je ne suis pas dupe. Je sais de quoi ça parle. Avant que j’intervienne, je dois évaluer d’abord, où sont les bornes, que sont les signes. C’est presque la partie la plus facile. Il suffit de laisser faire, d’entendre les contradictions, les modes banals de séduction, puisque ce qui unit des êtres, simplement, quel que soit l’âge, n’a que cette fonction séductrice, surtout lorsque les êtres en question supposés être les caïds du quartier, ont une part féminine à constamment contenir et qui cherche la première faille pour se déverser. L’anormalité formulée n’est pas au bon endroit. Elle y est en partie à cause de, mais comme la cause principale n’est pas étudiée, on passe à travers les filets. C’est donc perdu d’avance, tant qu’il n’a pas été pensé en amont comment les personnes concernées doivent apprendre à communiquer, comment les personnes non concernées n’ont pas à être mêlées à l’histoire. Il peut y avoir des accidents, des circonstances exceptionnelles. Ça ne peut pas être tout le temps ou quasi tout le temps. J’ai senti le moment où je n’arriverais pas à contrer cette diversité. Il m’a fallu un regain de confiance pour me savoir au bon endroit, à la bonne place. Et, à partir du moment où le deuil de ce que je ne sauverai pas est assimilé, je peux intervenir très justement et voir à quel point certains regards espions tenteront leur aventure, sauf que ceux qui se trompent de méthode seront bientôt en échec. L’essentiel vient de leur échapper. Je n’ai pas besoin d’autre chose. Tout se justifie. C’est l’œuvre du temps ou le temps de l’œuvre. Ou les deux ensemble. J’aime quand ces mots reviennent.

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Monday, April 6, 2020

Chroniques de l'invisible - 092

Je doute maintenant que ce soit le bon jour. Pourtant, je n’ai rien touché aux dates. Il y a eu un effet de l’écriture. Cette autonomie à laquelle je la laisse accéder prend une ampleur considérable. Ce n’est pas tout à fait aussi immédiat que ce que j’aurais pensé spontanément, mais au moment où l’événement surgit, il n’y a plus rien d’autre. La routine à laquelle j’avais accepté de me soumettre à cause d’un fait réel a été désintégrée. J’ai donc contré cette réalité. Je l’ai pensé en amont.

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Sunday, April 5, 2020

Chroniques de l'invisible - 091

Et tout circule, en effet, à la vitesse de chacun. Les faits marquants sont tous à différents degrés essentiels. À ne pas manquer, par exemple. Remettre à l’ordre du jour le rapport au danger, l’expliciter avant de l’expliquer. Il faut du temps pour calmer la douleur, passer par des étapes. La seule personne qui connaît le moyen d’y arriver est celle qui a souffert. Bien sûr, il y a des blocages, mais les blocages sont hors-sujet, sujet de l’autre harcelant, de tous les autres harcelant alors que le corps a besoin d’un soin individualisé. Sinon, il ne fait que maintenir en place les processus de soumission et de dépendance. Il faut du temps, donc. Je connais cela par cœur. Et ils n’ont pas de temps. Ça aussi, je le savais, mais dans un milieu carcéral, cela devient vital.

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Fragment de jours - 15

Le réel venu tout bouleverser, ne lâchant pas sa proie. Tout accélère et ramène au même point. De simples questions posées. Une prise de risque maximale. Je refuse encore. Ce n’est pas la bonne décision. Et les figures vacillent. Elles hurlent dans la tête. Elles voudraient prendre place, être au centre, se contenter de détruire, oui, tout dévaster. Cela n’a aucune importance depuis que les conquêtes se multiplient. Aucun conseil à aucun moment. Démerde-toi avec ces paradoxales entités, ces journées entières. Je ne me laisserai pas prendre au piège. Je mentirai sur tout. L’espace que j’occupe n’aura aucune pollution. Dès demain. Application stricte. Je ne suis pas surpris qu’à deux doigts d’aboutir, les forces adverses se déchaînent. À ce stade, l’intrigue propulse l’inquiétude. Le héros ne sera peut-être pas sauvé. Plus de suite possible. On a tout oublié. Les membres tremblent. Alors, je reprends en main les rênes. J’ai en moi ce que je n’ai révélé à personne. La même stratégie à laquelle se sont ajoutées des années d’expérience durant lesquelles je n’ai cédé sur aucun compromis. Maintenant, j’entends lorsque la voix se dérègle, en quelque sorte plus nasale, pour tout le temps que je passe à l’observer, je recompose à partir de cet opportunisme. La méthode n’est pas là pour m’enseigner et j’ai peu de considération pour toutes ces soi-disant occasions manquées. L’idée m’était venue pour justement me détourner de cette tentation. Il n’y avait que cette option pour, selon moi, assurer aux autres modes de communication une visibilité presque parfaite. Le tout était de se placer, entièrement, à la minute présente, sans haine, sans perspective particulière, ce qui avait donc commencé alors, sans détermination. C’était l’option de l’immédiat qui m’avait révélé. De cela, je ne pourrais jamais parlé à cause de l’impossible à dire quand une nuit je me sens seulement et simplement porté. Je ne sais si je m’attendais réellement à cette déception. Encore une histoire qui a mal tourné. Drôle de compte à rebours qui s’enclenche. Et cette violence sur le corps. C’est la nuit. Ça fait mal. Le truc qu’on écrase. C’est vivant. Ça plaît parce que c’est vivant. Un truc inerte aurait été mortellement ennuyeux. Je vois tout cela beaucoup mieux. Je le comprends beaucoup mieux. Conter en dehors de cela. Rien. Subitement rien. Les relations sont toutes gouvernées. Je serais impoli de ne pas les prendre en considération au même niveau. C’est pourtant ce que je vais faire. Quand on ne sait plus à quelles branches il est possible de se raccrocher. Tout ce temps perdu. Je dois faire avec ces éléments de rupture. Du jamais lu. Aucun fait divers. Pas de justification. Et je n’ai rien ficelé. On me croyait ailleurs. Je n’avais pourtant fait qu’appliquer. Presque six mois de vie, réunis, les êtres disparus qui ne manquent plus. Je traite leur évocation lorsque le souvenir que j’en ai se manifeste. Voici enfin la nouvelle étape. Je l’ai commandée. Je l’ai provoquée. Le véritable gouffre. Plus de faux semblants. Je suis arrivé à un stade que j’avais envisagé. Il serait douloureux. Je tente d’y faire face avec toutes les polyphonies imaginables. La fiction s’y travaille quotidiennement. Ce n’est peut-être pas le bon jour. Un jour sans. La chose interdite. Dont je profite maintenant. Il y a eu trop d’années consacrées à l’ultime combat. Je n’en prendrais conscience qu’en ces lignes. Ce monde qui s’est doucement stabilisé. Je l’avais désiré. Je ne voulais plus espérer d’autre avenir que mon actualité se poursuivant. Ce serait donc ce jour où je me suis posé, lorsque je regarde quelques mois en amont, je retrouve tout, la cohérence de mon sujet, la beauté de mes personnages. Nous étions-nous pensés autrement ? Je ne crois pas. Dès le dernier point, je passerai à autre chose. Je me moque de tout, du niveau attendu, des remarques déplacées qui ne concernent pas ce que je suis en train de réaliser. Je sais qu’il n’y aura de cela aucune méthode et que le chemin sera long. D’où ce ton de prologue que j’adopte. Je n’en suis qu’au début. La plupart des sujets abordés devaient l’être pour nettoyer. Je devais me considérer dans un tout autre domaine. Pensées autour de moi dispersées de tous les inachevés. Cela ne résoudra rien de se presser, ni de bousculer les foules, ces masses sourdes dont je ne distingue plus que l’absolue nécessité d’être devant l’autre, ou au-dessus, prête à piétiner. C’est une question que je pourrais poser au début d’un chapitre. Où serai-je à la fin ? Comme je pourrais me poser la question a posteriori. Où étais-je ? C’est presque une constance. Un retour au réel. Une nécessité de l’être qui s’est échappé. Qui a besoin de revenir. C’était un long voyage. Oui, durant tout ce temps je n’ai pensé à rien d’autre. Au cœur des conversations, il n’y avait que cela. J’acceptais de m’en détourner en façade. De feindre que je pouvais m’occuper d’autre chose. Mais au fond, c’était uniquement cela. Me retrouver un jour, peut-être sur mon lit, comme personne ne peut l’imaginer. La journée avait été longuement pluvieuse. J’avais adoré ne presque rien en faire, continuer à penser. Les bruits alentour ne me perturbaient pas. Puis, il y avait tout le reste. Cette part de la vie qui ne se partageait pas, d’entrer en découverte de soi-même pour n’avoir pas à tout dire, à cause des si nombreuses incohérences que j’observais. Il fallait en quelque sorte mieux mesurer et surtout ne pas se laisser emporter par la somme des désillusions, avec ce besoin constant de faire porter par les autres nos précieuses responsabilités. Toutes ces heures sauvées, désormais retranscrites. Et je me demande : « combien de jours », pour ces fragments, pour ce quotidien si différent de ce qu’il a été, lorsque je doutais encore, qu’il fallait que je m’acharne à devoir tout prévenir, au point de m’endetter envers tous, de me montrer à chaque étage, de ne plus faire que transmettre. Pendant ce temps-là, je m’abîmais, mes loisirs s’estropiaient, je ne faisais plus que dormir. Alors qu’il suffisait de se mettre avec le monde, comme il fonctionne, avec ceux qui ont besoin soit de fuir soit de combler. J’en étais, donc. Je fuyais ce qui m’enracinait à n’être que ce que je suis. Je comblais les effets négatifs dus aux multiples addictions. Puis, je voyais ces mots, dans l’après, survivre, comment survivre, moi, tellement aspiré vers ce que j’aurais pu devenir si je n’avais pas, un jour, décidé que je ne dépendrais pas de tout cela, à un très jeune âge certainement, mais c’est si difficile que la conscience le rappelle à toutes les étapes de la vie. Il faut alors se forcer à ne pas sombrer dans les méandres des allégeances. Il suffit d’un rendez-vous qui se répète, et c’est l’enchaînement. Plus rien d’autre. Chaque instant. L’entourage nous associe. Il est là. Dans cette case. Rassurant. Il n’en bougera plus. À moins que je résiste encore. Peut-être un jour, je serai arrivé. Mais ce n’est pas encore le bon lieu. Je le sais. Cela ne suffit pas. J’ai besoin de plus. J’aurais tant aimé commencer plus tôt encore, pour savoir ce qui s’était passé, mais il y avait trop de bruit, je ne supportais pas. Et on ne m’avait rien dit. Je ne pouvais pas savoir, que c’était ainsi qu’on progressait, pour ne pas oublier, pour aider la sensibilité à se construire à travers les événements quotidiens. Je le vois mieux maintenant, ce « fragment de jours », dans le calme réinstallé, il a fallu œuvrer, ranger, classer, jeter, puis lire à nouveau, replonger pour décider, s’aider, la veille d’un grand départ, je le savais, je n’aurais pas le temps, je ne pourrais pas tout emporter, il faudrait laisser, je ne comprendrais pas tout, puis il faudrait se laisser aller, ne plus rien modifier, de la trame, de l’intrigue, du mystère. Pour ce qui serait dit, il était temps. Pour ce qui ne se dira pas, il y aura les suivants. Chaque sujet. Chaque thème. Des lettres comme des territoires desquels il ne sert à rien de sortir si ce n’est pour apprendre d’autres langages. Je me suis longuement penché sur ce paradoxe. Tout ce qui nous est commun. Tout ce qui nous sépare. Et tout ce qui se disperse de nous autour de nous. Ce que nous recevons. Je m’étais dit : « Il suffira de ne pas finir ». Qui saura ? Je n’aurais peut-être fait que suspendre, étager, puisque tout se construisait autour, aussi. Il fallait faire avec. J’ai hâte de tout développer. Ce sera ce que j’avais espéré et j’y trouverai les pièges de la pensée, lorsqu’elle ne veut pas céder, qu’elle conduit à inventer d’heureuses légendes dont nous serions les héros. Ce jour, s’achevant. Le dernier. Sans nostalgie. Et sans surprise. La nuit. Le milieu de la nuit. Le besoin d’air frais. Je redeviens l’anonyme. Je tente d’établir ce qui pourrait se faire à partir de cela, mais c’est trop tôt. Je n’en sais rien. Peut-être rien. À part pour moi, une source que je suis seul à avoir trouvée. Quand on croirait qu’il n’y a que quelques secondes, d’une phrase à l’autre, alors qu’il y a parfois de longs mois, tout un passé à découvrir.

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Saturday, April 4, 2020

Chroniques de l'invisible - 090

Changer de lieu et d’habitudes. Changer d’horaires. Tout est changé. Le décor n’est plus le même. J’ai d’abord pensé plus inconfortable, mais en fait, non. Il fait juste adapter un peu. Tant pis, encore une fois, si les règles du temps sont transgressées. Ça aura mûri comme ça pouvait. Cette histoire de dates ne pouvait pas tenir longtemps non plus. Et puis, avec tout ce que je traîne, personne n’y aurait cru. Au fond, rompre le contrat d’exclusivité, en quelque sorte, remettre de l’égalité, c’était simple, ça refaisait tout circuler.

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Friday, April 3, 2020

Chroniques de l'invisible - 089

Même le café est encore chaud quand je redescends de là-haut. J’ai peut-être trouvé la bonne heure. Il y a encore les camions-poubelles qui font un boucan d’enfer. Maintenant, la matinée est bien rodée. Hop, hop, hop, hop, et il est déjà midi. Je file au boulot. Ylies, le prophète immortel, est arrivé hier. Lourd dossier : père soixante-quinze ans, mère trente-deux ans, un demi-frère de cinquante ans du côté du père, des demi-frères et sœurs du côté de la mère qui préfère vivre dans le quatre-vingt-quatorze comme il dit. En foyer depuis l’âge de quatre ans. Retard scolaire de deux années. Soupçon d’alcool et de prostitution. Tendances suicidaires. Il a onze ans. Il ne va pas toujours à l’école et quand je lui demande pourquoi, il me dit : « ça, c’est pas à moi de te le dire ». Je consulte son dossier. Fugue après maltraitance du père qui n’en veut plus. La mère non plus. Ylies rêve de devenir militaire. Il adore les chiens. Ça, ce n’est pas dans le dossier. Il voudrait essayer les armes. On se retrouve une première fois pour faire des additions et des soustractions, flegmatiquement. Les additions, OK. Les soustractions, bof. Je pense : « comment demander à un enfant dans cette situation de soustraire ». On laisse un peu tomber. Je ne suis pas son instituteur. Balade, dehors, temps sublime, retour. Longue discussion. Je rebondis sur ses questions, nombreuses. Il me parle spontanément de ses parents. Le lendemain, on se revoit. Il dormait. Il ne sait pas quoi faire. Il y a des tables de multiplication partout sur la table. On range tout. Je lui propose l’écriture. À partir d’un premier conte, qu’il me lit, puis à partir de l’une des photos accrochées sur ses murs. Je lui demande de choisir sa préférée. C’est au Maroc. Il est encore presque bébé, sur la plage, face à la mer, dans les bras d’un homme qu’il me dit être son oncle. Nous décrivons la photo. Quand il butte sur un mot et qu’il me demande, je lui donne l’orthographe. Sinon, je laisse filer les mots avec leurs « fautes ». La mer devient mère. Je lui demande d’inventer maintenant à partir de l’enfant, le Roi Ylies, et ce sont les rires, la folie d’écrire tout ce qu’il a le droit de faire et d’avoir, jusqu’à la vue imprenable sur la « mère ». Il veut recopier son texte au propre. Part chercher de nouvelles feuilles. Rapporte un feuillet complet de copies doubles. « Je vais écrire un roman ». Je l’écrirai pour toi. Il s’applique à tout recopier, se réjouit de montrer un texte parfait aux éducateurs, un texte qu’il a fait tout seul. Je le préviens qu’il reste quelques « fautes », qu’on peut les corriger s’il le veut, mais il ne veut pas. Ça lui convient comme ça. Il veut aller faire un babyfoot dans la cour. Il montre son texte à l’éducateur. Wilson. « C’est bien. Y’a encore quelques fautes ». Rien sur le Roi Ylies, rien sur le fait qu’il conduise sans permis, qu’il ait un zoo, un babyfoot, deux chiens et une vue imprenable sur la mer. Alors, Ylies est déçu. Alors, il ne jouera qu’avec moi, au babyfoot, puis au foot. Ce sera long mais au bout d’un certain temps, il intègre le groupe, joue avec ses copains. Douche, télé, repas. Il me demande si je serai là demain, continue à venir me voir, me poser des questions. Puis, il est autorisé à appeler son père, qui ne répond pas. Je serai là demain.

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Thursday, April 2, 2020

Chroniques de l'invisible - 088

Même effet du temps qui se ressent. Effet lune en cancer. Je pensais : « De toute façon, ce n’est pas vous qui déciderez ». Hier, c’était une suite de révélations mais les émotions sont restées contenues. Je dirais : « C’est facile de là où tu es de n’avoir que peur de tout et de te révolter contre le monde entier si le résultat est que tu restes toute la journée devant la télé en attendant qu’on te serve la soupe comme si on te devait toujours ce service ». Je ne vais pas changer l’ordre sous prétexte qu’il y aurait tout à coup une notion de devoir. Et je suis bien heureux. Que ce soit cela qui vienne s’inscrire. Le décalage immédiat. En marge à nouveau de toutes les majorités. Je ne suis pas surpris que l’inquiétude qui gagnait était peut-être fondée mais disproportionnée. J’avais besoin de cela pour le concrétiser et cette fois, le formuler. Les nœuds dans la tête qu’on empêche de délier. Que notre société empêche de délier. Au niveau le plus fragile où se trouve au contraire une force exceptionnelle.

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Wednesday, April 1, 2020

Chroniques de l'invisible - 087

L’effet calendaire. Je pense au premier du mois d’avant, du mois suivant, à tous les avrils de ma vie ou plutôt au fait que ce mois se soit inscrit un jour. J’ai eu un premier recul avec certains mots déposés. Tout est premier. Cela m’est souvent arrivé de jeter ou d’arrêter, mais le recul, c’est nouveau. Ce qui était dedans a été transvasé. C’est fait. Cela évoque pour moi ce permanent effort à l’œuvre. Il fallait ça pour en être là. Des milliers de pages. Non, des centaines de pages et des milliers de mots, en continu, suivant les mouvements de l’émotion. Ce qui manquait, c’est de n’avoir jamais été confronté à cela de cette manière. C’est moi qui imposais la méthode. Là, la méthode s’impose.

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