Tuesday, March 30, 2021

Chroniques de l'invisible - 450

Cet exercice-là pour lequel je n’ai jamais préparé personne n’a pas vocation à tirer des conclusions, mais plutôt à maintenir l’axe réflexif en tension en sollicitant la mémoire qui s’accommode assez aisément des trous pour structurer un arrangement offrant aux versions que l’on se raconte une bonne tenue. Si je prends tout cela au pied de la lettre, c’est un peu comme un permanent retour de vacances. On redécouvre le décor. On imagine que les objets n’ont pas bougé de place. Et pourtant, on ne reconnaît rien. Cela me fait dire que ce qu’il y a de vie en nous n’est pas très exactement calé sur les mouvements qu’on suppose merveilleusement réglés. Côté sensations fortes, on a été servi. Une véritable purge. C’est qu’il y en avait à passer. Tout se met magiquement en suspens, puis c’est l’éveil. Ça circule. Il faut que ça sorte. C’est sorti. J’ai bien cru ne pas réussir à en venir à bout. Commission d’urgence. Pas de hurlement. Plutôt calme. OK. La situation n’est pas pour me déplaire. Je sais qu’il y a un ordre. Tout se met en ordre. L’opération est délicate. À cause d’une stupide deadline avec de stupides critères. Grille de lecture. C’est la seule solution. La seule pour cette fois. Faire résonner les mots peut-être. Responsabilité. Il n’y aurait plus qu’à vider. Si ce n’était pas si dangereux, je n’aurais pas tout codé, dès le début. Infranchissable. La clé d’un plaisir constant.

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Monday, March 29, 2021

Chroniques de l'invisible - 449

J’aime bien la plan « analyse des données », pour la première fois « à cheval ». Tiens, y’avait longtemps (pas si longtemps) que je n’avais pas mis en place une stratégie pour déjouer l’esprit. Oui, on fera quelque chose d’automatique, et surtout de systématique. Comme ça, pas besoin de réfléchir. Tous les jours, paf. Tous les jours, paf. Ça tombe. On se met en quatre pour que ce soit fait. Transport des archives. Quand justement cela n’a plus rien à voir, qu’il s’agit de ne pas essayer de plier le temps en quatre. La joie simple de la nouvelle ère. Les ordres. Laissez tout en plan. Surtout les gros dossiers. On s’en fout.

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Sunday, March 28, 2021

Chroniques de l'invisible - 448

Puisque tout est parti de la notion d’ascendance, de ce jour où je m’étais dit : « c’est une manière d’isoler mais pour mieux tout voir et mieux ressentir », avec ce qui comble tant, si heureux, admiratif aussi, c’est la douceur, bien sûr, la reconnaissance, ce qui se dit avec beaucoup de délicatesse, cette évidence, ce qui a été pris et continue, un peu d’ivresse, l’idéal dont j’ai douté, pensant que je construisais avec les moyens qu’il ne se réalise jamais ou qu’un autre soit masqué par le discours. Il fallait refuser le modèle préétabli, oui, refuser, pour d’autres exigences, mieux placées. Évidemment que la tentation est admirablement forte, où il n’y a pas de premier pas qui compte. Cela se fait, premier retour, tout comme un premier jour. Je me moque bien dans cette intensité de ce qui était prévu, le plan retourné, il n’y a pas de retard, emporter simplement, on verra bien, le même effet au plus sensible, la fois où je l’ai découvert, c’était dans une autre langue (je ne cite jamais mes sources), le temps de s’habituer, on pourrait avoir peur de ne pas comprendre, de se trouver piégés, de ne pas savoir si on aime ou pas, il y a des repères, c’est pourtant simple, un petit extrait qui conduit, sans heurt, je ne voulais pas que cela s’identifie mais je voulais lui rendre hommage, j’avais conçu d’abord le lieu d’où tout émanerait, passage à l’acte, une seule méthode à adapter, nous étions fatigués d’avoir raté un épisode, pouvoir rater, nouvel ordre du monde, à l’instant même, devant la fresque, sans se hâter, se dire qu’on en sortira bien de cette boucle, le mieux c’est le hasard, je l’ai vécu, exceptionnel, quand cela porte tout, que l’on peut s’arrêter pour le plaisir de s’observer. Une fois passée la tentation de tomber dans le circuit dominant, l’adresse est mieux ciblée, dans la pensée ou ailleurs, rassure, non par sa clarté mais par cette échappée que nous venons nous autoriser, ce qu’il manque cruellement dans d’autres milieux d’où l’on ne veut pas sortir, dépendance ou addiction, si proches de toute façon, revenir au même, s’interdisant l’inconnu. Toutes ces histoires s’entremêlant, constituant des motifs. Sûr que c’est une lutte, une lutte qui n’engage rien d’autre que nous-mêmes. Merveilleux, devant le grand bâtiment, j’ose à peine entrer. Se remettre au présent.

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Saturday, March 27, 2021

Chroniques de l'invisible - 447

S’il est question de s’avancer, dans le silence, pour éviter d’avoir à toujours reproduire sans jamais se soucier ni de l’impact ni de ce que cela sera après, justement, lorsque le calme sera revenu, c’est qu’il se décide une voie décalée, on ne faisait pas cela de cette manière, on racontait, c’était simple, presque rien à rajouter, ah ! ce plaisir, renouvelé sans mesure, peu d’indications, à peine, effleuré, sans ralentir mais en diminuant, comme on dit, poco a poco, sospiroso, pour faire, plus délicat, apparaître ce dont je désire l’expression, de tout ce qui reste, sans violence, cela ne peut pas être constant ou alors je serais en train d’élaborer, de contrer le mouvement naturel, inutile de se mentir, c’est ainsi, cela n’a rien à voir avec le fait que je me suis organisé pour que cela soit possible, même si j’aime que l’option génère une grande partie, il faut du vide à cet endroit-là, et étrangement j’ai commencé comme ça, tout est vide, précisément, j’ai cessé d’essayer de comprendre comment cela travaille, ou plutôt, ce que j’ai compris, c’est qu’il fallait ce laisser-faire, de toute façon, c’est enclenché, les détails se joignent les uns aux autres, se confrontent, se distinguent, s’installent ou partent, ou se diffusent. Le plus important sera d’être là quand il le faut et non avec ce que j’aurais dû ou ce que d’autres (souvent imaginés), ce que j’aurais cru que d’autres (imaginés), attendaient de moi. La place pour cela est bien plus vaste que ce que l’on croit. Évidemment qu’on se prépare. Rares sont les surprises à moins d’un piège ou d’un contrôle inopiné (ce qui est presque identique). J’imagine donc que cette attention va se redoubler et ce sera terrible. Le « trop tard » sonnant le glas de tout. Il ne faut pas m’en vouloir. Je voulais me mette à jour, façon journaliste stagiaire payé au lance-pierre faisant son job pour assurer la mondanité de son milieu. Y être brillant. Facile. Apprendre deux trois phrases par cœur, lire deux trois infos récentes, rajouter « particulièrement en ce moment », s’excuser si la situation dégénère d’être un peu chamboulé (prévoir à ce propos d’arriver mal peigné) et bien sûr rire démesurément de tout même si l’on ne comprend pas. Parce que ce qui a provoqué un conflit, jadis, c’était de se voir a posteriori, comme jugé, comme grossièrement caricaturé, on n’aimait pas que l’un d’eux se défausse sur le reste de la grande communauté qui jusqu’à ce jour n’a fait que s’aimer, alors que désormais c’est se voir a priori, avant même l’action, le fameux « avant tout », plein de tous ces corps d’ombre, de ces désirs, de ces évocations.

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Friday, March 26, 2021

Chroniques de l'invisible - 446

Oh, il n’y a jamais de hasard pour ces choses-là. Et puis, j’avais à aller vers le pire pour que la réalité passe. Comme une lettre à la poste. Pas tant d’indices que ça. On n’a pas eu le droit d’entrer avant qu’ils ne retirent tous les corps. Plus tard, on nous expliquera. On nous donnera une version. Résultat d’enquête. Y compris le témoignage des voisins. On ne les entend pas d’habitude. Non, non, justement. C’est ça qui est perturbant. Ça n’a pas crié. C’était à cause de l’heure, ou des bruits. On ne les entend jamais mais on l’identifie tout de suite. Le corps qui tombe. Un autre corps qui tombe. On ne sait pas trop. Des meubles projetés, des bris de verre. En tirant sur la nappe, peut-être. Ou la télé. Étrangement long. Le corps paniqué, frappant le mur, le sol, les murs. Assourdissant. Puis rien. Il m’a dit : y’a quelque chose de pas normal. Tout cela qu’il faut reconstituer après. Longtemps après. Car la première fois qu’on entre, une fois autorisés, il n’y a presque rien. La lumière douce. Le livre avec son marque-page. Ça sentait la lessive fraîche. Des meubles bousculés. Puis, on voit tout ce qui a été brisé. Au cœur de l’histoire, désormais, parce qu’il y a eu un tournant dans l’édification, une sensation nouvelle, partagée, de ce que l’on reconnaît seulement d’une douleur passée, un flash de la mémoire corporelle.

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Thursday, March 25, 2021

Chroniques de l'invisible - 445

Le dossier criminel est pas mal dans le genre. Il est habitué, finalement. Passant sa vie à répondre aux questions. C’est r’parti. Il lui a donné un cachet pour qu’elle s’endorme ou qu’elle se calme. D’où ça vient, personne ne le sait. La drogue fait flipper tout le monde dans le couloir. L’alcool, moins. Prostitution, au bord du tabou. C’est pourtant clair. Les trois éléments font partie du portrait dressé au fur et à mesure des interrogatoires, de plus en plus musclés, au moins dans la parole. Il se prépare pour une vie de foyers, de transferts, ses affaires vite jetées dans un sac. Lui, sa méthode, c’est les photos et les cartes postales. Accrocher dans sa chambre, c’est chaque fois s’installer. Ça dure plus ou moins longtemps. On appelle ça la chambre parquée. Tout seule tranquille, douche individuelle. Normalement, c’est transitoire, mais y a plus de transitoire depuis longtemps. Sur le règlement, c’est joliment écrit. Le projet aussi, formidable. L’enfant n’y restera que vingt-quatre heures. Comme le couloir. Maximum quelques semaines. Pour certains, ça fait des mois. Bientôt des années. Que ça dure, que ça dure, que ça dure. Quand on le voit comme ça dans l’instantané du temps. L’émotion est intense mais on arrive à se décoller. Suffit parfois de fermer une porte, de juste être de l’autre côté. Après tout, c’est normal. Tristement normal. S’imaginer ensuite ce que ça fait. Depuis l’âge de quatre ans. Quand t’en as onze. Que tu sais parfaitement ce qu’il faut faire pour que le daron pète un câble, que les voisins appellent les flics, ce qu’il faut dire pour être emporté direct, ce qu’il faut dire pour être maintenu, rendez-vous médical, rendez-vous psy, rendez-vous juge. Sur le chemin, jamais la bonne personne. Ou celle qui ne serait pas là pour un remplir un dossier. Pour que ce soit le sujet, justement. Ce qu’il n’y a pas dans le dossier. Ce qui ne peut pas y être, donc. Que rien ne peut contenir. J’entends des cris dans ma tête. C’est désolé, inhumain. Des notes sans doute, toujours les mêmes, et ce que je fais depuis toujours peine. Alors, refais, recommence. Ah, ça oui, recommence. Comme des sauts dans le temps. La terreur, c’est de le voir tous les jours, de croire que c’est tous les jours, de croire que c’est depuis toujours et pour toujours. Ce n’est pas compliqué. Tu apprends puis tu sauras. Mais ça n’apprend pas. Pendant de longues années. Je ne peux pas faire autrement que de devenir l’insurmontable implanté dans le langage, car c’est comme ça qu’on est sculptés, par les mots, par le ton et donc si ça hurle, c’est que quelqu’un est venu hurler. Ils s’y sont mis à plusieurs. Collectif de l’engrenage, et l’océan derrière, ruminant. J’avais peur. Dans ses bras, j’avais peur. Trois ou quatre ans. Toute l’histoire dans le regard, dans le silence. Et il m’a répondu : je ne sais pas. La phrase qui tente de faire taire le doute. Se tromper, encore, même pour ça.

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Wednesday, March 24, 2021

Chroniques de l'invisible - 444

Il a fallu extraire dans la matière. L’erreur est de s’être laissé dépasser. Cela ne dure pas très longtemps. C’est tout de même très émouvant. La terre, exactement comme elle est. Aucun filtre. J’interviens uniquement pour quelques ajouts. De temps en temps. Pas grand-chose. Des petits rappels. Oui, ça parle encore, ça tape aux portes, la situation n’est pas réglée, il y a des enfances sacrifiées, des motifs qui ne peuvent pas se taire, qui reviendront parce qu’ils marquent la peau, provoquent des images qui ne font que rapporter à chaque fois ce qui fut insupportable de voir ou d’entendre. Des phrases complémentaires, en quelque sorte. Ce serait une mauvaise question que d’en interroger la manière. La preuve est là, sous mes yeux. Je laisse tout cela s’exprimer, sans effort particulier parce que je sais où tout cela me conduit. Retraverser. L’intolérable. Tenter la version qui s’approche, mais on ne s’approche pas, ou alors on s’approche avec pudeur là où il n’y en avait aucune. Ce qui se déroule est ce que je m’autorise, un double regard, comme avec la question de la courbe, si actuelle. Ça se resserre. Je dois dire que j’étais particulièrement touché que cela coordonne ici aussi. Ici, dans mon laboratoire, lorsque je sors de cet « au jour le jour », pour travailler le style. Bien sûr qu’il n’allait pas y avoir ce qui a échappé. Amputé. Nécessité de tout recomposer, à partir de sensations premières. Les plus importantes préoccupations, reléguées dans le corps. Elles reviennent. Cela signifie que l’outil, quand il a été mis à l’épreuve avec ce qui s’accumulait s’agissant des obligations, a tenu. La seule faille que je redoutais de revoir défiler ne fait rien d’autre qu’interpeler. C’était au moment où je détournais, si rapidement, que je ne voulais rien oublier de cet impact, d’avoir en si peu de temps fait un tout autre portrait que celui qu’on lisait dans le dossier criminel. Ce n’était pas la bonne personne, encore une fois, qu’on nommait responsable. Et sans surprise la victime n’était pas entendue.

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Tuesday, March 23, 2021

Chroniques de l'invisible - 443

Il est impressionnant toujours d’être à nouveau devant le paysage où tout a commencé, grande plongée dans cette forme alors que l’horizon m’avait semblé obstrué. C’était une solution parmi d’autres, ou bien la seule, la seule disponible ici avec ce corps abîmé, la seule sur ce chemin-là, loin d’un premier idéal, après ce long voyage, je me voyais n’avoir fait tout cela que pour presque mieux, presque seulement. Avec cette impression d’arriver sur une terre de cendres. Parfums hostiles. Arbres calcinés. Tout avait disparu. Le rythme de ma respiration commençait à s’emballer. Terrible silence. Et cela qui m’observait, mécanique, quand il n’était plus nécessaire de me demander à quoi je m’attendais. C’était pourtant simple à comprendre. Et puis, ce ne serait peut-être pas si différent, dans l’impression, si tout se reconnaissait, si tout se continuait. Bien sûr qu’il y a dans tout cela du commun, des visages incrustés dans les mots, sordides. La trappe s’ouvrant sur le réel. Ce n’est pas mort. Ce n’est pas triste. La musique assourdissante d’une guitare saturée. Je lui avais dit : comme une trompette déchirant le décor, fendant l’air, et dessous, ce ne sont rien que des tambours obligeant à garder le tempo. Il avait cru qu’on le laisserait tranquille. Qu’il serait maître de son invention. Pauvre égaré. Avec tout ce que nous sommes devenus. Et cette lutte, en interne, pour savoir qui serait là ce jour-là, prêt à l’accueillir, pour le soumettre, transfigurer après l’accord, on nettoiera, folie, quelques souvenirs autorisés, sinon ils nous claquent dans les doigts, on leur fait croire que c’est pour leur bien, balancés à vive allure, pas d’arrêt, les mots savamment bombardés, il se penche comme les autres. Cela comme il dit qu’il croit mécanique. Alors la lèvre supérieure se relève, les yeux injectés, menaçants. Vivants. Comme une bête sortant de terre. De toute façon, c’est trop tard. Le mouvement emportant tout sur son passage, de la boue, de la lave, puisque tout vient remplacer ce que je ne sais pas faire, ce qui a résisté en plein désir, puisqu’il est vrai qu’on s’en redresse, le motif sombre envahissant parce qu’il faut aller aussi loin pour se rendre compte maintenant que je sais, je n’étais pas venu pour rien, missionné, vous effectuerez des prélèvements, sur le vivant, pour aller contre la langue qui tue, qui minimise, qui réduit tout, vulgaire, nous serions codifiés, programmés. C’est oublier combien c’est plus complexe, ou plus fondamental, ces auras se rencontrant, se télescopant, s’orientant, se mobilisant. Cela reviendra par le brassage. Inutile de forcer. Ce n’est pas un métier. Pas d’horaire, pas de salaire. Pas ceux de l’ordinaire.

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Monday, March 22, 2021

Chroniques de l'invisible - 442

Je sais très bien que pour réussir, je dois commencer à inverser, puisque c’est la technique principalement utilisée. Tant pis si je dois sans prévenir mettre fin, si cela reprend sans prévenir. De toute façon, il n’y a pas l’attention requise. Trop vite trop tôt trop nombreux. Ou tout simplement toujours et encore se demander de quel droit. Mais là où c’est passionnant, tout de même, quand on arrive d’abord sur la pointe des pieds et que la porte s’ouvre d’un coup, hurlant dansant avec toutes ces priorités qui tombent. Tous les jours, depuis que tout cela a commencé, je me demande quand est-ce que je m’autoriserai à intervenir dans ce déroulé. La cloche qui sonne au milieu du mystère. Puisqu’il faut se préparer, à changer, à se métamorphoser encore, dans l’antichambre du souvenir où tout revient comme des feux follets, c’est fantastique, images-génériques, à longueur de temps. L’inspecteur entre, furieux : « Il avait dit qu’il y avait une méthode, une logique, une suite, un résumé, des épisodes clairs qui ne déstabiliseront pas le public. RIEN ! RIEN DE TOUT ÇA ! » Ben oui, rien de tout ça, parce que la méthode, la discipline, au début, même si cela me conduit à traverser des nuées, c’est pour tenir le galop, là, tu vois, le petit signe qui montre où il faut aller, qu’on suit aveuglément, c’est forcément bon, je veux dire, ça fera du bien, soleil plein les vitres, oui, la règle est très simple (protocole sur la table, stabilo, tableau des effectifs, liste des exceptions — mises à jour, plan de formation « webinaires ternaires la nouvelle ère pour changer d’air », codes de sécurité globale évidemment renforcés sinon c’est encore l’autre qui va nous faire le coup des russes, merde, le protocole, on ne peut pas, impossible, mode avion je passe sous un tunnel) et après c’est la fête, on voit les corps danser sur des musiques disco. Ce ne sont plus des ombres. De vrais corps. On pourrait croire qu’ils ont bu mais il n’est que dix heures du matin. La manière n’est pas à discuter. J’ai laissé tous les dossiers compromettants à la maison. Le mystère, c’est justement là qu’il est, comme entre les lignes, entre les dossiers. Si cela me permet de gagner du temps. Je suis preneur. C’est un peu déstabilisant, mais c’est un peu cela, la littérature. Ça ne peut pas se laisser de côté. Ça vient nous appeler. Tout ce réseau d’influences qui se faufile dans les interstices, là où l’on croit qu’il ne pourrait rien, qu’il n’aurait plus de place. Depuis le temps que je pense à la rénovation. Accepter que tout soit tronqué, à nouveau. À travers cela se calcule un autre espace dans lequel ce qui sera alors envisagé est déjà en travail. Cela fait taire quelques inquiétudes quant à toutes ces pistes lancées. Elles n’ont finalement jamais rien fait dériver. Elles sont le fil de la pensée.

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Sunday, March 21, 2021

Chroniques de l'invisible - 441

J’imagine qu’on s’arrange tous avec nos histoires personnelles, que le point de vue a son importance. Après tout. Si les sensations reviennent. Je dirais souvent. Grosse voix au réveil. L’hurlant. J’aimais bien au début y voir des personnes engagées qui arrivaient tôt partaient tard sacrifiaient des vies de famille. Attaché à ce côté romantique auquel je croyais qu’on faisait attention quoi qu’il arrive dans la vie, quels que soient les accidents de parcours. On pouvait donc entretenir le jugement. Ça devait payer. Peut-être le manque d’abord que j’identifiais aux âges, quand rien n’est là pour rassurer. Le ton de la voix était déjà une violence. Que ça gueule tout le temps. En journée, on s’y fait. Pas normal, mais on s’y fait. Le matin, c’est monstrueux. Les corps qui passent. Des prisonniers. On se passe de l’eau sur le visage. La douleur dans la main, elle, n’a pas dormi. L’effort est immense de se souvenir. On aimerait que la nuit ait tout effacé. Que chaque jour soit un nouvel essai. Ce serait le moyen de ne pas entretenir, mais tout vient rappeler. Puis, ce sont les mêmes espaces à partager. La violence cohabite. Laboratoire. Plus précisément, l’histoire collée sur un mur avec des photos, des cartes postales de l’imaginaire, des dessins, des articles de magazines parfois. Dans tout ce qui semble merveilleusement réglé. Sinon, tout fout le camp. On n’est pas là pour s’interroger constamment. Y’aura des rendez-vous, des heures consacrées. Et une fin.

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