Revenir à l’écriture pour calmer les terribles moments d’incertitude qui se manifestent sous tous les aspects du quotidien, dans la manière addictive de se laisser mener dans tous les pièges de la pensée, lorsqu’après s’être dit « c’est peut-être le dernier jour », voir défiler devant soi les innombrables promesses qui n’auront donné lieu qu’à quelques empathies espérées, alors que tout semblait clair depuis le début : il n’y aurait rien à tirer de ces éléments-là, puisque le format ne fera rien avancer d’autre que l’expression du trouble, comme il se présente, tel que les mots choisissent d’en faire la liste immonde, qui a été autant de fois dressée et jetée, de tous les amalgames chronologiques, revenant tant d’années plus tard, les souvenirs, intacts, la parole, inchangée, cette douceur à l’instant le plus sordide, là, oui, là, c’est arrivé dans un appartement où il n’y avait presque plus rien, meubles emportés, murs aux peintures écaillées, jaunies par les soirées enfumées, le carrelage gelé, l’enfant posé à même le sol mangeant avec ses doigts les restes d’un repas improvisé en jetant là une tranche de jambon, là quelques pâtes, il n’était pas lavé depuis plusieurs jours, il n’occupait ses journées qu’à les regarder traverser les pièces en se gueulant dessus, en frappant, au passage, « arrête de me regarder comme ça, abruti », et les larmes coulaient toutes seules, le cri s’expulsait sans contrôle, jusqu’à ce que le silence envahisse tout, jusqu’à croire tout le monde mort, tout le monde, définitivement parti.
Friday, October 26, 2018
Monday, October 22, 2018
[NO WAY] - 4
Je crois chaque fois que je vais oublier, qu’à aucun moment je ne sentirai plus cette permanente douleur qui fait que depuis tant d’années je ne fais plus qu’errer dans l’espace interdit de ma plus intime sensibilité, parce qu’il y a toujours un événement qui vient frapper le quotidien des coïncidences m’obligeant à ne plus rien faire d’autre que m’allonger et tenter de m’endormir en n’écoutant plus que la langueur de quelque phrase venant s’inscrire non dans la conscience mais dans la mémoire diffuse, n’ouvrant plus que des trappes d’inconstance au-dessus desquelles je me penche inquiet d’être chaque fois attiré par des issues si différentes que je réserve le choix à plus tard en feignant de n’avoir jamais rien remarqué d’envisageable.
Tuesday, October 16, 2018
[NO WAY] - 45
Le caractère addictif est présent dans le gène social. On veut le voir se reproduire, mais pas sur nous. Alors, on le laisse vivre à nos côtés, se déployer. On voit comment tout cela se dégrade. Le corps, d’abord. Puis la dépossession, de tout. Jusqu’à l’intime, volé, subtilisé.
Friday, October 12, 2018
[NO WAY] - 51
Cette drôle d’aventure, de ne pas réussir à mieux définir ce souvenir. Il sera donc construit, inventé. Une lourde impression, presque sordide, d’une voix plus profonde, impressionnante, venue surprendre l’inertie.
Monday, October 8, 2018
[NO WAY] - 24
Une intense joie. La puissance d’un retour à la normale. D’avoir imposé la réalité. Le fait. Voir s’ouvrir les dimensions possibles, en lecture permanente. Des multiples supports. Quand la tension du texte s’étudie. À partir d’un modèle noble. Il n’y a rien d’autre à raconter.
Tuesday, October 2, 2018
[NO WAY] - 43
L’agressivité incontrôlable. Elle est là, bien réelle. Elle fixe un événement du passé, pour ressurgir, ou pire, simplement, pour surgir, car elle a finalement peu à faire de cette personne-là. Une cible. Qui pourrait changer, alors que l’agressivité est, elle, la même. Elle se nourrit d’images. La conscience s’en convainc. De plus en plus forte. Jusqu’à passer à l’acte. Maintenant. Dans les bras, tremblants. En pensées, obsessionnelles. À ne plus pouvoir se concentrer sur rien.
Friday, September 28, 2018
[NO WAY] - 57
Il faut le faire. L’examen de conscience. Ce qui se voit en premier : l’agressivité. Dans le bras. Puis l’obsession. S’entraîner à regarder impassible. Ecouter. Une réincarnation. Un affrontement. La joie, totalement disparue. Les tensions, fulgurantes. Des courbatures. Là où nous pensions que c’était fini. L’évidence d’une impasse. À ne plus vouloir regarder que l’écrivant. Où la condition institutionnelle gagnerait. Si difficile mesure. Une poésie faite corps. Le réel, accusant. Être, semble-t-il, épuisé. Nous, comme une communauté. Qui ne communique que par l’adhésion. Le format, détesté. Toujours à deux doigts de tout arrêter. Et pourtant. C’est bien l’après qui se trouve en question. Ce qui a été déposé n’est plus à étudier. Déjà trop de fois relu. Mémoire constante.
Monday, September 24, 2018
[NO WAY] - 31
L’exemple-même du personnage que nous aimerions capturé se présente. Il rentre chez lui, légèrement aviné. Il vient de passer un peu de temps à parler de son projet, qu’il ne sait pas formuler autrement que comme ça, et qui ne tient que par le possessif qu’il traîne depuis de nombreuses années. Il vient, justement, évoquer ce que nous étions en train de nous formuler, une nouvelle aventure dans laquelle il suffirait de rester chez soi pour se montrer au monde à travers les outils de la technologie. Tout cela est fort tentant, mais ne nous satisfait pas. D’abord, parce qu’il faudrait, tout à coup, qu’un grand nombre de personnes soient disponibles pour recevoir l’état d’un autre agissant. Ce serait, également, supposer qu’on aurait un quelconque intérêt à se retrouver dans une lecture imposée alors que, justement, nous travaillons sur l’aspect volontaire de l’activité. Oui, nous savons que cela prend plus de temps. Oui, nous savons que nous prenons le risque de rater des occasions de s’annoncer au public. Oui, mais nous préférons tout de même ce format-là. Le hasard d’une recherche, la qualité d’une rencontre. Si, à la base, il n’y a pas ce type d’énergie, il n’y aura aucune culture du long terme et nous continuerons inlassablement à nous battre contre des moulins. Il n’y a aucune commune mesure entre les moyens dont disposent la plupart des entreprises qui occupent le terrain que nous exploitons également et ceux avec lesquels nous tentons de faire œuvre. Ce qui nous passionne dans cet état de fait, c’est qu’une seule partie de la sphère médiatique suppose que ce qui ne leur vient pas sur un plateau n’existe pas réellement. Ça n’aurait ni consistance, ni envergure. L’autre partie, forcément dans l’ombre, produisant du moins lu, moins acheté, moins connu, n’a pas ce mépris de ne pas considérer l’existence d’autres modes d’expression conditionnant d’autres modes de diffusion. C’est pourtant là, aussi, sur cette face cachée, ou plutôt masquée, que pourrait se lire en direct le travail en cours de réalisation de l’humanité agissante. Bien sûr, nous ne le contestons pas. Il y a des affaires à suivre, des courses poursuites à entreprendre. Il suffit de longer les ministères pour s’en rendre compte. Une circulation contrôlée. Portail ouvert sur le pouvoir. Les grandes cours avec les berlines noires garées en épie. N’essayez même pas de frapper à la porte d’entrée pour saluer votre ministre parce que vous passiez dans sa rue, vous finirez jetés à la poubelle avec les clodos. Eux se disent que c’est là que tout se passe, et nous l’admettons, il s’y passe des intrigues importantes, mais ils ne considèrent pas que deux rues plus loin s’organise une autre société qui, elle aussi, sait maintenir son pouvoir. Cette société-là n’a que faire des titres et des uniformes. Elle n’est que circulation incontrôlée. S’y jouent tous les brouillons de la vie et s’y travaillent tout ce qui sera répété sous toutes les formes avant d’être présenté au public. C’est bien cela que nous ressentons, à la fatigue de nos mains, aux douleurs dans la poitrine d’avoir trop tiré sur la corde, aux machines à laver qui tournent jusqu’à minuit, aux vaisselles laissées en suspens, le labeur d’un travail qui tout entier se mêle sur une seule et même page où nous testons autant les ruptures que les liens, l’ampleur, l’efficacité, ne cherchant pas à nous adresser à des foules silencieuses mais à un réseau d’acteurs à qui l’on doit de partager la même vision d’un peuple échappant aux emprises qui subsistent. Le mépris n’arrêtera pas le mouvement. Nous tournerons la page et nous nous retrouverons.
Tuesday, September 18, 2018
[NO WAY] - 20
Je sens le corps céleste sur moi. Il me caresse. Mon corps se tend, puis tout se calme. C’est la même sensation qu’en forêt, que sur la plage, que dans un jardin, quand nu je me promène dans la nature.
Friday, September 14, 2018
[NO WAY] - 40
Tant qu’il n’y aurait personne pour intercepter ce processus-là, il continuerait à se laisser bercer par une mélodie propre, dont il avait entendu les premières notes, peut-être, en se voyant sillonner sur des routes sans mystère, approchant au plus près de ce qui serait devenu une pure inaction, car là aussi, un choix s’était formulé. Gérer, compter, ne rien prévoir au-delà d’une journée. Il ne faisait que colmater les erreurs que d’autres avaient laissées s’enraciner. À la fondation de tout ce que vous avez produit, leur disait-il, il a manqué une notion primordiale. Rien ne pourrait se faire, en soi, sans prendre en compte l’ensemble de données bien plus complexes que ce que vous avez envisagé. Tout d’abord, il est inutile de vouloir tout faire entrer dans des cases. L’humain n’y sera jamais bien. Il a besoin de circuler, de choisir, de faire comme bon lui semble, surtout s’il doit en payer une partie. Tout cela n’aura pas tant de conséquences sur tout ce qui agit en permanence. Nous laisserons. Nous avons appris cela. Nous n’y retournerons plus. C’est fini. La mémoire s’inscrit d’une autre manière et de l’avoir saisi nous rend confiants pour l’avenir, car demain, nous savons que cela se reproduira. Ce sera d’abord le calme, le lent éveil de l’esprit. Ce qui doit se faire se manifestera et nous tenterons de le réaliser, dans la mesure de nos moyens, soutenus par une pulsation accompagnant notre effort et signifiant seule qu’un mouvement créatif est en cours. Nous n’allons plus nous évertuer à forcer la porte de l’interlocuteur qui ne répond pas. Nous sommes suffisamment nombreux, désormais, pour bâtir notre idéologie, sans infidèles, sans inféodés, sans inférieurs. Les écrans que nous déployons nous conviennent. Nous sommes en direct avec nous-mêmes.
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