Monday, September 10, 2018

[NO WAY] - 27

Un peu désespéré, il comprit qu’il passait son temps sur le WEB à ne faire que répondre à d’incessantes stupidités échangées à l’aide de différentes applications de messageries instantanées, et comprit que ce n’est pas comme ça qu’il allait rencontrer qui que ce soit. Il partit à la conquête de Paris et traversa sans doute l’intégralité des arrondissements, car lorsqu’il se rendit compte qu’il en avait plein les pattes, et surtout, qu’il était mort de soif, le soleil se couchait sur la plage du côté de la Seine. Un dernier groupe de promeneurs profitait des premières fraîcheurs du soir. Il retourna un peu vers le centre. Le marais. Ses shorts courts, ses sacs à dentelle, et ses bars tendance bière à six euros, mais il s’en foutait : il était célibataire.

Tuesday, September 4, 2018

[NO WAY] - 36

Le temps de formater. Un esprit se mobilise. On glisse. On flashe. On s’arrête quelques secondes. On passe. On se rend compte que le flux est infini. Alors, on s’arrête encore, et on passe à autre chose. Il n’y avait peut-être pas besoin d’en faire autant. Si tout était allé autrement, ce que ce serait aujourd’hui, à ce jour, comme on dit. Ce sont comme des regrets qui s’installent. Là où l’imaginaire se bloque, car c’est impossible à concevoir. Et pourtant, une étape importante est en cours d’achèvement. La conviction est allée au bout. C’est un nouveau début. On fait comme si on était parti de rien, ou comme si on n’avait plus rien. Peu à peu, s’enrichir, d’une nouvelle manière d’être au monde. C’est arrivé sans que cela s’annonce autrement que par la langueur installée tout autour. La déconnexion désirée est maintenant effective. L’addiction n’agit plus. Il n’y a plus non plus cette peur de tout perdre qui constituait une partie conséquente du quotidien. Tout est bien là, au moment le plus juste. Il n’y a plus qu’une sorte de proportion à trouver dans cette radicalité. Ainsi, ailleurs. Les objets continuent d’indiquer les pistes à suivre. Voici un appareil, par exemple, qui ne fonctionne plus, et tous les appareils en arrêt depuis de nombreuses années ressurgissent. Ils font foule, eux aussi. Ils ramènent à l’histoire. Ils offrent une autre dimension à la notion de rupture, tentée à plusieurs reprises, dès le plus jeune âge. Inutile de faire un effort de mémoire. Il suffit de les savoir là, parmi les éléments actifs. De puiser ce que cela génère d’émotions réelles. De ce qui était supposé disparu. Abandonné. De ce qui, de fait, ne l’a jamais vraiment été. C’est un regard qui se pose. Un regard chargé de l’expérience traversée. Une écoute nourrie de tant de paroles circulant dans le corps. Lorsque le premier objectif était d’aider, mais au fond, mieux vaut l’admettre enfin. L’aide était gauchement dirigée. Quelque chose d’autre était en jeu, dont l’une des limites se ressent aujourd’hui, consciemment. Comme payer une dette individuelle. Envers soi. Les dernières ressources sont sur le point d’être épuisées. Alors, c’est l’invention, seule, qui trouve une solution. Un univers parallèle. Un lieu où tout ne fera qu’aller de mieux en mieux, puisque l’échec n’est plus possible, que cette notion a été assimilée au profit d’une autre. Tentative. Essai. Ça n’aurait pas réussi, selon ce qui avait été fixé comme objectif, mais ce qui a précédé, les efforts, les prises de décision, ont agi là où il était possible que cela agisse, tout simplement, recadrant parfois, remobilisant d’autres fois. Un sommet de montagne était attendu. C’est la mer qui se présente. Et l’adaptation est plus aisée dans ce nouvel élément. La force est alors de se dire qu’au sommet de la montagne ne se serait trouvée qu’une forme de souffrance, à trop vouloir lutter. Aussi, ne même pas se demander quand il aurait fallu bifurquer. Il fallait cette tentative. Il fallait cette direction. Il fallait s’imaginer qu’il serait possible d’inclure un grand nombre de connaissances dans une sphère rapprochée. Il fallait reconstituer les visages de celles et ceux à qui les messages s’adressaient. Il fallait, au fond, se produire dans l’inconçu. Chaque fois, s’y attendre. Un coup de sonnette. L’interlocuteur n’est pas là. Il a oublié ce qui avait été dit. Ce qui avait été convenu. À aucun moment il ne considérera qu’il s’est trompé. C’est ainsi qu’il a choisi de vivre cette relation. Tenter sans se l’avouer de se retrouver seul, ou comme il est, ou comme il l’a toujours désiré, au milieu de l’après-midi, encore lourdement endormi, alors que ce qui se préparait aurait dû le mobiliser. Il n’en était rien. Tout cela n’avait aucune importance. Il voyageait, en rêve. Il revoyait une douce arrivée dans un lieu partagé. Il était reconnu. On l’invitait. On le présentait. C’était si agréable d’être ainsi accueilli. Toujours avec un large sourire. Un endroit où il pensait occuper une place qui lui convenait, tellement, qu’il y allongeait ses heures de présence sans plus compter. C’est bien là qu’il fallait développer. Au plus proche de soi. Comme une seconde maison.

Tuesday, August 28, 2018

[NO WAY] - 18

Nouveau départ, encore, pour tenter de ne pas se laisser abattre, parce que la situation n’est pas encore totalement réglée et que la menace est toujours tenace, elle encercle la tête et coupe tout désir de continuer, comme si l’esprit de l’autre continuait d’agir à l’intérieur même du désir. Une forme d’épouvante s’empare. Tous les gestes attentionnés qui pourraient être comme un retour à soi sont totalement figés. Il faudrait réussir à rappeler les sensations d’une main caressante sur la cuisse, du jour où je l’ai retrouvé.

Friday, August 24, 2018

[NO WAY] - 2

Le temps passé à vouloir à la fois reconstituer la chronologie de faits anciens et développer l’univers fictif que ces mêmes faits génèrent au présent n’aura été qu’une période d’acceptation durant laquelle l’empêchement et le désir d’aller contre se sont confrontés en une multitude de variations qu’un quelconque plan d’action n’aurait jamais réussi à prédire autrement qu’avec des séries inaptes à leur nécessaire adaptation.

Monday, August 20, 2018

[NO WAY] - 9

De l’insomnie.
De la mémoire du corps.
Des coups dans la poitrine.
Des bras tordus.
Des coups dans le dos.
Des étranglements.
Des coups dans l’épaule.
Des courbatures le lendemain.
Des maux de tête.
Des nausées.

Solitude.

Parce c’était trop. Trop souvent. Trop longtemps.
Des coups. Des maux. Des courbatures.

Et la nausée.

Tuesday, August 14, 2018

[NO WAY] - 15

Il l’avait croisé par hasard, à la sortie de la gare. Toujours ce hasard. Il avait l’air de planer, dans son monde. Rien d’important, jamais, mais tout de même des pensées qui l’emportaient, ailleurs, dans son monde à lui. Ah, tiens, oui, pourquoi pas un café, mais il avait pris un jus d’orange et un croissant, quelque chose qui prendrait plus de temps que prévu, mais ça lui allait. Ça lui faisait du bien de juste passer quelques minutes avec lui. Il serait sans doute un peu en retard, d’autant qu’un café, c’était vite avalé, mais un jus d’orange et un croissant, ça voulait dire attendre, ça voulait dire l’attendre. Une donnée parmi d’autres : l’autre n’avait pas vraiment la notion du temps. Un café, c’était juste cinq minutes. Parfois plus. Jusqu’à moins le quart. Ça dépendait de l’heure d’arrivée des trains qui, à cette heure-là, dans ce sens-là, n’étaient pas prioritaires. Les conducteurs avaient ordre d’attendre, de laisser passer. On voyait la banlieue défiler. Paris, dans son nuage de pollution, et tous les matins, une vision du ciel dans lequel il vivait. C’était le plus beau point de vue sur l’aube ou, selon les saisons, le début de toutes les matinées qu’il allait passer en dehors du tumulte de la ville, juste pour le plaisir d’avoir à traverser un bois, sentir qu’il respirait mieux là, se rappeler qu’il avait fait le bon choix.

Friday, August 10, 2018

[NO WAY] - 54

Ce qui va faire actualité est plus simple que ce qui s’imaginait plusieurs mois en amont. C’est un commencement, une arrivée dans une sphère inexplorée, où il faudra de la sincérité. Un positionnement a été décidé. Il ne faudra pas s’en écarter. Ni de toutes ces sensations qui naissent lorsque le repos s’impose. Il est vrai qu’une dimension échappe à tout ce qui se produit au fil des journées, s’inscrivant dans ce qui longtemps ne fut qu’admirer. La carrure, par exemple. Cette manière grâce à laquelle le mot ne fait que se former. Ce moment où il vient s'immiscer. C’est comme un plan qui se mettrait en mouvement, un temps de travail à consacrer à autre chose. Tant d’heures passées à se relire. La mémoire est pleinement sollicitée. Elle s’engorge de données qu’aucun format ne pourra jamais saisir. Il n’y a plus que le vivant à l’œuvre. Une seule force à contenir.

Monday, August 6, 2018

[NO WAY] - 34

Des connexions sont faites. Conviction que tout en soi s’entraide et que cela apporte plus de pertinence à l’ensemble. Rien ne se perd dans le temps. L’imaginaire prend le dessus.

Monday, July 30, 2018

[NO WAY] - 30

Un mouvement se prépare. Les pensées nettoient. Une priorité absolue, désormais, sera de ne plus se laisser envahir. Puisque les coïncidences ont permis que naisse une parole, si intense, si peuplée. Temps d’écoute. La crise monumentale est peut-être passée. Ce ne serait pas utile d’y revenir. Et pourtant, elle est là. Dans la paume des mains. Comme un froid permanent. Elle n’aurait fait qu’agir sur la manière de dire, changeant de format. La voilà donc, cernée. De toute part. Cohorte d’outils simples. Un principe pour chacun. Il n’y a rien d’autre à dire que de s’en servir. Ce qui apparaît est sous la forme d’une atmosphère émotionnelle. Points de fuite ou points de chute. On ne le saura que dans un mois, dans un an, dans dix ans. Nécessaire lecture de ce qui a eu lieu, maintenant, existant, la naissance d’une opération méditée, volontaire, dont il faudra se dessaisir.

Tuesday, July 24, 2018

[NO WAY] - 13

Le règne de l’insignifiance. Il suffit d’une star et tout le monde applaudit. Il n’y a pas de système dans le système. Il faut arrêter de croire qu’on est manipulés. Aller moins vite. Travailler sur le micro temps. L’instant même de l’émotion. Gravure de l’âme. Musique répétitive. Tempo de l’éternité. Un mot, puis un autre. Entrecoupés. Une longue phrase, qui n’a rien à voir, mais qui surprend, par sa beauté. Saisissante, comme une Haïku. L’évocation de quelque chose d’intime. Une figure de l’auteur. Obsession. Conviction. Ce n’est pas si facile de partir. Dans tout ce qui est là, il y a une partie d’un tout qui, jusqu’alors, semblait cohérent. Réussir à s’arracher un bras. Abandon de soi. Le long des maréchaux. Vie bruyante. Toujours en travaux. Il marche dans l’inconnu. Lentement. Comme en sortant d’un spectacle bouleversant. Il ne prend pas les transports en commun, et pourtant, il est dans la foule. Nouvel espace. Ça respire déjà.