Wednesday, July 8, 2020

Chroniques de l'invisible - 185

Là encore, j’éprouve l’association des formes. Quand je pensais : partir avec un seul « je ». Les deux figures qui m’y amènent sont deux importantes oppositions. L’une n’étant qu’un refus. L’autre, plus intense, cherche à ma positionner en révélant ces méthodes que je juge manipulatrices. Trouvé, le bon filon. Je le dis avec difficulté parce que dire à cet endroit, c’est rompre. La suite, c’est sans moi. Je n’attendais rien de particulier à ce sujet. « La dernière fois », ou comment le calendrier installe une perspective. Disons que cela pourrait être ainsi, puisque le même processus se met chaque fois en place, autant que ce soit, réellement, dans la liste des possibles. Je pourrais, par exemple, définir une attitude presque de retrait, en recul de ce qui a possédé, l’avis d’un propriétaire, évaluation de tout ce que cela génère. Ce sera ce déroulé, à partir de maintenant, depuis que le désir a pris d’autres racines, mettant en lumière toute une stabilité. Je baladais un sentiment de fragilité. J’avais placé en deux lieux et séparé le réel et la fiction. C’était une erreur. C’était fuir l’un et l’autre. C’était attendre que se formule enfin que la fiction est dans le réel, que le réel est dans la fiction, en partie. Un seul « je ». Celui qui se forme à toute heure du jour et de la nuit, comme à travers ces lignes. S’il est pluriel, composé, cela n’empêche pas qu’il soit unique. Ou il faudrait le déguiser, le maquiller. C’est sans doute ce qui s’est passé. Au moment de chaque disruption. Je me couvrais d’un nouveau filtre, une protection à travers laquelle ce qui pourrait passer n’atteindrait pas les fonctions vitales. Le risque de toutes ces issues sordides contenues dans chaque désir, mêlé aux passés, dans l’impasse d’une simple explication, enfin, jeune ami, il n’y a qu’une vie comme il n’y a qu’un « je » même si ces vies sont composées. C’est là qu’est la merveille de le penser et que tout devient possible dans le réel y compris la fiction, car c’est ce qui s’est passé, bombardement incessant jusqu’à ce que l’être se tut conjugaison voulue pour mettre face au pire. S’il meurt il ne parlera pas. S’il vit il peut se taire à jamais entretenir le fond tragique qui nous gouverne. J’étais dans l’emprise. Je l’ai su le premier jour. Cela ne correspondait pas à ce qui devait se faire. Alors, filtre de protection pour bâtir et maintenant je mets des guirlandes aux fenêtres pour fêter tout cela. La nécessité des épreuves a changé de camp.

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Tuesday, July 7, 2020

Chroniques de l'invisible - 184

Quand on y trouve enfin la précision d’une sensation, l’exactitude d’un visage, de son nom et de son rôle. Je suis là pour aider, souvent fort efficace et puis cela m’échappe des mains, hors contrôle, en retard, perdu. S’il n’y a rien d’autre que le réel, c’est que le réel est diversement composé, rêves et imagination compris, un réel non pas supérieur mais englobant. L’énigme serait de chercher du côté de la sensibilité, à chaque tournant, les plus saillants, ces énergies que j’absorbe, assimile, dont je reconnais la valeur malgré le corps qui l’habite que je nommerais passeur ou conducteur, parce qu’il y a cela qui s’enclenche un jour jusqu’à trouver un endroit plus propice où je me mets à mieux écouter des mouvements qui manquaient pour faire lien avec ce qui allait devenir nécessaire voire prioritaire.

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Monday, July 6, 2020

Chroniques de l'invisible - 183

Pour peut-être articuler d’une autre manière ces révélations à court terme, ce qu’on voit par-dessus une épaule, tout ce fraîchement élaboré que je viens livrer pour m’entendre dire que je m’étais senti trompé, le modèle ne correspondait pas à ce que j’attendais. Alors, ne plus rien attendre ou ne plus faire qu’attendre, ou se construire à partir du modèle puis le tester ainsi renouvelé. Au contact des autres, influencé. Je m’empêche rarement cela. J’aime bien d’ailleurs. L’influence peut être tout à fait légère, éphémère. Parfois, elle est profonde et ce qui change au fur et à mesure de mon expérience à ce sujet, c’est que je la mets en œuvre ou à l’œuvre plus volontairement et donc plus rapidement. Si je vais au bout de cette démarche, je serai dans cette nébuleuse, ne cherchant pas à expliquer ni à comprendre. Il est très probable qu’en nos imperfections nous trouvions une voie plus directe ou plus sensible vers la pensée que ce qui est communément admis. Une voie non pour la dévoiler ou l’identifier. Une voie, je dirais, de contact ou de présence, qui n’a que faire du modèle que j’attends ou que j’ai élaboré mais parce que tout cela s’est mis en place en même temps pour agir sur le développement. C’est une même structure. Sa particularité est d’être composée de tous les moyens de transformation. Le risque d’en finir détruite. Serait une question à poser s’il était possible d’y répondre. En quelque sorte, je le peux puisque je me laisse conduire par le contenu. C’est l’objet de ces lignes pour dire qu’il n’y a dans cette manière qu’une écoute de ce qui bouge quand tout n’a plus qu’à être brassé, voyant que je me positionne pour le vivre pleinement, sans mesure lorsqu’il s’agit de mettre à profit six mois peut-être de travail mais sans doute plus quand on sait qu’on ne peut que s’inscrire dans une continuité, une fabrication qui ne datent pas d’hier. Les échos sont pour mon apport personnel. Alors, c’est ça. Une plongée. Nous ne pouvons pas remonter les millions d’années, presque à peine les années, parfois l’heure qui précède, mais nous avons en contenu l’histoire et ses possibles devenirs ou du moins ses éventualités. Nous nous sommes rendus possibles, ce qui est propre à tous. Si je m’y perds c’est parce qu’il faut vider et que je continue à apprendre à vider. Cela me fait du bien. Je le sais à chaque fois, mais chaque fois j’ai besoin de m’y confronter. Je ne donne pas assez d’importance aux supports qui m’alimentent pour leur capacité à nuire pour certains et leur capacité à former pour d’autres. Je sais d’où je tiens cette force, d’un secret que je tiens, d’un jour clairement défini où je décide que tout ne se dit pas, que tout ne se partage pas. Si je remonte les années, c’est là que je trouve cette dérivation. L’une d’elles fut plus douloureuse parce que je m’étais ancré. Il fallait que j’admette que ce n’était pas pour la vie, que la vie pouvait changer. Que je pouvais récupérer cette liberté d’être avant qu’il ne soit trop tard. J’ai œuvré pour cela et maintenant je profite de cette merveilleuse écoute qui m’offre le loisir de composer comme je le veux. Je revois — comment se présentaient à moi les différences et comment j’usais de cela pour établir des analogies strictement personnelles. Je me demande souvent si c’est une compétence qu’on acquiert. À ce stade, à mon âge, je n’y vois que l’accident du vivant, un accident propre à toute loi naturelle dont j’ai bénéficié. Je ne suis pas le seul. C’est bon de s’en rendre mieux compte, que cela ne dépend pas de notre unique héritage, que cela se produit partout à une échelle suffisamment grande pour que la distinction se révèle productrice d’émotions nouvelles et de savoirs nouveaux.

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Sunday, July 5, 2020

Chroniques de l'invisible - 182

Ce pourrait être un travail collectif. Je refuse l’alliance. Cette rupture, donc, à chaque fois, ne pas s’allier. Je n’ai rien de commun à ces genres de pressentiments. On irait, à travers le mythe, évoquer nos intarissables désirs. Je n’en suis pas. Et qu’est-ce qu’on aimerait que tout dépende de nous. Ce qui est vrai pour une partie de l’œuvre. Le reste nous échappe. Ne nous concerne pas. Je ne vais pas perdre du temps à faire quelque synthèse alors que nous n’avons qu’à juger que ce qu’il s’est passé.

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Saturday, July 4, 2020

Chroniques de l'invisible - 181

C’est loupé. Le personnage qui s’en sort. Pas pour cette fois encore. Cela dit, cela pourrait être un leitmotiv ou comme une série, le thème qui ne change jamais et revient toujours au même. Il va encore nous parler de la même chose. Oui. Ça va encore louper. Oui. Ce n’est pas qu’une question de faille. C’est abyssal. Si je veux retrouver l’intensité de ces confrontations, c’est le chemin à prendre, le point sur lequel il ne faut pas que je cède, en dévoiler en partie (mais c’est si peu pour appliquer vraiment), garder l’essence pour moi et comme toujours (là aussi le thème récurrent) : partir. Une même rupture à chaque fois. La même rupture, répétée. La même première fois. Il n’y a qu’une fois.

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Friday, July 3, 2020

Chroniques de l'invisible - 180

Ce pourrait n’être que cela, des dates les unes après les autres, un calendrier, sans aucune image, de temps en temps seulement, la marque de fabrique, ce petit côté un peu sinistre, rien de ce qui était prévu, et puis, au bord de ne pas réussir, ce goût pour le point de non-retour, quand on ne peut plus rien rattraper. C’est un rapport purement dynamique. Si je n’en souffre pas, si je ne m’y confronte pas. De toute façon, c’est décidé. Je prends de l’avance. La position sera difficile à tenir, hors négociation, je suis seul face au réel et cette dimension me plaît. J’aurais pu tricher. C’était la solution facile. Inventer des faits. Antidater. Parfois, il ne se passe rien et grâce à cela je peux me concentrer sur ce qui arrive. C’était l’œuvre d’un autre. Chacun son tour. Cela n’a pas tellement d’importance. Bien essayé. Le plan pour découvrir où se trouve l’acte créatif. Je n’ai qu’une réponse. Je la réserve. Depuis peu, elle n’est plus une zone où je pourrais inviter. Parce qu’il faudrait toujours puiser. Je vois trop bien comment tout se tisse en amont. Regard déplacé. Feignant que cela ne me concerne pas, ou que je ne comprends pas, ou que tout cela est si nouveau que j’aurais besoin de temps. Cependant, ce sera mon œuvre et tout ce qui se passe non loin passe tout de même à côté. Sans moi.

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Thursday, July 2, 2020

Chroniques de l'invisible - 179

Je prends ce risque que cela ne se renouvelle pas, croyant en quelque sorte que cela pourrait être tout comme, ressemblant, ne me refusant pas de ces excès qui coûtent. J’imagine tout de suite que cela puisse être différent, pour éviter la routine, très certainement. Sur le principe, naturellement, j’aime bien l’idée. Un pacte de générosité. Au fond, c’est ce qui autorise à diffuser même si de ces centaines de pages il ne restera pas grand-chose. C’est le moi que l’on ne connaît pas, qui met à jour, raye de sa liste ce qui l’éloigne de son objectif personnel. Je pourrais reprendre à ce face à face. Forcément, j’éprouve un peu d’inquiétude, à cause de la proportion, par exemple. Je ne veux pas que ce ne soit qu’une période où tout se déliterait, l’un des effets ravageurs. Je ne suis pas très optimiste à ce sujet. On nous prépare à des formes de rage. Moi, sur son petit socle inamovible, pour quelques années seulement. C’est possiblement réel. L’option qui s’envisage serait de chaque fois gagner quelques mois. Sur ce point, j’ai suffisamment avancé pour me mettre à la disposition d’une autre manière. Toujours cette organisation quasi sensorielle. Pour y parvenir, je dois prendre une décision ou admettre qu’il y a des sortes de manquements. J’ai été au bord de cela à plusieurs reprises, débordé par ce que je venais de découvrir. Il faut dire qu’en plus, les sensibilités s’accumulaient. J’avais accepté de plonger dans la violence et de mettre en scène une alternative à une solitude sans doute trop pesante. J’avais besoin de cultiver un lien social. En fait, ce n’était pas la solitude qui était trop pesante. Elle n’a jamais pesé. C’était le fait de devoir signifier que ce besoin n’en était pas un. Je sais faire cela admirablement maintenant. Je réserve au silence le nécessaire retour au calme avant de placer autour de moi les éléments essentiels afin de ne pas croire pour rien ou ne pas croire en rien. Je pourrais décrire ce bien-être. Il fait tant. L’instantané retrouvé. À partir de là, je peux être. J’ai beau l’avoir entièrement conçu, ce n’est pas naturel ou automatique de me mettre en condition. Trop de pollutions, c’est certain. Pas seulement celles que je respire.

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Wednesday, July 1, 2020

Chroniques de l'invisible - 178

C’est l’heure parfaite pour une transition. Il n’y a aucun empressement parce que le corps textuel s’est retrouvé légèrement intoxiqué. Quelque chose doit passer et je ne suis pas surpris de me rendre compte que cela me conduit dans des formes d’errance qu’à présent je choisis sans injonction. Cependant, je n’ai pas réglé certaines questions s’agissant de la masse. Ce n’est sans doute pas une question à régler sur les terrains trop vastes. L’écriture doit s’ancrer, se concentrer, se diversifier. Ainsi elle se développe, dans la polyphonie, la sienne propre puis celles qui l’approchent. J’avais désiré qu’il n’y ait qu’un seul « je ». Il m’avait impressionné. Je le voulais cohérent. Depuis que j’ai découvert ou redécouvert que ce « je » pluriel pouvait avoir des expressions privées, d’autres, au contraire, n’ont rien à faire dans le débat, ce qui n’est pas très grave et ne minimise pas l’importance de ce qui nourrit la sève. J’aurais pu adopter une même méthode. C’est une évidence. Je n’en veux plus. Je voulais tracer pour garder en mémoire des intérêts techniques. Ce serait possible si je cherchais à me spécialiser ou à me faire reconnaître dans un milieu où j’aurais à passer par les cases que je proscris de ce qu’on attendrait de moi. Ce qui m’accompagne aura ses périodes d’intensité. C’en est une. Le corps textuel en sera l’écho. Il adressera un ordre. Tout se révèle ainsi, par le texte. Les sujets qui ne peuvent être qu’effleurés le seront. Ce n’est pas cela que je creuse. Je n’entre pas dans la matière pour isoler les sujets. Les voir vivre d’eux-mêmes, apparaître, disparaître, influencer, parfois bloquer. Je n’ai pas de préférence. Ce qui compte, c’est de les voir passer. Si c’est une partie de la fin, ils resteront ici, s’ils le souhaitent. Intéressant de voir qu’il faudra compter sur tout ce qui a composé et qui composera encore. Ma sorte d’université permanente. Je sais très exactement quand tout cela est né dans ma vie, un jour où se sont unis l’idée d’une conception et le désir d’une parfaite autonomie, ce qui ne signifiait pas — je le savais — faire sans aide. La conception m’a été transmise et l’autonomie est une idéologie. À partir de cela, si je compte les années, je ne trouve pas que cela prend plus de temps pour se concrétiser dans tous les événements du quotidien. Je me souviens du début. Je croyais réaliser tout cela dans ce monde du même. Cela ne pouvait pas réussir et j’ai immédiatement été comme transféré non dans un autre domaine mais sur une autre voie sur laquelle s’illumine à chaque tournant des éléments si merveilleux que jamais je n’aurais cru possibles et qui sont chaque jour comme un trésor toujours plus abondant.

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