Wednesday, November 4, 2020

Chroniques de l'invisible - 304

Ce sera donc une première fois que je vais m’y consacrer. Il y a déjà eu un pas de plus, un pas qui me démontre très certainement ce que de ma fragilité je traite avec ce que je sais faire de mieux, car c’est une douleur lancinante qui à la fois m’intrigue et me conduit. Elle me réveille la nuit, me désoriente le jour. J’apprécie ce qui vient temporiser alors. À travers cela, c’est tout le temps qui passe. Aucun doute que j’ai une qualité à perfectionner. Je ne m’attends pas à ce que ce soit immédiat. Et puis, s’il m’est donné de le vivre ainsi, je le dois à ce qui m’a été transmis. Aussi, je ne vais pas contrer ce qui alimente ce travail. Il me semble normal à ce stade d’être parfois désorienté. Il y a eu un bombardement de nouveautés. Parmi elles, ce don que je me suis offert de modifier quelques attachements. Je le ferai aux heures disponibles, comme un loisir, un loisir qui m’oblige à travailler mais qui m’apporte également beaucoup de douceur. Deux points essentiels. Le premier est ce qui s’est trouvé sur mon chemin alors que j’y pensais de plus en plus sans trop savoir comment faire, signe qui me disait : c’est maintenant. Le second est une question d’assimilation pour reproduire en moi et chez moi le spectacle auquel j’ai assisté, l’améliorant pour moi car je l’adapte à ce que je suis et ce que je désire. Le fait de ne pas nommer rend tout cela plus mystérieux. Plus fragile. Il serait si simple de tout dire. De raconter l’histoire. Je pourrais même inventer et mentir. De toute façon, on ne me croirait pas. J’ai trouvé un lieu sans jugement, trouvé le moyen d’éviter les injonctions. Il me fallait une scène permanente. Je ne sais pas ce que cela va devenir mais je l’ai trouvée, cette scène, et elle me ravit.

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Tuesday, November 3, 2020

Chroniques de l'invisible - 303

Une formation. Parce qu’il y a de la musique et de la répétition, parce que les mots aussi viennent s’interposer, parce que cela se pense, transforme, oriente, cela me plaît et j’y vais sans mesure. Le plus surprenant sans doute se trouve là où je sens que je mobilise une admirable émotion conçue à partir d’un répertoire dont je me sers à la fois pour avancer et pour créer. Tout se place sans ferveur même si j’ai décidé qu’un nouveau nom serait inscrit pour signaler ma présence et, en quelque sorte, mon soutien, mon accompagnement. Ce n’est pas une appartenance. Ce ne sera pas une addiction. Je ne revendiquerai pas cette pratique. C’est elle qui m’appartient. Je vois déjà les temps où il faudra concéder voire différer une organisation forcément autre. Ce qui m’intéresse, c’est l’empreinte, de ne jamais la brusquer et d’accepter ce qui s’est merveilleusement composé. J’aimerais me demander depuis quand cela s’est manifesté. Il y a eu très clairement un attrait, un premier plongeon dans un domaine que je ne connaissais pas. M’ouvrant d’innombrables portes d’étude, je me suis pris au jeu, un jeu de l’esprit où j’ai dû à travers ce qu’on en dit établir moi-même ce qui dans tout cela était prévu pour libérer l’esprit et le temporiser pour qu’il soit source d’un meilleur vivre social. Soigner. Oui. Cela m’a soigné, donné envie de créer et donné envie d’offrir, à ma manière, ce qui me semble le plus juste actuellement. Cela ne se fait pas par hasard. C’est une question de communauté. Un débat intérieur. J’observe, j’interroge et si ce qu’on me réclame n’a aucun rapport avec le sujet, je me dégage. Ce qui ne m’empêche pas de soutenir, parfois même financièrement, et d’être présent.

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Monday, November 2, 2020

Chroniques de l'invisible - 302

Une lutte importante est en train d’être menée, en lien avec ce qui revient toujours, l’inréglé, comme une dette à payer. Ce qui s’intercale au quotidien comprend des éléments que le corps textuel semble vouloir intégrer. Je le sens au fort désir qui se manifeste, souvent dans le silence que je m’impose. Ce que cela signifie me dépasse tant que le bouleversement est immense, l’émotion au rendez-vous, entre désolation et résignation, les gestes empêchés, avec parfois un contact plus précis sur quelque blessure ancienne. Il n’y a pas eu d’égarement. Une tendance à l’éloignement, c’est sûr, la tentation d’autres voies où je n’ai bien souvent trouvé qu’un attrait vers l’impossible altération d’un vivant sur un autre vivant. Ce n’était pas mauvais, mais ce n’était pas cela. Ce que j’accepte au fur et à mesure, c’est en quelque sorte l’inévitable attachement, un langage premier et une grammaire fondatrice. Cela n’inclut pas que cette langue soit unique. Je peux voyager. C’est chaque fois agréable. Par contre, comme pour tout ce que je découvre, j’étais à une intersection, où des manifestations qu’on cherchait à adapter n’auraient jamais dû l’être, au contraire. Il aurait fallu renforcer, ce qui comprend expliquer et appliquer. Apprendre, aussi, évidemment, ce que l’esprit attend sans le formuler, cherchant par tous les moyens à s’impliquer pour assouvir un besoin d’accomplissement. On l’ignore peut-être plus encore de nos jours que ce que cela fut. Simple supposition. C’est la manière que j’emprunte pour ouvrir l’espace de la création. Une création à la fois libérée (puisqu’il y a en effet des éléments nouveaux venant de moi) et guidée par l’étude plus ou moins frénétique selon les périodes. Aller chercher. Je n’avais presque rien pris sachant que je serais seul une très longue partie de la journée. Je me suis naturellement mis à travailler. Là où il y a cette trame que tant suivent, je place des apports personnels qui me conviennent, évidemment, puisque cela m’appartient. J’aime l’idée de n’évoquer cela avec personne, que ce soit mon jardin intime devenu si fleuri qu’y inviter quelqu’un serait rompre avec une certaine confrontation avec des mots que je ne voudrais pas qu’on juge. Je suis ce drôle d’acteur jouant pour lui seul un rôle qui a fait partie d’une de ces vies déviées mais qui malgré tout continuaient leur progression attendant qu’elles soient un jour révélées. D’une addiction à l’autre. On dit que c’est une question d’habitude. On s’habitue. Puis c’est chaque fois. Devenu un geste quotidien. Parfois, je me dis que j’ai juste besoin de remplacer, mais je reviens à ce que je crois vouloir échapper. Peut-être faut-il juste varier. Cependant, j’identifie lorsque le corps textuel n’en retire rien, qu’il laisse défiler les éléments, ou lorsqu’il souffre. Le seul moyen de le soigner ou de le remettre en mouvement se trouve dans la façon que j’ai de m’emparer de certains enseignements. Mon goût plonge alors dans l’ancien, ces périodes où l’établissement semblait solide alors qu’il était composé de mystères que je crois encore en fonction. On aime rendre instable. Tendance à noyer l’esprit, car l’esprit libre est imprévisible, ce que déteste les prévisionnistes. Alors c’est vrai. Parfois j’y passe trop de temps. Parfois c’est juste une phrase, une page. Et puis il y a ce que je retiens sans effort et ce que j’oublie instantanément. J’ai tout de même des relais dans tout cela. Dès que quelque chose m’attire, je m’y engouffre sans trop veiller aux conséquences de la vie d’avant dont font partie quelques attentes sociales jusqu’à ce que j’arrive à rééquilibrer un peu. Depuis que je tais, je sais même mieux faire et personne ne remarque rien à part que les relations ainsi que les conversations s’affinent, uniquement lorsque je me rends disponible, ce que je fais par plaisir.

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Sunday, November 1, 2020

Chroniques de l'invisible - 301

La loi des correspondances, des liaisons, des tentations, des obligations. En soi, je ne le regrette pas. Venir à bout d’une colère, chasser les pensées par d’autres, cela valait la peine même si la chronologie est quelque peu malmenée. Sans doute faut-il que je vive cela avec les contradictions que cela contient. Après tout, ce que j’ai vu me suffit pour le comprendre. Ce qui tient, ce qui s’effondre. Avant le retour à soi. Savoir jusqu’où je suis prêt à aller dans cette voie ne se pose que quelques secondes. L’idée d’une formation y est liée. Alors, cela me convient entièrement. La mise en œuvre ne se laisse pas divertir. Je l’ai toujours vécu ainsi. Cela n’indique rien. Puisque je vais à travers cela apprendre à me rallier à quelques fondamentaux constitutifs. L’aspect radical y prend forme. Allez au bout. Ne pas se laisser séduire par l’abattement qui serait la solution immédiate, attendue. Seuls quelques détails m’autorisent à formuler des impressions d’une extraordinaire densité.

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Saturday, October 31, 2020

Chroniques de l'invisible - 300

Le vivre ainsi avec tant d’intensité me permettra d’y faire quelque choix encore lorsque je jugerai nécessaire ces retours à soi. Si tout cela n’est adressé qu’à soi, alors c’est très différent. Je n’arrive pas encore à m’imaginer la portée de cette constatation. Il y a deux faits conjoints à la base (Ayé, c’est l’enquête), une concomitance, mon arrivée dans un espace déjà occupé, depuis si longtemps habité, je ne le sais que depuis quelques jours, ces détails qui surgissent dans la vue (c’est le bon mot, on ne le voyait pas), je n’ai pas à juger les pensées qui me traversent, je sais juste qu’elles se ressemblent, elles s’assimilent, doux souvenir d’enfance rappelé. Il y aura toujours cette spécificité étrange, ce drôle de hiatus dans la chronologie des faits, oh ce n’est pas tabou, on en parle même comme d’une histoire absolument improbable, lui ! que tout prédestinait au déboulonnement de statues, aux manif, aux oppositions, lui qui souvent était le seul qui venait mettre le pied dans la porte (remarque, ça ne m’étonne pas tant que ça, il a toujours été un peu à la marge), non non (c’est l’interviewé), pas de paroles précises à rapporter, mais vous me demanderiez (ou si je devais faire une liste) qui de tous pourrait avoir un comportement qui ne ressemble pas aux autres, il serait nommé, c’est sûr, cité, voire pour certains faits, le seul auquel j’aurais pensé.

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Friday, October 30, 2020

Chroniques de l'invisible - 299

Je ne m’attendais pas à une telle écoute intérieure, une telle qualité, lorsque s’est instituée autour de moi la réponse à l’un des plus grands mystères de ma vie. Ce palais ou royaume à l’intérieur duquel je me savais exister, je cherchais à le justifier sans paraître privilégié, sans mise à demeure d’autrui et cela semblait n’être qu’une infranchissable impasse de la pensée. Je n’avais plus qu’à convoquer puis accepter une présence qui dans le silence s’est délicatement adoucie. Ainsi, cela se contrôlait peu à peu, sans heurt, sans injonction, sans devoir à accomplir puisqu’il y avait là un élément constitutif de taille, un renoncement, qui m’obligeront à ne pas adhérer aveuglément avant de prendre part à ce que j’ai toujours ressenti comme le besoin de mon être. Seulement, je ne peux pas y arriver lorsque la colère monte, cette colère que je sens s’adresser doit être maîtrisée. Ce ne sera pas radicalement tel que je l’ai envisagé. Je vais devoir composer.

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Thursday, October 29, 2020

Chroniques de l'invisible - 298

De fait, je n’ai plus qu’à appliquer. On le verrait écrit maintenant qu’on dirait mais comment est-ce possible comme c’est facile finalement ils étaient un peu limités à l’époque. Très limités. Un truc et c’était tout, puis ce fut un cumul de décrets et de lois. Au centre, se contredisant en permanence, la liberté. Ce choix, pour laisser courir l’esprit, le laisser vagabonder. J’aurais dû m’en douter, dès lors qu’il y eut une forme d’obligation, et surtout, à partir de presque rien de m’avoir ainsi assigné une catégorie. Une version moderne du port de croix. Cela ne m’empêchera pas de respecter la rencontre, voire même de l’honorer comme on admire une œuvre d’art qu’on voulait chez soi. Elle évoquera cet ancien temps et tant que j’aurai les capacités intellectuelles de le faire, je reproduirai sans crainte ce que je cherche infiniment.

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Wednesday, October 28, 2020

Chroniques de l'invisible - 297

Écrire lorsqu’arrivent les premières sensations, je dirais, peut aider. De toute évidence, c’est un achèvement. Rappel de tout ce qui a changé. Partir plus tôt, revenir plus tard, ne pas entrer dans un autre rythme et ne pas se mettre à disposition des mots qui enchaînent, forçant à faire croire que l’alter ego serait un autre corps textuel où tout serait identique, des points communs qui n’en sont pas, même lorsqu’il s’agit d’être disponible pour partager des instants. Ils ne sont pas essentiels parce qu’ils ne sont pas suffisants. Je repense des parties du temps. Je refabrique, d’une certaine manière, alors que d’autres habitudes sont à l’œuvre. C’est l’au-delà, bien sûr, l’au-delà fantastique, où la pensée n’a rien d’autre à faire qu’assurer une continuité, si loin de tout, elle dépose, dans cet espace privilégié, dans une fièvre légère, je m’alanguis pour une autre nécessité.

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Tuesday, October 27, 2020

Chroniques de l'invisible - 296

Je pourrais justement forcer une pseudo croyance qui arrangerait bien l’alimentation du mensonge. Je vois bien ce qui pourrait avoir changé depuis ces quelques temps. Je ne refuse pas le progrès, naturellement. Juste, je m’interroge, là, lorsqu’il n’y a rien d’autre à faire qu’attendre, vivre, apprécier, à nouveau, ce qui ne se racontera pas (il est pénible), oui, je sais. Si c’est ce que je désire, l’insaisissable, l’élaborer pour en partie le devenir, de loin, comme cela se regarde, « on touche avec les yeux », ou on ne touche pas. C’est l’erreur qu’il ne faut pas commettre, tout tenter pour, glisser, ne pas prévenir, ne pas demander si ça pose un problème, forme de consentement. Pour lutter contre cela, je ne vois qu’un moyen, placer le rideau de pluie incessante, l’impossibilité météorologique, le reste a peu d’importance, c’est mieux que la gastro, si c’est pour faire un compte-rendu permanent, non merci, t’es où tu fais quoi t’as mangé quoi, fini du jour au lendemain sans prévenir, on voudrait des héros à qui il arrive des aventures exceptionnelles mais on ne raconte pas la vie du personnage que le héros croise sur son chemin. Pendant que l’un chasse le dragon, l’autre traverse la rue pour aller acheter du pain. L’air de rien, tout se remet en ordre. Le personnage aussi a vu passer le héros. Encore un qui fera la une des journaux. « Un dragon terrassé par un héros d’aventures ». Rien sur celui qui a traversé la rue pour acheter du pain. C’est moins sexy. « Un homme traverse la rue pour acheter du pain ». Et pourtant, c’est là qu’est l’essentiel de la vie. Cela n’empêche pas de terrasser des dragons. On est juste anonyme, non appelé à devenir public et on ne le veut pas, de toute façon. C’est presque une hygiène de vie. Cela vient signifier enfin. L’apport personnel est simplifié, au plus direct, au plus sensible, là où je n’ai pas à inventer pour justifier quoi que ce soit. Cela permet même d’étudier d’autres brutalités que j’étais prêt à m’administrer alors que certaines modifications du corps textuel sont nécessairement plus lentes car elles sont organiques. Une rupture amusante n’y changerait rien. Le sujet est grave. Des vies sont en jeu, des vies importantes, en ce lieu où il est nécessaire de rétablir la confiance, rappel des décisions prises au fur et à mesure, tout ce qui aurait pu être différent mais c’est ainsi qu’ensemble, à plusieurs, nous avons choisi de prendre un risque, celui d’un pari, puisqu’il faut régler ce qui retient d’abord individuellement, ce qui inquiète voire ce qui angoisse, « vous n’y arriverez pas », ce n’était pas la bonne phrase à dire en ces circonstances. Parce qu’une fois que la confiance est rétablie, il ne s’agit pas d’aller appliquer la même méthode à tout le monde. Il est vrai que certaines personnes se rendent si indispensables qu’elles deviennent la solution logique alors qu’elles sont depuis des terrains impraticables, saturés, l’opinion y est ordonnée, pas d’union sur ce point. La merveille est de constater comment cela s’inscrit vraiment. Ça, je peux le raconter. C’est si évident. Tout a eu lieu tel que je l’ai désiré, avec au centre ce qu’il y a de plus important. Pas d’entrave. Basculement temporaire dans un autre monde de combats, un monde tout aussi fantastique. Tout va s’éclairer. J’aimerais tant le dire directement à celles et ceux qui s’inquiètent. L’effet est immédiat, tout ce qui semblait ne pas pouvoir bouger se met en mouvement (il faut juste prendre un petit risque au démarrage), on se dit c’est de l’auto-conviction, de l’auto-persuasion. Et pourtant, c’est bien vrai, le seul, sûrement le premier, sur un chemin, s’adaptant à la temporalité, je n’avais pas imaginé que cela se terminerait ainsi, de la place pour les autres, même si je l’avais conçu au fur et à mesure, ce qui signifie pour moi des semaines de silence, il ne s’est rien passé, ça se joue sur un parking, un ton dans la voix tel un geste qui dit casse-toi, la colère ressentie à ce moment-là aussi est préparée, je viens d’en avoir une nouvelle preuve, il faudrait l’enfermer, s’interdire, j’avais pourtant évoqué la lenteur d’une adaptation, ce n’est pas si douloureux, c’est différent, je n’y passerai pas la nuit cette fois-ci.

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Monday, October 26, 2020

Chroniques de l'invisible - 295

Admettre — mais ce n’est jamais simple — que je ne suis pas là pour cela. Que c’est tout autre chose. Je suis bien désolé de ce rien en commun, ce qui m’oblige toujours à une attitude ferme. Maintenant que c’est devenu source d’écriture, ce long poème qui accompagne où l’addiction se travaille à distance. Car c’est bien cette distance que je dois maintenir, les heures heureuses quand l’exception devient réelle telle qu’elle est chaque fois que je pose la question de la durée. Cela arrivera peut-être un jour lorsqu’on se penchera sur quelques raisons d’être qui se sont rencontrées. Une éventualité n’est pas pour moi une nécessité et lorsque j’entends qu’il en serait autrement, je me vois plonger dans la routine ou la banalité d’une répétition, ce qui ne m’est pas nécessaire. Je crée cet espace qui ne se raconte pas, entouré d’un simple mensonge trouvé grâce à la simplicité du ton retrouvé, détaché, de celui qui ne fera pas un effort de plus pour entretenir l’illusion. L’aspect autoritaire d’un « on verra plus tard », et puis j’imagine de drôles de paroles échangées avec soi-même pour justifier la situation d’abord incompréhensible. J’ai fait des progrès depuis quelques années. Ma manière de me punir était fort différente. Il y a eu un peu de hasard aussi, bref, les années se suivent et ne se ressemblent pas. Mon besoin n’est pas le même non plus. Il faudra que je sache mieux l’exprimer, sinon je serai encore tenté par l’autopunition, que cela n’existe plus, que cela qui nourrit mon œuvre n’existe plus, que je sois obligé de m’enfermer alors que je peux avoir face à moi le spectacle éblouissant d’un ciel, l’admirable tenue de la nature des heures, ici comme ailleurs, partout, la sensibilité spirituelle à l’épreuve d’une saine quête. Je pourrais à nouveau tenter l’aventure complète, du début à la fin et non pas seulement un flash, une idée, ouvrir l’espace de l’imaginaire alors que la période des conclusions commence, comme on sème le grain puis on récolte. Je m’étais dit que c’était là que s’achèverait quelque chose, la même histoire, la même tentation. Il faudrait une assiduité que je ne me crois jamais capable de tenir. Jusqu’à ce que cela ait lieu, heureux en cette partie de moi, quelles que soient les marques de mépris glissées dans une phrase, révélant tout de plein d’autres mensonges que je ne veux pas justifier, accompagner, aider à perdurer. L’épouvante d’une confrontation, la voiture emboutie, le regard empli d’incompréhension, si âgé, on s’affairait sur le trottoir, une journée si banale, presque offerte, et tout s’effondre. Je ne sais qui pourrait aider. Il n’y a pas de blessé. C’est ce que l’on croit toujours. Pourtant si blessé. Le poignard dans le dos. Au plus proche, alors que la confiance est établie. Les sourires. C’est juste que je ne pouvais pas tout faire en même temps. Je devais aller au plus concret. J’avais pensé que cela suffirait et ça avait suffi à tout enclencher une fois l’autonomie assumée. Le mépris fait toujours mal, quel que soit l’âge. Une manière assez facile de blesser. Je suppose que l’on ne s’en rend pas compte. C’est pour cela que je n’en garde aucune rancœur. Il y a donc un présent à étudier. Cette sorte de maladie. Aucun remède immédiat. Il faut attendre. La crise ne révèle pas assez. Elle est trop chargée. Cumul de malaises, de questions sans réponse. Un sans avenir alors que chaque minute le construit, cet avenir. Sauf que depuis, contrairement à ce que certains méprisants pensent, j’ai fondé puis résolu un grand nombre d’énigmes qui font à la fois l’histoire dans sa continuité (on ne revient pas en arrière) et l’exigence intellectuelle face aux difficultés des choix — j’allais presque dire des vœux — prononcés. Marre, sans doute, d’entendre ressasser, d’élever des fictions au rang d’espoirs vains. Dans ce cas, j’adopte l’attitude de l’intransigeance vis-à-vis de cela. Ce n’est pas sans rapport avec mes propres désirs, connus, que j’aimerais qu’on respecte au lieu de les détourner. Soi-disant plus simple. Ce n’est pas le cas. Il y a la même complexité, le fait d’endurer ce qui se présente chaque jour. Je n’ai rien à dire d’autres banalités qu’on viendrait m’imposer sous prétexte qu’en apparence je serais disponible. J’agis de la même manière, vers une autonomie globale qui m’apporte la liberté de penser. Le tout est de ne pas alimenter, de ne pas entrer dans l’illusion d’un lien privilégié. Je me sens parfois cruel de faire part de ces considérations. Le temps jouera en ma faveur ainsi que ma façon de présenter les différents thèmes. Je ne vais pas chercher à les rassembler. Le mode sans liste est pleinement assumé. J’aime compter le nombre de phrases dont j’ai besoin pour lutter contre la dépendance. Des jours sans, il en faudra plein, davantage. Je veux entendre cette voix de l’arrachement, la retrouver sous toutes ses modalités. C’est elle qui compte, elle qui ne lâche rien, qui poursuit son œuvre. Je ne suis pas surpris de vouloir l’exprimer sous cette forme. Il n’y en a peut-être pas d’autre. Dès qu’elle est trop mise en fiction, elle perd de son efficacité, ce qui n’empêche pas qu’elle soit entourée de récits aisés à comprendre. Cela peut aider à traverser l’épreuve d’un fait de la vie jugé imprévisible, l’accident qui vient tout remettre en cause. S’il n’y a pas de place pour juguler son effet, l’ampleur devient incontrôlable et c’est cela, l’effondrement, lorsque cela ne s’arrête plus, ne peut plus s’arrêter.

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