Tuesday, March 16, 2021

Emile Zola

Dès que je saute du lit, le matin, le travail m’empoigne, me cloue à ma table, sans me laisser respirer une bouffée de grand air ; puis, il me suit au déjeuner, je remâche sourdement mes phrases avec mon pain ; puis, il m’accompagne quand je sors, rentre dîner dans mon assiette, se couche le soir sur mon oreiller, si impitoyable, que jamais je n’ai le pouvoir d’arrêter l’œuvre en train, dont la végétation continue, jusqu’au fond de mon sommeil… Et plus un être n’existe en dehors, je monte embrasser ma mère, tellement distrait, que dix minutes après l’avoir quittée, je me demande si je lui ai réellement dit bonjour. Ma pauvre femme n’a pas de mari, je ne suis plus avec elle, même lorsque nos mains se touchent. Parfois, la sensation aiguë me vient que je leur rends les journées tristes, et j’en ai un grand remords, car le bonheur est uniquement fait de bonté, de franchise et de gaieté, dans un ménage ; mais est-ce que je puis m’échapper des pattes du monstre ! Tout de suite, je retombe au somnambulisme des heures de création, aux indifférences et aux maussaderies de mon idée fixe. Tant mieux si les pages du matin ont bien marché, tant pis si une d’elles est restée en détresse ! La maison rira ou pleurera, selon le bon plaisir du travail dévorateur… Non ! non ! plus rien n’est à moi, j’ai rêvé des repos à la campagne, des voyages lointains, dans mes jours de misère ; et, aujourd’hui que je pourrais me contenter, l’œuvre commencée est là qui me cloître : pas une sortie au soleil matinal, pas une escapade chez un ami, pas une folie de paresse ! Jusqu’à ma volonté qui y passe, l’habitude est prise, j’ai fermé la porte du monde derrière moi, et j’ai jeté la clef par la fenêtre… Plus rien, plus rien dans mon trou que le travail et moi, et il me mangera, et il n’y aura plus rien, plus rien ! 

Il se tut, un nouveau silence régna dans l’ombre croissante. Puis, il recommença péniblement. 

— Encore si l’on se contentait, si l’on tirait quelque joie de cette existence de chien !… Ah ! je ne sais pas comment ils font, ceux qui fument des cigarettes et qui se chatouillent béatement la barbe en travaillant. Oui, il y en a, paraît-il, pour lesquels la production est un plaisir facile, bon à prendre, bon à quitter, sans fièvre aucune. Ils sont ravis, ils s’admirent, ils ne peuvent écrire deux lignes qui ne soient pas deux lignes d’une qualité rare, distinguée, introuvable… Eh bien ! moi, je m’accouche avec les fers, et l’enfant, quand même, me semble une horreur. Est-il possible qu’on soit assez dépourvu de doute, pour croire en soi ? Cela me stupéfie de voir des gaillards qui nient furieusement les autres, perdre toute critique, tout bon sens, lorsqu’il s’agit de leurs enfants bâtards. Eh ! c’est toujours très laid, un livre ! il faut ne pas en avoir fait la sale cuisine, pour l’aimer… Je ne parle pas des potées d’injures qu’on reçoit. Au lieu de m’incommoder, elles m’excitent plutôt. J’en vois que les attaques bouleversent, qui ont le besoin peu fier de se créer des sympathies. Simple fatalité de nature, certaines femmes en mourraient, si elles ne plaisaient pas. Mais l’insulte est saine, c’est une mâle école que l’impopularité, rien ne vaut, pour vous entretenir en souplesse et en force, la huée des imbéciles. Il suffit de se dire qu’on a donné sa vie à une œuvre, qu’on n’attend ni justice immédiate, ni même examen sérieux, qu’on travaille enfin sans espoir d’aucune sorte, uniquement parce que le travail bat sous votre peau comme le cœur, en dehors de la volonté ; et l’on arrive très bien à en mourir, avec l’illusion consolante qu’on sera aimé un jour… Ah ! si les autres savaient de quelle gaillarde façon je porte leurs colères ! Seulement, il y a moi, et moi, je m’accable, je me désole à ne plus vivre une minute heureux. Mon Dieu ! que d’heures terribles, dès le jour où je commence un roman ! Les premiers chapitres marchent encore, j’ai de l’espace pour avoir du génie ; ensuite, me voilà éperdu, jamais satisfait de la tâche quotidienne, condamnant déjà le livre en train, le jugeant inférieur aux aînés, me forgeant des tortures de pages, de phrases, de mots, si bien que les virgules elles-mêmes prennent des laideurs dont je souffre. Et, quand il est fini, ah ! quand il est fini, quel soulagement ! non pas cette jouissance du monsieur qui s’exalte dans l’adoration de son fruit, mais le juron du portefaix qui jette bas le fardeau dont il a l’échine cassée… Puis, ça recommence ; puis, ça recommencera toujours ; puis, j’en crèverai, furieux contre moi, exaspéré de n’avoir pas eu plus de talent, enragé de pas laisser une œuvre plus complète, plus haute, des livres sur des livres, l’entassement d’une montagne ; et j’aurai, en mourant, l’affreux doute de la besogne faite, me demandant si c’était bien ça, si je ne devais pas aller à gauche, lorsque j’ai passé à droite ; et ma dernière parole, mon dernier râle sera pour vouloir tout refaire… 

Une émotion l’avait pris, ses paroles s’étranglaient, il dut souffler un instant, avant de jeter ce cri passionné, où s’envolait tout son lyrisme impénitent : 

— Ah ! une vie, une seconde vie, qui me la donnera, pour que le travail me la vole et pour que j’en meure encore !

Chroniques de l'invisible - 436

Si c’était cela qui se présentait vraiment, je serais prêt. Envisager un autre paysage peut-être, au risque de déplaire. Si, si, ça me plaît, mais s’il y avait un océan, une grande forêt, oui, au minimum un arbre, non, plein d’arbres. C’est là toute la différence. La raison pour laquelle j’y retourne toujours. Ça me fait rire. De voir les petites preuves qui font qu’on peut se moquer et enfreindre. C’est un peu ce côté malpoli ou plutôt non respectueux. En être là après des siècles et des siècles d’évolution. Évidemment qu’il y a du paradoxe en tout et que c’est en interrogeant la possibilité d’en voir quelques-uns s’exprimer que se travaille la limite. Ce lien entre loi et police. Je suis souvent immédiatement d’accord avec ce qui vient d’une décision collective si le groupe est sain dans son fonctionnement (et accessoirement démocratique). Sinon, je n’y adhère pas, soit en m’opposant frontalement, soit en disparaissant d’une zone que ces autoritaires aiment bien qualifier « de combat », là où ils sont en quelque sorte coordonnés pour en faire leur unique terrain d’expression. Il y en a partout, à tous les niveaux. L’idée est de mesurer dans ces lieux sans mystère (ils se révèlent ouvertement, aiment qu’on les voie souffrir peiner décider) quelle est l’étendue du terrain vague, de la terre vierge, de l’île inexplorée, là où justement s’articule ce qui génère ma passion et où elle peut vivre sans contrainte alors que tout semble ficelé. J’avais sans doute besoin de cela pour me poser la question d’une sorte d’abandon. Ce n’était justement pas en suspens. En retrait. Ce rêve lointain de la baguette magique mais c’est cela qu’il ne faut pas cacher, le labeur, lorsque le véritable paysage se matérialise par des montagnes de phrases. Ce qui n’était pas envisageable à l’époque l’est désormais à partir d’une fouille de type archéologique. Cela pourrait passer pour une maladie. Il faut le dire. Ce n’est pas un enfermement au sens carcéral. C’est juste que le monde est ici si différent que je m’y retrouve autre de fait. Je n’aurai aucun doute lorsque l’heure aura sonné. Le premier réflexe fut sans surprise un fruit de l’impatience. Parce que c’est plus fort que tout. On aimerait voir tout de suite ce qui s’illumine dans la pensée, le rêve d’un lecteur constamment inassouvi car il lui manque la clé, l’avant-goût, l’avant-scène. L’outil sert pour la pensée, parce que sinon, les mots pourraient pourrir.

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Monday, March 15, 2021

Chroniques de l'invisible - 435

Ça m’intéresse d’imaginer ce que cela serait aujourd’hui si j’avais une audience ou un lectorat à tenir en haleine. Ça manquerait de rebondissements. Et puis, dans l’univers dans lequel j’ai choisi d’œuvrer, ces manœuvres ne sont pas acceptées. Le choix, à la base, est qu’il y ait un rendez-vous quotidien. Je vois surtout à quel point une présence s’est installée. C’est cela qui compte le plus après tout. Ça n’aura pas d’autre forme et ça porte bien son nom. À l’époque où je l’avais choisi, j’œuvrais également et c’est un personnage syndiqué-journaliste qui portait ces discours. Depuis, il s’est passé tant d’années. C’est comme un village très ancien où il avait été institué des rôles. Souvent, j’appelle cette plaine désolée où souffle l’esprit, rappelant la notion de territoire et évoquant les ombres encore debout. C’est ma manière d’entrer en fiction. Toujours la nécessité d’une grande bâtisse. L’élément protecteur est donc une origine très forte, une volonté aussi qui s’impose de même que se sont imposées les disciplines que je me force de respecter. Je n’ai pas besoin de lutter. En douceur, cela glisse. J’apprécie la qualité de cette vie-là. Les seules contraintes sont celles que j’ai forgées au fil du temps. Je ne pense plus trop à l’idée que cela pourrait changer. La seule différence est qu’une anticipation a merveilleusement vu le jour. Ce qui a commencé en même temps que ce qui continue. Je me suis toujours dit qu’il y avait un ordre dans tout cela. Alors, évidemment, ce n’est pas moi qui vais contredire ce mouvement. Ce ne serait pas logique.

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Wednesday, December 16, 2020

James Joyce

La question suprême qui se pose au sujet d'une œuvre d'art est de savoir de quelle profondeur de vie elle jaillit.

Thursday, December 10, 2020

Chronique de l'invisible - 340

Et puis tout simplement. De l’amour. Je t’aime. C’était bien sûr possible d’aimer, malgré ses vœux, malgré ceux que j’allais formuler, à la lune, pour expier. Lune parfaite qui me jette du lit au milieu de la nuit. Loin de l’aube et pourtant commencé, éveillé. La cloche, comme cette fois, conclusive. Le ton que je ne voulais pas. Conclusif. Je pensais : « Tiens, déjà les corneilles ». Elles aussi, à la lune se levant. Que je vois doucement décroître, moi aussi. Annonçant. L’image d’un premier amour avec ses propres enfants. Vérifiant chacune de mes mains. Conclusion : « Il n’y a pas de trace d’elle ». Je le traduis dans l’émotion. La même douleur de larmes versées. Une simple lettre. Il fallait en finir avec ces violences. Une manière de les rendre. Ce n’était pas les bons destinataires. Tant de fois révélé. Maintenant que je n’ai plus rien à prouver — puisque la place que j’ai actuellement me convient — je n’ai plus besoin de paraître. Seul en-dessous, jusqu’à la peau, ma couche protectrice est à mon parfum, ma couleur, tel que j’aime être. On n’en saura plus rien. Drôle de personnage, pensera-t-il sans doute. Il devra lui-même lutter contre quelques a priori pour me croire, puisque nous allons le dire ensemble. Credo. Tous les lieux traversés où je suis tant resté m’imprégnant de ce qui s’y était enseigné et pratiqué. La victoire de ce que je vois, j’écoute, je ressens de l’ancien malgré les pratiques arrogantes d’aujourd’hui que je juge trop autoritaires. Il faut laisser venir à soi. Une rencontre, c’est deux entités minimum. Nous sommes donc au même degré de découverte. En si peu de temps, je révèle par le changement ce qui chez l’autre ne change pas. Ce en quoi il ne croit pas. Je viens aussi aider à ma manière lorsque l’autre m’a aidé. Sans surprise, la journée ne se déroule pas comme prévu. Justement. L’imprévu. Dans la mesure où tout doit être régulé autrement. Immédiatement accepté. Ainsi tout passe avec plus de simplicité. C’est fait. Objectif atteint. Quelques secondes de doute. J’ai cru qu’il allait y avoir d’autres exigences. Finalement non. Tout cela me replace infiniment autrement. J’ai couru au sanctuaire, rendre grâce. Là, les réponses sont assez fulgurantes. Pas de pause. Pas de repos. Il fallait juste, pour taire les tourments, régler une formalité quasi administrative. Bon, ce n’était pas que cela. Jouer le jeu. Récit correctement restitué. Bon élève. On s’en souviendra. Le téléphone qui sonne pendant le Credo, la femme de ménage qui arrive en pleine évocation de la douceur des laudes, mes mots tentant de faire part d’une beauté inhérente. J’ai même eu envie de décrire les nuées, mais ce n’est pas le lieu pour cela, ni le bon interlocuteur. Comprendre que je suis éveillé par le lever de lune, que mon émotion est tout entière rythmée, que je la dois aux anges. J’avais raison sur un point. Celui qui n’y croit pas. Lui ou un autre, son avatar, sa représentation. Je savais qu’il me parlerait d’argent. 90 millions de déficit. Oh la la. Je m’en fous. Je suis venu restaurer l’essentiel. C’est fait. Un bon bain de lavande me fera le plus grand bien. Après complies. Dans le silence de la nuit.

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Wednesday, December 9, 2020

Chronique de l'invisible - 339

En fait, c’est tous les jours dimanche. C’est tous les jours la fête. C’est tous les jours l’idée qu’il y a un ordre à jouer, à suivre, à faire suivre, dans l’interprétation intime d’une expression qui, en effet, s’est délicatement écrite. L’ordre des jours, des semaines, d’une année. Terrible confession de l’impossible. J’y mets naturellement un enjeu au-delà de toute imagination. Le plus difficile à avouer. Le mensonge. Cela m’arrangeait bien de dire que je n’étais pas baptisé. Si j’étais resté plus longtemps à l’abbaye avec tant de dévotion, la question se serait posée. Je serai entré dans le même labyrinthe tortueux. Gabriel le saura autrement. Dans nos lettres peut-être. Nous nous sommes dit en nous quittant que nous nous écririons. Je lui raconterai ce que j’ai entrepris. Peut-être. Pour l’instant tout est consigné ici, lieu du non-dit justement. J’ai remplacé les icônes abîmées. Je réattribue une signification à chaque objet. Chaque lieu aussi. Chaque heure que je passe, consacrée. Le récit est prêt, mêlé de faux et de vrai. Il me semble parfait. La réalité est tout autre. Je serai le seul à le savoir. Il n’a jamais été question de tout dire.

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Tuesday, December 8, 2020

Chronique de l'invisible - 338

Des lambeaux de fumée délicatement comme semés sur une terre fertile. Ainsi, dans la beauté de la pensée, retour en soi, pour un retour si bellement accueilli, puisque tout est bien fait, qu’il n’est plus temps de compter, si bellement ailleurs, il n’y a plus d’autre actualité, un dimanche, au repos, je suis autorisé à finir tel que cela doit être, tel que le fait, ponctué de silence, Gabriel en lui-même, tel que nous l’avons appris d’un même autre, d’une même vigilance, d’une même attention, doutes dissipés, cédant avec une grande délicatesse à ce qui fut écrit, ce qui est mien à jamais mien. Les rayons du soleil transperçant les nuages rendent la vue sur Paris admirable. Je viens faire là mon chapelet, m’espérant seul à la chapelle de la Vierge. Mon attention détournée. Une Vierge à l’enfant dans le chœur. Ainsi j’entre par l’allée centrale. Réunis, l’enfant qui tendait les bras, les heures passées en face à face avec le mystère. La messe se prépare, en grande solennité, avec l’archevêque. Ce n’est pas ta place, Baptiste. Relégué près d’un écran géant, derrière. Seul. Presque seul. Face à la chapelle de Marie de la mer. Le soleil à travers les vitraux rend tout merveilleux. Un enfant qui marche à peine passe et repasse dans la lumière. Nous nous saluons. Les enfants voient cela. Un homme seul entouré de chaises vides car on préfère se tasser que d’être là, relégué. L’eucharistie qui se prépare. On se salue. L’enfant avec sa mère. Une autre femme était restée là, cachée. Les larmes viennent, douces, tendres. Béni par l’archevêque alors que je demandais un signe de l’archange Michel, vainqueur des démons. L’archevêque s’appelle Michel. L’eau bénite enfin sur ma tête. Les années d’errance terminées.

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Monday, December 7, 2020

Chronique de l'invisible - 337

La sentence implacable. Refaire et refaire encore. Le détail qui avait échappé. Alors que la journée a été remplie du lever au silence. Tu ne peux pas rater cela, Baptiste. Se confronter à la difficulté. Le corps au bord de ne plus en pouvoir. Et la règle en question. C’est un cumul. Je dois vivre cette différence. Savoir où je suis encore faible. Ce n’est pas le même niveau. Pour invoquer. Atteindre. Mais ce n’est pas non plus atteindre. Comme l’ange. C’est accueillir. C’est au-delà du choix. Au-delà de soi. À la fois admirable et terriblement angoissant. À en oublier tout le reste, la journée, de manger. Au cœur du plus sensible. L’effroyable décalage. Des jours durant, ne laissant rien passer pour créer la profondeur là où tout s’est passé. Ce sera ainsi chaque jour. L’épreuve du corps. Tout devient plus lointain. Ce n’est plus la même notion du temps. La petite voix qui me somme de ne pas oublier. Mais ce n’est pas une voix. C’est une énergie. Je la laisse prendre le dessus.

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Sunday, December 6, 2020

Chronique de l'invisible - 336

Inversion. Renversement. Ce n’est pas faire le contraire pour le plaisir de faire le contraire. Ou de transgresser. J’ai bien conscience qu’il y a des règles communes, des habitudes. À cela s’ajoute une sorte de morale. Peut mieux faire. En effet. Si l’on veut échapper à la question individuelle, pourtant au cœur de tout. Maintenant que la fiction est claire dans mon esprit. Je n’ai plus à postuler. C’est immédiat comme à chaque pas de ma vie. Même pas un strict minimum. Rien. Je maîtrise bien les interstices, quand c’est calme, quand il n’y a personne ou presque, quand on ne l’attend pas. J’aurais pu faire un petit effort, mais je vois tout ce qui me déplaît. Ce qui désacralise, en quelque sorte. Ce n’est pas envisageable. Ce sera facile à raconter. J’ai déjà toute ma semaine. Dimanche, je suis allé me présenter au curé. Vous pouvez compter sur un nouveau fidèle. Il avait l’air heureux. Je participerai à toutes les opérations solidaires, et aux nombreuses quêtes. Puis je suis allé à la permanence d’une association qui aide à loger les personnes en difficulté. Ils ont bien besoin d’aide en ce moment. Je commence la semaine prochaine. En renfort tant que je peux. Au moins un mois. Ils sont ravis. Ma vision du quartier change. On se reconnaît. On s’est vus à. Il était là. Tous les jours. De temps en temps. Aimable, alimentant la conversation, toujours prêt à aider. Tous les matins, laudes à la basilique, qu’il pleuve ou qu’il vente. Dans quelques semaines, messe en famille. L’ancien temps inventé, retrouvé. Et tout ce que je ne dis pas, l’essentiel, le réel, n'appartiendra qu’à moi.

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Saturday, December 5, 2020

Chronique de l'invisible - 335

Il n’y a pas mille objectifs en ce moment. Il n’y en a qu’un seul. Fini les pollutions visuelles et les programmes générés par des robots. Quatre livres pour une autonomie qui me convient. C’est mon office divin. Chaque heure une recherche, un travail, des choix à prendre, des décisions à distinguer. Ici, c’est moi qui officie, je l’espère, dans les règles de l’art, après une pleine immersion. Gabriel apparaît dans les mystères. Les antiennes. Celui qui est venu m’accompagner. J’irai jusqu’au bout avec lui. Je devais être de ces temps anciens, lorsqu’il s’agissait de ne pas juger. De ne pas faire semblant non plus. Au sujet de la haine. Je l’avais pressenti. Un décalage. Dans l’ordre du temps. Cela me semblait inévitable. Pour certains, ce n'est qu’une question d’horaires. Pour d’autres, c’est tout l’intérêt que nous portons. Ce n’est pas très complexe. Quelques heures seulement. Tout cela me semble mieux équilibré et mieux proportionné. L’effet sur le corps est réel. Impressionnant. Traversant une forêt avec légèreté. C’est si loin. Je ne sais même plus comment c’était et si cela reviendra. Ce n’est pas le moment d’y penser. Chaque chose en son temps. Lieu du secret. Que c’est bon. Parfois, je me dis que cela pourrait coïncider parfaitement. Mais je me fiche de la performance. C’était si beau le jour où je suis parti. Je pars aujourd’hui. Nous nous sommes dit que nous nous aimions. Garder contact. À bientôt. Chemin d’un retour admirable. L’écriture avec le paysage. Les plaines. Le crépuscule. Autour de moi tant d’autres vies. Les habitudes conservées. À la maison. Reproduire. Les mêmes heures que lui. Lui dans chaque pensée. Au quotidien. Les mêmes gestes. Mon royaume, établi. L’enfant qui tend les bras. Je n’ai pas pu lui expliquer tout cela. Il fallait du concret. Du concret. Dans le bois sacré. Dans toutes mes errances. Un nombre d’années qui ne peuvent se compter. L’attrait du surnaturel. Croire que c’est bon. Qu’on y est. Le détail qui m’a fait tilter. Trop d’argent encore. Il faudrait que cela coûte, que je paie, alors que cela ne coûte rien. Éloignement immédiat, radical. Le pendant d’un roman achevé peut-être. L’enracinement. Maintenant la terre, la joie, parce que tout est parfait, à l’unisson du désir.

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